Ibid., p
U, S. Augustin, Epist. ad Vincentium Rogatislum, XCIII, n. U5. 5. On donna à ce groupe donatiste les surnoms de Montenses., de Campitae et encore de Rupitae.
LE DONATISME. 345
Encolpius, Macrobius qui vivait vers 370; après lui, vinrent Lucianus, Claudianus. Ce dernier attira plus spécialement l'attention de l'Église de Rome, qui fit savoir aux empereurs Gratien et Valentinien qu'en faisant poursuivre en Afrique et même expulser les dissidents, on avait gagné de recevoir Claudianus. On ignore le nom de celui qui succéda à ce personnage, mais à la conférence de Carthage nous voyons un certain Félix porter le titre d'évêque de Rome, non sans provoquer, comme bien on pense, des protestations. Ce Félix était probablement romain d'origine ' ; c'est du moins avec lui que s'éteignit la liste épiscopale des donatistes à Rome. Le parti essaya de se répandre ailleurs encore en dehors de l'Afrique, mais il ne parvint qu'à établir un diocèse fictif en Espagne, diocèse qui paraît n'avoir guère compris qu'un évêque, une dévote et le domaine de cette dame.
Le donatisme glissa d'assez bonne heure du terrain de la controverse dans celui de l'opposition politique et de la révolte ouverte. Le parti avait donné naissance à un résidu comme il s'en forme toujours à la faveur des troubles religieux. En sortant des classes élevées pour pénétrer dans les classes inférieures, le donatisme avait gagné des auxiliaires auxquels on donna le nom de Circoncellions ^. C'étaient des pillards qui couraient les campagnes, promenant par-
1. A la protestation soulevée par Aurelius de Carthage touchant ce titre d'évêque de Rome, Peiiliauus répond : Quae ratio hue eum detulerit yiullus ignorât. Nobilitatem omiiem hic esse Romanam, nec ipsi nescitis. Idem igitur turbo eademque nécessitas (la prise de Rome par Alaric, en 410) eum hue detulit.
2. S. Augustin nous donne l'origine de ce nom, Contra Gaudentium, I. I, c. 28 : ... et victus sui caussa cellas circcmiens rusticanas, unde et CircUxMGELLIOnum nomen accepit.
3i6 L'AFRIQUE CHRÉTIENNE.
tout rincendie et le meui'tre. Ces hommes sortaient de la lie du peuple et de Tancienne race autochtone. Saint Augustin nous apprend que ces fanatiques sortis des campagnes ^ n'entendaient que le vieil idiome, le punique ^. Il semble néanmoins tout à fait probable que ces paysans étaient des Berbères qui, par leur contact prolongé avec les Carthaginois, parlaient la langue de ceux-ci, comme aujourd'hui les Kabyles parlent généralement l'arabe, sans que les Arabes entendent le berbère ^. Ne nous y trompons pas, le léger vernis théologique de la secte était moins que rien; l'origine, les instincts, les procédés et les tendances des Circoncellions le prouvent. Ce ramassis de colons, d'esclaves, de petits propriétaires, pressurés, épuisés par le fisc, dont les exigences grandissaient avec les malheurs de l'époque, voyant une occasion propice pour soutenir par la violence ses revendications, n'y manqua pas. L'insurrection n'eut de religieux que l'apparence, elle fut en réalité une révolte sociale. Elle fut traitée très vite d'après ce qu'elle était. En 347, l'empereur Constance envoya en Afrique deux délégués, chargés de faire de nombreuses aumônes et de travailler à la réconciliation des partis '•. Ils furent repoussés par Donat de Car-
1. s. Augustin, Epist. CVIII, Ad Macrobium, c. v, § 18, parlant de l'audace des circoncellions, se sert de l'expression rusticana audacia.
2. Ibid., c. V, § 14 : Vevborum tuorum, quae in eos per punicwn interpretem... jaculatus es.
3. H. FouRXEL, Les Berbers, 1. 1, p. 64; SA.iNT-]VlARC-GiRARDi.N,L'^/'rique sous saint Auguslin, dans la Bévue des Deux-Mondes, 15 sept. 1842.
4. S. OPTAT, De schismate Donatist., III, 3. La mission avait était précédée d'une première tentative d'union dès le début du règne de Constance. Les propositions d'union furent repoussées avec quelque hauteur, comme pouvait le faire un parti alors très puissant et nombreux à qui on proposait de se dissoudre. Léonce et, avant lui, Ursacequi avaient reçu commission de procurer la réunion des dissidents, eu anùvèrentun
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thage, mais en Niimidie leur arrivée provoqua la révolte ouverte. L'évéque Donat de Bagaï, averti de leur arrivée, avait fait fermer les portes et ameuter les circoncellions \ Paul et Macaire demandèrent secouTS au comte et la répression paraît avoir été des plus sévères. Donat de Bagaï et le prêtre Marculus périrent ^. Donat de Cartilage alla mourir en exil
peu vite aux dragonnades. Us exigèrent d'abord la restitution des basiliques orthodoxes dont le parti s'était emparé par la force et cette restitution entraîna des violences à l'égard des plus mutins. On emprisonna, on proscrivit, on exila. EUies Dupin, qui ne peut pas être suspect de trop de bienveillance pour les orthodoxes, trouve cela fort bon : quae paenae, dit-il, quamvis ipsorum facinoribus deberentur iamen inde occasîonem arrîpueimnt calumniandi Catholicos quasi persecutores et fiostes christianorum qui crudeliter in innocentes saevirent, op. cit., p. 13. On peut lire à ce sujet le sermon donatiste publié par Ellies Dupin et mettre en regard de cette rigueur l'accueil que le parti faisait aux représentants du pouvoir central ; c'est ainsi que le successeur d'Ursace et Léonce, un nommé Grégoire, était traité par Donat de macula senatus et dedec'us praefectorum. 11 faut rappeler également les calomnies qui devaient être très sensibles aux hommes de ce temps et dont les donatistes ne se privaient pas, cf. Ellies Dupin, op. cit., p. lU. Pour les opérations militaires de Ursace, de Grégoire, de Léonce, de Taurin, de Silvestre, cf. R. Gagnât, L'armée romaine d'Afrique, in-4°, Paris, 1892, p. 67 sq.
1. Tout cet épisode de l'envoi des operarii unitatis, des difficultés qu'ils rencontrèrent à Bagaï et de l'intervention du comte d'Afrique. Silvestre, est étudié par G. Pallu de Lessert, Fastes des provinces africaines, 1901, t. 11, V^ partie, p. 240-246. On y trouve la distinction entre Taurinus et Silvestre et l'indication des deux tentatives d'unité, l'une vers 320, l'autre après le concile de Sardique (343). Pour cette date, Ibid., p. 244, note 3. « Dès le milieu du iii« siècle, Bagaï, Mascula et Thamugadi possédaient des évoques. Gf. Morcelli, op. cit., t. 1, p. 92, 2i5, 306. Après la paix de l'Église, le christianisme eut, au nord del'Aurès, une intensité de vie extraordinaire. Partout s'élèvent des églises et des chapelles que leur architecture et la forme des symboles chrétiens permettent de dater du iv« ou du commencement du v® siècle. Gette région fut le centre du donatisme. » Gsell et Graillot, dans Mél. d'arch. et d'Iiist., 1893, t. XIII, p. 473. Inscriptions de cette région avec le Deo laudes, C. I. L., \\. 2308 et additam., p. 950; Bull. Soc. des antiq., 1878, p. 131; La, Capsella, p. 19, u. 6; Ephem. epigr., t. V, n. 680; C. I. £., u. 2223; Bull, du Comité, 1887, p. 80, n. 165; MéL d'arch. et d'Iiist., 1891, t. XI, p. 427.
2. Les catholiques et les donatistes ne s'entendaient pas sur les cir-
avec bien d'autres évêques de son parti. Le donatisme était complètement démembré et le successeur de Cécilien, Gratus, crut pouvoir proclamer au concile de Carthage, en 349, que Dieu « avait rendu à l'Afrique l'unité religieuse * ». Ce même concile porta deux canons ayant trait au donatisme. L'un décrétait que la rebaptisation de ceux qui avaient répondu aux interrogations qui leur étaient posées d'une manière conforme à la doctrine de l'Evangile et des apôtres, était illicite ; l'autre interdisait le culte de ceux qui en se précipitant ou de toute autre manière auraient trouvé la mort en cherchant un soi-disant martyre.
Il n'en subsistait pas moins un profond malaise en Afrique, car les violences de 347 avaient pris, à certaines heures, la gravité d'une guerre civile et laissaient des sujets de perpétuelle irritation. La première agression était due à Donat de Bagaï, inspiré et probablement dirigé par Donat de Carthage. Les circoncellions avaient pris, cette fois, une situation officielle. Sous leurs chefs Axidus et Fasir, ils étaient bien les hommes de main du parti. Il y eut, à la nouvelle des excès auxquels ils se livraient, une terreur comme il s'en répandit au moyen âge, en France, lors de la Jacquerie et des Tard-Venus, ou encore au temps de la domination romaine, lors de la révolte
constances de la mort de Donat et de Marculus. Pour le récit donatiste concernant Marculus, cf. S. Optât, p. 193 (édit. ZwiszA,p. 193) et son traité De schismate Donatistœ^um, 1. 111, passîm; S. Augustin, Contra liiteras Petiliani, II, 32, ^6; Tract, in Joliannem, XI, 15; Contra Cresconium, III, 54 sq. Le « martyre » de Maximien et d'isaac est de la même époque et paraît avoir eu lieu à Carthage, cf. S. Optât, Opéra, 1700, p. 197. 11 n'est pas sans utilité de rappeler que Donat de Bagaï et le prêtre Marculus sont inscrits au martyrologe. Tillemont, Mém. Iiist. eccl., t. VI, p. 711, confond Donat de Bagaï avec Tévêque d'Avioccala. Sur ce dernier, cf. G. Fallu de Lessert, op. cit., p. 23i, note 3. 1. Ellies Dupin, op. cit., p. 14.
des Bagaudes. Les évêques, ne pouvant rien, firent appel au comte Taurinus : « L'Eglise, lui disaientils, ne peut corriger ces gens-là. » Taurinus fit marcher un détachement qui parcourut les lieux que ravageaient les circoncellions et en tua le plus qu'il put. Ce fut principalement la Numidie qui eut à souffrir, et le souvenir de la répression devint le thème des reproches les plus yéhéments adressés aux catholiques. Tout cela cependant, répondait l'évêque Optât, tout cela est arrivé sans notre provocation, sans nos conseils, sans notre participation; tout pouvait être évité sans cette funeste rebaptisation.
Si instructifs que soient les documents officiels de la querelle du donatisme et des autres hérésies africaines, ils ne peuvent nous donner une idée suffisamment précise de la profondeur des passions soulevées dans tous les rangs du peuple par les débats théologiques. Des textes d'une nature plus familière , les inscriptions vont nous montrer les Africains s'obstinant dans l'affirmation de leurs convictions jusque dans la mort, comme pour nous mieux assurer qu'ils ne varieront point. Quelque aride que doive en paraître le détail, on nous accordera que nous ne pouvions l'omettre.
HIC- lACENT
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