‹ L'Afrique chrétienneChapitre 240 sur 280 · Code Thcod., VIII · texte numérisé non relu

Code Thcod., VIII

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gagner du temps et méditait une nouvelle révolte. Théodose, brusquant la reprise des hostilités, s'avança-jusqu'à Zucchabar (= Miliana). Il y rencontra deux corps indigènes appartenant à l'armée d'Afrique qui, très probablement pour motif de religion, avaient pris le parti de Firmus : c'étaient la quatrième cohorte des Sagittarii et la légion Flâna Victrix Constantina; chefs et soldats furent passés par les armes ou soumis à de cruels supplices. Firmus allait d'échec en échec. Ainsi qu'il arrive, quand son étoile fut assez obscurcie, ce ne furent même plus des échecs, mais des défections, qui l'atteignirent. Théodose, à force d'énergie, s'était tiré de quelques situations très critiques et tantôt par des combats, tantôt par des marches stratégiques, contraignait les tribus à la soumission. Cependant rien n'était terminé. Firmus restait libre et apparaissait tantôt sur un point, tantôt sur un autre; partout sa présence suffisait à ranimer la révolte. Le prestige exercé par Firmus sur les Maures rappelle celui qu'en d'autres temps exerça, dans les mêmesparages, Abd-el-Kader: on pouvait craindre que la guerre ne s'éternisât^. La trahison fit ce que la victoire ne pouvait faire : Firmus, s'apercevant que son allié Igmazen le faisait surveiller de si près que la fuite était devenue impossible, profita du sommeil de ses gardiens et se pendit. Firmus mort, les montagnards révoltés rentrèrent dans l'obéissance et la situation redevint calme en Maurétanie. C'était pour le donatisme une nouvelle partie perdue.

1. Mercier, La population indigène de l'Afrique sous la domination romaine, vandale et btjzantine, dans le Rec. de Constantine, 1895-1896, t. XXX, p. 127-211. S. GSELL, dans les Mél. d'arcli. et d'hist., 1898, t. X\1II, p. 95; 1900, t. XX, p. 100.

Le donatisme, après avoir complètement dévié dans la politique à l'occasion de la révolte de Firmus, acheva son évolution par l'émiettement de ses forces en un certain nombre de groupes qui, sous des noms variés, amenèrent la dissociation de la secte et sa disparition définitive. Ce furent d'abord les Rogatistes, qui ne parvinrent jamais à réunir plus d'une dizaine d'évêques ^ Ce petit nombre n'était pas une infériorité à leurs yeux, et très sincèrement, ils se fussent affligés d'être plus nombreux. C'était toujours le tempérament indigène qui reparaissait, morcelant indéfiniment les groupes sociaux et aboutissant à l'impuissance chronique. A ce point de vue, le donatisme et ses rameaux détachés représentaient vraiment l'élément africain appliqué aux choses religieuses, soucieux de sectionner, de fractionner de plus en plus jusqu'à se réduire à une poussière, et avec cela batailleur, violent et ne concevant toutes choses que dans l'isolement farouche du cheikh vivant de razzias. Le donatisme portait en lui-même, parce qu'il était vraiment national, ce germe de ruine qui n'a pas manqué de faire de lui ce qu'il a fait de tous les autres groupements autochtones. Vers la fin du iv^ siècle, lorsque Donat le Grand eut disparu, commença la dissolution. En 391, Primien, évêque intrus de Carthage, chassa le diacre Maximien ^, qui organisa un parti, et assembla un concile auquel il convoqua Primien. Celui-ci n'y vint pas, fut convoqué à un autre concile dont il ne s'inquiéta pas

1. s. AuGUSTix, Epîst., XCIII, c. IV, 11. 12; c. xxi, 2?». Cf. Fallu de Lessert, Fastes des prov. afric., t. II, 2® partie (1901), p. 25'i, note 5.

2. Contra Cresconium, IV, 54 ; Sur les schismes des Rogatistes et des Maximianistes, cf. Ellies Dupin, op, cit., p. 16.

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plus que du premier, mais qui le déposa (24 juin 393) ^

L'année suivante, Primien eut son concile ^ et excommunia à son gré. Les maximianistes qui ne se soumirent pas, résistèrent, n'ayant pas d'autre ressource. Ils le firent en vrais Africains. Félicien de Mustis et Prétextât d'Assur, ayant reçu l'ordre de quitter leurs sièges, s'y maintinrent. Salvius de Membressa reçut l'ordre de se démettre ; il n'en fit rien. Les gens de Membressa étaient pour lui; le proconsul fit venir ceux du bourg voisin, Abitène, et leur abandonna l'évêque. Ceux-ci lui suspendirent au cou des chiens morts et lui ordonnèrent de danser; il dansa, mais garda son siège ^. Ceux de Membressa lui bâtirent une basilique en échange de celle qu'on lui retirait. Les primianistes étaient dirigés par un nommé Optât, évêque de Thamugadi, connu sous le nom d'Optat le Gildonien, de Gildon, comte d'Afrique'% dont il était l'ami. L'Afrique souffrit, pendant les dix années de pouvoir de cet homme, plus qu'elle n'avait souffert depuis le début du donatisme, mais le récit des brutalités, des violences, de la tyrannie apprendrait peu de chose au delà de ce qu'on peut se figurer en attribuant à ces deux maîtres de l'Afrique tout ce dont l'infamie la plus profonde et la plus impudente peut se rendre capable.

1. Contra litt. Petiliayii, I. 24; De gestis cum Emerito. 10; cf. Ellies DuPiN, op. cit., p. 16.

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