‹ L'Afrique du NordChapitre 6 sur 12 · ORIGINE DES KABYLES · texte numérisé non relu

ORIGINE DES KABYLES

Après avoir examiné physiquement et moralement ces diverses peuplades, il nous reste à rechercher leur origine, ainsi que les aptitudes de chacune d’elles soit à s’assimiler , soit à concourir à l’œuvre colonisatrice.

Tous les auteurs qui, jusqu’à ce jour, ont traité la question de l’origine des races qui peuplent l’Afrique du Nord, ont établi entre elles deux divisions : les Arabes et les Berbères.

Si par Berbère on a voulu dire tout ce qui n’est pas

Arabe, on a eu raison ; mais comme il se trouve, dans le pays que nous occupons, des peuplades nombreuses et intéressantes qui ne sont point Berbères, nous ne comprenons pas cette division générale, d’autant moins juste que, sans apprendre rien sur ceux que nous devons connaître, elle les confond avec des étrangers.

Nous diviserons donc autrement les populations algériennes, et, par conséquent, nous étudierons successivement l’origine des Kabyles, des Chaouia et des Berbères.

Nous savons par les auteurs latins qui ont écrit l’histoire des événements accomplis sur la terre d’Afrique il y a deux mille ans, qu’à cette époque le pays était peuplé au Nord par des hommes vivant dans les montagnes, où ils s’étaient fait des maisons avec des troncs d’arbres, des écorces et du chaume; que ces montagnards se nourrissaient de pain noir , de glands, d’huile et de fruits secs, et qu’ils passaient le temps à cultiver leurs petits jardins ou à se battre.

En cherchant ces populations sur les cartes de l’occupation romaine, nous les trouvons indiquées par leurs noms, là où se rencontrent de nos jours les tribus kabyles.

Dans ce temps-là c’étaient : les Massinisccnces , les Tyndenses, les J luciniens, les Machusiens , les Slassassiliens, et tant d’autres.

Aujourd’hui ce sont : les Zouaoua, les Guechtoula, les Beni-Melikech, les Ouled-Aidoun....

A part cette différence dans les noms de tribus, différence qui provient, d’une part, de ce que les Romains les avaient baptisées de noms en harmonie avec la langue latine et, de l’autre, de la conversion des races indigènes à la religion de Mahomet par des peuplades qui sont venues dénaturer quelques-uns de ces noms; tout prouve que ces populations primitives furent la souche des tribus kabyles de nos jours.

Il est probable qu’à l’époque de l’occupation romaine, ces peuplades apportèrent quelques changements avantageux dans leur genre d’habitation et que, plus tard, des Latins et des Vandales se mêlèrent à eux et leur apprirent les industries qu’ils professent aujourd’hui; cependant sur beaucoup de points ils habitent encore des huttes. Telle est, selon nous, l’origine des Kabyles, qui n’ont avec les Berbères du Sud et les Chaouïa aucune similitude ni de langue, ni de type, ni de caractère.

Quant à la tradition, là comme partout ailleurs en Afrique, elle tient lieu de livres; chacun sait que ses ancêtres sont nés dans le pays, et personne ne voudrait descendre d’une famille de Chaouï ou de Berbère.

Mais cette question a moins d’importance à nos yeux que celle des aptitudes que ces populations possèdent au point de vue de la colonisation.

Nous avons dit que le Kabyle était honnête, laborieux, économe, agriculteur par goût, industriel et commerçant. Ajoutons qu’il est sociable, nullement fanatique ; nous dirons plus, presque indifférent en religion.

Que faut-il de plus pour faire d'un homme un bon colon, d’une famille un bon exemple, et d’un village ainsi formé un progrès véritable? Eh bien ! cet élément estlàsous votre main, prêt à descendre de ses montagnes où il est à l’étroit ; appelez-le I faites-lui l'avantage de lui donner un coin de terre dans la plaine et, sans subsides d’aucune nature, il marchera tout seul et prospérera.

LE CHAOUÏ. — l’arabe agriculteur.

Nous avons dit au commencement de cette étude que les Kabyles occupaient les montagnes du littoral et une partie de celles de l’intérieur. Les vallées et les plaines, jusqu’au Grand-Atlas , sont habitées, à l’Est, par les Chaouïa et, à l’Ouest, par des tribus d'Arabes devenus agriculteurs.

Ces deux races diffèrent entre elles par la langue et le type.

Le Chaouï parle un dialecte particulier et dans lequel on ne trouve presque aucune ressemblance avec le langage kabyle ; c’est à ce point qu’un Kabyle et un Chaouï

ne se comprennent qu’autant qu’ils savent l’un et l’autre l’arabe. Sa physionomie ne ressemble non plus ni à celle de l’Arabe, ni à celle des habitants des oasis, ni à celle des montagnards. Il est généralement d'une taille élevée. Ses membres sont grossièrement attachés et dénotent une grande force corporelle. La peau est blanche et marquée de taches de rousseur ; la tête est énorme et longue, les traits sont très-accentués, les yeux sont bleus, le front est découvert; la barbe est rouge et très-touffue ; l’expression de la physionomie est peu intelligente, mais énergique et bonne ; le Cbaouï se défend avec le même acharnement contre une communauté d’origine avec l'Arabe qu’avec le Kabyle. Il veut être lui, et prétend que toutes les tribus de ses semblables ont pris naissance au pied du Grand- Atlas. Hors cette prétention, que son extérieur et sa langue justifient suffisamment, il a tous les défauts et toutes les qualités de l’Arabe agriculteur. Pour lui, la femme n’est bonne qu’à travailler et à faire des enfants; il aime ses enfants mâles seulement, les pauvres filles sont vendues à celui qui en offre la plus forte somme.

L’abaissement de la condition de la femme est arrivé à ce point que le frère, dès le plus bas âge, traite sa sœur avec mépris, et que le respect pour la mère est là chose presque inconnue. Et s’il arrive qu’en présence d’un de ces actes qui révoltent l’Européen, on fasse

une observation juste à l’enfant ou à l’homme qui a maltraité sa sœur ou sa mère, il ne comprend pas. Le mâle seul est quelque chose, parce que la force est en lui seul. De là un éloignement instinctif, un état de suspicion permanent entre le mari et la femme, tant que celle-ci est jeune et jolie. Aussi les empoisonnements des maris par l’arsenic mêlé au couscoussou ne sont-ils pas plus rares que les femmes pendues ou assommées. Ayant été pendant plusieurs années chargé d’instruire ce genre d’affaires, nous pouvons affirmer que si l’Algérie possédait une Gazette des Tribunaux, renseignée par les bureaux arabes militaires, le public serait effrayé par le nombre et les détails des meurtres commis dans les tribus chaouïa et arabes. Et ces crimes ont presque toujours la femme pour cause première. Nous avons remarqué que, dans les pays de plaine et loin des forêts, la plus belle moitié du genre humain supportait sa position humiliante et malheureuse avec plus de résignation que près des bois. Ici il n’est pas rare que l’on trouve une femme pendue par ellemême, c’est-à-dire suicidée. Or, si l’on considère que le Chaouï et l’Arabe mâles ont le suicide en horreur, on jugera comme nous, sans doute, qu’il faut une somme très-considérable de chagrins et de mauvais traitements pour décider ces pauvres femmes à en finir de cette manière avec la vie.

On voit que la tâche qui nous incombe d’améliorer la position de la femme en Algérie, vaut bien la cause de l’esclavage si longtemps et si chaleureusement plaidée par tous les peuples civilisés de l’Europe.

Il y a, du reste, obligation de notre part de nous occuper du sort de ceux qui sont devenus les sujets de la France par droit de conquête. Plusieurs moyens se présentent à nous et sont plus ou moins efficaces. Il y a la répression des mauvais traitements, accompagnée de bons conseils ; la condition insérée dans les contrats de mariage de soustraire la' femme à certains travaux do la compétence des bêtes ; l’établissement de villages arabes ou chaouïa au milieu des Européens et des Kabyles , ou le contraire ; enfin des alliances entre femmes arabes et Français.

Tous ces moyens sont bons : les deux que nous préférons sont l’exemple, accompagné de l’autorité qui oblige à le suivre, et les alliances convenablement dirigées et protégées.

On ne peut espérer détruire en un jour des habitudes enracinées depuis si longtemps ; mais l’intérêt se mettant de la partie, les choses peuvent marcher vite si l’impulsion est bien donnée ; car l’intérêt et l’amourpropre étant les deux passions dominantes chez ces hommes à peine civilisés , on n’a qu’à se servir de ces deux puissants mobiles pour les gouverner. Afin qu’on

sache ce qu’il est possible d’obtenir par ces deux moyens, nous croyons utile de citer succinctement ce que nous avons obtenu nous-même.

Appelé au commandement d’une tribu de Chaouïa qui ne compte pas moins de trente mille âmes et se trouve très-éloignée de nos points d’occupation , nous sommes arrivé à ce résultat pendant la durée de notre séjour au milieu d'elle, qui a duré un an : meurtres 0, empoisonnements 0 , suicides 0 , enlèvements 2 , divorces 2, désordres 0, désobéissance à l’autorité 0, coups et blessures graves 0, vols (objets restitués) 2. Nous n’avions aucune force armée à notre disposition, et quelques cavaliers de la tribu faisaient eux-mêmes sa police.

Le pays dont nous parlons est situé à cinquante-deux lieues au Sud du littoral ; la tribu est celle des Harcctah. Aujourd’hui on en a fait un cercle.

Nous avons dit que leChaouï était doué d’une grande force ; cependant il est aussi paresseux que l’Arabe. S’il tient au champ cultivé par ses pères, c’est par intérêt ; mais autant qu’il sera en son pouvoir de le faire, un autre le cultivera pour lui ; s’il tient à son troupeau, c’est ppur sa laine ; il ne se donnera pas la peine de lui faire un abri pour le mauvais temps. Sa tente est-elle percée à jour, il souffrira du vent et de la pluie avant d’acheter une bande d’étoffe pour la réparer ; il en a

peut-être qui aura été fabriquée par ses femmes, mais il préférera la vendre plutôt que de l’employer. Le blé qu’il récolte est vendu ou renfermé dans les silos, et il mange et fait manger aux siens l’orge sous forme de pain noir, et le couscoussou sous forme de chevrotines. Le lait sert à faire le beurre, qui est vendu, et la viande n’apparait dans ses repas qu’aux jours de fête ou à la visite d’un étranger.

On pourrait croire, d’après ce qui précède, que ces h ommes sont riches, ou du moins dans une position aisée; il n’en est rien pourtant. Toutes ces économies, qui touchent plus à l’avarice qu’à l’ordre, sont perdues, comme les millions que la France leur donne chaque année en échange des céréales et des laines vendues par eux.

On se demandera sans doute comment peuvent se perdre toutes ces richesses péniblement amassées? Nous répondrons : faites la statistique annuelle des chevaux, mulets, chameaux et moutons morts par le manque de soins, de nourriture, par les intempéries et les animaux carnassiers, et vous trouverez que tout est passé là. Comme, après ces pertes, le Chaouï et l’Arabe ont hâte de paraître ce qu’ils étaient avant, l’argent amassé sort de sa cachette et va sur les marchés les plus éloignés se transformer en bétail.

Ces populations seraient-elles plus heureuses si , au lieu de vivre sous la tente et sur des terres d’une éten-

due immense, elles étaient groupées par villages et obtenaient la propriété limitée, mais individuelle. Nous le croyons ; et ce qu’il y a de certain , c’est qu’alors elles seraient de quelque utilité, taudis que leur état actuel est celui du parasite.

Et, à l’appui de cette opinion, nous pouvons citer comme exemples la tribu des Telagma, qui possède un grand nombre de petites maisons assez bien faites, ainsi qu’une fraction des Amer-Cheraga.

Quelques tentatives partielles que nous avons faites dans ce sens nous ont démontré la possibilité de transformer ces populations. Mais c’est une œuvre de patience, de prudence et d’expérience que nous devons entreprendre directement, en ayant bien soin d’écarter l’intervention des chefs indigènes.

Les Chaouïa et les Arabes agriculteurs forment plus des trois quarts de la population de l’Algérie, et se trouvent placés sur les points les plus fertiles. Rien de ce qui les concerne ne doit nous être indifférent.

ORIGINE DB8 CHAOUÏA*

En recherchant l’origine des Chaouïa , qui forment ime partie importante de la population indigène en Algérie , nous mentionnerons un fait qui se rattache à cette question.

Au Sud-Est de la province de Constantine, on trouve la grande tribu des Nèmenchah. Cette tribu, quoique de la même origine et parlant le même dialecte que ses voisines, est toujours en guerre avec elles. C’est dans cet état d’hostilité permanente que nous avons puisé les remarques que nous allons faire. Lorsqu’ils entreprennent ime excursion sur le territoire ennemi, les Nèmenchah arrivent à cheval et se présentent sur le versant d’une montagne ou sur une plaine boisée. D’abord vous n’apercevez que des cavaliers peu nombreux et vous les chargez ; ceux-ci prennent immédiatement la fuite ; mais quand vous arrivez sur le terrain qu’ils occupaient , des hommes nus se dressent devant vous de tous côtés et vous fusillent à bout portant. Au bruit de cette décharge , les cavaliers reviennent et reprennent en croupe ces fantassins qu’ils avaient apportés. Or, en voyant cette manière de combattre , ne croirait-on pas, sauf la différence des armes, assister à une action du temps des Romains?

Tous les auteurs anciens ne nous disent-ils pas que les Numides combattaient nus et portaient en croupe des hommes de pied très-habiles à lancer des traits ?

Ces mêmes écrivains ne rapportent-ils pas que lorsque les Numides voulaient envahir un pays voisin, afin que les hommes en état de combattre ne fussent pas tentés de prendre la fuite pour retourner chez eux , le peuple

entier marchait à l’ennemi emmenant ses troupeaux , ses biens, ses enfants et ses femmes? Eh bien ! quelques années avant l’occupation de l’Algérie par l’armée française, les Némenchah ont donné un exemple de cette nature : un beau jour, et au moment où elle s’y attendait le moins, la grande tribu des Harectah vit arriver chez elle sa voisine corps et biens. Nous tenons ce fait de témoins oculaires bien payés pour se le rappeler, car plusieurs y furent blessés tandis que d’autres y perdirent leurs frères.

Un de ces derniers, qui, pour son compte personnel, eut le cou traversé d’une balle et gagna une extinction de voix , fit ce jour-là le serment de manger le coeur d’un Némouchi , et il a tenu son serment. Je laisse parler les Harectah pour raconter cette invasion : « C’était l’année de la famine, au printemps. Entre midi et la prière de quatre heures, des bergers qui gardaient leurs troupeaux dans la montagne d’Hammama poussèrent le cri de guerre, et, abandonnant les moutons confiés à leurs soins , arrivèrent aux douars courant comme des gazelles, et ne pouvant dire que ces mots: * Némenchah ! Némenchah ! nombreux comme les » sauterelles ! » Les hommes, s’étant regardés, firent seller leurs chevaux pendant qu’ils préparaient leurs armes , et en un instant tout ce qui portait un poil de barbe marchait au-devant de l’ennemi. Que vous dirai-

je? En arrivant au col qui domine la plaine de la Meskiana, notre raison se refusait à croire ce que nos yeux lui montraient : il n’y avait plus de plaine : partout où la vue se portait, ce n’étaient que cavaliers, fantassins, moutons, chameaux, femmes et enfants. Tout cela marchait ensemble comme sur deux jambes un même corps. Ils vont nous dévorer, c’est certain, telle fut la pensée des plus solides. Que faire en pareil cas? Sauver nos parents et nos biens, si la chose était possible, mais comment? Dieu seul est grand! car, en même temps, il donna à tous la même inspiration : « Sidi-Rcghis! Sidi- « Reghis! enfants, courez aux douars; pliez les tentes;

« ralliez les troupeaux et poussez tout, tout, les enfants,

« les femmes, les vieillards, à Sidi-Reghis! » et les plus jeunes partirent comme le vent dans toutes les directions afin de porter la nouvelle du malheur et aider l’émigration des faibles vers la montagne do notre saint. Les hommes allèrent vers la mort comme d’habitude. Si les Nêmenchah avaient voulu forcer le passage du col, jamais ils n’y seraient parvenus-; mais le diable , qui marchait avec eux , leur fit tourner la montagne, et ils débouchèrent comme une mer au cœur de notre pays. Non ! quand l’homme a vu cette honte et qu’il n’a pas trouvé la mort, il voudrait que ce fût demain, aujourd’hui pour manger des balles.

« Si la parole des sages n’avait pas été entendue, tous

seraient allés au ciel ce jour-là ; mais on leur parlait de leurs femmes, de leurs enfants, qui allaient être enlevés par l’ennemi. Que voulez-vous ? le cœur s’amollit en entendant ces paroles, et l’on devient ce qu’on n’était pas. Tous nos efforts s’attachèrent à retarder la marche de ces monstres , pour donner aux nôtres le temps de se mettre à l'abri ; et à la nuit seulement , quand les Némenchah campaient à notre barbe , nous gagnâmes la montagne, emportant nos morts et nos blessés. Mais comment trouver nos femmes et nos enfants au milieu de ces rochers, de ces broussailles où ils sont nombreux comme les grains de sable du Sahara et où ils se cachent comme des serpents? Bien petit est le nombre de ceux qui eurent cette joie la première nuit ; et, quand le jour se fit, il fallut combat tre pour repousser les attaques de l’ennemi sur tous les points. Enfin, le troisième jour au matin, le bey de Constantine fondit sur les Némenchah avec ses spahis, ses fantassins et ses goums, et, avec notre secours, il en tua la moitié et dispersa le reste. C’était la première fois que les Némenchah nous attaquaient de cette manière , et ils n’y sont pas revenus depuis. »

Voilà donc une tribu de Chaouïa très-considérable qui a conservé la manière de combattre familière aux Numides; ses voisines l’ont abandonnée, mais la tradition leur a appris que c’était également la coutume

de leurs ancêtres , qui occupaient le pays bien longtemps avant l’invasion des Arabes.

La similitude du langage , du type et des coutumes des Chaouïa avec les anciens Numides ; la résistance qu’ils opposent à toute communauté d’origine avec les autres races qui peuplent l’Algérie, et l’assurance traditionnelle que la contrée qu’ils habitent aujourd’hui fut le lieu de naissance de leurs ancêtres , suffisent , ce nous semble,, pour établir que le Ghaouï est le descendant du Numide. Cependant, comme cette question est peu connue, et qu’elle peut trouver des contradicteurs parmi ceux qui préfèrent nier que de faire des recherches , nous nous appuierons sur ce que des faits historiques importants, et qui se sont accompüs dans ce pays pendant la domination romaine, sont parfaitement connus des Chaouïa, auxquels nous les avons entendus raconter maintes fois. Si l’on considère que ces hommes sont presque tous illettrés , que leurs savants ne possèdent aucun livre d’histoire remontant au delà de l’époque où les Arabes ont envahi l’Afrique ; et surtout que les faits dont nous voulons parler sont trèsrépandus parmi eux, on comprendra facilement que c’est là une œuvre de tradition, et que, par conséquent, ces faits historiques ont dû être transmis par les contemporains ou témoins oculaires à leurs descendants. Or toutes les cartes romaines et tous les auteurs

anciens s’accordent à nous montrer la Numidie là où sont les Chaouïa de nos jours.

Nous avons ditque généralement les Chaouïa n’étaient pas nomades et qu’ils avaient les mêmes habitudes que l’Arabe agriculteur.

Les tentatives qui ont été faites pour les établir dans des demeures fixes en leur donnant des terres à titre de propriété ayant pleinement réussi, il y a lieu de les appliquer sur une plus grande échelle en utilisant ces bonnes dispositions.

l’arabe nomade.

Tout ce que nous avons dit du Chaouï, pour les coutumes, peut s’appliquer à l’Arabe qui est devenu agriculteur, renonçant de son plein gré à ses habitudes nomades. Comme, au physique, il est resté ce qu’il était primitivement, nous donnerons son portrait en décrivant la physionomie de l’Arabe nomade. Ce dernier est bien fait pour confondre les partisans du croisement des races. Voici le portrait d’un Arabe pris entre mille, et qui ressemble à tous ceux de sa tribu au point de croire qu’ils sont tous frères : Taille au-dessus de la moyenne et élancée; pieds fins, bien faits et distingués, mains semblables, les jambes et les bras à l’avenant et nerveux ; le cou long , la tête ovale , de grandeur

'.ta .

moyenne et bien attachée ; la bouche petite et fine, les dents d’une blancheui' et d’une beauté extraordinaires pour les Européens; le nez aquilin et très-bien fait, les yeux longs, noirs et très-vifs ; le front haut, la barbe et les sourcils noirs et bien fournis; les oreilles petites et bien dessinées; le visage ovale, le teint foncé; l’expression : intelligence, finesse, énergie.

Tel est au physique le peuple arabe tout entier, tel il a été sans doute de tous les temps. Nous regrettons de dire que le moral est moins beau : l’amour des femmes, des chevaux, des aventures, et l’ambition de paraître, de dominer, sont les passions qui l'occupent.

Prompt à mentir, à voler et à tuer, il est pourtant moins avare que le Chaouï , et même que l’Arabe agriculteur. On trouve en lui un sentiment de générosité inconnu aux autres. Dans la famille , il règne en sultan, et traite ses femmes comme tel. Pour lui , le travail est une honte, et il ne connaît d’autres plaisirs que le cheval, la guerre, la chasse et les femmes. Son existence repose sur ses troupeaux. De même que l’oiseau voyageur, il s’en va au Nord quand il fait chaud et au Sud par les temps contraires. Comme il ne forme pas le cinquième de la population totale de l’Algérie , nous ne regardons pas l’Arabe nomade comme un danger ou une gène pour la colonie. Laissons-lui les immenses plaines qui bordent le Sahara, jusqu’à l’époque très-éloignée où nous

pourrons en avoir besoin pour la colonisation. Alors, il aura à choisir entre les contrées plus au Sud ou un genre de vie plus sédentaire. En attendant, il produit de la laine en assez grande quantité , et fait un commerce d’échange utile aux tribus de l’intérieur et même à nos villes. Il y a lieu d’espérer que les puits artésiens, dont le général Desvaux adonné l’exemple dans ces contrées, en transformant un pays aride jusqu’à ce jour en un pays fertile, fixeront les nomades au Nord du Sahara.

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