Epist. 81; Vila Cypriani, lU
2. S. Augustin, Tract. V in Johannem, IS, P. X,., t. XXXV, col. 1^23.
3. Sententîae episcoporum numéro LXXXVIIde haereticîs baptizandis, édit. Hartel, t. I, p. ^35, U61.
liant un résumé historique des circonstances qui ont provoqué la réunion du concile auquel assistaient des évêques, des prêtres et des diacres, en présence « de la plupart des fidèles », on lit plusieurs communications, entre autres, semble-t-il, la lettre menaçante du pape Etienne. Saint Cyprien prend alors la parole : « Vous avez entendu, mes très cliers collègues, dit-il, ce que notre co-évêque Jubaïanus m'a écrit pour me consulter, malgré mon insuffisance, sur le baptême illicite et profane des hérétiques. Vous avez entendu également ma réponse : j'ai été d'avis, conformément à nos deux décrets, que les hérétiques venant à l'Eglise devaient être baptisés et sanctifiés par le baptême de FEglise. On vous a lu encore une lettre de Jubaïanus : dans la réponse qu'en homme sincère et pieux il m'a faite, non seulement il s'est rangé à mon avis, mais encore il a confessé qu'il était maintenant bien armé et m'a rendu grâces. Il nous reste à déclarer, chacun à notre tour, ce que nous pensons sur cette affaire, et cela, sans prétendre juger personne ni excommunier personne pour une divergence d'opinion. En effet, aucun d'entre nous ne se constitue évêque des évêques; aucun, par des menaces de tyran, ne cherche à contraindre ses collèg'ues ni à forcer leur adhésion. Tout évêque est libre et exerce, comme il l'entend, son pouvoir ; il ne peut pas plus être jugé par un autre, qu'il ne peut lui-même juger un autre. Attendons tous le jugement de Notre- Seigneur Jésus-Christ, qui, seul au monde, a le pouvoir et de nous préposer au gouvernement de son Eglise, et déjuger notre acte^ »
1. Cet important passage nous paraît avoir été interprété plus que compris dans une dissertation de J. Delarochelle, L'idée de l'Église dans saint Cyprien, dans la Rev. d'hist. et de litt. religieuses, 1896, t. I,p. 52^ sq.
Le reste du procès-verbal contient la suite des motifs apportés par chaque évêque pour justifier son vote '.
Telle fut la dernière des polémiques qui remplirent Tépiscopat de saint Cyprien. On peut dire que toutes ces luttes étaient sorties des événements qui accompagnèrent la persécution de Dèce ; elles eurent une portée considérable sur l'avenir de l'Afrique chrétienne dont elles habituèrent le corps épiscopal à s'organiser en groupe compact sous la discipline du grand évêque de Carthage. Au moment où les premières Eglises apparaissaient en Gaule et en Espagne, et même dans la plus grande partie de l'Italie, l'Afrique atteignait l'apogée de l'organisation hiérarchique et ecclésiastique. Elle se montrait l'égale des grandes et antiques Églises d'Asie Mineure et de Syrie et, la première en Occident, donnait le modèle de ces institutions si glorieuses qui ne sont plus que des souvenirs : les Eglises gallicane et wisigothique.
On ne s'aperçoit nulle part que ces ardentes querelles théologiques ait grandement surpris ni scandalisé les fidèles. On déplorait, mais on ne s'étonnait pas. Une subtilité dont chaque parti faisait usage expliquait toutes les défaillances, celles des sectes aussi bien que celles des individus. Le corps du Seigneur est double, disait-on ; il y a un côté droit resplendissant et un côté gauche qui représente le nom
11 y a ici opposition entre la conduite de l'évêque de Pvome et celle de l'évêque de Carthage, mais y a-t-il négation formelle de la subordination hiérarchique à l'Église de Rome, cette Ecclesia principalis iinde imitas sacerdotalis ortaest, ainsi qu'il la nomme ailleurs (S. Cyprien, Epht.bb)1 Sur toute cette question, cf. J. CHAPMANr>f, Les interpolations du traité de Saint Cyprieii sur C Unité de l'Eglise, dans la Bévue bénédictine 1902, p. 2'46-25'i, p. 357-373; 1903, p. 26 sq.
1. Pour la destinée du document, cf. P. Monceaux, op. cit., t. II, p. 63 sq.
de Dieu blasphémé parmi les nations ' . Il va sans dire que la moindre secte entendait bien représenter le côté droit, c'est ce qui explique la conviction persévérante des Africains sur la nécessité d'une Eglise et la préoccupation de n'en pas être exclus ; au besoin, lorsque toute entente devenait impossible, on fondait, dans Rome même, Eglise contre Eglise, on se substituait à l'Eglise véritable, on s'attribuait l'orthodoxie, afin d'être ou de paraître, à tout prix, coûte que coûte, le côté droit.
Le règne de Valérien devait apporter à l'Eglise d'Afrique de nouvelles tribulations. Après les menaces de Gallus, les chrétiens s'étaient réjouis de posséder un prince qui « était doux et bon pour les serviteurs de Dieu. Aucun de ses prédécesseurs, pas même ceux qui passent pour avoir été ouvertement chrétiens, ne témoigna aux fidèles un accueil aussi affectueux et aussi familier. Sa maison, remplie d'hommes pieux, ressemblait à une église^ ». Ces sentiments s'altérèrent peu à peu et passèrent de la bienveillance manifeste à la persécution ouverte. Le motif véritable de ce changement était des moins excusables. Devant le gouffre de la dette publique, Valérien effrayé avait vu miroiter la confiscation des biens considérables de l'Eglise chrétienne comme une ressource intarissable. Les Églises particulières ne cachaient pas leurs libéralités. On savait que celle de Rome, outre ses dépenses ordinaires : entretien des ministres du culte, frais du service divin, dépenses des cimetières, soulagement des captifs, des détenus, des forçats et des
1. Tychoîsius, Regulae. Régula 11% De Domini corpore biparlito, P. /,., l. XVIII, col. 15 sq.
2. S. Denvs d'Alexandrie, Epist. ad Hermannonem, dans Eisèle, Hist. eccL, Vil, 10.
exilés, des infirmes et des veuves, nourrissait encore quinze cents indigents ^ . Carthage venait de faire une quête qui avait rapporté 25.000 francs et son évéque, dont la sollicitude semblait n'avoir pas plus de limites que ses ressources pécuniaires, proposait à un de ses collègues de prendre à la charge de sa communauté un comédien converti, qui n'ayant pas d'autre gagne-pain, continuait à donner les leçons de son art ^ . Tous ces faits étaient connus et on savait que ce que les chrétiens épargnaient sur les jeux et les spectacles, ils le dépensaient en aumônes. (( Les païens s'enorgueillissent de donner des jeux devant un empereur ou un proconsul, disait saint Cyprien : on n'épargne alors aucune dépense ; on engage ou l'on vend ses biens afin de subvenir aux frais énormes : on s'expose, en cas d'échec, aux injures, aux sifflets, aux projectiles; et, si l'on réussit, qu'a-t-on gagné? la faveur mobile du peuple, la promesse d'un consulat. Chrétiens, votre charité est donnée en spectacle à Dieu et à son Christ, les anges et les vertus du ciel y applaudissent; dans ces jeux, les hommes ne meurent pas, mais ils sont consolés, assistés, nourris, vêtus; votre patrimoine n'est pas dissipé, il va grossir votre trésor dans le cieP. » On ne cherchait pas à s'expliquer que le^ malaise public et le désordre des finances de l'Etat exigeaient d'autres remèdes que la confiscation, si productive qu'elle dut être, des biens des Églises. C'est d'ailleurs une tentation à laquelle il était trop facile de succomber pour que Valérien, obéré, s'en défendît longtemps ; d'autres influences s'exercèrent