‹ L'Afrique chrétienneChapitre 8 sur 280 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

d'hui à quoi nous en tenir sur les emprunts inavoués mais assurés du Régime moderne à l'Ancien régime. A certains égards, la proportion est à peu près la même quand il s'agit des emprunts de la Renaissance au moyen âge. Les dédains et les mépris superbes n'y changeront rien. Nous pouvons d'ailleurs en découvrir aisément la raison. Une rupture entre deux formes politiques, religieuses ou sociales, si profonde qu'on la suppose et qu'elle ait été, ne peut substituer à ce qui existait, des institutions et des directions absolument nouvelles et sans attaches, sans prototypes. Il serait impossible de les faire fonctionner et il faut y mélanger une certaine mesure de pratique traditionnelle comme condition à leur adaptation et à leur exercice. Nous verrons qu'il n'en était pas autrement dans le passé qui fait l'objet de notre travail. Une révolution d'une brutalité et d'une rapidité inouïes substituant le régime barbare en Afrique à la civilisation romaine est obligée, sous peine d'entraîner les vainqueurs eux-mêmes dans un abîme de désordre, de maintenir un certain nombre d'institutions établies et de les maintenir dans des conditions désavantageuses aux conquérants. Ainsi s'opère une sorte de transfusion d'un esprit dans un autre esprit, de la civilisation romaine vaincue dans la barbarie vandale victorieuse.

L'histoire n'eùt-elle d'autre utilité que de nous faire voir avec précision cette loi de l'évolution, ne serait pas une science négligeable. Mais de quelle histoire parlons-nous? De cette histoire qui va de l'histoire naturelle à l'histoire de l'homme et de l'histoire de l'homme à la métaphysique. Et, afin de préciser, disons que l'histoire qui nous paraît répondre le plus exactement au genre de service que l'humanité

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en peut attendre sera la science de l'homme par l'histoire, la science des développements successifs de l'esprit humain étudiés avec toutes les lumières des témoignages historiques anciens ou récents et des méthodes historiques nouvelles. Qui ne voit que l'histoire ainsi entendue est le centre même de la science et qu'elle trouve sa raison d'être véritable qui est de définir V originalité de chacune des synthèses vivantes qu'a engendrées le mouvement de la vie générale. C'est pourquoi on a pu dire que dans la définition du génie unique, de l'œuvre propre, de l'organisation spéciale, la physionomie originale de chaque nation est le véritable problème historique. Et qu'on ne parle point, sous prétexte d'impartialité scientifique, de faire abstraction des sentiments qui font battre le cœur d'un peuple : l'histoire la plus vraiment patriotique est la plus vraiment scientifique.

A ce point de vue l'histoire nous apparaît comme une sorte de révélation faite à l'homme de ses destinées, ou pour parler plus rigoureusement, un commentaire perpétuel de la révélation divine, et cela tout seul nous apprend combien et comment elle nous est utile. Cette histoire ressemble assez peu à l'histoire, telle que les anciens la concevaient et l'écrivaient. Ceux-ci n'y voyaient que la chronique des événements qui avaient contribué au développement ou à la ruine de la cité, de l'état ou de la famille. Nomenclature aride ou exposition brillante ne visent à rien d'autre qu'à enregistrer les gestes des ancêtres et à constituer les titres de la postérité. L'histoire chez les modernes est générale, et, autant qu'elle peut l'être, universelle, depuis surtout que la foi décline, parce qu'avec la foi les hommes savent leur but; la foi manquant, ils ont besoin d'en chercher

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