‹ L'Afrique du NordChapitre 9 sur 12 · baïonnettes appelées à faire · texte numérisé non relu

baïonnettes appelées à faire

un service spécial, à. ..*... 800 2,400,000

10,000 sabres français, à 750 7,500,000

Artillerie et génie, 5,000 hommes à. 800 4,000,000

Soldats du train et d’administration,

3,000 hommes à 800 2,400,000

Spahis, 3,000 hommes à 485 1,455,000

Douairs, 7,000 hommes à 360 2,520,000

(65,000 hommes. ) Total. . . 40,675,000

Une explication est indispensable pour l’intelligence des chiffres qui précèdent.

Nous avons élevé à 600 fr. la dépense pour l’infanterie, afin de pouvoir améliorer l’ordinaire des hommes.

Les 3,000 baïonnettes qui figurent pour 800 fr. doivent être assimilées à l’artillerie pour la solde et l’entretien, puisque, dans la répartition des troupes, elles

seront appelées à garder les forts du littoral et les places de l’intérieur qui seront évacuées.

Nous n’avons rien changé aux dépenses de la cavalerie française, et notis pensons que le chiffre de 800 fr. convient à l’artillerie, au génie et au corps d’administration.

Nous arrivons maintenant aux spahis et aux douairs. Les premiers ont rendu et pourront rendre encore de grands services en Algérie : personne plus que nous ne doit être porté à le reconnaître, puisque nous avons servi quinze ans parmi eux ; mais 1 l’organisation qui leur a été donnée est-elle bien en rapport avec leur destination? et la pensée du maréchal Randon, qui les a divisés en zemèlas, ne doit-elle pas recevoir une application plus large ?

Il est évident qu’en formant ces corps indigènes, on s’était proposé tout autant de faire des soldats, que de se créer des relations sympathiques parmi les populations de l’intérieur.

D’après la composition ancienne et présente des divers régiments, il est facile de voir que ce but n’a été atteint qu’à demi.

Très-peu d’hommes de grandes familles sont entrés aux spahis : grand nombre en étaient empêchés, d’abord par l’organisation trop régulière donnée à cette cavalerie ; ensuite par les détails du service qui leur répu-.

gnaient; et enfin par le contact journalier, l’égalité dans les rangs, et quelquefois la supériorité hiérarchique de ceux qui, dans la tribu, avaient été leurs serviteurs.

La division dos spaliis en zemèlas a fait disparaître une partie des ces inconvénients , puisqu’ils sont établis aujourd’hui en dehors des villes, parmi leurs coreligionnaires, et sont ainsi rendus à la vie de famille, moitié militaire et moitié agricole.

Mais comme cette modification dans l’organisation primitive déplaît à la plupart des officiers français attachés aux spahis, pourquoi ne les placerait-on pas dans les nouveaux régiments de chasseurs d’Afrique dont nous proposons la création , en laissant aux spahis leurs officiers indigènes qui seraient eux-mêmes commandés par les chefs des bureaux arabes placés près des zemèlas?

Alors le spahi pourrait ne recevoir d’autre tenue que le burnous, ne faire de service qu’à cheval ; les grades pourraient être donnés à des hommes de grande tente ; et nous sommes certain qu’en réduisant la solde actuelle à t fr. par jour (la nourriture du cheval étant à sa charge), et en lui accordant l’exemption de l’impôt, dont la moyenne ne dépasse pas 100 fr. par an; nous sommes certain, disons-nous, qu’on trouverait les plus ^grandes facilités pour le recrutement, qui s’effectuerait

dans des conditions politiques bien meilleures que par le passé.

Il est une vérité qui n’a pas été assez bien comprise, ou qui peut-être a été combattue : c’est que l’Arabe préfère l’exemption de l'impôt et des corvées à une solde fixe, même très-élevée.

Pour lui, cette exemption est un honneur qui le grandit aux yeux des siens : une faveur dont il est d’autant plus fier que, dès qu’il l’a obtenue, il se regarde comme faisant partie du gouvernement.

Cela est si vrai que, quoi qu’on puisse dire ou faire, on ne persuadera jamais à un Arabe, que celui qui est astreint à subir les charges imposées au commun des hommes dans la tribu puisse être quelque chose de plus qu’un autre aux yeux des autorités.

C’est pourquoi nous proposons la réduction de la solde dos spahis, en les gratifiant, ainsi que les douairs, de l’exemption do l’impôt et des corvées.

De cette manière, le spahi coûterait :

Pour la solde 3&5 fr.

Pour l’exemption de l’impôt. 100

Pour le burnous 20

Total 485 fr.

Le deïra coûterait :

Pour la solde à 20 fr. par mois 240 fr.

Pour l’exemption de l’impôt 100

Pour le burnous. 20

Total. . . . . » » * . . s 360 fr.

Cette somme de 360 fr. pourrait même, par la suite, être appliquée aux spahis et, plus tard encore, aux 25,000 baïonnettes indigènes, en y ajoutant seulement l’uniforme; ce serait une nouvelle économie de 4 à 5,000,000.

Nous l’avons déjà dit, l’enrôlement des spahis et des douairs présente un double but : le premier, d’attirer à nous les hommes les plus influents et les plus énergiques dans leurs tribus respectives ; le second, d’avoir toujours sous la main une force rapide, intelligente et même solide quand elle se voit bien commandée.

Or, il suffit de connaître la constitution des tribus pour être sûr des avantages politiques que présente une telle combinaison bien entendue.

Puisque nous savons maintenant que partout les masses sont à la remorque de quelque individualité, comment pourrions-nous douter qu’en nous attachant toutes les influences locales , nous ne fussions maîtres du reste ? et ne devons-nous pas aussi espérer qu’un rapprochement semblable et de bons procédés de notre

part aideraient à nous faire mieux apprécier des grands et des petits, jusqu’à présent restés hostiles? Pour qu’il en fût autrement, il faudrait que l’Algérie ne fût pas un pays où tout esprit de nationalité est mort depuis des siècles ; où l’intérêt personnel est le plus grand mobile, puisqu’il l’emporte même sur l’esprit religieux.

Le jour donc où nous disposerons de dix mille burnous pour les offrir aux spahis et aux douairs, avec cet avantage, qu’ils apprécient tant, défaire partie du gouvernement, n’étant plus taillahles et corvéables; ce jour-là, ne serons-nous pas en mesure de satisfaire toutes les ambitions de quelque valeur, toutes les influences de famille ou de courage, tous les intérêts, toutes les vanités de quelque importance ?

Et quand ces hommes se verront commandés par des officiers français parlant leur langue, connaissant leurs usages, les mêmes enfin qui seront chargés d’administrer leurs tribus, pourraient-ils ne pas être des auxiliaires fidèles en temps de paix, et des soldats dévoués pendant la guerre ? Mais alors il faudrait douter de nous-mêmes ; car pendant que nous avions à lutter contre les populations armées par Abd-el-Kader, les bulletins de nos généraux étaient remplis d’éloges, de citations et de demandes de récompenses pour les spahis, les zemèlas et les douairs.

Nous croyons que les services rendus par ces troupes indigènes sont trop connus et appréciés pour qu’il soit utile d’en parler plus longuement.

Après avoir indiqué le but et les avantages politiques d’une cavalerie indigène nombreuse, nous allons examiner le mode de répartition qui nous semble le meilleur pour les troupes de toutes armes :

Comme la province de Constantine est celle que nous connaissons le mieux, c’est dans ses limites que nous allons proposer notre système d’occupation, applicable aux deux autres provinces.

Nous commencerons pnr les cerclés qui touchent à la frontière de Tunis et au désert; puis nous reviendrons à ceux du littoral par le centre de la province.

En suivant cet ordre, nous trouvons La Calle * comme premier point d’occupation.

Ce cercle a une importance majeure : d’abord parce qu’il est, sur une grande étendue, voisin de tribus tunisiennes sur lesquelles le bey n’a aucune autorité , et qui s’en prévalent souvent pour faire des incursions chez nous ; ensuite, à cause des richesses minérales et forestières très-considérables qu’il renferme et dont l’exploitation ne deviendra fructueuse que moyennant un état de sécurité plus grande ; et, enfin, par la nature du pays qui, étant presque partout boisé et montagneux, surtout vers la frontière, rend plus faciles les

attaques collectives ou isolées, et place ce cercle dans un état de siège permanent.

Afin de mettre un terme à cet état de choses, nous proposons l’établissement de deux mille baïonnettes, deux cents sabres, un détachement d’artillerie, du génie et d’administration sur la rive gauche de l’Oued-el- Kebir à l’entrée du pays des Ouled-Ali.

La cavalerie serait indigène et compterait cinquante spahis et cent cinquante douairs recrutés dans la contrée. Cent hommes d’infanterie et vingt-cinq spahis seraient détachés comme garnison dans la place de La Calle.

Le commandant du cercle et le bureau arabe seraient établis sur ce nouveau point d’occupation qui correspondrait avec le littoral par la voie télégraphique aérienne ou électrique.

Ce moyen de correspondance devrait dès lors être appliqué partout.

Pendant qu’une partie des troupes travaillerait à son établissement, le reste serait employé à l’ouverture d’une route ou tranchée large de vingt mètres et pénétrant par les crêtes au cœur du territoire des Ouled-Ali.

De cette grande artère, qui devrait se prolonger ensuite à l’Est et à l’Ouest jusqu’à la frontière, partiraient d’autres tranchées, toujours en suivant les crêtes, et enveloppant de leur réseau les principales vallées.

Afin que ce travail ne fût pas gêné par les montagnards, il conviendrait d’en employer un certain nombre, avec un salaire raisonnable, en leur présentant l’entreprise comme destinée à faciliter l’exploitation des bois, et même de faire quelques tentatives dans ce sens, avec leur aide, pour les persuader et les intéresser plus sûrement. Cette contrée étant une des plus riches de l’Algérie en bois de haute futaie et autres, des capitalistes, voyant un gage de sécurité dans l’occupation permanente de ce poste, ne tarderaient pas, sans doute, à demander leur exploitation, et les habitants accepteraient volontiers les offres de travail et de bénéfices qui leur seraient faites.

Par ces divers travaux, le pays se trouverait physiquement et moralement transformé; et les avantages de cette transformation seraient de beaucoup au-dessus des dépenses.

Nous ne saurions trop le répéter : dans la guerre de montagne , en Afrique , deux mille hommes d’infanterie sans convoi et sans sac, en valent dix mille, et font plus. Une telle force permanente, pourra, grâce aux routes ouvertes qui lui permettront d’opérer des marches rapides de jour et de nuit, frapper de grands coups à de grandes distances, enlever des douars, des villages entiers et revenir à sa base d’opérations avant qu’un rassemblement sérieux ait pu se former contre

elle; cette force, suffisante (avec un peu d’artillerie) pour culbuter toute résistance, devra donc infailliblement, selon nous, assurer la tranquillité la plus complète dans le pays qu’elle occupera , si elle est établie sur un point véritablement stratégique et bien commandée.

Une administration éclairée, à la fois juste, bienveillante et ferme fera le reste.

Puisque le mot administration a trouvé place ici, nous ajouterons qu’il serait à désirer pour l’avenir que, parmi les conditions imposées aux concessionnaires de forêts, on introduisit celle du déboisement complet, c’est-à-dire qu’on exigeât l’extirpation des broussailles sans valeur forestière qui presque partout couvrent le sol. La sécurité individuelle y gagnerait considérablement ; les troupeaux ne seraient plus décimés par les carnassiers répandus dans tous les bois de la colonie; on ne verrait plus se renouveler ces incendies qui dévorent des milliers d’hectares chaque année; et enfin, sur beaucoup de points, on gagnerait des terrains cultivables sans nuire aux forêts. Cela dit une fois pour toutes, continuons.

A une journée de marche au Sud-Ouest du point que nous venons de proposer, se trouve Ain-Sultan ou Dou- Hadjar, occupé aujourd’hui par un détachement de spahis.

* Ce poste est bien situé pour la police de la frontière ,

mais nous voudrions le voir disposer d’un plus grand nombre de sabres. C’est pourquoi nous proposons d'y établir cent cinquante spahis et cinquante douairs ; en un mot une force capable de prendre l’offensive en cas d’attaque , au lieu d’être obligée de s’enfermer derrière les créneaux, ce qui est toujours d’un trèsmauvais effet moral chez les Arabes.

La plaine traversée du Sud au Nord par la Mafrag et bordée, au Sud et au Sud-Est, par les montagnes des Beni-Salah et des Chiebenah pouvant, dans un avenir prochain, être en partie livrée à la colonisation, nous pensons qu’il serait d’une bonne politique de recruter les spahis et les douairs de Bou-Hadjar parmi les habitants de ces montagnes et de la plaine, en donnant à chacun d’eux une part du territoire en toute propriété.

Il serait sage, d’ailleurs, d’appliquer cette mesure à tous les spahis et à tous les douairs dans l’étendue entière de l’Algérie.

En suivant toujours la frontière, nous entrons dans le cercle de Soukaras où nous reviendrons après avoir parcouru ses limites.

A une marche au Sud-Est de Bou-Hadjar et à l’Est de Soukaras, nous trouvons Tagaste.

Occupé foi’tement par les Romains, ce point est une clef importante de la Tunisie ; il prend à revers les po ■ pulations établies dans le triangle formé par Bou-Hadjar ’

Soukaras et la Mejardah qu’il commande ; il est sur la voie que ces tribus suivent nécessairement lorsque, s’étant insurgées, elles cherchent un refuge sur la frontière; enfin il est maître du défilé de Friguiah.

Ce pays étant partout accessible à la cavalerie, nous proposons d’y établir trois cents sabres français, un détachement d’artillerie et du génie et deux cents douairs recrutés sur les deux rives de la Mejardah et parmi les Ouled-Moumenn.

A une marche de Tagaste vers le Sud, et en suivant la frontière, on rencontre une position de la même importance stratégique : c’est Aïn-Dekir ou Ain-Hadid, à la tête de l’Oued-Ourihir. Les Romains occupaient divers points sur ce ruisseau, et y avaient fondé une grande ville dont les ruines s’aperçoivent encore à plus d’une lieue au Sud : les Arabes l’appellent Haïdrah.

Comme ce poste est au delà de la frontière et qu’il n’est pas meilleur que la tête de l’Oued-Ourihir, nous conseillons l’occupation de ce dernier point. Maîtresse des voies de communication qui débouchent du Nord et de l’Ouest sur la frontière , cette position prend à revers la tribu importante et peu sûre des Ouled-Sidi- Yaya-Ben-Taleb, qui se trouve ainsi placée entre elle et Tébessah; elle touche au Ghib-Chouéni, refuge habituel des Harectah et des Mahatlah lorsqu’ils sont en état d’insurrection ; et, de plus, elle barre le passage

de la frontière aux Hanenchah et autres tribus du Nord qui, dans les mêmes circonstances, cherchent toujours à la franchir.

Les troupes établies à Ourihir pouvant être appelées à opérer contre im ennemi nombreux , nous porterons leur effectif à quatre cent cinquante sabres français , un détachement d’artillerie et du génie avec cent cinquante douairs recrutés chez les Ouled-Sidi-Yaya et les Hanenchah.

Ici, comme sur les autres points de la frontière, on devrait enrôler quelques Tunisiens choisis avec discernement pour faire le service d’espions.

Tournant, pour quelques instants, le dos à la frontière, nous allons compléter l'occupation du cercle de Soukaras.

En marchant d’Ourihir droit au Nord, nous arrivons, en une marche, soit à Mdaourouch, soit à Tamatmat. Ces deux points sont distants l’un de l’autre d’une portée de canon , et conviendraient également , si le premier ne manquait pas d’eau en été et de fourrages en toute saison.

Pour ce double motif, nous préférons Tamatmat,, placé de manière à frapper les Harectah de l’Est, les Mahatlah, les Souderata, auxquels il ferme l’entrée du Ghib-Chouéni et le passage du Mellegh, ainsi qu’aux Ouled-Dann et autres tribus du cercle de Guelma, tou-

jours empressées de fuir de ce côté, quand elles ont commis ou veulent commettre une faute.

Outre ces avantages stratégiques , Tamatmat protège Soukaras et la Mejardah contre toute agression venant du Sud ou de l’Ouest ; et les forces qui y seraient maintenues peuvent, en quelques heures, opérer leur jonction avec celles établies à Tagaste, Ourihir et Tébessah, dont il sera parlé plus loin.

Nous proposons pour Tamatmat trois cents sabres français, un détachement d’artillerie et du génie, et cent douairs pris chez les Beni-Barbar et les Hanenchah.

Un peu plus au Nord, à Tifècli, nous voudrions une zemèla de cent douairs recrutés parmi les Mahatlah, les Souderata et quelques Ouled-Dann.

La zemèla de Tifèch, placée sur l’embranchement de plusieurs routes importantes, serait à une égale distance de Tamatmat, de Soukaras et d’Aïn-Souda, chez les Ouled-Dann , dont nous proposerons l’occupation tout à l'heure. Sa position la mettrait donc à même d’éclairer constamment ces trois postes, et ses cavaliers pourraient accourir promptement à l’aide de la garnison qui les appellerait.

L’enrôlement des hommes de quelque importance dans chacune des tribus qui composeraient cette zemèla aurait encore l’avantage d’assurer la tranquillité toujours douteuse de cette contrée ; et de nous fournir des

guides et des espions dont nous avons éprouvé l'intelligence, la fidélité ainsi que le courage dans diverses circonstances, mais surtout pendant l’insurrection de* 1 852.

A cette même époque, Soukaras fut attaqué durant plusieurs jours par des forces considérables qui ne surent pas enlever les soixante hommes d’infanterie composant sa garnison; Aïn-Beïda et la colonie de Guelma étaient attaquées en même temps et sans plus de succès. Mais, pour secourir les points menacés et poursuivre le châtiment des rebelles, on dut faire venir à marches forcées des troupes très-éloignées do ces points que les insurgés abandonnèrent à la hâte, pour se réfugier, avec leurs familles et leurs biens, dans le pays que nous proposons d’occuper, et où il fallut aller les chercher, non sans beaucoup de peines et de temps perdu.

Il en a ôté et il en sera toujours de même à chaque insurrection; ceci prouve trois choses : la première, qu’aucun système n’est plus mauvais que de disséminer des petits paquets de troupes ne pouvant, en cas d’attaque, se suffire à eux-mêmes; la seconde, qu’il vaut mieux ne pas occuper une position que de l’occuper trop faiblement ; la troisième, qu’un ennemi aussi mobile que l’Arabe doit, en tout temps, être tenu de près; et qu’il suffit, pour le maintenir tranquille, de garder fortement et constamment les points par les-

quels il pourrait s’esquiver, c’est-à-dire ses refuites. Pour quiconque a vécu avec les indigènes et suivi leurs manœuvres en temps de guerre, il est évident qu’une ville européenne bâtie en plein pays arabe, sans garnison, sans murailles et sans portes, ne courrait aucun danger d’attaque de la part des populations, tant qu’elles verraient les passages servant à leur fuite suffisamment gardés pour l’empêcher.

C’est pourquoi nous nous attachons dans ce projet à envelopper les grandes tribus par un réseau de postes assez forts pour que chacun d’eux puisse agir isolément, et distancés de manière à ce qu'il soit possible de réunir promptement un nombre de sabi’es et de baïonnettes imposant sur tel point qui viendrait à être sérieusement menacé ou attaqué.

Nous avons la ferme conviction que le jour où les Arabes verront leur pays partout gardé de la sorte, ils comprendront l’inutilité de la révolte et qu’ils donneront à leurs idées un cours plus en harmonie avec nos projets sur l’Afrique.

Ce sera alors, mais alors seulement, qu’on pourra commencer l’éducation nouvelle de ces populations restées si primitives et, il faut bien le dire, hostiles à tout changement.

Cette digression nous a.fait arriver à Soukaras.

Ce chef-lieu de cercle a été une ville romaine impor-

tante, que depuis longtemps le maréchal Randon regardait comme devant renaître tôt ou tard.

En effet, d’abord quelques maisons se sont élevées sur ses ruines, puis les colons sont venus plus nombreux, et aujourd’hui ils pourraient déjà se garder euxmêmes.

Soukaras est bien placé comme centre de commandement et d’administration.

L’ayant garanti de toute attaque à l’Est, au £ud et à l’Ouest, nous proposons de lui donner deux cent cinquante douairs choisis parmi les Hanenchah et les tribus du Nord, chez lesquelles nous demandons aussi un poste.

Fedj-Magta paraît le point le plus convenable pour bien couvrir Soukaras de ce côté. À cheval sur la route de Bône, il domine la Mejardah, la Seybouse et d’autres vallées; il touche à plusieurs tribus de quelque importance et se trouve assez rapproché des Nebeïls et des Ouled-Dann pour les frapper, soit avec ses propres forces, soit en opérant sa jonction avec celles d’Aïn- Souda. Les troupes établies à Fedj-Magta pourraient aussi, d’ailleurs, agir de concert avec la cavalerie de Bou-Hadjar, sans s’éloigner de leur base d’opérations.

Le pays où ces troupes seraient appelées à agir étant généralement difficile, nous pensons qu’il faudrait pour ce poste cinq cents baïonnettes, un détachement d’ar-

tillerie et du génie, vingt-cinq spahis et soixante-quinze douairs recrutés chez les Ouled-Meçaoud , les lîeni- Salah, les Nebeïls et les Kessenna.

Fedj-Magta est d’autant mieux une bonne position stratégique, qu’on pourra y réunir, sans découvrir aucun dus autres postes, deux mille baïonnettes et mille sabres en un jour ; de même, les postes de Tagaste et d’Ourihir peuvent voir arriver sous leur feu, dans le même laps de temps, mille sabres pris sur toute l’étendue du pays de plaine confié t à leur garde.

Avant de continuer l’occupation des cercles qui se limitent avec celui de Soukaras au Nord, nous devons, afin de suivre l’ordre annoncé, revenir à la frontière et couvrir nos possessions du Sud.

D’Ourihir, notre dernière position sur l’extrême limite, nous arrivons, en une marche à Tébessah, ville romaine d’une importance stratégique considérable.

Depuis longtemps le maréchal Randon, qui a dirigé plusieurs colonnes contre les tribus de ce pays, avait reconnu l’utilité de l’occupation de Tébessah ; mais on a toujours reculé devant ses propositions à cause des dépenses. Or, il est certain que si cette occupation avait eu lieu dès les premières années, on aurait obtenu une grande économie par la différence de l’état de paix, qui en serait résulté, à l’état de guerre qui a nécessité de nombreuses et longues expéditions.

Aujourd’hui Tébessah est un chef-lieu de cercle et n’a qu’une division de cinquante cavaliers et une compagnie d’infanterie. Cependant ce cercle touche, sur une grande étendue, à la frontière de Tunis et au désert. Il est à plus de quarante lieues des garnisons qui seules peuvent lui envoyer des troupes; et il doit maintenir deux tribus qui, ensemble, sont capables de réunir quatre mille cavaliers, un nombre plus considérable de fantassins, et ne sont rien moins que sûres.

Pour ces motifs, et aussi à cause de sa position qui lui permet de prendre à revers la grande tribu des Harectah, nous proposons pour Tébessah cinq cents baïonnettes, trois cents sabres français, un détachement d’artillerie et du génie, vingt-cinq spahis et cent soixante-quinze douairs pris chez les Ouled-Sidi-Yaya et les Némenchah de l’Est.

Cette dernière tribu est nomade et prend ses quartiers d’hiver dans le Sahara; mais elle est obligée, quand viennent les chaleurs et à l’époque des cultures et de la récolte, de se rappi’ocher de Tébessah et de Krenchelah. Alors , c’est-à-dire pendant six mois de l’année , la moitié des Némenchah se trouve forcément établie à une petite marche de Tébessah et l’autre moitié à la même distance de Krenchelali. Il est donc facile de comprendre que de l’occupation de ces deux points, dépend la soumission complète de cette grande tribu.

Krenchèlah offre encore d’autres avantages:

Sa position est une des clefs des monts Aurès; elle pèse sur des population s nombreuses; complète à l’Ouest la surveillance que Tèbessah exerce à l’Est sur les Ilarectah; menace même les Sogniahdu cercle deConstantine et se trouve le point intermédiaire entre Tèbessah et Batnah.

Les Romains occupaient Krenchclah.

Nous proposons d’y établir cinq cents baïonnettes, trois cents sabres français, un détachement d’artillerie et du génie, vingt-cinq spahis et cent soixante-quinze douairs recrutés parmi les Némenchah de l’Ouest, les Mahmera, les Beni-Oudjèna de la montagne et les Hachèch.

En suivant, à l’Ouest, le pied des monts Aurès, autrement appelés Grand-Atlas , nous arrivons à Batnah, dont l’importance a été reconnue depuis les premiers temps et pour lequel on a déjà beaucoup fait.

Sa garnison actuelle se compose d’un régiment d’infanterie et d’un escadron de cavalerie.

L’infanterie de cette place ne peut être utilement employée que dans l’Aurès ou contre les Ouled-Soultan et les oasis. Nous pensons, en conséquence, qu’il serait plus avantageux de la rapprocher de chacun de ces trois points que de la laisser massée au centre.

C’est pourquoi nous proposons de laisser à Batnah

mille baïonnettes, im détachement d’artillerie et du génie, en lui donnant en plus trois cents sabres français, cinquante spahis et cent cinquante douairs.

Ensuite, afin de mettre les montagnes des Ouled- Soultan entre deux points d’occupation ; nous voudrions un poste au pied de ces montagnes vers l’Ouest, à Ras - El-A'toun.

Ce poste aurait sur la montagne et dans la plaine la même influence que Krenchelah à l’autre extrémité de la position. Comme il se trouve assez rapproché des tribus du Hodna, qu’il commande le Sud du cercle de Sétif et peut frapper les Ouled-abd-el-Nour de Constantine, nous proposons pour lui cinq cents baïonnettes, trois cents sabres français, un détachement d’artillerie et du génie, vingt-cinq spahis et soixante-quinze douairs.

Nous allons terminer l’occupation de la subdivision de Batnah par Biskarah.

Ce cercle est appelé à un grand avenir et à une transformation complète, si le forage des puits artésiens dont le général Desvaux a donné l’exemple, est suivi par ses successeurs. Alors on verra des oasis se former et des villages s’élever là où naguère il n’y avait que des sables. La colonisation y trouvera de grandes étendues de terres et un climat favorable à des cultures jusqu’ici inconnues en Algérie.

Au point de vue militaire, il suffit à Biskarah d’une

force capable de maintenir les Arabes nomades et les habitants des oasis.

Les premiers ne pouvant se passer du Tell où ils viennent prendre leurs quartiers d’été et se procurer les céréales que leur pays ne produit pas, sont toujours à notre merci.

Les seconds, forts des obtacles naturels et artificiels qui les abritent, ont essayé de résister et y ont même réussi quelque temps. Mais il a fallu des circonstances exceptionnelles et l’absence de forces convenables dès le principe, pour qu’il en fût ainsi.

Nous pensons que cinq cents baïonnettes, un détachement d’artillerie et du génie, cent cinquante sabres français, vingt -cinq spahis et cent soixante-quinze douairs, toujours présents à Biskarah, suffiraient pour arrêter tout commencement de désordre; et, en tout cas, s’il pouvait en être autrement, les postçs de Itasel-Aïoun, de Bou-Çadah et de Batnali arriveraient à temps pour en finir promptement.

Dans le cercle de Sétif, nous occupons actuellement, avec deux escadrons seulement, Bou-Çadah et Bordj-Bou- Aridj. Cependant ces deux points sont importants par le nombre et le caractère remuant des tribus qui les entourent , et aussi par leur position sur la frontière de la province d’Alger.

Nous proposons pour Bou-Çadah trois cents sabres

français, un détachement d’artillerie, cinquante spahis et cent cinquante douairs.

Pour Bordj-Bou-Àridj nous voudrions les mêmes forces.

Sèlif, chef-lieu de la subdivision, fut le siège d’un gouvernement important à l’époque romaine. Quoique cette place soit couverte au Sud et à l’Ouest par les postes précités, et qu’au Nord elle doive l’être également d’après notre projet; afin qu’elle puisse garantir la plus grande sécurité à sa colonie qui deviendra importante, nous proposons de lui donner trois cents sabres français, un détachement d’artillerie et du génie, cinquante spahis et cent cinquante douairs.

Pour la police de la route, entre Sétif et Constantine, nous voudrions un poste de cinquante douairs, pris chez les Àmer-Gheraha et les Ouled-abd-el-Nour, établi à Bordi-Mahmera.

Nous avons dit que les terres domaniales occupaient, dans le cercle de Constantine, une très-grande étendue. Il résulte de ce fait que toutes ses tribus se limitent avec les cercles voisins.

Il suffira d’enrôler cent cinquante spahis et le même nombre de douairs choisis parmi les familles les plus influentes dans ces tribus, pour que jamais elles ne bougent et que la police des routes soit bien faite.

En établissant le chiffre des troupes de toutes armes

formant l’effectif de l’armée d’Afrique, nous avons demandé trois mille hommes d’infanterie appelés à faire le service des places. Chaque province devant en recevoir mille pour sa part, nous en prendrons, pour la place de Çonstantine , cent cinquante avec un détachement d’artillerie et du génie, et cent spahis pour le bureau arabe, les correspondances et les escortes d’honneur dont on devrait être moins prodigue. Les autres cavaliers indigènes, spaliis et douairs, seraient établis par zemèlas de vingt à vingt-cinq lentes, que l’on convertirait peu à peu en maisons, sur la route de Batnah, à Melilla; sur la route de Tébessah, à Sigus et dans le Chepka, ainsi que sur celle de Guelma, à ÏOued- Zenelti et au Ras-el-Âkba.

Le cercle d'Aïn-Bëida, créé pour le maintien des Harectah, perd toute importance militaire dès qu’il est couvert par les postes de Tamatmat, de Tébessah, de Krenchelah et de Batnah, qui l’enferment de leur ceinture. La grande tribu des Harectah se trouve ainsi réduite à la plus complète tranquillité. Néanmoins, afin de faciliter son administration et les progrès qui pourront y être essayés, nous pensons qu’il serait d’une bonne politique de mettre à la disposition du commandant supérieur vingt-cinq spahis et cent soixantequinze douairs choisis parmi les familles les plus influentes de la tribu.

Le territoire de Guelma est enclavé entre Constantine à l’Ouest , Aïn-Beïda au Sud, Soukaras et Bône à l’Est, et Philippeville au Nord.

Du côté de Constantine et d’ Aïn-Beïda, les Arabes de la Mahouna et les Ouled-Dann pourraient seuls donner quelques inquiétudes.

Ceux de l’Est sont déjà tenus en respect par le poste de Fedj-Magta, et ceux de l’Ouest peuvent être pris à revers par la cavalerie de Tamatmat et de Tifèch.

En créant un poste à Aïn-Souda, on enferme les Ouled-Dann dans un triangle, et on protège les colonies de la plaine contre les tribus de la Mahouna.

Nous proposons pour Aïn-Souda cinq cents baïonnettes, un détachement d’artillerie et du génie, cinquante spahis et cent douairs.

A Guelma, nousvoudrions,dans la place, cent hommes de la légion, un détachement d’artillerie et du génie, avec vingt-cinq spahis ; de plus, aux abords de la place, c’est-à-dire sous la main des autorités, cent douairs pris dans toutes les tribus du cercle.

Du côté du Nord et sur la route de Philippeville à Guelma, nous pensons que cent douairs, divisés en deux zemèlas et pris chez les Beni-Foughal et les Zerdezah , seraient bien placés : les premiers au col des Beni- Foughal, les seconds à Aïn-Gueçab des Zerdezali.

Sur la route de Bône, vingt-cinq douairs des Beni-

Foughal, établis au col de Nechmein, et pareil nombre de douairs des Ouled-Bou-Âziz et des Talah, au Buisseau-d’Or, feraient une bonne police.

Le cercle de Bône, auquel nous arrivons, se trouve couvert, à l’Est, par les forces imposantes de La Calle et l’élément indigène établi à Bou-Hadjar; le poste de Fedj-Magta assure sa tranquillité au Sud ainsi que ses communications avec Soukaras. Cependant, comme la plaine de Bône ne saurait tarder à être colonisée dans toute son étendue , il importe que la sécurité des personnes et des intérêts y soit complète.

Pour ce motif, nous proposons un poste à Barrai avec cent cinquante sabres français, cinquante spahis et un'pont, ou, si l’on aime mieux, un bac sur la Seybouse.

À l’Ouest du cercle, nous voudrions une zemèla de cinquante douairs au Bordj-bcn-Yacoub , placée sous les ordres du brave, fidèle et intelligent kaïd du même nom ; et une seconde zemèla de cinquante spahis , choisis parmi les Ouled-Bou-Aziz, les Ouled-Atïa, les Senadjah, les Djendel, lesBeni-Mahmed, les Tréat, et installée à Aïn-Merkha, sur la route de Bône à Pbilippeville.

Dans la place de Bône et la Casbah, cent cinquante hommes de la légion, un détachement d’artillerie et du génie, cent cinquante sabres français et cinquante spahis doivent suflire.

Pour le cercle de Philippe ville, nous proposons une zemèla de vingt -cinq douairs à Jemmapes, une autre du même nombre à Robertville, et dans la place cent hommes de la légion, un détachement d’artillerie et du génie, et vingt-cinq spahis.

Nous touchons maintenant à un côté de la question non moins sérieux que l’occupation de la frontière et celle du Sud.

Quoique, sur la plupart de nos cartes, la petite Kabylie semble s’arrêter aux environs de Bougie, il n’en est pas moins vrai que dans les cercles de Philippeville et de Constantine il se trouve plusieurs tribus kabyles importantes, tant par le nombre de leurs fusils que par leur caractère hostile et remuant.

Nous pensons que là, comme dans l’Ouest, on n’obtiendra un état de paix solide que par l’occupation forte et permanente des points stratégiques situés au cœur du pays.

Le système qui nous semble devoir aboutir d’une manière indubitable à ce résultat, consiste :

1° A établir, sur une ligne à peu près parallèle au littoral, c’est-à-dire partageant la distance de la mer iux confins de la Kabvlie, vers le Sud, des forts détachés pouvant loger deux mille baïonnettes , plantés sur .es crêtes principales et rapprochés l’un de l’autre l’une marche, pour l’infanterie sans convoi et sans sac ;

2° A employer cette infanterie concurremment' avec les Kabyles ; ces derniers travaillant non par corvées mais avec un salaire ; à relier les forts entre eux par de larges tranchées, suivant les crêtes, dans la direction des villages et des principales vallées ;

3° Enfin, ce qui est du ressort de l’administration, à livrer l’exploitation des forêts et des mines à des capitalistes qui compléteront l’œuvre commencée par nos soldats.

Ces travaux, en faisant disparaître la seule force des montagnards, leur apportera un bien-être inconnu et certainement inespéré, qui, succédant à leur état actuel de misère, les empêchera de regretter leur indépendance et les broussailles inutiles qui couvrent aujourd’hui leur pays.

A l’appui de ce que nous venons de proposer ici, nous pouvons citer un exemple tout récent de la meilleure façon d’occuper des montagnes. Celui-là ne saurait être regardé comme mauvais à suivre puisqu’il vient d’obtenir les plus brillants résultats.

Nous voulons parler de la guerre du Caucase par les Russes.

Après avoir fait, comme nous, la triste expérience do colonnes agissant avec des troupes chargées et des convois , à travers un pays à peine percé, ils ont occupé fortement un point stratégique. Puis, parlant de ce

point vers l’intérieur, ils ont fait des expéditions avec plusieurs bataillons armés de haches, ouvrant une large tranchée principale sur une crête dominant le pays; ensuite ils ont découvert un à un tous les villages par le même moyen. Ce n’est que de cette manière, infaillible à nos yeux, que les Russes sont arrivés à détruire la résistance opiniâtre des populations du Caucase.

On objectera sans doute que l’exécution d’un tel projet coûterait des sommes considérables.

La création des forts qu’il faudrait établir ne saurait avoir lieu sans de fortes dépenses ; mais ces dépenses peuvent ne pas être à la charge de l’Etat, si celui-ci veut concéder gratuitement les forêts et les mines de ces contrées à une compagnie puissante.

Nous dirons plus : des sommités financières de l’étranger, auxquelles nous avons soumis nos idées à ce sujet, les ont accueillies avec faveur; et, au jour voulu, seraient prêtes à verser les sommes jugées nécessaires à la création des forts.

Cette combinaison aurait, en outre, l’avantage d’être applicable aux postes de l’intérieur et du Sud moyennant une cession de terres.

Après avoir fait cette remarque, que nous croyons indispensable pour lever toute objection, nous allons examiner les points d’occupation qui nous semblent les plus favorables.

Kollo a de l’importance en ce qu’il possède un bon port, une vallée fertile, et que plusieurs tribus kabyles du cercle de Philippcville se trouvent à sa portée.

Cependant nous croyons qu’il serait préférable de se placer sur une position plus rapprochée des Ouled-Atïa, des Beni-Toufout, et qui commande aux tribus de l’Oued- Zour.

Cette position serait trouvée près de Seba-Rous, sur la crête qui limite les Ouled-Atïa et les Beni-Toufout.

Non-seulement les troupes établies sur ce point toucheraient à ces deux tribus et à d’autres non moins importantes ; mais encore elles seraient assez rapprochées des Beui-Mennah, des Ouled-el-Hadj, des Beni- Salah et des Ouled-Aïdoun pour être chez elles dans une marche.

Ce premier fort , occupé par deux mille baïonnettes, un détachement d’artillerie, du génie et quel- . ques cavaliers indigènes, servirait de type pour tous ceux qui seraient créés dans la petite et dans la grande Kabylie.

Nous voudrions le second à Fcdj-cl-Arbah , avec une route par les crêtes et un bac sur l’Oued-el-Kebir.

Fedj-el-Arbah est à cheval sur la route de Constantine à Djigelly ; il coudoie les Ouled-Askar et les Zouagha ; il est près des Arrhes, des Beni-Afer, des Beni-

Kretab, et scs forces peuvent, dans une marche, se joindre soit aux troupes de Seba-Rous, soit à celles du troisième fort qui serait établi entre le grand et le petit Babor, à la bifurcation des crêtes.

Cette position menace les Beni-Ameran, les Beni- Fouglial, les Beni-Oursdin et d’autres tribus moins importantes.

Ce troisième fort se relierait, toujours par les crêtes, avec celui qui serait créé au Telela des Beni-Djellal situé sur le Djebel-Trouna.

Cette position protège la route de Bougie à Sétif ; elle commande les deux versants de la montagne ; de là on peut atteindre toutes les tribus du cercle de Bougie dans une marche et se joindre de même à ses deux voisins de l’Est et de l’Ouest, en supposant que ce dernier fort soit construit sur la crête qui domine Sidi-Aïssa dans la partie Sud-Est du cercle de Delhys.

Afin d’être fidèle à notre programme, nous n’irons pas plus loin de ce côté, laissant à ceux qui le connaissent mieux que nous le choix des points qui leur paraîtront les plus favorables.

Dans la grande Kabylie, où beaucoup de villages sont protégés par des murs crénelés à cause des guerres que se font les tribus entre elles, il serait important de détruire ces moyens de défense qui n’auraient plus de raison d’être, une fois le pays pacifié.

Il ne nous reste plus qu’à pourvoir à la sécurité de Kollo, que nous voudrions voir devenir un centre de colonisation et de commerce, ainsi qu’à celle de Djigelly et de Bougie déjà occupés.

Pour Kollo , nous proposons cent cinquante hommes de la légion, un détachement d’artillerie et du génie et cinquante douairs ; pour Djigelly, les mêmes forces; pour Bougie , deux cents hommes de la légion, artillerie, génie, avec cent douairs.

Ces chiffres peuvent tout d’abord paraître insuffisants ; mais si l’on réfléchit à la situation faite aux tribus kabyles quand la ligne de forts proposée aura été établie, on comprendra facilement que les villes du littoral devront jouir de la sécurité la plus complète.

Telle est l’idée que nous soumettons, en y ajoutant, pour les troupes d’infanterie surtout, la demande d’une tenue en rapport avec le climat ; ce qui permettrait de fondre les tirailleurs indigènes dans les régiments français.

Que deviendra cette idée ? nous l’ignorons ; mais ce dont nous sommes persuadé, c’est que les hommes de guerre éminents qui ont grandi sur ce terrain, et à l’école desquels nous avons travaillé, sinon avec succès, du moins avec zèle, trouveront dans le fond de ce projet quelques pensées utiles au pays et dont ils ont sans doute, avant nous, médité l’exécution.

Chacun y verra une marque de l’attachement que l’Algérie inspire à tous ceux qui l’ont habitée longtemps ; et nous espérons que les hommes de progrès, les partisans sincères de la colonisation y reconnaîtront la possibilité d’arriver plus vite à une paix solide et durable, sans laquelle il nous faudra encore marcher à pas comptés sous peine de tout compromettre.

La province de Constantine' étant, par son étendue et le chiffre des populations indigènes qui l’habitent, presque l’égale des deux autres réunies, nous avons proposé pour elle un effectif de vingt-cinq mille quatre cents hommes de toutes aimes, ainsi divisés :

Savoir :

Baïonnettes 14,000

Légion destinée à faire le service des places. . 1 ,000

Artillerie 900

Génie 900

Cavalerie : chasseurs d’Afrique . 3,600

Spahis 1 ,000

Douairs 3,000

Soldats du train et d’ad mini stration 1 ,000

Total 25,400

Les provinces d’Alger et d’Oran auraient ensemble :

Baïonnettes 20,000

Légion 2,000

Artillerie 1,600

Génie 1,600

Cavalerie: chasseurs d’Afrique 6,400

Spahis 2,000

Douairs 4,000

Soldats du train et d’administration 2,000

Total. . . » ( . « 39*600

Total général : 65,000 hommes.

Sur cet effectif, les troupes recrutées en France ne figureraient que pour le chiffre de trente mille hommes ; et bientôt on arriverait à celui de vingt mille seulement, en augmentant la proportion des enrôlements indigènes dans l’infanterie.

La répartition de ces troupes serait faite dans les provinces d’Alger et d’Oran, en suivant le même principe que nous avons appliqué à celle de Constantine, et qui peut se résumer ainsi :

Etablir généralement l’infanterie en permanence dans les montagnes et la cavalerie dans les plaines ;

Couvrir les frontières par des forts détachés ;

Choisir les points d’occupation de manière que toute

tribu importante se trouve à la plus petite portée des sabres, en plaine, des baïonnettes dans la montagne ;

Donner à chaque poste une force suffisante pour qu’il puisse agir isolément, et une position stratégique qui permette à sa garnison de se joindre dans le plus bref délai possible (en moins d’une journée) à deux au moins de celles qui l’avoisinent ;

Relier ces postes par des voies de communication larges et faciles et des télégraphes aériens ou électriques ;

Dans les villes qui se trouvent en dehors de ces conditions, ne garder que le nombre d’hommes strictement utile au service de place ;

Organiser partout les milices, en leur donnant le goût des armes et du tir par la création de prix accordés aux meilleurs tireurs. En entourant ces réunions, auxquelles seraient conviés les miütaires et les Arabes, du même apparat qui est déployé, avec raison , pour les courses de chevaux, on ferait une chose très-utile. Il est évident que le jour où les Arabes et surtout les Kabyles, très-fiers de leur adresse au tir, s’y verraient battus par nos soldats et nos miliciens, ces derniers leur paraîtraient d’autres hommes.

Page 1