Epist.bb
U. De moiHalitate, 12.
se trouvait à la hauteur des circonstances ou bien il s'y haussait; était-il question d'agir, il se trouvait soudain à la mesure de tout. Il fallait alors non seulement provoquer la charité et le courage, mais, pour ainsi dire, forcer les fidèles à vivre, les faire triompher d'eux-mêmes et du fléau ; il le fit. « On assigna à chacun son rôle, dit Pontius, selon la qualité des gens et leur rang. Beaucoup de fidèles qui, en raison de leur pauvreté, ne pouvaient donner d'argent, donnaient plus que de l'argent. Ils apportaient leur travail personnel, plus précieux que toutes les richesses. Aussi, grâce à la merveilleuse abondance des œuvres, on pouvait faire ce qui était utile à tous, et pas seulement aux fidèles ^ » Et cependant, au début, certaines personnes ne s'étaient pas conduites en chrétiennes^ ; on ne voit pas que, à partir de ce moment, il se soit produit de nouvelles faiblesses. Suivant un mot dont on a quelque peu abusé, Cyprien avait « galvanisé » ses chrétiens. Il répétait : « Le royaume de Dieu approche. » La peste, fléau aux païens, délivrance aux chrétiens, « la peste dont beaucoup d'entre nous sont morts, lapeste qui tue Juifs, Gentils, adversaires du Christ, lapeste, c'est la porte du salut. La peste frappe sans regarder, mais ceux qu'elle frappe ne périssent pas, bons et méchants, de la môme manière. Les justes vont en paradis, les coupables en enfer ^ ». Qu'on ne se plaigne pas du martyre dont elle nous prive. L'eût-on mérité, ce martyre? L'eût-on supporté? Heureux ceux que la peste
1. Vita Cypriani, 10. Ces dernières paroles réduisent à néant les insinuations de E. Havet, Uevue des Deux-Mondes, 15 sept. 1885. 11 n'y a pas lieu d'ailleurs d'accorder plus d'attention à cet écrivain sur l'œuvre duquel nous espérons revenir un jour.