Epist
volontaires, plus à plaindre que les exilés, car ils vivaient clans un dénûment très grand et dans une appréhension continuelle d'être découverts et arrêtés. « ils erraient, dit saint Cyprien, traversant montagnes et solitudes, à la merci des brigands, des bêtes féroces, exposés à la faim, à la soif, au froid ^ » A peine moins dignes de compassion que les martyrs et dignes de porter le titre de confesseurs. Le plus illustre de ces fugitifs avait été Févêque lui-même de la métropole, saint Cyprien, donnant par sa conduite un illustre exemple de sagesse et de modération que devaient suivre Denys d'Alexandrie, Grégoire de Néo-Césarée, Athanase le Grand. Il en dut coûter d'autant plus à Cyprien d'adopter ce parti qu'il se savait désigné pour le martyre. Ainsi qu'il était arrivé jadis à l'évêque Polycarpe, la foule païenne avait réclamé sa mort.
Sa réputation était si bien établie qu'on savait que l'issue de la lutte entreprise contre les chrétiens demeurerait douteuse aussi longtemps que l'évêque serait en vie. Aussi entendait-on, soit au forum, soit à l'amphithéâtre, la clameur de la foule : « Cyprien au lion ^i » Ce ne fut, nous apprend-il, que sur l'ordre direct de Dieu qu'il se décida à fuir ^, mais auparavant il assura le fonctionnement de l'administration de son Eglise. Avec cette prévoyance et ce calme qui faisaient le fond de son caractère, il arrêta l'emploi à faire des sommes d'argent destinées à subvenir aux diverses catégories de déshérités que l'Eglise avait à sa charge; ensuite, en esprit avisé, il s'employa à soustraire à l'État les débris de sa fortune person-