‹ L'Afrique du NordChapitre 7 sur 70 · IÔI ^ AFR. DU N. — II · texte numérisé non relu

IÔI ^ AFR. DU N. — II

Messieurs *,

L'exposé si clair, si précis, si nourri de faits et d'idées, que vous venez d'entendre, vous a présenté, dans un résumé fidèle, les caractéristiques essentielles de l'œuvre française en Afrique occidentale, et vous n'avez pu manquer d'être frappés de l'impression de foi profonde qui s'en dégage dans la valeur propre et dans les perspectives d'avenir de cette œuvre.

M. Camille Guy en a été, il est vrai, — il n'a eu garde de le dire, mais je tiens à le rappeler — l'un des plus dévoués et des plus actifs artisans, soit comme chef du service géographique et des missions au ministère des Colonies, où il a eu à coordonner et à diriger les nombreuses missions d'exploration du continent africain, soit ensuite, à pied d'œuvre, comme gouverneur du Sénégal, puis de la Guinée française. Son témoignage, pour si autorisé qu'il soit, pourrait donc peut-être être taxé ou suspect de partialité

i. Discours prononcé par M. Rourne le 16 avril 1913.

et considéré comme un plaidoyer pro domo pour l'édifice qu'il a si efficacement contribué à élever, s'il ne se trouvait confirmé par tout un ensemble de témoignages concordants, tant en France qu'à l'étranger, et dont la valeur objective ne saurait faire doute.

En particulier, l'opinion parlementaire, si longtemps rétive et défiante en matière coloniale, s'est montrée dans ces derniers temps tout à fait favorable à notre colonie de l'Ouest africain, et je trouve dans l'une des dernières manifestations de cette opinion, dans le rapport présenté, au nom de la Commission des Affaires extérieures de la Chambre des députés, par M. Pierre Goujon, à propos de l'emprunt dont on vous parlait tout à l'heure, les lignes suivantes qui sont bien faites pour donner beaucoup de réconfort et de joie à tous ceux qui ont travaillé et qui travaillent là-bas, sur le sol de l'Afrique : « Il est impossible, dit M. Goujon, de ne pas éprouver une grande fierté à revoir l'histoire de la conquête et de l'organisation de l'Afrique occidentale française. La sagesse, le désintéressement, l'ingéniosité de l'administrateur ont toujours suivi et complété la bravoure et l'abnégation du soldat. Aucune partie de notre histoire n'est susceptible de nous apporter plus d'émotion et plus de confiance. »

V 'AFRIQUE OCCIDENTALE

Combien nous voilà loin des appréciations, empreintes d'un désolant pessimisme, qui avaient cours il y a moins de vingt ans.

M. Félix Dubois, l'auteur de ce livre si remarquable, si attachant, Tomloouctou la mystérieuse, a rappelé ces appréciations dans un nouveau livre, Notre beau Niger, consacré à ces régions qu'il venait de parcourir à quinze années d'intervalle.

« Pays sans ressources, comme aussi de longtemps sans avenir d'aucune sorte », disait l'un de ceux qui avaient le plus brillamment concouru à sa conquête, le colonel Frey. « Colonie désolée, s'écriait-on à la Chambre en 1895, il n'y a rien à attendre de ces tristes régions. »

En vérité, l'histoire se répète quelquefois, et on croirait entendre l'écho des objurgations passionnées qui, à chaque session de la Chambre des députés, sommaient le gouvernement de Louis- Philippe d'évacuer notre conquête algérienne.

Eh bien, ce sentiment nouveau et si réconfortant d'entière et d'allègre confiance, les constatations que vous a apportées tout à l'heure M. Guy montrent jusqu'à quel point il est justifié par les faits.

Et tout d'abord, la paix, une paix profonde, règne dans la presque totalité de ces immenses régions, vastes comme trois ou quatre fois la

France et qui, avant notre venue, — on vous l'a dit — étaient déchirées par des luttes intestines incessantes, dévastées par les razzias des chasseurs d'esclaves. Comme M. Félix Dubois, et comme bien d'autres, j'ai vu, en descendant le cours du majestueux Niger, les traces, maintenant presque effacées, de ces dévastations terribles, qui avaient dépeuplé un des pays les plus fertiles du monde. Et l'on pouvait voir, il y a peu de temps encore, ces pyramides de crânes humains que Samory laissait derrière lui pour marquer son passage et inspirer la terreur de son nom.

A la faveur de la paix française, les villages se repeuplent, les terrains de culture, laissés en friches, se reconstituent ; la production renaît. C'est alors que se pose d'une manière pressante la question des transports.

Cette partie du continent africain, M. Guy vous l'a dit avec détails, d'une structure si compacte et si massive, est étrangement dénuée de points d'accès et de voies de communication naturelles, et c'est à n'en pas douter cette pénurie qui a contribué à la laisser si longtemps dans l'état de barbarie primitive où nous l'avons trouvée.

Pour l'en faire sortir, pour la faire entrer dans

L'AFRIQUE OCCIDENTALE

l'orbe de la civilisation moderne, il fallait nécessairement la doter des voies de communication qui lui manquaient, aménager les rares abris maritimes qu'elle présente et les relier par une série de voies ferrées à l'intérieur du continent, à cette vallée du Niger qui marque l'axe de nos possessions et en détermine l'unité.

Le plan qu'on vous a exposé du réseau ferré de l'Afrique occidentale est très simple : des ports de Dakar, de Conakry, des lagunes du littoral de la Côte d'Ivoire et du Dahomey partent des voies de pénétration qui iront rejoindre le bassin du Niger et s'embrancher sur la ligne transversale qui sous-tend la grande boucle formée par ce fleuve.

Mais pour exécuter ce programme, il fallait de l'argent, plusieurs centaines de millions. Où les trouver ? Fallait-il s'adresser directement à la métropole, lui demander de subvenir directement à ces dépenses, quêter chaque année d'un budget assailli de toutes parts, d'un Parlement et d'un gouvernement occupés de mille autres soucis plus pressants, les ressources indispensables? C'est ce qu'on a dû faire au début, pour les premiers chemins de fer entrepris, et, dès l'emblée, les inconvénients de cette solution ont apparu : retards incessants, incertitude du lendemain due aux revirements de l'opinion parlementaire ; les

VAFRIQUE DU NORD

travaux du chemin de fer de Kayes au Niger interrompus pendant plusieurs années faute de crédits.

Si l'on voulait aboutir rapidement, il fallait trouver une autre solution. C'est alors qu'est née la conception qui consiste à grouper les ressources de l'Afrique occidentale éparses dans les budgets distincts des cinq colonies qui la composaient, à les réunir, à affecter les plus stables, les plus liquides d'entre elles à un budget général où elles formeraient le gage des emprunts successifs à réaliser pour l'exécution des grands travaux publics.

L'intervention de la métropole se réduit dès lors, — et on voit que, même ainsi réduite, elle n'est pas cependant sans causer quelque souci — elle se réduit dès lors à approuver les programmes des travaux et des projets d'emprunt élaborés successivement par le gouvernement général chargé de la gestion de ce budget, et à donner à ces emprunts la garantie de l'État français, garantie qui est d'ailleurs, et qui restera purement nominale.

C'est ainsi que les besoins financiers de l'Afrique occidentale ont déterminé son organisation politique et administrative qui repose sur ce principe tout nouveau dans notre droit public, d'une fédération de colonies autonomes syndi-

L'AFRIQUE OCCIDENTALE

quées pour la défense de leurs intérêts communs dans un gouvernement général.

Ce n'est donc pas à la suite de vues théoriques et a priori que cette organisation a été créée ; elle est sortie de la nature même des choses et de celle des besoins à satisfaire. Et il me semble qu'on doit voir dans cette circonstance le gage de son efficacité et de sa durée.

En tout cas, depuis la création du budget général en 1905, on peut dire qu'elle a rempli l'objet en vue duquel elle a été créée.

Plusieurs emprunts montant ensemble à 179 millions ont été successivement réalisés à des conditions très avantageuses et que, dans l'état du marché financier, on ne retrouvera pas de si longtemps. Ces ressources, jointes à celles qu'ont fournies les budgets ordinaires, ont permis d'aménager les ports de Dakar, Conakry et Port-Etienne et de porter à 2.678 kilomètres la consistance du réseau ferré à cette heure.

Les finances de la colonie ont supporté avec la plus grande aisance le poids de ces emprunts. Les recettes du budget général ont presque exactement doublé depuis sa création, en 1905, passant de 13 à 30 millions de francs, et laissant apparaître chaque année des excédents de plus en plus importants. Doublé également le mouvement du commerce général, qui est passé de 131 millions

à 270 millions. Quant au mouvement de la navigation, à Dakar, il dépasse et déroute les prévisions les plus optimistes. En cinq ans, le tonnage de jauge des navires qui ont fréquenté ce port est passé de 1.900.000 tonnes à 4.550.000 tonnes, et le tonnage des marchandises embarquées et débarquées, de 300.000 tonnes à un million de tonnes.

Voilà des faits, voilà des chiffres qui montrent jusqu'à quel point le sentiment de confiance dont je vous parlais tout à l'heure est justifié et sur quelles bases solides il est assis.

Mais ce n'est pas seulement la confiance dans le présent, c'est une foi profonde dans un avenir relativement proche qui résulte de l'examen des possibilités de l'Afrique occidentale. Ce mouvement commercial de 270 millions de francs, que nous citons avec quelque complaisance, avec quelque fierté, parce qu'il témoigne d'une progression si rapide, mais c'est très peu de chose par rapport à une population de 12 à 15 millions d'habitants. Ce réseau ferré de 2.700 kilomètres, mais il est presque insignifiant par rapport à l'immense étendue de la colonie. La densité de la population est beaucoup trop faible ; il faut repeupler le continent noir. Les méthodes culturales sont encore dans l'enfance, il faut éduquer le cultivateur noir.

M. Guy vous parlait de l'avenir pratiquement

L'AFRIQUE OCCIDENTALE

illimité qui attend cette superbe vallée du Niger manifestement destinée à devenir Tun des plus grands centres de production du monde. Mais cet avenir, il faut le préparer, il faut entreprendre les études nécessaires longues et minutieuses qui permettront d'aménager les eaux du grand fleuve, de préparer l'irrigation rationnelle de sa vallée ; il faut poursuivre les méthodes de sélection qui donneront toute leur valeur aux races bovine et ovine, à ces innombrables troupeaux de bœufs et de moutons qui feront de ces régions, comme des pampas de la République argentine, une réserve inépuisable de viande, de peaux et de laine.

En vérité, l'œuvre est à peine ébauchée. Et à considérer l'étendue de la tâche qui reste à accomplir, on peut se demander si nous serons de taille à en venir à bout, si nous saurons déployer les qualités de patiente énergie, de continuité dans les vues, de suite dans les desseins qui sont nécessaires à cet effet.

M. Guy a répondu à l'avance à cette objection possible de la part de ceux qui, hier encore, déniaient à notre race tout génie colonisateur. Il a montré que ces vertus essentielles, au moins dans l'Afrique occidentale, ne nous avaient point fait défaut, que les administrateurs de notre temps étaient restés fidèles aux vues de leurs prédécesseurs, depuis André Brùe jusqu'à Noël

Ballay, en passant par le plus grand d'entre eux, Faidherbe. Et mon successeur et ami Ponty témoigne, par toute sa politique, depuis cinq années, de son attachement à une tradition si honorable.

D'ailleurs, dans un pays où tant de grandes choses sont à faire, où l'on sent avec évidence que le terrain est propice à leur éclosion, une sorte d'ardeur créatrice s'empare, plus ou moins consciemment, de la plupart de ceux qui sont appelés, de près ou de loin, à collaborer à cette tâche; c'est une jouissance très noble, très élevée et très prenante — et qu'il est si rare de rencontrer dans nos pays de vieille civilisation — de pouvoir créer de la vie, de l'activité, du bien-être, là où il n'y avait que torpeur, misère et stérilité. Et quand on a une fois éprouvé cette jouissance, on reste affranchi de l'esprit de doute, de critique trop aiguë, de dénigrement. On court soi-même à l'action, bien plus soucieux d'améliorer, de perfectionner l'œuvre de ses prédécesseurs que de la diminuer. (Applaudissements .)

Mais pour que toutes ces bonnes volontés soient fécondes, pour que tous ces efforts soient efficaces, la condition nécessaire, et je pourrais presque dire suffisante, est l'achèvement du réseau ferré. Vous savez qu'un projet d'emprunt à cet effet a été déposé depuis longtemps, depuis

L'AFRIQUE OCCIDENTALE

trop longtemps, sur le bureau de la Chambre. Ce projet prévoit, moyennant une dépense de 160 millions, — en même temps que certains travaux d'aménagement maritime — l'établissement de 1.600 kilomètres environ de voie ferrée. Son adoption ne fait d'ailleurs aucun doute et le rapport de M. Pierre Goujon montre qu'aucune objection sérieuse, soit technique, soit financière, n'est à craindre.

Il ne reste dès lors qu'à exprimer le vœu très ardent que de nouveaux retards ne s'ajoutent pas à ceux qui se sont déjà produits, que les Chambres trouvent les quelques instants nécessaires à l'adoption de ce projet, de manière à éviter à nos colonies les embarras très considérables et les pertes qui ont déjà résulté et qui résulteraient encore d'une solution de continuité entre les travaux déjà achevés, ou qui touchent à leur achèvement, et ceux qui restent à entreprendre.

Quoi qu'il en soit, il est vraisemblable que d'ici à cinq ans environ, cette deuxième étape sera franchie et que dans dix ou quinze ans le réseau fondamental sera établi. Et ce sera là un grand pas de fait.

Mais quelle que soit l'importance du groupe de colonies dont il s'agit, quelque grande que soit la

somme des efforts qu'on doive déployer pour leur développement propre, ce serait une erreur, résultant de vues trop étroites et trop limitées, que de la considérer isolément et indépendamment des autres parties de notre empire africain.

M. Guy rappelait tout à l'heure la très juste conception de Faidherbe qui estimait que la pénétration politique et économique de l'Ouest africain devait se faire en partant des rives de l'Atlantique et non pas de l'Algérie à travers le Sahara. Et l'événement a montré la parfaite justesse de cette conception. Mais tandis que cette pénétration s'effectuait et qu'elle se consolidait par l'établissement du réseau ferré, la France, par ailleurs, étendait très largement son emprise à la fois sur l'Afrique du Nord et sur l'Afrique centrale, de sorte que le Sahara est devenu la frontière commune de toute une série de protectorats et de possessions françaises, de la Tunisie, de l'Algérie, du Maroc, de l'Afrique occidentale jusqu'au lac Tchad, et, par-delà le Tchad, du Kanem et du Ouadaï.

Dès lors, la nécessité inévitable s'imposait d'exercer sur le Sahara lui-même notre domination effective. Il nous fallait avoir une politique saharienne, il nous fallait assurer la police du désert. Il n'était plus possible de laisser les pillards, les coupeurs de routes, les détrousseurs de

L'AFRIQUE OCCIDENTALE

caravanes préparer avec impunité dans les oasis sahariennes leurs incursions et leurs rezzous.

Notre domination africaine resterait précaire si nous n'établissions solidement au Sahara même, et surtout au Sahara, la paix française.

Une semblable tâche paraissait, il y a peu d'années encore, d'une extrême difficulté, presque impossible à réaliser. Le Sahara, le pays de la soif, était aussi le pays de l'épouvante. Comment lancer nos colonnes à la poursuite d'un ennemi insaisissable dans ces solitudes brûlantes, au milieu des dunes de sables mouvants, sans eau, sans ressources ? Carthage, puis Rome, avaient reculé devant ces obstacles insurmontables et leur action s'était arrêtée aux limites du désert. Dans le recul de l'histoire, ce sera à mon sens pour notre temps et pour notre pays un très grand et très précieux titre de gloire que d'avoir osé et d'avoir su les franchir.

Nos officiers d'Afrique ont employé à cet effet les méthodes les plus simples et les plus ingénieuses. Ils ont emprunté aux nomades qu'ils avaient à réduire leur tactique et leurs moyens d'action. Les compagnies de méharistes qu'ils ont formées sont aussi mobiles et aussi entraînées que les Touareg et les Maures, et elles ont sur eux l'avantage de la discipline et de la cohésion.

En fait, un très petit nombre de ces compagnies

suffit à assurer, à maintenir la sécurité complète et absolue, non pas seulement des hauts plateaux algériens, mais de la longue ligne des oasis, du Touât, du Gourara, du Tidikelt qui en forment l'avancée, et sur Fautre versant saharien la sécurité aussi complète de la vallée moyenne du Niger et de la vallée du Sénégal.

Et lorsque, à l'extrême limite orientale de nos possessions, nous aurons occupé — ce qui doit se faire sans délai — les points d'eau du Tibesti et du Borkou, lorsque, à la limite occidentale, les progrès de la pacification du Maroc auront permis aux méharistes marocains de donner la main à leurs camarades de Mauritanie, le problème sera tout entier résolu. Le Sahara aura cessé d'être le refuge et le repaire de tous les fanatiques et de tous les dissidents. Il aura cessé d'être l'obstacle insurmontable qui séparait nos possessions africaines. Il sera, au contraire, leur trait d'union.

L'hostilité des hommes une fois vaincue, resteront, il est vrai, les difficultés résultant de la nature même, mais celles-là, encore, sont loin d'être insurmontables.

Tout d'abord, nous devons avoir la noble et légitime ambition de reculer les bornes du désert. Nous l'avons fait, nous le faisons en ce moment par le forage de puits artésiens dans le Sud algérien ; il se fait là de Biskra à Touggourt et à Ouargla

L'AFRIQUE OCCIDENTALE

une œuvre magnifique. Il reste à faire une œuvre semblable, mais alors sur une plus grande envergure, sur le versant du Niger où la* boucle du Niger rencontre le Sahara. Il n'est pas douteux qu'il y a à peine deux siècles les cultures s'étendaient bien au delà des limites actuelles, et leur régression est due simplement aux dévastations des berbères nomades qui ont refoulé devant eux et détruit peu à peu les agriculteurs noirs sédentaires.

Eh bien, nous devons à la mission civilisatrice que nous avons assumée de prendre en mains, résolument, cette œuvre de réparation et de relèvement. Mais enfin, si nous pouvons restreindre les limites du Sahara, nous ne pouvons pas avoir la prétention de le supprimer. Nous aurons toujours devant nous de vastes espaces désertiques dont la traversée, si nous en éloignons les dangers, n'en sera pas moins toujours longue, difficile et dispendieuse. Il ne tient qu'à nous de supprimer ce dernier obstacle ; nous pouvons, si nous le voulons, en venir à bout, par le chemin de fer transsaharien qui était resté jusqu'à peu de temps encore, et qui paraissait à certains esprits devoir rester dans le domaine de l'utopie, et qui est maintenant réalisable.

Pour la première fois, une étude technique précise, sur place, vient d'en être faite dans le cou-

•^ i/7 ^ AFR- DU N-

rant de l'année dernière, sous la direction d'un Comité d'initiative à la tête duquel est M. André Berthelot. Une importante mission d'ingénieurs et d'officiers vient de parcourir le Sahara et en a rapporté un projet complet de voie ferrée.

Je ne veux pas entrer à ce sujet dans des développements qui m'entraîneraient hors des limites que je sens que j'ai déjà dépassées. Je me bornerai à vous dire que ces résultats feront l'objet d'une conférence qui se tiendra très prochainement, à la Sorbonne, sous les auspices de la Société de Géographie de Paris, de la Société de Géographie Commerciale et du Comité de l'Afrique française, et sous la présidence de M. Etienne, ministre de la Guerre.

Et j'appelle tout de suite votre attention sur la signification de ce dernier patronage, car ce n'est pas seulement au grand colonial, à l'homme d'Etat qui a peut-être le plus fait pour l'édification de notre empire africain, que le Comité d'initiative s'est adressé, c'est au ministre de la Guerre.

L'établissement du chemin de fer transsaharien reliant l'Afrique occidentale et l'Afrique centrale à l'Afrique du Nord, au bassin de la Méditerranée, présente en effet un intérêt militaire et politique de premier ordre ; il permettra l'utilisation la plus complète et la plus rapide de ces troupes noires dont on vous parlait tout à l'heure, dont le

L AFRIQUE OCCIDENTALE

colonel Mangin vous parlait ici même dans une conférence que j'avais l'honneur de présider. Il vous disait avec cet accent entraînant que donne une conviction forte, quelle admirable et précieuse réserve de forces militaires renferment nos possessions d'Afrique occidentale, et combien la France a le strict devoir de l'utiliser largement.

Et, en effet, le transsaharien permettra l'envoi, quand les temps en seront venus, d'importants contingents noirs qui iront relever les troupes métropolitaines stationnées en Afrique du Nord et les rendre disponibles pour d'autres tâches.

On peut même concevoir qu'une ou deux divisions de solides troupes noires ne feraient pas mauvaise figure sur les champs de bataille éventuels de l'Europe et que nos tirailleurs sénégalais seraient les dignes émules des légendaires turcos de Freischwiller.

En tous cas, les troupes noires forment dès maintenant un élément indispensable de cette glorieuse et laborieuse pacification du Maroc à laquelle l'état actuel de l'Europe nous interdit d'affecter une portion plus importante de nos troupes métropolitaines et le général Lyautey vous disait ici même, il y a quelques mois, avec l'autorité qui lui appartient, en quelle singulière estime il tient ces admirables soldats.

Ainsi, l'Afrique occidentale française n'ajoute

pas seulement au bon renom de la France dans le monde, comme puissance colonisatrice ; elle n'assure pas seulement à notre commerce d'exportation des débouchés de plus en plus importants, en même temps qu'elle fournit de matières premières notre industrie, qui lui fabrique d'ailleurs tout son important matériel d'outillage ; elle constitue, en outre, une des assises fondamentales de cet empire africain qu'il y a moins de cinquante ans, Prévost Paradol osait à peine rêver pour notre pays et qui est maintenant tout près de son achèvement.

Enfin, de même que par ses richesses naturelles elle accroît la puissance économique de notre pays, par des soldats valeureux elle accroît sa puissance militaire.

Ce sont là des titres sérieux à la sollicitude de tous les bons Français et nous serons très heureux, M. Guy et moi, si nous avons pu contribuer à les faire ressortir devant ceux qui nous ont fait l'honneur de nous écouter aujourd'hui. (Applaudissements prolongés.)

L'EGYPTE

CONFERENCE DE M. André TARDIEU

Premier secrétaire d'ambassade honoraire,

Professeur à l'Ecole des Sciences politiques,

Rédacteur du Bulletin de l'étranger du Temps,

Chargé de cours à l'Ecole supérieure de Guerre.

Page 1