‹ L'Afrique chrétienneChapitre 196 sur 280 · Sophocle, Œdipe roi, 239; Platon, Leges, IX · texte numérisé non relu

Sophocle, Œdipe roi, 239; Platon, Leges, IX

vers, ce n'était pas celle-là qu'ils considéraient comme leur Providence et qu'ils invoquaient. Les dieux de chaque homme étaient ceux qui habitaient sa maison, son canton, sa ville. L'exilé, en laissant sa patrie derrière lui, laissait aussi ses dieux. Il ne voyait plus nulle part de religion qui pût le consoler et le protéger ; il ne sentait plus de Providence qui veillât sur lui; le bonheur de prier lui était ôté ^ »

Cependant les chrétiens que frappait l'exil paraissaient s'en accommoder ; il y avait des exilés volontaires : l'un d'eux fut saint Paul, le premier ermite, et on sait les multitudes qui imitèrent sa conduite. Manifestement l'arme de l'exil est émoussée dès qu'elle frappe les chrétiens. Le proconsul dit à saint Cyprien : <( Pourras-tu aller en exil? » — « Je pars, » répond l'évêque. Et il part. Et c'est à l'occasion de cet exil que le compagnon et le confident du grand homme va écrire ces choses sans précédent : « Vivre hors de la cité est une dure peine pour les païens ; pour les chrétiens, le monde entier est leur demeure. Fussent-ils relégués dans quelque recoin caché et inabordable, s'ils communiquent avec Dieu, l'exil ne leur est rien. Le véritable serviteur de Dieu est un étranger dans sa propre cité 2. » Que l'on s'imagine, si on le peut, l'émoi, l'indignation, la fureur que, selon les tempéraments, de telles paroles devaient pro- •duire chez les païens, et l'on pourra mieux comprendre la profondeur de scandale et parfois la sincérité de la haine qui en rejaillissait sur le christianisme africain avec toutes les conséquences qui en devaient sortir et que nous avons signalées.

Il est probable que cette conception nouvelle de la

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