‹ L'Afrique chrétienneChapitre 128 sur 280 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

ses collègues, saint Cyprien leur écrivait : « C'est le Christ que nous contemplons dans nos frères captifs; il nous a rachetés par son sang de l'esclavage du démon : à nous de le racheter par notre or des mains des barbares. Nous devons faire pour les autres ce que nous voudrions qu'on fît pour nousmêmes si nous tombions en captivité. Quel père, quel époux ne doit trembler en songeant k ces fils envoyés au loin, à ces épouses dont l'honneur est en péril? et qui de nous ne serait ému de tant de vierges qui ont moins à craindre les fers des barbares que la violence et l'ignominie de la prostitution *. »

A peine le péril créé par la persécution de Dèce étaitil passé, qu'un grand nombre de lapsi — c'était le nom qu'on donnait aux apostats — demanda l'admission à la pénitence et la réintégration dans l'Eglise. Leur bonne volonté évidente et leur impatience louable furent malheureusement exploitées par le groupe de mécontents qui, par haine de l'évêque, s'était fait un devoir d'entraver tout bien et toute discipline dans l'Eglise de Carthage. Les cinq prêtres opposés à l'élection épiscopale de Cyprien, suivis peut-être de quelques autres dévoyés, s'ingénièrent à entraver l'administration pendant l'absence de Cyprien 2, Mettant à profit la situation anormale issue du retour en masse des lapsî, ils s'efforcèrent de constituer deux partis : celui des indulgents, disposé à recevoir les coupables sans presque les faire attendre sous prétexte de hâter la paix, et celui des puritains, qui refusait tout par-

l.'Epist. 60.

2. s. Cyprien s'était réfugié aux environs de Carthage, mais on ignore le lieu exact de sa retraite. C'est de là qu'il adressa treize lettres pastorales à son Église.

don. A ces deux partis extrêmes et irréductibles s'ajoutait un troisième parti, celui qui retardait la solution après l'accomplissement de la pénitence. Les tiraillements, grâce au tempérament africain, dépassèrent la mesure de ce qu'on pouvait redouter. Tandis que des lapsi allaient visiter les confesseurs dans les prisons, pleuraient à leurs pieds, les comblaient de prévenances, de compliments et revenaient de leur expédition avec des billets dans lesquels la paix leur était donnée ^ que d'autres achetaient ou vendaient ces billets 2, et que des confesseurs surpris ou irréfléchis distribuaient des formules telles que celle-ci : « Qu'un tel soit admis à la communion avec les siens ^ » ; tandis que ces abus s'introduisaient, on voyait d'autres coupables qui, forts de leur multitude, se refusaient à toute pénitence, exigeant impérieusement l'oubli du passé et leur réintégration ''. Afin d'ajouter au désordre, les meneurs, au lieu de soumettre — suivant la volonté des confesseurs — les lapsi à la pénitence, les admettaient immédiatement à la communion ^. Si le clergé se refusait à admettre le porteur d'un billet de communion, on s'efforçait par tous les moyens, y compris l'émeute, de venir à bout de ces scrupules ^. Saint Cyprien, mis au courant de ces excès, écrivit de sa retraite trois lettres pastorales. L'une était adressée aux confesseurs, elle était

1. Episl. 10, lU, 16. Le cas n'élait pas nouveau; cf. Tertulliex, Ad martyras, 1 ; De pudicUia, 22.

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