Ammie.\, op. cit., XXVIII, 5, 2 sq
de Donat avait séparé l'Afrique en deux camps ennemis : les uns, partisans de l'orthodoxie, étaient appuyés par l'autorité impériale, comme nous l'avons dit plus haut; les autres, qui s'étaient jetés dans le schisme et se sentaient tenus pour des ennemis publics, devaient être disposés à se laisser emporter aux partis extrêmes avec toute l'ardeur que les discussions religieuses inspirent aux esprits, môme les plus calmes. Combien cette ardeur ne devait-elle pas s'accroître alors que la revendication religieuse se doublait d'une revendication de race, et qu'il s'agissait, non plus seulement de faire triompher des idées abstraites, mais de prendre une revanche des défaites passées et des persécutions essuyées! Les donatistes étaient, en grande partie des indigènes, pour qui le schisme avait été l'occasion attendue de protester contre une servitude impatiemment supportée, et qui nourrissaient au fond du cœur l'espoir de secouer le joug quelque jour. Ils firent donc alliance avec Firmus, comme Firmus avec eux; ils lui donnèrent une nombreuse armée qu'il n'avait point et un excellent recrutement indigène, qui lui était indispensable pour soutenir la lutte; lui, leur fournit le chef militaire dont ils avaient besoin ^ »
1. Celte union entre les donatistes et Firmus nous est surtout révélée par des passages de saint Augustin {Epist. LXXXVII) : Mémento quod de Bogatensibus (c'est-à-dire des sectateurs de Rogatus, évêque de Cartenna) yion dixerim qui vos Firmîanus appellare dicuntur, sicut nos Macarianos appellatis. Neque de Bucatensi episcopo veslro, qui cum Firmo pactus perhibetur incolumitalem suorwn ut ei portae aperientur et in vastationem darentur catholici et alia innumerabilia ^ Rogatus de Cartenna, ayant quitté le donatisme, fut persécuté par ses anciens compagnons du schisme, avec l'aide de Firmus. Cf. S. Augustin, Contra litt. Petiliani, 83 ; In Parmen. 1, 10. La trahison de deux corps de troupes auxiliaires, les Constantiniani pedites et les équités cohor-
LA DONATISME. 373
Firmus, n'ayant plus rien à ménager, revêtit la pourpre*, convoqua ses alliés de la montagne et entra en campagne. Césaréé (=: Cherchel) ^ et Icosium (= Alge?'] ^ furent prises et saccagées, Tipasa bloquée. La position de la ville était forte et le sort qu'avaient subi les villes conquises par Firmus donna aux habitants une vaillance et une endurance qui leur permirent de tenir bon et d'obliger l'ennemi à lever le siège. Firmus avait cependant privé la place de toutes ses communications avec la terre, occupant tous les accès, détournant les cours d'eau qui alimentaient; la ville d'eau potable , bouchant les sources. On se battit pendant huit jours, tout était prêt pour l'assaut, machines de guerre, tours roulantes, échelles. Ni force, ni ruse ne triomphèrent'*. Alors, dit un contemporain, auteur de la Passion de Sainte Salsa, Firmus imagina de s'affubler du masque de la dévotion et d'entrer dans le temple de la martyre qui se trouvait en dehors du rempart, sous prétexte d'y accomplir un vœu, comme si la sainte pouvait passer au parti des païens. Il alluma des cierges qui s'éteignirent ; il offrit le pain et le vin, ils tombèrent à terre, aucune substance ne se prêta à l'accomplissement de ces cérémonies impies. Pensant que cet échec était dû au hasard, il recommença une seconde et une troisième fois, mais il ne
Us IV safjittariorum {Not. Dujn. Occ, V, 103, 252, et VU, 150; YI, 29, 72, et VII, ,191) appartenant à l'armée d'Afrique, et par conséquent recrutés parmi les indigènes, qui passèrent à Firmus, doit être sans doute attribuée à des motifs religieux.
1. Ammien, XXIX, 5, ^8, 'i9; Zosime, IV, 16, k\ Aurelius Victor, Episl. XLV, 7.