‹ L'Afrique chrétienneChapitre 116 sur 280 · LuciEX, Percgrinus · texte numérisé non relu

LuciEX, Percgrinus

3. Tertullien, Ad Marty)e.<<. ^. Cf. A. C;i\rpe\tier. Les letlres de saint Cyprien, ou l'Église de Cartliage au iw siècle, in-S", Paris, 1859. Tertullicn nous apprend que clans le séjour de la prison l'esprit profite plus que la chair ne perd, celle-ci d'ailleurs, grâce à la prévoyance de l'Église, reçoit son dû, l'agape des frères. Cependant celte portion n'efit pas suffi aux prisonniers, car l'agape, encore qu'on y mangeât, dit TertuUien, « à la mesure de sa faim », n'était qu'un repas; aussi les fidèles riches pourvoyaient à augmenter la ration que l'Eglise faisait parvenir à ses enfants : Inter carnis alimenta, benedicli martyres designati, quae

jugement des montanistes, et de Tertullien devenu leur porte-parole, un odieux abus dont l'effet le plus clair était d'amollir le martyr et de rendre sa victoire sinon douteuse du moins plus difficile. A l'en croire, et il est fort probable que ses paroles n'ont pas été lettre morte pour tous ses compatriotes, rien ne remplace le jeûne. « Voilà, disait-il, comment on s'endurcit à la prison, à la faim, à la soif, aux privations et aux angoisses ; voilà comment le martyr sortira du cachot, tel qu'il y est entré, n'y rencontrant point des douleurs inconnues, mais ses macérations de chaque jour; certain de vaincre dans le combat, parce qu'il a tué sa chair et que, sur lui, les tourments ne trouveront point à mordre. Son épiderme desséché lui sera comme une cuirasse, les ongles de fer y glisseront comme sur une corne épaisse. Tel sera celui qui, par le jeûne, a vu souvent de près la mort et s'est déchargé de son sang, fardeau pesant et importun pour l'âme impatiente de s'échapper. Il vous appartient bien, continue-t-il, en s'adressant aux catholiques, il vous appartient bien de changer, pour des martyrs irrésolus, les prisons en cabarets, afin qu'ils ne regrettent point leur vie accoutumée, ne prennent point d'ennui et ne s'épouvantent pas

vobis et domina mater EccLesia de uberibus suis et singiili fratres de opibus suis propriis in carcerem subministrant. "Nous avons, précisément à l'époque où vécut Tertullien, un exemple historique de ce fait. Une coutume voulait que les gladiateurs et les bestiaires fussent gratifiés, la veille du combat, d'une orgie suprême, c'était ce qu'on nommait le repas libre, caena libra. Dans la soirée du 6 mars 203, la martyre Perpétue et ses compagnons désignés pour combattre les bêtes le lendemain dans l'amphithéâtre, jouirent de cette permission, mais ils transformèrent le repas libre en agape : Pridie quoque cum illa caena, quam liberam vacant, quantum in ipsis erat, ?ion caenam liberam, std aqapen caenarent. Peut-être était-ce la sportule apportée de l'assemblée chrétienne qu'ils mangèrent à ce moment.

d'une abstinence nouvelle pour eux. Il n'avait jamais essayé de se soumettre aux austérités, votre Pristinus, qui n'a rien du martyr chrétien. Gorgé de tout, durant le cours d'une détention nominale, il fréquenta les bains, il épuisa toutes les jouissances d'ici-bas, préférables, pensait-il, au baptême, aux biens de la vie éternelle. Tout cela fait, apparemment, pour le mieux détourner de mourir ; le soir du dernier jour des assises, il parut devant le tribunal; mais le vin d'aromates que vous lui aviez versé pour soutenir ses forces l'avait énervé. Sous les ong'les de fer dont son ivresse ressentait à peine les morsures, il ne put répondre au proconsul et se dire l'esclave du divin Maître. Il ne confessa point, etles tourments ne tirèrent de sa bouche que des hoquets K »

Les donatistes renouvelleront ces accusations. A les entendre, plusieurs, dans la persécution, se faisaient mettre en prison afin de ramasser un pécule au moyen des aumônes qu'on leur prodiguait -.

Tandis que les fidèles de Cartilage allaient remplir les prisons de la ville, l'instruction semble avoir été retardée par suite de l'absence du proconsul dont l'intervention ne paraît pas plus ancienne que le mois d'avril 250 ^. A partir de ce moment, la torture et les supplices ne s'interrompent plus jusqu'à la fin de l'année. Les procès se succédaient presque sans relâche, dit M. Paul Allard, procès insidieux, où, à la suite d'une torture demeurée sans effet, le confesseur était ramené en prison, pour en être extrait de nouveau après quelque temps : on ne se

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