S. Augustin, Epist. XVJ
nothéisme ; mais nulle part elles ne semblent avoir été aussi marquées, surtout aussi habituelles et aussi populaires qu'en Afrique. La propagande chrétienne a dû profiter des profondes affinités du christianisme avec les religions locales; elle trouvait un secret auxiliaire jusque dans la conscience de ses ennemis. On est tenté du moins de l'admettre pour expliquer un fait que nous ont révélé des fouilles récentes : la brusque désertion des sanctuaires de Baal, le Saturne africain, vers le milieu du iii^ siècle*, juste au moment où le christianisme s'étend et s'organise dans tout le pays à la voix de saint Cyprien. Coïncidence très significative, qui paraît annoncer des conversions en masse : si des foules pouvaient passer si facilement au christianisme, c'est donc que leur instinct religieux n'y était point dépaysé. Voilà qui peut-être aussi aide à comprendre les
1. J. TouTAiN, De Saturni dei in Africa romana cuUu, in-S", Parisiis, 1896, p. 138-139 ; Le Même, Mél. d'ardu et d'Iiist., 1892, t. XII, p. 112 ; Le MÊME, Les cités romaines de la Tunisie, p. 228 sq. : « Ce fut le peuple, ce furent les humbles et les pauvres qui se convertirent d'abord. Les premiers évèques africains furent, sauf de très rares exceptions, des plébéiens. La religion du Christ fut surtout accueillie et confessée dans les classes sociales qui étaient restées les plus fidèles à l'antique religion carthaginoise. » Nous trouvons dans les textes épigraphiques des preuves matérielles de cette « contiguïté » entre la terminologie africaine et la terminologie chrétienne. J. Toutain attribue aux fidèles de Saturne des dédicaces qui nous paraissent pouvoir faire l'objet d'un doute au profit de l'épigraphie chrétienne. Selon lui, les inscriptions du C. I. L., n. 1^551 ; Deus Sanctus Aeternus ; n. 196 : Aeternum numen praestans propitium; n. 12003, 1134^4 : Deus patrius; Bull, du Comité, 1893, p. 233, n° 50 : Invictum numen appartiendraient à la religion africaine. Nous serons moins affirmatifs. Une inscription trouvée à Oued-el-Hammam (Maurétanie Césarienne) et datée de l'année 261, est ainsi libellée : Deo aeter \\no votum l quot prom- H isit Boga- || tus Sabinil{lus? la?) S fecit. [anno] pr [ovinciae] H ccxxii. Cf. L. Demaeght, dans le Bull. trim. des antiq. afric., 1884, p. 100, n. 345. Il faut rapprocher celte formule de celle d'un autel chrétien trouvé à Orléansville, C. I. L., n. 9704 : Aram Deo ]] Sancto Aeterno.
progrès rapides de révangélisalion au ii® siècle K » Il n'est pas aisé de délimiter les frontières ecclésiastiques de rÉglise d'Afrique ; sans doute ici, comme presque partout ailleurs, le christianisme marchait dans le sillon tracé par l'administration romaine, adaptant ses circonscriptions embryonnaires aux divisions provinciales 2. Au iii^ siècle, l'Afrique était divisée en trois provinces : 1° l'Afrique propre, comprenant la Tripolitaine, la Byzacène et la Proconsulaire; 2<^ la Numidie; 3^ les Maurétanies. Cette division apparaît dans les actes d'un Concile tenu à Cartilage, en 258 : Qiium m unum Carthagini conçenissent episcopi pliirimi ex provincia Africa, Numidia, Mauretania ^. Elle a dû faire place, dans l'organisation chrétienne, à une division nouvelle adaptée à celle que Dioclétien imposa et que nous avons indiquée*. Quoi qu'il en soit, il est probable que nous ne saurons jamais avec précision le détail de l'organisation ecclésiastique en Afrique pendant le iii^ siècle. Nous devons sans doute laisser une part à l'imprévu, mais nous ne croyons pas préjuger à l'aventure en prêtant à l'Afrique chrétienne, d'une façon générale, les mêmes divisions qu'à l'Afrique