‹ L'Afrique chrétienneChapitre 112 sur 280 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

L'ÉFISCOPAT DE SAINT CYPKIEN (249-258). 181

et fit pénétrer quelques gouttes du sang du Christ, mais l'enfant ne put les retenir et les vomit. Son corps et sa gorge souillés, dit saint Cyprien qui vit le fait de ses yeux, n'avaient pu recevoir le corps du Seigneur ^ .

On peut juger par ces quelques exemples de l'émotion qui ébranla l'Église d'Afrique privée en quelques jours d'un grand nombre de ses membres de la manière la plus honteuse pour eux ; désorganisée, amoindrie, flétrie. Dès qu'on commença à se reconnaître et à calculer l'étendue et la profondeur du mal, on s'aperçut que la situation était plus embarrassée encore qu'on ne l'avait jugée tout d'abord. D'une part, ceux qui avaient tenu bon ne montraient pas tous la condescendance dont un grand nombre d'apostats étaient dignes, et, d'autre part, il se trouva que ces apostats s'étaient à tel point multipliés que leur situation les constituait, quoique hors de l'Eglise et séparés d'elle, un danger intérieur pour elle et, qui plus est, un problème tout nouveau.

Beaucoup étaient en proie au remords, à la honte; d'autres, au contraire, présentaient dans une forme hautaine des explications spécieuses. Les apostats pouvaient être répartis en plusieurs catégories. C'était d'abord les sacrificati et les thurificaU dont le crime avait été public. Puis venaient les lihellatici. Ceuxci s'étaient, à prix d'argent, fait inscrire en qualité d'apostats, en obtenant dispense de tout acte idolâtrique -.La culpabilité de ces derniers ne pouvait être mise en doute, car « c'est être criminel, disaient les prêtres de Rome, que de se faire passer pour apos-

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tat, alors même qu'on n'a pas apostasie ^ ». Mais saint Cyprien reconnaissait que leur faiblesse avait su être ingénieuse et que leur trahison gardait trace d'un scrupule. Il fallait, selon lui, bien préciser les cas afin d'établir les responsabilités et ne pas confondre dans une même réprobation « celui qui, à la première injonction, vola au-devant d'un sacrifice impie et celui qui n'accomplit un acte si funeste que par contrainte et après une longue résistance ; celui qui obligea sa famille, ses amis, ses colons à sacrifier et celui qui sacrifia seul pour en dispenser les siens ^ ».

Mais l'Eglise d'Afrique n'eut pas sous les yeux que ces lamentables exemples. Des fidèles en grand nombre résistèrent à l'édit. Dès le mois de janvier, les suspects, devenus des révoltés par leur refus, commencèrent à remplir les prisons. Les nouvelles qu'on recevait des diverses provinces ne laissaient cependant pas de doute sur le sort qui attendait les confesseurs.

Parmi les Africains qui résistèrent à l'édit de Dèce dans divers pays, nous connaissons quelques martyrs. Grâce à l'active correspondance existant entre le clergé de Rome et celui de Cartilage, nous savons qu'un jeune Africain, nommé Célérinus, fut jeté dans une prison de Rome en expiation de l'apostasie d'une de ses sœurs ^. Il avait comparu devant l'empereur lui-même. « Par la volonté de Dieu, lui écrivait un ami, tu as comparu devant le grand serpent, précurseur de l'Antéchrist; en sa présence, tu n'as pas seulement confessé le Christ, mais tu as effrayé le persécuteur en proférant ces paroles, ces

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