s. AUGVSTi^, Epist. XVI, P. L., t. XXXI, col
2. S. Cyrille de Jérusalem, Catecliesis, IV, n. 10; X, n. 19; XIII,
dans sa chambre afin d'écarter tout malheur. Lorsque sa maison fut entièrement délivrée de l'invasion diabolique, Hespérius songeait à ce qu'il ferait de cette terre sainte qu'il ne pouvait décemment conserver plus longtemps dans sa chambre. 11 se trouva que l'évêque d'Hippone et son collègue l'évêque Maximin vinrent dans les environs. HesjDérius les pria de l'aller visiter, ce qu'ils firent. Il leur raconta tout ce qu'il avait fait et sollicita la construction d'un oratoire destiné à recevoir la terre sainte et dans lequel les fidèles pussent se réunir pour servir Dieu. Sa demande lui fut accordée ^ . L'inscription de Tixter rappelle en outre le culte des apôtres Pierre et Paul sur lequel l'épigraphie africaine nous fournit de nombreux témoignages^; les documents littéraires confirment ce qu'ils nous apprennent de cette dévotion ^ dont nous trouvons les monuments dans toutes les directions, à Orléansville, à Aïn-Khadra (Maurétanie), à Henschir-Magroun et à Aïn-Ghorab (Numidie], à Henschir-Ziara, à Henschir-Taghfaght, près de Khenchela, au Djebel- Djabba.
Nous ne pouvons citer tous ces textes, mais un curieux monument nous montrera les sentiments
1. s. Augustin, De civil. Dei, 1. XXII, c. 8, 6. P.L., t. XXX, col. 76i.
2. C. I. L., u. 91iU, 9715,9716; DE Rossi, Bull, cii arch. crist., 1877, p. 105; Le Même, La Capsclla, p. 30; C. I. L., n. 10693, 10707; Bull, di arch crist., 1878, p. 17 sq. ; La Capsella, p. 15; Ephem. epigr., t. V, p. 381, n. 67^; t. VIII, p. 105, n. 333; C. I. L., n. 9716, ce dernier titulus et le suivant : De Rossi, La Capsella, p. 18, trouvés à Orléansville et à Baridj, renversent les noms des saints. « Dans ce cas, pense Rossi, l'inversion de l'ordre normal des noms des apôtres est un sérieux indice qu'il ne s'agit pas des noms des deux princes du collège des apôtres. »
3. Actasanct., janv., t. I, p. UU; Vita S, Fulgentii Ruspensis : Sacerdotum manibus ad Ecclesiam invitatis, quae Secunda dicitur, ubietiam reliquias Apostolorum constituerai, deportatus, sortitus est honorabilt monumentum.
des Africains à l'égard de Rome; c'est ainsi que l'épigraphie et la sculpture viennent témoigner de l'état d'esprit général sur lequel nous pourrions être tenté de nous abuser si nous ne trouvions que, de loin en loin des incidents isolés, comme le conflit de saint Cyprien et du pape saint Etienne et, beaucoup plus tard, celui d'Apiarius.
Un sarcophage chrétien, qui n'est pas antérieur au dernier tiers du iv® siècle et plus probablement du début du vi^, se conserve au musée de Tébessa ; il mérite une description particulière ^ « Taillé dans un énorme bloc de marbre numidique des carrières de Chemtou ^, il ne mesure pas moins de 2"',48 de long, l'^jOô de large et 0'",68 de haut ^. Il a été trouvé, il y a une trentaine d'années, dans la salle en forme de trèfle construite sur le côté droit de la basilique''. Aujourd'hui, il sert d'autel dans l'église française.
« La face est ornée de trois figures, enfermées dans de larges cadres. Au centre, une femme est assise sur un trône, garni d'un coussin et pourvu d'un
1. Il a déjà été publié dans le Rec. de la soc. de Const., 1870, t. XIV, pi. IX et X, et dans le Tour du Monde, 1880, 2® semestre, p. 10. Les trois figures sont dessinées dans le livre de Wieland, Ein Auspug ins allchrisiliche Afrika, p. 100, 101, 102.
2. Nous avons la preuve que ces carrières étaient encore exploitées à l'époque chrétienne. Cf. C, I. L., I^t600: Toutain, Association française pour l'avancement des sciences, Carthage, 1896, t. II, p. 795.
3. La cuve est recouverte par la table d'autel. Clarixval, Rec. de la soc. de Const., t. XIV, p. 606, n. 1, et Duprat, même revue, t. XXX, 1895-1896, p. 39, s'accordent à dire que le bloc est évidé à l'intérieur.
U. Rec. de la soc. arch. de Const., t. XII, 1868, p. ^76; t. XIV, 1870, p. 606; t. XXX, 1895-1896, p. 39; Tour du Monde, 1880, II, p. 10. Cette salle, contemporaine de la basilique, fut peut-ôtre à l'origine un baptistère. Plus tard, semble-t-il, on y établit un autel, dont l'emplacement est marqué par un cadre carré en pierre affleurant le sol; cf. Ballu, Le monastère byzantin de Tébessa, p. 27 et pi. II; Duprat, Rec. de la soc. arch. de Comt., t. XXX, p. ^0.
dossier très élevé. Elle porte une robe qui laisse le sein droit découvert; ses pieds sont chaussés de bottines; un casque, très grossièrement représenté, couvre sa tête. La main droite est ouverte ; la main gauche, levée, tient un objet de forme conique, qui paraît être un gobelet ou un calice. A gauche, se voit un personnage debout, dans l'attitude de la prière. 11 est assez difficile de dire si c'est un homme ou une femme : la disposition du costume (qui comporte une tunique ou un manteau) et la taille des cheveux indiqueraient plutôt un homme. Un autre personnage se tient debout, à droite. Sa chevelure, abondante et soigneusement frisée, est rendue avec minutie. Son costume, assez compliqué, consiste en une longue tunique, en une sorte de camisole, faite de plusieurs morceaux d'étoffes superposés et découpés comme des écailles, en un manteau qui est attaché sur l'épaule droite par une fibule ronde et dont le bout pend sur le bras gauche; une sorte de bande (?) paraît se détacher aussi de l'épaule droite et elle passe sur le devant de la poitrine ; le personnage la tient de la main gauche. On ne voit pas trop ce que signifie cette bande, ainsi qu'une autre pièce d'étoffe (?) rayée de stries ou de plis obliques qui se courbe en demicercle sur la poitrine, dans un sens opposé. La main droite tient un rouleau. Il serait difficile de trouver quelque chose de plus laid que ces trois personnages, mal dessinés, mal proportionnés, aux visages grimaçants, aux mains énormes.
« Chacun d'eux est flanqué de deux flambeaux allumés, qui, dans le tableau central, sont un peu plus grands que dans les deux tableaux voisins ' . La fî-
1. Cet usage paraît avoir existé chez les païens, cf. C. I. L,, n. 9052 : ita ut statuam meam et uxoris meae tergeat et unguat et coronet et
gure principale de notre sarcophage est facile à nommer : c'est Rome, représentée, selon l'usage, en costume d'amazone et avec un casque ^ . Mais au lieu de tenir les attributs que lui donnent d'ordinaire les artistes profanes (lance ou sceptre, bouclier, globe ou statue de la Victoire), elle élève bien haut le signe de la foi, le calice du salut. C'est à la Rome chrétienne, mère de la catholicité, que les Africains rendent ici un hommage solennel, peut-être pour affirmer leur orthodoxie contre les donatistes, qui, malgré les édits d'Honorius, continuèrent à exister en Numidie jusque sous la domination byzantine ^, ou contre les Vandales ariens, qui furent maîtres de l'Afrique du Nord pendant plus de cent ans ^. Il est plus difficile d'expliquer les deux autres figures, allégoriques ou non, qui décorent le front du sarcophage deTébessa.
cer{eos) II accendat. On retrouve ces flambeaux, ou plus simplement des cierges, à côté d'images des défunts ou de saints sur plusieurs monuments d'Afrique et d'Italie, mais principalement à Naples; cf. De Rossi, La Capsella, p. 22-2^ ; De la Blaxchère, Tombes en mosaïque de Thabraca, p. 5, 6, 9, pi. I, Il ; Bull, du Comité, 1900, p. 151 et Bull, de corresp. afric, 1884, t. II, p. 72, bas-relief de Sour-Djouab, représentant un calice flanqué de deux flambeaux cl surmonte de deux colombes.
1. De Rossi, La Capsella, p. 23; F. X. Kuaus, Gescliiclite der clirisllichen Kunst, in-4°, Freiburg, 1899, t. I, p. 250.