‹ L'Afrique chrétienneChapitre 215 sur 280 · S. OPTAT, op. cit., I · texte numérisé non relu

S. OPTAT, op. cit., I

rait à être ordonné par un évêque pur de tout soupçon. L'évêque de Limata, Purpurins, se contenta de répondre : « Qu'il vienne pour l'imposition des mains, et nous lui casserons la tête. » Les fidèles empêchèrent leur évêque de se livrer à ces forcenés qui élurent à sa place Majorin, favori de Lucilla.

Ces événements coïncidaient à peu près avec l'avènement de Constantin et l'intervention du pouvoir civil dans les affaires intérieures de l'Eglise. Peu de mois après son avènement, Constantin s'occupa des affaires religieuses de la province d'Afrique, elles lui parurent plutôt anodines ^ . Il recommandait la surveillance des perturbateurs et permit, au besoin, de demander main-forte aux pouvoirs publics. Il adressa en même temps une somme d'argent, 3.000 folles^ à répartir entre les Eglises et enjoignait au proconsul d'exempter de toutes les charges publiques les prêtres partisans de Cécilien. Les évêques donatistes, voyant leurs affaires compromises, firent solliciter de l'empereur la convocation d'un concile en Gaule pour juger le différend^. Le concile se tint à Rome (2 octobre 313), au Latran. On y consacra trois journées. Le premier jour, le concile refusa d'entendre la lecture du dossier donatiste, œuvre impersonnelle, par conséquent irresponsable. Donat ayant proposé aussitôt de faire entendre des témoins, ceuxci, introduits, déclarèrent ne savoir que dire contre Cécilien^, qui accusa Donat à l'instant d'avoir préparé le schisme à Carthage du vivant de Mensu-

1. Epistola Constantini ad Caeciliamim ; cf. Eusèbe, Vita Constantiiii, I, ^5.

2. s. OPTAT, op. ci7., I, 22, 23. Epist. Constantini ad Melcliiadem; Eusèbe, Hist. eccles., X, 5.

3. S. OPTAT, op. cit., I, 2'i ; S. AUGUSTIN, Brevic. collât., III, 12.

LE DONATISME. 339

rius. Donat ne sut que répondre. Le deuxième jour, nouveau libelle, repoussé pour les mêmes raisons. Le troisième jour, on étudia les opérations du soidisant concile qui avait élu Majorin et, réservant la question de droit, le pape jugea la question de fait et annula la sentence du concile qui « avait condamné un absent ». Les donatistes eussent voulu soulever alors la question de l'évêque consécrateur, Félix d'Abtughi, mais c'était trop manifestement une échappatoire. Le pape Melchiade, afin de ne pas pousser les choses à l'excès, se borna à condamner le seul Donat ; il conserva leurs fonctions aux prêtres ordonnés par Majorin; enfin, il établit que, dans les localités où se trouvaient deux évêques, le plus jeune céderait la place au plus ancien et serait envoyé dans une autre église ^ . A peine de retour en Afrique, les donatistes attaquèrent le concile de Rome et obtinrent la convocation d'un nouveau tribunal.

L'assemblée se tint à Arles (l*^'' avril 314). Cécilien fut absous et les donatistes condamnés ; on renouvela les dispositions prises par le concile de Rome à l'égard des ordinations faites par Majorin et on porta deux canons qui décidaient: 1" qu'à l'avenir les ecclésiastiques seraient exclus du clergé, mais après la constatation du crime dans les registres publics et 2° que l'ordination faite par un évêque traditeur était valable. Quelques évêques se rallièrent à Cécilien ; les autres reprirent l'agitation religieuse en faisant appel au pouvoir civil. Après divers ordres et contre-ordres, Constantin jugea à Milan, au mois de novembre 316, la cause des donatistes. Ils furent

Page 1