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CHAPITRE IV

Formation de la semaine et de l'année chrétiennes. — Fêtes du Seigneur. — Périodes privilégiées. — Les jours de « station ». — Le culte des morts. — La hiérarchie. — Le métropolitain de Carthage. — Les circonscriptions ecclésiastiques.

Il faut se garder d'attribuer aux origines des institutions sociales une consistance et une prévoyance qui sont les résultats d'un développement dont nous pouvons suivre les phases principales. A l'origine, les fidèles introduisent parmi les occupations de leur journée l'assistance à une réunion remplie par des exercices religieux ; le caractère quotidien ou lieddomadaire de ces réunions n'est pas absolument déterminé, peut-être a-t-il varié suivant les Eglises et les circonstances. Chaque réunion est isolée de celles qui l'ont précédée et de celles qui la suivront; elle n'a aucun rapport avec l'année civile ou avec l'année religieuse ^ Les frères gardent leur année civile,

1. Et cela aussi bien pour les Juifs que pour les Gentils. Comme le point peut sembler obscur, nous renvoyons à la démonstration que nous avons faite de l'impossibilité d'attribuer une valeur de repas pascal liturgique à l'Eucharistie, à cause de sa réitération fréquente dans le cours de l'année. H. Leclercq, Agape, dans F. Cabrol, Dict. d'arcli. et de liturg., t. I, col. 780-783.

juive pour les Juifs, grecque ou romaine pour les Gentils; de là sortira l'année ecclésiastique, combinaison des deux usages , juif et gréco-romain ^ . Mais ceci suppose un temps plus ou moins long. Au début, tout se réduisait au sacrifice qui « a été le centre de formation, et dans toute la rigueur du terme, le noyau de la liturgie catholique^ », et à la réunion synaxaire occupée par la lecture des écrits des apôtres et le chant des psaumes. Sacrifice et réunion synaxaire se soudèrent en un épisode unique qui ne laisse pas cependant de montrer aujourd'hui le point de suture de ses deux parties^. Le cursus cottidianus s'était ainsi constitué et, tel quel, il pouvait s'adapter à n'importe quel jour de la semaine. L'influence juive paraît avoir conduit vers une fixation plus stable de l'institution nouvelle. Depuis une époque très ancienne, un groupement de sept jours, dont le dernier consacré à la prière et au repos, existait chez les Juifs. Les chrétiens se conformèrent à cette périodicité jusqu'à ce qu'ils aperçussent une convenance qui tôt ou tard ne pouvait manquer de les frapper. Il s'en fallait d'un jour seulement pour que la solennité hebdomadaire coïncidât avec la commémoration du jour de la résurrection du Seigneur '*. La réunion chrétienne se tenait le jour du sabbat au soir, comme dans la synagogue; on y priait, on y prêchait; après cela avait lieu la fraction du pain; la cérémonie s'achevait à l'aurore, le dimanche. La synaxe et le sacrifice se firent donc le dimanche matin ; cela devint une cou-

1. D. Cabrol et D. Leclercq, Momim. Eccl. lilurg., 1. 1, p. 193*.

2. D. Cabrol, Les origines de la messe et le canon romain, dans la Bévue du Clergé français, 1900, t. XXIII, p. 585.

3. D. Cabrol et D. Leclercq, op. cit., t. I, p. lxxxiii sq. h. Ibid., t. I, n. 623, 68i, 815, Si'i, 1701.

tume chrétienne. Le dimanche fut le jour liturgique par excellence; il devint ainsi le pivot de la semaine , et , d'autres causes aidant , il remplaça le sabbat. Il fut appelé le jour du Christ, le jour du Seigneur^ xupiaxïi, dont c'était la fête^. Ce fut un nouveau pas dans la voie de la formation d'une année chrétienne ^.

La préoccupation toute sentimentale de la commémoration d'où était sorti le dimanche paraît avoir conduit à un nouveau stade. Il est possible qu'au retour de l'époque de la fête de Pâques, les frères aient éprouvé un besoin plus vif de célébrer le grand événement dont la commémoration hebdomadaire était devenue un fait consacré. Ainsi par une sorte de parallélisme, la fête hebdomadaire servit de type à la fête annuelle. De \octa{>e sortit \ anniversaire. A ce point le cycle chrétien avait reçu son caractère essentiel et définitif 3.

Puis la fête annuelle qu'on appela la pâque^ se dé-

1. 11 se produisit donc une sorte de glissement qui entraîna la solennité du sabbat jusqu'au lendemain, mais le sabbat ne fut probablement pas aboli, pas plus que le dimanche ne fut décrété. Quand le déplacement fut un fait accompli, le sabbat ne laissa pas de retenir une dignité particulière, surtout en Orient, ainsi qu'en témoignent Cassien et Éthéria, Peregrinatio ad loca sacra.

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