s. Cyprien, Epist. k
2. Epist. 37, Ad Clerum. Ailleurs on rappelle que l'Eglise fait à ses membres une loi de s'imposer, des sacriflces afin de parvenir jusqu'aux captifs. Cf. Grabe, Spicilegium veterum Patrurn, t. 1, p. 102; S. Jean CiiRYSOSTOME, Ilomil. XXV, in Acta ApostoL %ii, Constit. apost., V, 1. Les fidèles avaient la dévotion de baiser les chaînes des confesseurs, Tertul- LiEN, Ad uxorem, II, U ; accomplir cette œuvre bénie, c'était, croyait-on, prendre sa part du martyre, Const. apost., V, 1. De fait, cela n'était pas toujours sans danger. Au temps de Licinius, il était interdit, sous peine de mort, de visiter les chrétiens prisonniers. Eusèbe, Hist. eccL, X, 8; lila Constantini, I, bit. Plus d'une fois les juges condamnent les fidèles au secret, Eusèbe, op. cit., VII, 11 ; Acta s. Tarachi, Probi et Andronici, 6. Un texte du v« siècle nous montre ce qu'il en était en Afrique pendant les querelles religieuses. On chargeait de coups ceux qui venaient pour assister les détenus épuisés par la faim et la soif; les vases qu'on leur portait étaient brisés, les aliments jetés aux chiens. Empêchés de voir une dernière fois leurs enfants, les pères et les mères demeuraient éplorés, étendus sur le sol devant les portes qu'ils ne pouvaient franchir. Appendix ad acta S. Saturnini, 16; en appendice aux œuvres de S. Optât, Opéra, in- fol., Paris, 1700, p. 2't2.
soulagés dans la fatigue qu'elle leur eût imposée par le dévouement des fidèles. Ceux-ci s'ingéniaient à faire parvenir aux confesseurs des aliments délicats, quelques friandises destinées à procurer un instant de détente et de satisfaction aux frères mal nourris ou affamés par le régime que l'Etat romain accordait aux prisonniers. Déjà sainte Perpétue faisait honte au tribun de garde de l'insuffisance des rations qu'il accordait aux détenus. C'était, semble-t-il, un principe, de n'accorder aux prisonniers qu'une alimentation insuffisante. Plusieurs Africains moururent de ces privations. Un détenu écrivait : Fortunio, Victorinus, Victor, Herennius, Credula, Herena, Donatus, Firmus, Venustus, Fructus, Julia, Martial, Ariston « sont morts en prison. Nous les suivrons bientôt, car depuis huit jours nous venons d'être remis au cachot. Auparavant, on nous donnait tous les cinq jours un peu de pain et de l'eau à volonté ^ ». Les Actes des saints Montan et Lucius nous apprennent qu'on ne donnait même pas aux confesseurs de l'eau froide et du solon, qui était une nourriture dont nous ignorons la composition ^, en quantité suffisante. S'il faut en croire les auteurs, la charité des fidèles avait parfois engendré des inconvénients. C'était surtout le manque de modération qui, en précipitant la foule des fidèles autour des prisons, aggravait l'hostilité des païens et menaçait les communautés de nouvelles vexations. Saint Cyprien dut
1. s. Cyprien, Epist. 12. Cf. Cicéro\, // Verr., 5, ^5 ; Salluste, Hist. fragm., III, x; Libanius, De vinctis. Contra Tisamen.
2. H. Leclercq, Le deuxième siècle. Diocléticn, p. 136, ^91-^92. Cf. EusÈBE, /fwf. ecc^, X, 8; Vita Constantim,],b'i; S. Jean Chrysostome, Homil. XLFI, De S. Luciano,2; S. Damase, Carmen XI II; Passio s. Perpetuae, 16: Passio s. Montant, 6, 9, 13, 21; Acla s. Felicis,5; Passio s. Vincentii, 3.
s'opposer à ce zèle excessif : « Je vous en prie, écrivait-il à son clergé, appliquez votre soin à nous assurer la paix. Quel que soit chez les frères le désir de visiter les saints confesseurs, qu'ils le fassent avec prudence, qu'ils ne viennent point tous ensemble et en grande troupe. Ce serait éveiller le soupçon et nous faire refuser l'accès des cachots. Nous pourrions tout perdre en voulant tout avoir. Faites donc en sorte que ces visites s'accomplissent avec réserve '. »
Les contemporains hostiles aux catholiques n'ont pas manqué de blâmer l'usage des fidèles, dont le pieux empressement à baiser les chaînes et à réconforter les confesseurs faisait l'objet de plaisanteries ou de récriminations qu'il est difficile de prendre au sérieux. « Dès le matin, disait Lucien, les vieilles, les veuves et les orphelins assiégeaient les portes des prisons. Les principaux d'entre les chrétiens corrompaient les geôliers et passaient la nuit près du captif. On apportait des mets de toute sorte. Rien ne s'épargne alors et la détention valut beaucoup d'argent à Pérégrinus qui se créa un revenu considérable ^. » Il semble que dans certaines Eglises, à Cartilage notamment, on ait songé à porter aux prisonniers leur portion de l'agape ^. C'était là au