‹ L'Afrique chrétienneChapitre 210 sur 280 · Ibid., III · texte numérisé non relu

Ibid., III

3. L'opinion de Tertullien, Ad Scapulam, 5, el de Ps. Cyprien, Liber de laude martyrii, 15; Origène, Exhorl. ad martyres, 15, manifeste un sentiment analogue lorsqu'il observe que le martyre, 4'un homme comblé de richesses, époux et père, comme l'était son Mécène Ambroise, serait beaucoup plus méritoire que le martyre d'un pauvre homme comme lui, Origène.

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un rang honorable parmi les défenseurs de l'Eglise. Païen dévot ^ il avait été conquis par Théroïsme des serviteurs de Jésus et, plus encore, par la divine image de leur Maître, qui le poursuivait nuit et jour, s'offrant à lui « non pas à travers de vaines insom-

nies, mais sous les traits de la Vérité simple et nue La conversion d'un grammairien, très suivi comme l'était Arnobe, était un événement d'une certaine importance, d'autant plus que, jusqu'à ce moment, le converti avait employé son talent, qui était réel, à combattre ce christianisme qu'il embrassait. Les fidèles n'étaient pas sans une profonde défiance à l'égard du nouveau venu qui, pour donner un gage indubitable de la sincérité de sa conversion, publia une défense de la religion chrétienne, jointe à une critique parfois très vive des croyances et des cultes polythéistes. L'ouvrage était intitulé : Adçej^susJVationes lihri septem^. Il n'offrait rien de bien nouveau, mais c'est peut-être la condition de ce genre d'écrits d'être plus sincères que persuasifs. Arnobe reprenait le sujet traité, un demi-siècle auparavant, par saint Cyprien dans son traité Ad^ersus Demetrianum. Il présentait les mêmes objections aux-

1. « Et moi aussi, écrit-il, je vénérais, il y a peu de temps encore, des simulacres qui sortaient de la fournaise, des dieux fabriqués à coups de marteau sur l'enclume, des statues d'ivoire, des tableaux, des bandelettes suspendues à de vieux arbres. Quand je rencontrais quelque part une pierre polie enduite d'huile d'olive, je lui rendais hommage comme si une vertu divine y avait été présente ; je lui parlais, je suppliais ce bloc insensible de m'accorder des faveurs. » Arnobe, Adv. Génies, 1. 1, c. xxxix.

2. Ibid., I, 46. S. JÉRÔME, In Cliron. ad ann. S342, a écrit ce qui suit, dont nous lui laissons la responsabilité : Cum adliuc etimiciis ad credulitatem somniis compelleretur.

3. Écrit aux environs de l'an 300. Cf. 1. I, 13 ; la mention des Livres saints jetés au feu, cf. 1. IV, 36, concorde avec cette date;

quelles il opposait les mêmes réponses. Non. le christianisme n'est pas responsable des calamités publiques, car ces calamités n'ont aucun rapport avec la colère des dieux délaissés, puisque les dieux n'existent pas. Il emploie deux livres à dire cela, et les trois livres suivants à ridiculiser le polythéisme, ce qui était devenu le divertissement le plus ordinaire des écrivains chrétiens ^ Enfin les deux derniers livres sont consacrés à venger les fidèles de l'accusation d'impiété^.

Arnobe n'était pas moins ferrailleur que Tertullien, mais avec de l'esprit, de la verve et du talent il n'approcha pas du grand maître. Il lui manqua cette « suite enragée », cette exaltation farouche à la place desquelles il ne peut mettre que des déclamations de rhéteur ; il est interminable et il le sait, « il parle toujours d'abréger, et reste toujours aussi long^ », mais son mérite littéraire nous intéresse moins que l'influence qu'il a pu avoir sur les esprits. On ne voit pas qu'elle ait été bien forte ou bien profonde. Cela put tenir à ce que, s'écartant de la voie tracée par V Apologétique de Tertullien, Arnobe reprenait la tentative au point où l'avait laissée Minucius

1. RuiNART, Acta sincera (1689), p. 139, Acta disputalionîs sancti Acacii.

2. Texte dans P. L., t. V; et édit. Reifferscheid, Corp. script, eccles. lat., t. IV, Vindobonae, 1875. La critique du texte a été entreprise et poussée assez avant par Fr. Wasse\berg, Quaestiones Arnobianae cviticae, in-8°, Monasterii, 1877; A. Reifferscheid dans l'Index schotarum in Univ. lilt. Vratislavicnsi pcr liiemcm anni 1877-78 liabendarum, et dans l'Index 1879-1880 : M. Bagsten, Quaestiones de locis ex Arnobii adversus nationes opère selectis, in-S", Monasterii, 1887; G. Weymaw, Zu Arnobius : Blâtter fur das bayer. GymnasialschuUvesen, t. XXIIl, 1887, p. liUb; LE Même, Zu lateinisclien Scliriftsellern, in-8°, Munchen, 1891 ; Le Même, Zu Arnobius, dans Blâtter, t. XXX, 1894, p. 270.

3. R. PicHO.\, Histoire de la littérature latine, in-12, Paris, 1897, p. 761.

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et s'efforçait d'introduire la philosophie dans la religion. Cette philosophie lui est toutefois très spéciale : elle n'est pas le spiritualisme composé de platonisme et de stoïcisme dont s'est servi Minucius et dont se servira Lactance; « c'est tout l'opposé, le pyrrhonisme le plus hardi et le pessimisme le plus amer ^ ».

On a si bien abandonné aujourd'hui l'étude de ces anciens qu'on s'imagine — ce qui est plus flatteur que véritable — avoir les idées dans leur première nouveauté. Il n'en est rien, et l'histoire littéraire nous fait toucher du doigt les origines intellectuelles des hommes que nous avions jugé n'avoir pas eu d'ancêtres. C'est par ce côté que la critique devient elle-même l'histoire et on ne saurait omettre de rappeler ce rôle inspirateur, exercé jusqu'à des époques fort proches de la nôtre par les Africains.

Arnobe veut abaisser la superbe de la raison et, pour la forcer à croire, lui démontrer qu'elle ne peut rien savoir 2. « Nous sommes environnés de mystères, et ces secrets que nous ne pouvons trouver, nous ne devons pas même les chercher, car ceux qui concernent Dieu sont insaisissables à nos moyens humains ^ ; ceux qui touchent aux choses de la nature sont inutiles à connaître ^. Arnobe se défie si bien de la raison qu'il la chasse comme auxiliaire de la religion : il soutient qu'il est aussi criminel de

1. R. PiCHON, Lactance. Étude sur le mouvement philosophique et religieux sous le règne de Constantin^ in-8°, Paris, 1901, p. 50.

2. Adversus natîones, I, 11 : Tu audcas dicere : hoc et illud est in mundo malum, cujus explicare, dissolvere neque originem valeas neque causant.

X Ibid., II, 57 : No7i enîm divina divinis, sed rationîbus pendimus et conjectamus humanis.

h. Ibid., II, 61 : Quae neque scire compendium neque ignorare detrimentum est ullum.

vouloir prouver Dieu que de le nier ^ . » Dès lors que la foi est le seul moyen de connaissance sur lequel on puisse compter, pourquoi blâmer les chrétiens d'en faire usage? « Dites-moi s'il y a dans la vie quelque action oii l'on ne soit pas obligé de croire sans savoir ^, » Les philosophes jurent in verha magistri. Pourquoi les chrétiens ne les imiteraient-ils pas? « Remarquez, ditArnobe, que la question est beaucoup plus grave, elle est essentielle. Il y va de la vie et de la destinée. Suivant que l'on croira ou que l'on ne croira pas à l'immortalité de lame, toute la conduite de l'existence change de face. On ne peut, puisque cette existence s'écoule à chaque instant, retarder la décision ; il est urgent de choisir. N'estil pas plus sûr, entre deux partis également incertains, de prendre celui qui offre le plus d'avantages, celui qui fait espérer le bonheur éternel? Ne seraiton pas insensé de nier Dieu au risque d'être pour jamais condamné ?//i illo enim periculi nihil est, si quod dicitur imminere cassum fiât ac çacuum^ in hoc damnum est maximum, id est salutis amissio, siy cum tempus adçenerit, apeiiatiu non fuisse mendacium ^. »

Qui ne reconnaît ici le fameux argument du pari chez Pascal? Ce serait une assez belle postérité pour Arnobe que celle de Pascal, mais il n'a pas que lui seul. Lactance, saint Jérôme, saint Augustin feront

1. Ibid.,, I, 32 : TVec quicqiiani vefert aut discrcpat utrumnc neges illum an adseras atque existere fatearis, cum in eadem culpa sit et ndsertio talis rei et abnegatio refutaloris incrcduH.

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