‹ L'Afrique chrétienneChapitre 193 sur 280 · J. TOUTAIX, Les cités romaines de la Tunisie, p. 293 sq · texte numérisé non relu

J. TOUTAIX, Les cités romaines de la Tunisie, p. 293 sq

2. C, I. L., n. 17327 : templum dci Mercurii vetustate delapsum

restituerunt ; n. li'436 : Curiam a fundamentis conla[psam) ; n, 12272 :

Fanum dei Mercurii ruina mîn{ante....) reslauravil; n. 11932 : [aedem ou porticwn) vetustate conlapsam ; n. 11532 : Porticus theatri sumptu publico coloniae Ammaedarensium restilutae; n. 11217 : Templum Plut{o)nis lapsum [restitutum{'?)]et dedicatum; n. 16^00 : Balneae quae..r» redintegratae sunt devotione totius ordinis.

h. Ibid., n. 210.

et recherchés avec tant de convoitise, devenus maintenant des charges écrasantes. Le sacrifice de leur patrimoine, quelquefois de leur liberté, effraye moins les provinciaux que l'entrée dans la curie ou l'exercice des fonctions municipales. Ils se font les uns soldats, les autres prêtres ; ils essayent de forcer l'entrée des grandes administrations publiques; ils achètent des titres officiels ; ils n'hésitent même pas à s'affubler de fausses dignités pour éviter, à tout prix, d'être décurions ou duumvirs. Il faut que les empereurs interviennent, pendant tout le iv® siècle, pour assurer le recrutement des assemblées municipales, pour empêcher de s'éteindre tout à fait le peu qui reste de l'antique vie urbaine, autrefois si intense et si brillante * . La fréquence même et la répétition des mesures prises par le gouvernement central prouvent que ces efforts furent dépensés en pure perte ^.

On ne doit pas hésiter à reconnaître, dans l'épisode de la proclamation et de la chute des Gordiens suivie des vengeances exercées par Capellien, un des facteurs qui entamèrent la ruine de l'Afrique. Cependant, même après la dévastation exercée par les troupes de l'ancien légat de Numidie, rien n'était perdu, rien n'était même définitivement compromis. Mais ce qui rendait impossible le retour de l'ancienne prospérité et des vertus civiques qui en étaient comme l'efflorescence, ce furent, d'une part.

1. Code Théod., XII, i, lois 7, 9, 15, 26, 27, 41,^14, 45, 46, 59, 73, 95, 133, 143,144,149; VI, XXII, 2.

2. J. TouTAiiv, op. cit., p. 363 scf. Le Même, Organisation municipale du haut empire, dans les Mél. d'arch. et d'fiist., 1898; La « paix romaine * en Afrique a été fortement niée par M. Monceaux et affirmée par J. TOUTAIN, Les cités romaines, p. 303-308.

rincertitude qui ne cessa de planer sur les cités dont la protection était de plus en plus compromise par l'incurie et les vicissitudes de FEmpire; d'autre part, l'état de fanatisme et d'exaspération qui naquit des rivalités entre païens et chrétiens. Il y eut dès lors, et pendant deux siècles environ, deux partis ennemis, dont l'inimitié s'entretenait par des émeutes, des supplices, des exils, des confiscations. Que l'on se figure une nation moderne soumise, pendant deux siècles, à un régime analogue à celui de nos guerres de religion de 1560 à 1600. Les villes italiennes du xiv^ siècle pratiquèrent ce régime un peu plus d'un siècle durant : elles s'y épuisèrent et ne s'en sont pas relevées.

Il en arriva de même à l'Afrique, dont la population la plus saine, la plus prolifique et, en un certain sens, la plus industrieuse, fut soumise, pendant tout le iii^ siècle, à des coupes réglées qui firent plus que de raréfier les hommes, mais qui bouleversèrent les fortunes, jetèrent le trouble là où le calme était rigoureusement indispensable. L'étude des documents de cette époque, dégagée de toute préoccupation confessionnelle, ne nous permet pas d'hésiter sur le parti auquel incombe la responsabilité du déchirement social qui se produisit à cette époque et qui ressort, avec une évidence indéniable, de l'étude des textes et des monuments. Au moment même, dit excellemment M. Toutain^ où se faisait le plus vivement sentir le besoin de la sécurité, de la paix et de l'union, cette sécurité, cette paix, cette union avaient disparu. Les Africains avaient le droit d'être sans cesse inquiets : des montagnes boisées qui fermaient, à

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