‹ L'Afrique chrétienneChapitre 18 sur 280 · Pline, Hist. nat., 1. V, c. v · texte numérisé non relu

Pline, Hist. nat., 1. V, c. v

l'afrique chrétienne. — i. 1

et s'étend jusqu'à la petite Syrte ^ . Les géographes de Tantiquité se sont mépris sur la formation de ce massif montagneux ; l'Afrique du Nord n'est qu'une annexe de l'Europe à laquelle elle se reliait par plus d'un point aux époques préhistoriques ^. L'Atlas qui fait l'unité géographique de l'Afrique septentrionale lui impose aussi son aspect topographique. Une série de hautes protubérances forme les points culminants de la région ; une série de chaînes, parallèles au littoral dans leur direction générale, partage le pays en zones distinctes presque isolées les unes des autres. Nulle grande vallée, mais d'innombrables ravins, des entassements de pierres et de rochers; point de fleuve, point de rivières, mais des torrents impétueux dont le lit se dessèche chaque année pendant Tété. Le littoral n'est qu'une longue falaise à peine interrompue, les mouillages y sont rares, plus rares les abris. A l'intérieur les communications sont lentes, difficiles, souvent périlleuses. Les habitants d'une vallée rencontrent trop d'obstacles à surmonter dans l'échange de leurs produits pour qu'ils songent à prendre autant de peine afin d'échanger leurs idées. De l'isolement est née la défiance, puis l'hostilité. Le morcellement à l'infini du sol s'est opposé aux communications de tribu àtribu, à leur formation en corps de nation. D'où le manque dans l'histoire

1. Le « golfe de Gabès •. Cf. G. Mannert, Géographie ancienne des États barbaresques, trad. Marcus et Duesberg, in-8°, Paris, 1842.

2. G. TissoT, Géographie comparée de la province romaine d'Afrique, 2 vol. in-40, Paris, 1884-1887, t. I, p. 1. Boule, dans l'Anthropologie, t. XI, 1900, p. 1-21, remarque « le contraste qui règne entre la faune quaternaire d'Algérie et la faune quaternaire d'Europe. La première est essentiellement une faune africaine, c'est-à-dire presque exclusivement composée de genres habitant actuellement le continent noir et dont beaucoup lui sont propres ».

d'une nation africaine ; nous n'apercevons que des Africains. Pour atteindre cette population on doit pénétrer par les quelques brèches de la « côte de fer ». Ce littoral était jadis bien garni de ports entre les crêtes ardues des falaises. Depuis les Syrtes jusqu'à rOued-Draa on comptait, à l'époque romaine, une centaine de villes ^ On en trouvait au bord des moindres anses, à l'abri des promontoires les plus chétifs, partout où il y avait quelque facilité pour embarquer et débarquer les marchandises. Dès la plus lointaine antiquité historique, un point avait particulièrement attiré le commerce. Une large échancrure taillée entre les hautes falaises de la Numidie et les bas-fonds des Syrtes attirait l'Asie et l'Europe dans la presqu'île africaine. Là, au centre de la Méditerranée, à égale distance de l'Egypte et de l'Espagne, en face de la Sicile, de la Sardaigne et de l'Italie, au point de la côte qui donne le plus facile accès au Soudan, dans cette situation incomparable, s'éleva une ville qui fut maîtresse de la mer et de la terre, la clé stratégique de l'économie politique et de la civilisation du pays tout entier, Carthage ^.

1. E. Cat, Petite histoire de l'Algérie, Tunisie, Maroc, 2 vol. in-lb, Alger, 1888, t. I, p. 78.

2. Suidas, Lexicon, in-fol., Cantabrigiae, 1705, t. I, p. 398, au mot 'Acpptxavdç, on lit : Kapxyjowv, ifjxaî 'A^pixy) xai Bupaa XsyofxÉvr). C'est inexact. STRABON,Geo(/rflp/iia,l.XVII,c.iii,§ l^,édit.Firmin-Didot, p. 706, nous dit que Byrsa était le nom de la citadelle de Carthage, mais cette distinction était abandonnée dès le v« siècle, puisque Servius Honoratus MAURUS énumère ainsi qu'il suit les noms successifs de Carthage : Quia Carlhago, ante Birsa, post Tyros dicta est, post Carthago a Carlha oppido. Comment ad jEneid., 1. IV, vs. 670, in-fol., Parisiis, 1600, p. 356. BoCHART, Phaleg, in-fol., Lugd.-Batav., 1712, col. 735, avait déjà rectifié ce passage. Le mot « Afrique » n'offre pas une origine mieux éclaircie. 11 est vrai que le mot est ancien. On le lit dans la Vulgate. Isai. lxvi, 19; Nalium, m, 9; mais le texte hébreu ne dit rien de pareil et on y lit : Phut. C'est le procédé du temps, celui des traducteurs d'Hérodote et de

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C'est cette région que nous nous proposons d'étudier à l'époque où elle atteignit ses limites les plus étendues ^ .

Six provinces, tantôt groupées, tantôt isolées, for-

Polybe qui disent Africa quand leur texte porte Aiêur). Il est certain que dès le temps de Polybe, le mot Africa n'existait pas puisque cet historien n'en fait pas usage et qu'il déclare avoir lu quatre traités conclus entre les Romains et les Carthaginois, traités datés de 245 et 406 U. c. (509 et 348aY. J.-C), Polybe, Jlist. reliquîae, 1. IIl, c. xxn-xxiv. Le premier auteur dans lequel on trouve 'AcpptxiQ est Ptolémée, Geogr. lib. octo, 1. IV, c. m. Plutarque, qui lui est un peu antérieur, emploie constamment Aiêuï), ainsi que Hérodote, Polybe, Diodore. Dans Hérodien, Hist., 1. VU, c. VI, ^ 19, nous lisons que les Romains donnent aux libyens le nom d'Africains. Cf. E. Carette, Recherches sur l'origine et les migrations des principales tribus de l'Algérie, in-8", Paris, 1853, p. 303-310; d'Ave- ZAC, AfiHque ancienne, in-S", Paris, 1844, p. 4, col. 2; H. Fournel, Les Berbers. Étude sur la conquête de l'Afrique par les Arabes, d'après les textes arabes imprimés, in-4", Paris, 1875, t. I, p. 23, 28, note/".; Le Même, Note sur un passage de Flavius Josèphe, Note sur la signification des noms Carthago, Cartenna, Cirta. Les historiens arabes ne nous apprennent rien de positif. Un des leurs, parti du Yémen, serait venu porter la guerre en Maghreb, où il construisit une ville qu'il appela de son nom, Ifrik'ïah, laquelle donna son nom à toute la contrée. Ma'çoudî,

Moroudj-el-Dzahab, t.lll,p. 224;Mo'djam-el-Boldân, 1. 1, p. T^^f ; l.XIVsq. Ibn-Khaldoun tombe dans de grossiers anachronismes. Les autres ont encore moins d'autorité. On trouve la discussion de leurs textes dans II, Fournel, op. cit., t. I, p. 25-29.

1. Pour les Arabes, Vlfrîk'ïah comprenait les provinces romaines : 1" de Tripolitaine, Tripolitana provincia quae et subventana, vel regio Arzugum, écrit Paul Orose, Hist. libr. septem, I. I, c. ii; copié par /Ethicus, Cosmogr. au chap. Africae situs. Tripoli apparaît pour la première fois dans Solin, Polyhistor., c. xxvii, in-fol,, Trajecti ad Rhe num, 1689, p. 36, Pour l'étymologie, cf, Cellarius, Notitia orbis antiqui 1. IV, c. iir, § 18; et Morcelli, Africa christiana, in-4°, Brixiae, 1816 t. I, p. 21-27, et l'argument qu'on tire du Concile de Carthage du 1®'^ sept. 256, Cf, H. Fournel, op. cit., t. I, p. 29, note 2 ; — 2» de Byzacène — 3° d'Afrique propre, nommée aussi Zeugitane. Pline, Hist. nat., 1. V c. IV, § 3, ou Proconsulaire ; — 4° d'Afrique nouvelle ou Numidie en y comprenant ce qui formera sous Dioclétien la Maurétanie sitifienne qui s'étendait de l'Anipsaga à Saldae. Cf. C. Jullian, Corrections à la liste de Vérone, dans les Mél. d'arch. etd'hist., 1882, t, II, p. 84; Onnesorge, Die rômische Provint Liste von 297. La liste de Vérone est publiée dans la Notitia dignitatum, édit. Seeck, p. 250-251, cf, Czwalina, Ueber das Verzeichniss der rômischen Provinzen von Jahre291.

meront les divisions principales ; ce sont : la Byzacène ^ la Tripolitaine, la Proconsulaire ou Zeugitane, la Numidie, les Maurétanies désignées sous les noms deSitifienne, Césarienne et Tingitane. Ces divisions sont l'œuvre de Dioclétien ^.

Nous ne pouvons songer à aborder plusieurs questions qui n'admettent pas la brièveté ; particulièrement la géographie physique, orographie, hydrographie qui, malgré leur importance pour l'histoire politique et psychologique et même pour Thistoire des querelles religieuses, peuvent être omises avec moins d'inconvénients que d'autres notions. De ces conditions naturelles du sol et des modifications que lui a fait subir la civilisation résultent certaines conditions d'existence pour la population, conditions auxquelles nous devons nous arrêter. Il n'est pas superflu, en effet, de connaître l'état climatérique de l'Afrique ancienne, puisque de cet état dépend, pour une part considérable, la production d'un pays, ses ressources, partant sa richesse, le développement et la solidité de ses institutions politiques et religieuses. Le climat de l'Afrique est tempéré et assez semblable sur le littoral à celui des côtes méridionales de l'Europe ^ ; dans 1 intérieur, il varie suivant les altitudes. Les saisons se succèdent avec une remarquable régularité. L'hiver n'est autre chose

1. HÉRODOTE, Hist., 1. IV, c. cxiv :rû!^avT£ç; Polybe, 1. 1IJ,c. xxiii, §2. Strabon, 1.II,c. V, §33; Pline, Hist. naf.,1. V, c. iv, §3. H. Fournel, op. cit., p. 30.

2. Lactaxce, De mortibus persecutorum, c. vu. La Tingitane était réunie à l'Espagne. Tacite, Histor., 1. I, c. lxxviii. Poinsignon, Essai sur le nombre et l'origine des provinces romaines, in-S", Paris, 1846, p. 60-61; H. Fournel, op. cit., t. l, p. 30, note 1, note i, p. 32, note 2; Baale, De provinciis africanis aetate imper atoria, in-S", Grôningue, 1896; Schulten, Das rômische Afrika, in-S", Leipzig, 1899.

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