s. JÉRÔME, EpisU CXXX, 5. p. I., t. XXII, col
2. s. Isidore, OHg., I, 38, 8; Schulten, Die rômische Afrîca, in-B°, Leipzig, 1900,
3. Pompée le Maure, Comm. art. Donat., p. 286, dans les Gramm. latini de Keil, t. V, p. 95 sq. Nous ne pouvons faire un grand nombre de citations, nous renvoyons à P. Monceaux, Les Africains, p. 110 sqq. et à la Bibliographie que nous avons donnée, dans D. Cabrol, Dict. d'arcfi. et de liturg., 1. 1, col. IIU sq.
taine ostentation par l'administration romaine : Opéra data estf dit saint Augustin, ut imperiosa cwitas non solum jugum^ ^eruni etiom linguam suant domitis gentibus imponeret ' .
Toutefois cette exigence ne dépassait pas le cercle toujours assez restreint de ceux qui doivent régler leur façon d'agir d'après les volontés du pouvoir ; le sermo plebeius, vulgaris, cottidianus, ne subit que lentement l'infiltration de la langue classique et cette infiltration s'opéra principalement par le mouvement qui poussait en masse vers les écoles la jeunesse de ce temps. Ces générations d'hommes instruits ont dû puissamment aider l'administration romaine à refouler les partisans du sermo vulgaris dans l'obscurité. Ces jeunes lettrés, précisément afin de faire montre de leur science, ont pris à tâche d'employer les mots recherchés qu'une érudition, mieux préparée de nos jours qu'elle ne l'était jadis, à pu restituer à leurs légitimes inventeurs; et ce sont ces jeunes lettrés, Apulée, saint Cyprien, Arnobe, Lactance, saint Augustin qui, rhéteurs de profession, ont constitué le fond caractéristique de la littérature africaine.
Après tant d'essais infructueux pour dresser un catalogue des termes relevant certainement de Vafricitas, nous nous bornerons à constater que, dans l'état actuel delà philologie, les « africanismes » semblent réduits à n'être plus que des phénomènes au lieu de constituer un idiome complet. Ce qui paraît vraisemblable, c'est que le latin classique et officiel ne se laissa guère pénétrer par les patois africains
1. s. Augustin, De civitate Dei, XIX, 7. Cf. Plutarque, Cato, 12; Suétone, Claudius, 16.
qu'il poussa devant lui à mesure que s'étendait la civilisation et la puissance romaines. Nous avons vu que, du temps d'Apulée, on parlait à Madaure un si méchant latin que cet écrivain fut obligé, à son arrivée à Rome, d'apprendre à nouveau la langue; deux siècles plus tard, la petite ville numide avait bien changé, on s'y était à ce point latinisé que les noms puniques sonnaient d'une manière étrange aux oreilles de Maxime le grammairien. Les sons latins sont maintenant les premiers qui frappent les oreilles d'un jeune enfant qui n'a besoin que d'écouter pour apprendre cette langue K
Le christianisme devint un moyen puissant d'expansion de la langue latine. A défaut de livres liturgiques qui semblent tous perdus, les traités catéchétiques des Pères ne nous sont parvenus qu'en latin; de plus, les inscriptions qui ornaient les églises, frontons de marbre ou pavements de mosaïque, présentent presque exclusivement l'emploi du latin. Sans doute, il fallait faire effort pour être entendu ; saint Augustin commet volontairement des fautes de grammaire et emploie des mots incorrects, aimant mieux, dit-il, mécontenter les savants que de rester incompris de son peuple, et l'ensemble des inscriptions païennes et chrétiennes des derniers siècles de l'empire nous prouve que les personnes de la condition la plus modeste choisissaient pour leur tombe une épitaphe latine ; en effet, les tituli grecs ou rédigés dans l'idiome indigène sont si rares qu'ils méritent à peine une mention. « Si les inscriptions, observe justement M. Gaston Boissier, étaient d'une correction
1. Pour les locutions vicieuses et VAppendix Probi, cf. H. Leclercq, au mot Afrique, dans Dict. d'arch. et de liturg., t. I, col. 743, n. 37.
irréprochable, on pourrait supposer qu'elles n'ont été rédigées que par des lettrés de profession, et qu'au-dessous d'eux on ne connaît que les idiomes du pays. Les impropriétés de termes, les erreurs de grammaire, les solécismes et les barbarismes qu'on y rencontre presque à chaque ligne, nous montrent que nous avons affaire à des ignorants, qu'ils parlent mal latin, mais qu'au moins ils le parlent. Il faut donc croire que les Africains ont fini par se rendre maîtres d'une langue qui leur était d'abord étrangère, puisqu'ils s'en servent pour exprimer les sentiments qui leur tiennent le plus ^ . » Enfin si les « africanismes » se sont trouvés faire partie de la langue classique, on peut en dire autant des termes barbares. Il n'y avait pas deux façons de parler mal le latin, mais une seule, qui se retrouve dans toutes les provinces; l'Afrique, l'Espagne, la Gaule, l'Italie et Rome même commettent des fautes semblables, et sur ce point encore Vafricitas ne nous donne rien de positif. « Où est le latin vulgaire qui soit différent du latin de l'Eglise d'Afrique? Dans toutes les provinces de l'Empire, le latin fut la langue du peuple romain, la langue de la maison, de la famille, du marché, de la rue, de l'atelier et des camps. Mais pourquoi parler donc du latin africain? Le voici : cette langue commune à toutes les provinces devint d'abord, en Afrique, la langue écrite et la langue littéraire. A Rome, en Italie et dans les autres provinces, elle fut seulement parlée et n'eut pas de littérature. L'Afrique seule eut des Tertulliens, des Cypriens et des Augustins. Voilà pourquoi il est permis de prononcer le nom de latin africain et
1. G. BoissiER, L Afrique romaine.^ in-12, Paris, 1901, p. 344 sq.
d'appuyer cette dénomination sur le caractère spécial de ces grands écrivains, mais non sur la langue ellemême \ »
1. J. Aymeric, Origine africaine du Codex Lugdunensis, dans les Lettres chrétiennes, t. IV, p. 255.