‹ L'Afrique chrétienneChapitre 237 sur 280 · s. Optât, De schismate Donatistarum, t. II, c · texte numérisé non relu

s. Optât, De schismate Donatistarum, t. II, c

2. P. Allard, Julien V Apostat, in-8°, Paris, 1903, t. II, p. 286.

de pouvoir, avaient conduit les esprits, le rappel de Tévêque Athanase et de l'évêque Hilaire sur leurs sièges, en ne prenant aucune mesure pour leur assurer Texercice pacifique de leur autorité légitime, devenait l'occasion de troubles nouveaux et dès lors n'était pas moins répréhensible que le rappel des chefs de la faction donatiste. Il y avait là un acte impolitique qui ne pouvait manquer de donner, à bref délai, ses résultats. Ce qui arriva. Les prélats schismatiques rentrèrent de l'exil et remontèrent sur leurs sièges. L'Afrique était de nouveau livrée aux discordes religieuses.

Les donatistes, connaissant ce qu'ils pouvaient attendre du prince ^ , lui avaient fait présenter une demande en restitution des basiliques qui leur avaient été retirées. On la leur accorda et on leur rendit toute liberté. Le successeur de Donat le Grand put venir occuper son siège de Carthage. Ainsi qu'on devait le prévoir, les donatistes, qui devaient leur nouvelle situation à la même volonté qui restaurait le propre ennemi du christianisme, l'idolâtrie, les donatistes interprétèrent la tolérance comme une invitation à aider le gouvernement de Julien dans sa politique à l'égard des chrétiens. Optât ne ménage pas les expressions pour décrire les violences auxquelles ils se livrèrent : « Vous êtes rentrés en Afrique, leur disait-il, au moment même où le diable avait permission de sortir de prison, et vous ne rougissez pas d'éprouver les mêmes joies que lui et pour le même motif ! Vous revenez, encouragés, furieux, dépeçant les membres de l'Eglise; habiles à séduire, intrai-

1. Au moment où Julien promulgua le retour des proscrits religieux, on savait à quoi s'en tenir sur son apostasie et les sentiments qu'il portait au christianisme.

tables pour tuer, provocateurs. Vous expulsez, vous envahissez les basiliques à main armée; nombre d'entre vous — et dans tant de lieux que le temps nous manque pour les énumérer — commettent le meurtre et avec une telle atrocité que la relation en a été envoyée [à l'empereur] . Vous vous en souvenez de toutes ces localités témoins du meurtre des catholiques. Ils étaient des vôtres, ce Félix, évêque de Zabé [dans la Sitifîenne], et ce Januarius, évêque de Flumen piscensis [dans la même province], et tous ces autres qui se précipitèrent dans la ville de Lemellef où ils trouvèrent, quoiqu'ils en eussent, la basilique fermée. Aussitôt on l'escalade, on grimpe sur le toit dont on jette les tuiles sur les diacres groupés autour de l'autel, et deux d'entre eux sont tués : Primus, fils de Januarius, et Donatus, fils de Ninus. Ceci se passait en présence de vos évêques qui viennent d'être nommés, et par leurs ordres.

« En vérité, cela donnerait lieu de croire que c'est de vous qu'il a été dit : « Leurs pieds sont rapides dès qu'il s'agit de répandre le sang. » On tue nos diacres à l'autel en présence et sur l'ordre de vos évêques et on recommence à Carpis. Ne sont-ce pas des abominations que rien ne peut expier? Dans les villes de la Maurétanie, votre entrée est signalée par de* massacres et on tue les enfants dans le ventre de leur mère. Ah ! il s'agit bien de Macaire qui a pu se montrer un peu rude, mais au moins avait-il l'excuse de vouloir procurer l'unité, tandis que toute votre conduite tend à aggraver les dissentiments. Rappellerai-je ce que vous fîtes à ^Tipasa de Maurétanie? Deux évêques de Numidie, Urbanus de Formis et Félix d'Idicra, deux flambeaux embrasés, prome-

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nèrent leur malignité, jetèrent l'épouvante parmi une population pacifique, et, mettant à profit la complaisance et la malveillance de quelques magistrats ainsi que du prseses Athenius, ils expulsèrent et battirent les fidèles, mettant les hommes en pièces, violant les matrones, tuant les enfants, faisant avorter les femmes. La voilà votre Eglise, elle se désaltère et se nourrit avec le sang que ses évoques lui donnent.

« Ce n'est pas tout. Ce qui vous paraît chose sans importance se trouve être un sacrilège. Vous avez fait jeter l'Eucharistie à vos chiens; mais Dieu a fait voir à l'instant sa vengeance. Ces chiens sont devenus soudain enragés, se sont jetés sur leurs maîtres comme ils eussent fait sur des malfaiteurs et les ont mis en pièces. Une ampoule contenant le chrême fut précipitée par la fenêtre, mais la main des anges la déposa intacte sur les rochers ^ » Optât nous a conservé le souvenir de violences plus révoltantes encore, mais que nous ne croyons pas devoir traduire^.

Du moins. Optât donnait des noms.

Le règne de Julien fut court. Jovien, son successeur, ne vécut pas assez de temps pour s'intéresser efficacement à l'Afrique. Valentinien eut à s'occuper lui aussi des donatistes, mais ici le conflit s'agrandit et les positions véritables se dessinent. A peine Valentinien venait-il de monter sur le trône que les

\. s. OPTAT, op, cit., 1. II, c. 17-19.

2. Ibid., 1. II, c. XIV : lîevertentes Urbanus Formensis et Félix Jdicrensis invenerunt matres, quas de castimonialibus fecerant mulieres. Interea supra memoralus Félix inter crimina sua et facinora nefanda, ab eo comprehensa puella oui milram ipse imposuerat, a qua paulo ante pater vocabatur, nefarie inccstare minime dubitavit.

LE DONATISME. 371

tribus des Aiisturiens ^ , encouragées par le succès d'une razzia opérée l'année précédente, peut-être avec la connivence du comte Romanus^, revinrent enlever sur le territoire de Leptis ce qu'ils n'avaient pu emporter avec eux. Ils étendirent leurs ravages jusqu'à Œa, et cette fois encore le comte les laissa faire (365). En 366, ils reparurent pour achever la dévastation et le dépouillement du pays. Celui sur la mémoire duquel plane encore l'ombre de la trahison ne borna pas son incapacité ou son infamie à cette inaction sur un théâtre de second ordre. Les contemporains et les auteurs qui nous ont laissé le récit de la guerre de Firmus n'hésitent pas à accuser Romanus d'avoir provoqué les événements qui se transformèrent bientôt d'une simple agitation en guerre ouverte^. Romanus entretenait des divisions dans la famille d'un des chefs barbares que l'Empire tolérait en Maurétanie. Romanus soutenait Zammac, frère de Firmus, roi du pays, lorsque Firmus, afin de couper court à l'opposition de Zammac, le fit assassiner. Romanus accusa Firmus devant l'empereur et, grâce à ses relations de cour, empêcha Firmus de faire parvenir sa justification. Celui-ci, outré par de telles manœuvres, se révolta et déclara la guerre à l'Empire. « Ce récit doit être véridique, dit M. Cagnat, mais on peut se demander aussi s'il ne trouvait pas, dans l'état des esprits en Maurétanie, à ce moment, un terrain tout préparé pour une révolte. Il faut remarquer que l'influence

1. Ammiex, Hist., XXVI, U, 5; Corippus, Joliannide, 11,89 sq., les nomment « Austures ». Cette tribu avait ravagé la Tripolilaine dès 364; elle se retirait dans le voisinage d'OEa et de Leptis magna. Cf. Tissot, Géogr. comp. de l'Afrique rom., t. I, p. 369.

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