DÉCADENCE DU COMMERCE FRANÇAIS : SES CAUSES. LES REMÈDES
Il semble, depuis quelques aimées, qu’un revirement se soit fait, en France, en faveur de toutes les questions intéressant le commerce : de nombreux ouvrages ont été publiés pour tâcher d’expliquer les causes de la décadence du commerce français dans le monde. Partout des missions se sont mises en route, à la recherche de débouchés nouveaux; des comptoirs ont été créés ; en un mot, des efforts louables ont été faits et sont faits chaque jour pour réveiller l’esprit d’initiative, stimuler les hésitants, encourager les jeunes entreprises. Certes, des progrès ont été constatés et, prochainement sans doute, la récolte viendra, de toutes ces semences jetées aux quatre coins du monde; mais ce n’est pas assez :
il faut de plus en plus pousser la jeunesse à s’expatrier, à chercher au loin une situation honorable et sérieuse, au lieu de la laisser s'étioler et se flétrir dans les bureaux, l’Administration ou dans les carrières libérales, si encombrées, que nul ne peut y faire sa route s’il n’a derrière lui des influences puissantes pour le pousser, l’imposer et le caser. 11 n’en est pas ainsi dans la lutte commerciale; le champ est vaste et libre, les combats y sont rudes, mais nul n’a d’avantages que ceux qu’il sait prendre; à tous la récompense est promise, et tous peuvent l’obtenir. Il faut du travail, de l’ordre et de l’honnêteté. Ce sont là des qualités bien françaises. Alors, que manque-t-il donc? Il manque l’initiative qui, seule, féconde! Il faut par-dessus tout que le commerce soit placé en tète et non pas en queue de toutes les carrières; que les nobles et les jeunes gens riches s’v intéressent et s’y mettent eux-mêmes avec ardeur, que le gouvernement, tout en restant dans son rôle, protège et soutienne les initiatives privées.
Sans vouloir être aussi pessimiste que les auteurs de récents ouvrages, tels que : A quoi tient la supériorité des Ariglo-Saxons, ou le Danger allemand, nous devons cependant insister sur la nécessité absolue de voir le commerce français reprendre dans le monde la place qu’il y a tenue si longtemps; nous ne voulons pas faire œuvre de mauvais Français, et montrer un parti pris ridicule autant qu’exagéré, mais il faut avoir la franchise de reconnaître l’endroit ou îe bàl vous blesse, et la meilleure marche à suivre pour guérir un mal est d’abord de le connaître à fond
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pour le traiter ensuite. Faisons de môme pour le commerce français : étudions les raisons de sa décadence, et facilement nous trouverons les remèdes.
Pour toute personne sans parti pris, il paraît évident que, au point de vue commercial et politique, de première qu’elle était dans le monde, la France est tombée au troisième rang, après l’Angleterre et l'Allemagne, et que, si elle ne tombe pas plus bas, c’est parce que les autres États européens ne peuvent monter plus haut.
L’influence d’une nation dans le monde procède, de sa diplomatie pour une part, mais de l’importance de son commerce extérieur pour la plus grande part. Beaucoup mieux que les articles de journaux et les discours des députés, les échanges du commerce répandent l’influence française, entraînent à employer des articles français; les étrangers prennent peu à peu nos coutumes, viennent en France, aiment notre pays, lui achètent et l’enrichissent.
Le commerce est donc la pierre fondamentale de l’influence, et si, dans le monde, la nôtre est maintenant passée au troisième rang, c’est que notre commerce est resté stationnaire, tandis que celui de l’Allemagne et celui de l’Angleterre ont progressé chaque année à pas de géant.
Pourquoi notre commerce a-t-il diminué?
1° Parce que trop peu de Français s’établissent à l’étranger ;
2° Par suite du manque d’initiative et de capitaux
employés dans les affaires commerciales d’outre-mer;
3° Difficulté de trouver des hommes capables pour gérer les entreprises commerciales à l’étranger;
4° Prix peut-être trop élevés des articles français, insuffisance et cherté excessive des moyens de transport en France.
Examinons ces causes :
Les Français ont peu l’habitude de s’expatrier; ne parlant que leur langue, ils craignent de ne pouvoir réussir à l’étranger; ils veulent conserver leurs aises et leurs habitudes sans vouloir prendre celles des pays où ils vont; les parents craignent de voir partir leurs fils au loin, ils préfèrent les laisser dans leur modeste situation, sans chance de meilleur avenir, plutôt que de leur permettre de tenter fortune. Les fils aiment mieux également la vie facile do Paris ou de France; on peut le voir par l’exemple des soldats de l’infanterie de marine qui, après leurs deux ans de séjour aux colonies, ne souhaitent qu’une chose, retourner en France pour n’en plus bouger, au lieu de s’établir dans le pays qu’ils ont connu pendant deux années, dont ils ont appris la langue et pris les habitudes. Ils devraient pourtant se rappeler, ces jeunes gens, que les fortunes commerciales du Mexique sont presque toutes entre les mains d’anciens soldats français qui se sont établis dans le pays après la guerre du Mexique. Ils ont prospéré, ont fait souche dans le pays, et ont attiré avec eux un grand nombre de leurs compatriotes. Cet exemple devrait suffire pour montrer que, eux aussi, ils pourraient faire leur chemin et réussir à l’étranger. De même, la République Argentine retient sur son sol
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un grand nombre de Français, presque tous basques, qui s’y plaisent et y prospèrent.
Mais les Parisiens et les jeunes gens des grandes villes telles que le Havre, Lyon, Bordeaux, ne s’expatrient que difficilement.
Voyons ce qui se passe à Londres ou à Hambourg. Un jeune homme de dix-huit ans entre chez un commissionnaire ou chez un commerçant avec l’idée fixe d’aller s’établir plus tard n’importe où. Au bout de quelques mois, il a vu, dans la maison qui l’emploie, avec quels pays on fait le plus d’affaires, quelles sont les villes qui lui paraissent de réussir le mieux ; il étudie alors la langue, correspond avec les clients de la maison, en un mot se met bien au courant, et un beau jour, il part, ayant trouvé un emploi chez un correspondant de son patron, ou, s’il est intelligent, ayant obtenu un petit crédit de sa maison. Voilà donc un garçon établi, qui va fonder une nouvelle affaire destinée ou non au succès; mais en attendant il restera en relations avec sa première maison, fera venir de son pays tous les produits de sa vente, et n’achètera en France que ce qu’il ne pourra pas acheter dans sa patrie.
Usant lui-même de son influence auprès de ses clients, il leur imposera petit à petit ses articles, au détriment des produits français, qui, pour obtenir une bonne vente, doivent être soutenus et préférés par le vendeur à cause de leur prix en général élevé.
Petit à petit, des groupes commerciaux se forment ainsi, et le commerce du pays d’origine s’accroît rapidement.
De même, les immigrants industriels ou agricoles
apportent avec eux leurs coutumes et leurs besoins; ils demandent les produits de leur pays, que le marchand se voit obligé de faire venir s’il ne les a pas.
Il faut donc, pour augmenter les commandes faites en France, envoyer des Français à l’étranger. Il y a de la place partout et dans tous les métiers et pour tout homme intelligent et travailleur. Nous n’admettons pas, sauf de rares exceptions, la réponse : tout est déjà pris, il n’y a rien à faire, c’est trop tard, etc. Évidemment la chose est ainsi plus difficile, mais qu’importe! La concurrence est un stimulant puissant et également un moyen d’augmenter les besoins, par suite les affaires de ceux qui sont de force à la soutenir.
Chacun doit donc, suivant sa position, chercher à créer à l’étranger une affaire ou une industrie compatible avec ses aptitudes.
Il faut cependant, avant de partir, s’entourer de renseignements suffisants, avoir le capital nécessaire aux premiers débuts de l’affaire que l’on veut créer, en un mot ne pas se lancer à l’aventure, sinon on marcherait au-devant d’un échec, fatal, non seulement pour les capitaux risqués, mais surtout à cause du découragement qui en résulterait pour toute nouvelle entreprise.
Les commissionnaires de Paris sont les facteurs principaux du commerce d’exportation, et devraient donner l’exemple en créant des comptoirs à l’étranger; mais ils se heurtent à une difficulté, presque insurmontable, le choix d’un gérant. Il est pour ainsi dire impossible de trouver un Français sérieux, capable de prendre la direction d’un comptoir
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commercial. Ou il est marié et 11e veut pas s’expatrier, ou il veut bien partir, mais impose des conditions inacceptables. Dans la plupart des cas, on tombe sur un beau parleur, promettant monts et merveilles, et qui se montre tel qu’il est, c’est-à-dire incapable, dès le début de l’entreprise. On est alors obligé de liquider ou d’envoyer un autre gérant, ce qui entraîne de grandes dépenses et empêche la maison de prospérer, faute de direction.
Notre expérience personnelle nous a montré l’infériorité des Français vis-à-vis des gérants allemands ou suisses; aussi, lorsqu’on a la chance de rencontrer un jeune homme paraissant avoir toutes les qualités requises, n’eût-il pas un centime de capital, ne doiton pas hésiter à lui confier le soin de créer une entreprise à l’étranger, dans le cas où l’on croit avoir une bonne affaire en vue.
Naturellement, la question des capitaux disponibles est aussi d’une importance primordiale. On reproche aux Français, avec juste raison, de ne pas oser risquer 10.000 francs dans une affaire commerciale d’exportation, tandis que, sur le renseignement d’un ami, ils risqueront le double ou le triple sur une mine d’or qui n’a peut-être jamais existé. Certes, le reproche est fondé dans la plupart des cas et il faut voir, dans cette insistance à n’acheter que de la rente ou des obligations de chemins de fer, une des causes de notre décadence commerciale. Cependant, on doit reconnaître que, surtout depuis ces dernières années, les affaires commerciales sérieuses ont reçu un discrédit considérable par les honteuses spéculations qui ont été commises, sous le but apparent d’entreprises industrielles ou commerciales.
Franchement, on ne peut concevoir l’audace des lanceurs de ces affaires et la crédulité des actionnaires, bernés pendant les deux ou trois premières années par des rapports imaginaires, des dividendes pris sur le capital, jusqu’au jour de la liquidation forcée. L’Afrique du Sud a été un champ nouveau et fertile pour toutes ces affaires plus financières que commerciales.
A l’aide des espérances provoquées par la hausse des mines, on a créé un certain nombre de sociétés commerciales dont les débuts ont montré l’organisation absolument mauvaise. Des sociétés ont été montées à un capital, dont le quart ou le tiers était donné aux fondateurs; des actions étaient imposées par force à des fabricants qui payaient avec des marchandises, comptées naturellement à un prix surfait; les autres actions étaient placées peu à peu dans le public et fournissaient le fonds de roulement ; c’était enfin tout ce qu’il fallait pour provoquer une mauvaise affaire. Aussi, le résultat donné par ces sociétés a-t-il été moins que favorable, et les maisons sérieuses du Transvaal ne se sont pas gênées pour dauber sur les Français et sur leurs sociétés. Il convient donc de se montrer prudent dans le placement de capitaux demandés pour une affaire commerciale, de s’assurer de l’honorabilité des promoteurs, de leurs tenants et aboutissants. Si ces renseignements sont favorables et que la société soit conduite par des gens sérieux et honnêtes, il ne faut pas hésiter à risquer une petite somme qui, dans la plupart des affaires bien dirigées, devra donner de bons bénéfices.
L’association de quelques personnes est, en effet,
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dans la majorité dos affaires, indispensable. Il faut, dans l’Afrique du Sud, des capitaux relativement importants, et les jeunes gens qui veulent une affaire ne les ont pas toujours à leur disposition. S’ils mettent dans une affaire tout ce qu'ils possèdent, c’est une preuve qu’ils ont l’intention de faire l’impossible pour arriver, en risquant leur capital entier.
Quant aux hommes nécessaires, ils ne peuvent s’improviser et il faut encore quelques années pour en trouver un nombre suffisant en France. C’est aux maisons de commerce, aux commissionnaires qu’échoit le soin de former des jeunes gens sérieux et honnêtes, de bonne famille, qui, le moment venu, pourront partir relever un gérant ou fonder un comptoir. Les maisons de Londres et de Hambourg, les grosses maisons de Marseille universellement connues, les Mante, les Fabre, etc., ont toujours sous la main les employés nécessaires et forment d’avance, dans leurs bureaux, une pépinière de futurs gérants ou employés coloniaux.
Voilà donc ce qu’il faut faire : élever les jeunes gens en leur faisant apprendre les langues , les mettre dans des maisons de commerce sérieuses, en leur donnant toujours comme but la recherche, à l’étranger, d’une position qu’ils auront eux-mêmes à conquérir.
Mais il s’agit, pour tous ces commerçants montant une affaire, de vendre leurs marchandises, et ils ont à lutter, premièrement, contre les prix avilis de la concurrence, et ensuite, bien que voulant réduire leur bénéfice pour augmenter leurs affaires, ils ne peuvent rendre leurs marchandises aux ports d’embarquement
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dans d’aussi bonnes conditions que les industriels étrangers. Les Anglais et les Allemands procèdent différemment; ils cherchent avant tout à produire à bon marché des articles secondaires et réduisent leur bénéfice au tant pour cent minimum, après, bien entendu, avoir fait le calcul des frais généraux. Il s’en suit qu’ils paraissent vendre bon marché, meilleur marché que nous ; par suite, ils reçoivent de fortes commandes, qui leur permettent encore de réduire leur prix de revient; ils augmentent ainsi leurs débouchés. Les compagnies de chemin de fer leur donnent des tarifs spéciaux d’exportation, qui leur permettent de livrer au port des marchandises de provenance lointaine, sans qu’elles soient grevées, comme en France, de frais excessifs.
On dit toujours qu’en France la main d’œuvre est plus chère qu’en Angleterre et qu’en Allemagne. C’est une grande erreur en ce qui concerne l’Angleterre, où les ouvriers sont payés plus qu’en France. Quant à l’Allemagne, les ouvriers sont fort bien payés dans les principales industries; leurs salaires les plus inférieurs, de 1 rnk,50 à 2 marks par jour, ne sont pas loin de 2 francs à 2fr,50 que gagnent en France les ouvriers de môme industrie, tels que forgerons, mineurs, tisserands, etc., etc., nous pourrions donc, comme les étrangers, lutter avantageusement et imposer nos produits dans le monde entier si tout concordait à l’économie de production, de transports de chemin de fer et si les producteurs voulaient augmenter leurs débouchés en réduisant leurs bénéfices.
Toutes ces questions intéressent au plus haut point notre commerce extérieur; de même, si nous étudions
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la question des frets maritimes sur les navires français, nous voyons que, partout, ceux-ci sont plus élevés que sur les lignes étrangères; cela tient à de nombreuses causes, dont la principale est sans aucun doute le coût primitif de construction, beaucoup plus élevé en France que partout ailleurs. Il est en effet reconnu, qu’un navire coûte, à construire, au moins 'tO p. 100 de plus en France qu’en Angleterre! Aussi, il arrive qu’en France, on construit un navire pendant que, pour la même somme, on en construit deux à Glascow ou à Belfast! Comment pouvons-nous lutter?
Il est lamentable de voir le retard et l’apathie dn commerce français dans cette question de la marine marchande, dont on s’occupe tant à l’heure actuelle. Au lendemain du nouveau tarif de douanes, en manière de compensation donnée aux ports, on institua des primes considérables pour la navigation à voile et à vapeur, primes représentant, par exemple, uni1 somme de 10.000 francs pour un voilier de 1.000 tonneaux allant à San-Francisco et retour. On avait supposé que ces sacrifices énormes, que s’imposait la France, donneraient un coup de fouet aux armateurs et aux constructeurs. Il n’en a malheureusement rien été, les constructions neuves ont toujours été en arrière et actuellement il est impossible de trouver dans un port français un voilier au long cours demandant moins du double qu’un voilier à Hambourg ou à Liverpool, et ce, malgré la prime qui constitue à elle seule un appoint élevé dans le bénéfice. Seules les compagnies de navigation ont profité de ces primes pour leurs flottes déjà existantes, mais n’ont fait aucun effort pour les augmenter. Les pouvoirs.
publics ont cherché, dans un but louable assurément, mais mal inspiré, à donner ainsi des encouragements à diverses industries. Récemment encore, on a vote d’importantes primes aux raffineurs de sucre. Qui profite de ces sacrifices? Ce sont les grosses maisons, les Say, les Lebaudy, les Sommier et autres. Qu’est-ce que cela peut faire au commerce général que ces industriels gagnent, chaque année, 2 ou 3 millions de plus chacun. La masse ne profite aucunement de ces primes, et c’est de l’argent gaspillé sous couleur de protection à l’industrie française ; nombreuses et élevées sont les sommes ainsi sacrifiées sans résultats tangibles.
L’Etat ne doit pas protéger exclusivement les intérêts particuliers ni les intérêts par trop régionaux; il doit, par contre, largement venir en aide aux efforts commerciaux honnêtes faits de tous côtés, au lieu de toutes ces subventions jetées à telles ou telles régions, qui en profitent au détriment d’autres. Les sommes énormes ainsi dépensées chaque année par l’État, seraient bien mieux utilisées en favorisant les initiatives individuelles qui, souvent, faute d’aide pécuniaire, ne peuvent s’affirmer. Il faut favoriser l’émigration, faire tout le possible pour envoyer des colons français aux colonies ou, à leur défaut, dans les pays d’avenir comme l’Afrique du Sud paraît devoir l’être.
Ce serait de l’argent bien dépensé, et qui donnerait rapidement de bons résultats, d’employer chaque année une cinquantaine de millions à soutenir le commerce extérieur qui, seul, fait la richesse de la France. La devise des protectionnistes est : « En frappant de droits élevés tous les articles étrangers, nous
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restreignons notre commerce et limitons notre champ d'action à la France. » C’est possible, mais ce n’est jamais qu’un cercle d’échanges restreint; l’argent change de mains, reste dans le pays, mais n’augmente pas. Les producteurs sont obligés, qu’il y ait des droits de douanes ou non, d’importer les matières premières pour de fortes sommes; l’argent français sort ainsi par centaines et centaines de millions. Le pays s’appauvrirait donc en peu de temps si les exportations de produits français à l’étranger n’étaient là pour ramener en France une partie de l’or qui s’en va. Le chiffre des exportations est toujours, d’un milliard, inférieur à celui de nos importations. Si cette situation durait vingt ans, et s’il n’y avait pas l’afflux des étrangers qui viennent dépenser en France pour leur plaisir, nous serions appauvris de 20 milliards. Voilà donc la pierre de touche de toutes les questions économiques seule commerce de la France. Exportez si vous voulez vous enrichir.
Il serait donc utile au plus haut point qu’on proposât diverses mesures devant favoriser efficacement cette augmentation d’affaires indispensable à la richesse de notre pays.
Certes, les chambres de commerce, les sociétés de géographie commerciale , les sociétés de commissionnaires, font des efforts louables pour améliorer cette situation. M. Amédée Prince, le distingué président de la chambre syndicale des commissionnaires et du commerce extérieur, vient de remettre au ministre un rapport attirant l’attention des pouvoirs publics sur ces importantes questions.
Il faut que chacun apporte sa bonne volonté, des
idées pratiques, du dévouement et surtout des opinions guidées par l’intérêt général et non par l’intérêt particulier. Il n’est pas douteux que, soutenu par les représentants du commerce , le ministre ne puisse faire aboutir les mesures propres à atteindre le but désiré.
Quelles sont ces mesures ? Il ne rentre pas dans le cadre de ce livre de faire une étude détaillée de ces questions. Nous indiquerons cependant quelques idées, que notre expérience commerciale nous a suggérées et qui demanderaient peut-être un examen.
Il serait facile d’en trouver d’autres, plus ou non moins pratiques et faisables; une commission sérieuse pourrait en faire une sélection et proposer ainsi une liste do réformes :
1° Modification de la loi militaire, pour les jeunes gens établis à l’étranger , et dispense du service actif après un temps déterminé de séjour;
2° Création de bourses de séjour dans les pays étrangers hors d’Europe pour un, deux ou trois ans, délivrées à un certain nombre de jeunes gens, parlant déjà la langue du pays, sortant du commerce, et choisis, soit par concours, soit par décision des chambres de commerce ou des chambres des négociants commissionnaires;
3° Aide pécuniaire, sous forme et quantité à déterminer, soit par l’Etat, soit par les chambres de commerce ou chambres syndicales des différentes industries, à ceux des jeunes gens ayant eu une bourse de séjour, et qui auraient, après leur temps de séjour écoulé, présenté par voie du consul un
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projet de création d’un magasin ou autre entreprise. Remboursement de cette subvention soit par hypothèque, soit sur garanties;
4° Création d’une société commerciale, avec participation, direction et contrôle effectifs de l’État. Elle aurait pour but de fonder, avec l’aide de ses capitaux, des comptoirs à l’étranger, où elle resterait intéressée dans les bénéfices éventuels. Cette société pourrait ainsi établir ceux des jeunes gens ayant fait de longs séjours ou rempli des missions commerciales à l’étranger, et dont les capacités permettraient de compter sur eux pour l’établissement d’une entreprise commerciale.
5° Avances à consentir aux agriculteurs désirant acheter des terrains de culture, et garanties par hypothèques sur ces terrains. (Voir Colonie du Cap.)
6° Subvention de passage ou passage gratuit aux ouvriers, agriculteurs ou autres, possédant un métier et munis de certificats délivrés par les maires de leurs communes, après enquête.
7° Subventions aux missions commerciales, entreprises soit par des chambres de commerce ou des chambres syndicales, à conditions qu’elles rapportent tous documents ou échantillons nécessaires.
8° Création, auprès des consuls, d’agents commerciaux, pris parmi les commerçants, devant fournir, sans aucune responsabilité, tous renseignements, documents, etc., et aider, par tous les moyens en leur pouvoir, les Français venant se fixer dans le pays dans un but commercial ou industriel.
9° Bureaux spéciaux au ministère du commerce, à
la chambre de commerce, donnant des renseignements précis sur les différents points du monde.
10° Publication gratuite de manuels de colonisation, de guides pour les émigrants contenant, pour chaque pays, les renseignements indispensables, etc.
11° Dégrèvement des patentes commerciales aux commissionnaires ou commerçants créant ou entretenant des entreprises commerciales hors d’Europe.
12° Ristourne d’une partie des droits de douane à l’entrée en France, des marchandises ou produits coloniaux, récoltés et envoyés par des Français établis à l’étranger, accompagnés de certificats d’origine signés par le consul français, etc., etc.
Mais s’il est juste de demander l’aide de l’État lorsque cela est possible, il faut surtout ne compter que sur soi et adopter le système anglais, le sclf-help. Avec de l’initiative, de l’ordre et de l’économie, le Français, mieux que tout autre, peut réussir à l’étranger.
Naturellement, on devrait d’abord chercher à s’établir dans les colonies françaises, qui ont coûté et coûtent encore tant d’or à la métropole, bien qu’on ne trouve pas toujours, auprès des gouverneurs de ces colonies, l’aide qu’on serait en droit d’espérer. Gela tient, non pas au manque de bonne volonté de ceuxci, mais à leur insuffisance générale à pressentir, susciter et diriger les besoins commerciaux. La fâcheuse et tyrannique administration intervient toujours pour entraver les nouveaux colons, et il nous serait facile d’en citer de nombreux exemples. Nous ne pouvons cependant nous empêcher de faire des comparaisons attristantes entre les résultats des colonies françaises, sous l’administration française, et