‹ L'Afrique chrétienneChapitre 7 sur 280 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

ont parfois mis en péril la société moderne et ont compromis ou ruiné le dessein particulier de réforme qu'ils poursuivaient. Pour connaître la vérité sur ces peuples anciens et pour tirer profit de ce que cette vérité renferme de fécond pour notre temps, il convient de conduire notre étude dans un désintéressement absolu, sans songer à nous. Si de temps en temps une situation donnée rappelle les heures vécues beaucoup plus près de nous par notre génération, ne nous hâtons pas de conclure du particulier au général, notons curieusement le rapprochement des faits, n'allons pas au delà^ c'est-à-dire, ne réduisons pas deux épisodes à devenir les fondements d'une science de la pratique. Rien ne serait moins fondé dans la réalité, parce que rien, dans les temps modernes, n'appelle et ne supporte les solutions appliquées par les sociétés d'autrefois. En outre il n'est pas probable que rien dans l'avenir rende nécessaire l'application de ces mêmes solutions périmées. Nous verrons quelles règles ont régi les hommes à une époque pleine de grandeur et de troubles et nous constaterons que ces mêmes règles ne peuvent plus gouverner l'humanité.

La raison en est plus foncière que nous pourrions être tentés de le croire. Pourquoi les conditions du gouvernement des hommes ne sont-elles plus les mêmes qu'autrefois? Disons-le tout de suite. S'il en est ainsi, c'est qu'il y a dans l'homme quelque chose de changé. L'homme n'est pas limité à l'instinct comme l'est l'animal. Les ruches des abeilles, dit Pascal, étaient aussi bien mesurées il y a mille ans qu'aujourd'hui. Il en est de même de tout ce que les animaux produisent. La nature les instruit à mesure que la nécessité les presse, mais cette science fragile

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se perd avec les besoins qu'ils en ont. 11 n en est pas de même pour l'homme qui s'instruit sans cesse dans son propre progrès, garde et augmente toujours les connaissances qu'il s'est une fois acquises. Ainsi s'explique, par notre intelligence, le changement des idées, des institutions et des lois que le mouvement de cette intelligence tient dans une alerte perpétuelle et comme dans un continuel progrès. Ainsi donc, c'est parce que l'homme ne pense plus aujourd'hui ce qu'il pensait il y a quinze siècles qu'il ne se conduit plus comme il se conduisait.

On ne se dissimule pas l'objection que soulève cette manière d'envisager le passé qui ne sera plus, semble-t-il, que matière à collections d'antiquités et à développements littéraires. Ceci n'est pas rigoureusement exact. Sans doute les monuments, les œuvres d'art et les ouvrages de l'esprit demeureront les éléments principaux des musées et des bibliothèques, mais ils n'y seront pas confinés. Les leçons que leur étude réserve à ceux qui s'y adonnent leur assurent une influence qui durera probablement autant que l'humanité elle-même, bien qu'avec des alternatives qu'il est impossible de prévoir et qu'il serait oiseux de deviner. L'histoire de la Renaissance du xvi^ siècle fournit un illustre exemple de ces retours d'une civilisation disparue et de sacompénétration par une société moderne. La Renaissance fut une émancipation de l'esprit humain, suscitée par le commerce des hommes de ce temps avec la pensée antique. Mais ne pensons pas que la rupture avec le passé immédiat, c'est-à-dire le moyen âge, fut si radicale qu'on nous a appris à le croire et à le répéter. Il ne faut pas se laisser prendre aux attitudes et aux déclamations des hommes. Nous savons aujour-

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