‹ L'Afrique chrétienneChapitre 6 sur 280 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

nos connaissances nouvelles complètent et modifient nos connaissances anciennes. C'est afin d'aider à prendre une idée précise de ce que nous savons de certain, de probable et de possible qu'on s'est efforcé de ne rien négliger de considérable dans la préparation de ce livre. On y trouvera l'énumération d'un grand nombre de sources parce qu'il a paru avantageux de mettre le lecteur à même de reprendre les assertions de l'auteur et de se faire sur chacune d'elles une opinion ou une conviction personnelle. Sans doute, on n'a pas prétendu tout dire, mais on espère n'avoir rien omis d'essentiel à l'éclaircissement du sujet traité.

La période de cinq siècles environ pendant laquelle on étudiera l'Église l'Afrique se présente dans des conditions exceptionnelles d'intérêt. Un esprit philosophique, c'est-à-dire un esprit préoccupé des origines, y verra une institution dont il peut noter l'apparition et suivre le progrès jusqu'au moment où elle entre dans la pleine lumière de l'histoire. La phase qui suit presque immédiatement celle des origines^ marque l'instant où cette même institution atteint à l'apogée de la grandeur et de l'éclat dont paraissent susceptibles les choses de ce monde ; c'est au iv*^ siècle que l'Église d'Afrique donne au monde chrétien la direction intellectuelle. Ce serait assez pour chercher dans l'histoire qui contient le récit d'événements si remarquables, matière à des enseignements qu'il peut n'être pas inutile de dégager. On s'est donc demandé si l'étude d'une société, à un moment donné de son existence, peut être pratiquée à l'aide de méthodes exactes? Si son développement historique est spontané ou déterminé? Si, dans ce dernier cas, on peut espérer en saisir la formule? Et cette

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formule dépend-elle d'une loi? Et cette loi, si elle existe, peut-on calculer d'avance ses effets nécessaires? Autant de questions qu'on peut poser au début d'un livre et auxquelles le livre lui-même doit répondre.

Nos habitudes d'éducation ont partiellement faussé le jugement que nous portons sur l'antiquité classique et l'antiquité chrétienne. Tout l'appareil extérieur de l'histoire, noms, dates, événements, nous sont devenus si familiers que nous nous croyons en mesure, par conséquent en droit, d'en parler avec une connaissance suffisante. Dès lors, cédant à une tendance naturelle, nous jugeons cette histoire d'après la nôtre, nous expliquons nos révolutions d'après celles de ce passé lointain. Il y a là une illusion contre laquelle il n'est pas possible de ne pas s'inscrire en faux. Ce que nous tenons des anciens nous fait croire qu'ils nous ressemblaient, et nous ne remarquons pas combien ils différaient de nous. Il suffît d'exposer la suite de l'histoire d'une province dans le monde antique pour reconnaître les oppositions profondes entre les sociétés d'alors et celle à laquelle nous appartenons. Les sociétés, comme les individus, sont ainsi faites qu'elles aimeni à se découvrir des généalogies très reculées et très illustres, au risque de n'être pas toujours parfaitement authentiques. Plus la science historique acquiert de précision, moins ces imaginations deviennent recevables et on peut prévoir le moment où elles cesseront d'exercer leur prestige sur un certain nombre d'excellents esprits qui les partagent encore.

Ce qu'il faut demander à l'histoire du passé, ce n'est pas des institutions applicables de nos jours. Ceux qui ont tenté ces reconstructions trop complètes

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