Epist. 16 [int. Cypr
avilissante. Pendant ce temps, l'évêque Cyprien négociait avec ses collègues et avec le clergé de Rome et on s'arrêta à la convocation d'un concile africain, qui se réunit en effet à Carthage, au printemps de 251. On se décida à pardonner aux libellatici et à soumettre les sacrificati à la pénitence, sauf le cas de danger de mort. Un concile tenu à Rome dans l'automne de 251 approuva ces décisions; enfin, en 252, un nouveau concile de Carthage concéda l'absolution à tous les lapsi qui se seraient soumis à la pénitence. On fit une exception pour le clergé : à tout apostat on interdit le sacerdoce.
On pouvait croire fini cet épisode lamentable, il allait renaître. Certains clercs apostats ne se soumettant pas à la mesure qui les atteignait, prétendirent reprendre leurs fonctions. Thérapius, évêque de Bulla, accepta dans son clergé un prêtre apostat et l'évêque apostat Fortunatianus remonta sur son siège d'Assuras. Vers le même temps, deux Eglises d'Espagne, Legio et Asturica, avaient vu des évêques libellatiqiies, Basilide et Martial, reprendre le gouvernement de leurs communautés et le pape Etienne, consulté, avaitpris le parti de ces deux personnages. Consternées, les r.glises en appelèrent aux évêques africains et le concile de 254 se prononça pour l'incapacité des deux évêques.
Deux hommes avaient trouvé dans les événements que nous avons exposé une regrettable célébrité ; c'étaient Novatus et Felicissimus. Le premier paraît avoir été un franc scélérat. On a à son sujet les plus fâcheux renseignements et rien, dans ses actes connus et publics, ne corrige l'impression qu'on prend de lui dans la correspondance de son antagoniste, saint Cyprien. Il fut le premier auteur des troubles que
nous avons rappelés; lorsque la situation lui parut assez compromise, il s'embarqua pour l'Italie (début de 251) et laissa la conduite des affaires à Felicissimus, un laïque qu'il avait récemment ordonné ou fait ordonner diacre. Celui-ci avait mauvaise réputation et montra plus de rudesse que d'habileté. Dès les premiers mois de 251, il était excommunié. L'année suivante, il réunit son parti à celui de Privatus, de Lambèse, et de concert avec quatre autres évoques schismatiques, Privatus ordonna Fortunatus (un des cinq prêtres du groupe dont nous avons parlé), malgré sa récente excommunication, en qualité d'évèquc de Cartilage. Felicissimus partit pour Rome afin d'obtenir la reconnaissance de Fortunatus par le pape et il fallut toutes les instances et l'activité de Cyprien pour éclairer à temps Corneille et amener la rupture entre l'Eglise de Rome et Fortunatus. Le parti ne s'en releva pas et disparut très rapidement. Les obstinés se joignirent à un autre schisme qui naissait alors, le Novatianisme.
Celui-ci devait son nom et sa consistance à un prêtre romain d'un esprit distingué, Novatianus \ que l'influence de l'Africain Novatus acheva de jeter en pleine révolte. 11 y eut alors un pape et un antipape à Rome et tous deux songèrent à s'assurer l'appui de l'rLglise de Carthage. Un concile siégeait à Cartilage. Il envoya à Rome deux délégués, les évêques Caldonius et Fortunatus, afin de savoir à quoi s'en tenir sur le schisme romain. En attendant leur rapport, il refusa de transmettre aux Eglises provin-
1. H. Jordan, Die Théologie dcr neuendecklen Predigten JS'ovatians. Eine dogmengescliichtliche Untersuchung., in-S", Leipzig, 1902. Je ne mentionne ce livre paradoxal que pour ne rien soustraire à l'information bibliographique.
ciales les libelles diffamatoires du parti de Novatianus. Quand arriva le rapport des évêques, le doute n'était plus possible, en conséquence le concile excommunia Novatianus et reconnut officiellement Corneille. Loin de se soumettre, Novatianus organisa une Église distincte qu'il s'efforça de répandre de tous côtés et, en effet, soit au moyen des intrigues des envoyés, soit parce que sa morale austère plaisait à beaucoup, il eut des partisans nombreux en Gaule, en Orient et en Afrique. C'était sur ce pays que s'était porté l'effort des « apôtres » novatianistes. Ils se nommaient Augendus, Machaeus et Longinus, tous trois diacres, et Maximus, prêtre. Ils se présentèrent au concile tenu à Carthage au printemps de 251, mais ils furent écartés; aussitôt ils commencèrent leur propagande. On les voyait, dit-on, aller de ville en ville et dans chaque ville de porte en porte ^ recruter des partisans. Il est probable qu'ils ne fussent pas arrivés à un résultat aussi considérable que celui qu'ils obtinrent s'ils n'avaient été rejoints, vers la fin de cette année 251, par une mission envoyée de Rome par Novatianus et comprenant le prêtre carthaginois Novatus, le diacre Nicostratus, l'évêque déposé Evaristus, Primus et Dionysius ^.
Grâce à l'entente qui régnait entre Corneille et Cyprien, celui-ci fut averti de la mission et connut à quelle qualité d'hommes il allait avoir affaire ^. La lettre du pape Corneille fut remise à l'évêque de Carthage, le lendemain du jour où la mission novatianiste avait pris terre en Afrique. Aussitôt Cy-