AU CONGO
Il m'a semblé opportun de loucher, en passant, deux mots de cette question, qui donne lieu, comme on sait, à maintes controverses non encore résolues.
M. le capitaine Devédeix rappelait, dans le journal de l' Agriculture pratique, que l'éléphant était asservi il y a plus de quinze siècles par toutes les peuplades de l'Afrique du Nord :
Les murs de Carthage contenaient des écuries pour deux cents éléphants. Ceux de la ferme de dressage belge ont permis de labourer et cultiver de vastes étendues de terrain jusqu'alors improductives, et la ferme possède actuellement de grands champs de manioc et de riz, qui sont une ressource précieuse dans ce pauvre pays jusqu'ici stérile.
M. le capitaine Devédeix exprimait sa pénible surprise que nous n'ayons pas commencé encore à domestiquer l'éléphant au Congo français :
Autrefois nombreux en Afrique, les éléphants sont en voie de disparition. Le commerce de l'ivoire est cause de tout le mal. L'utilisation de l'éléphant au Congo français, tout en restreignant le portage, permettrait la mise en valeur d'immenses terrains dont la culture est jusqu'ici forcément délaissée : manioc, riz, coton, etc.
go L.V DOMESTICATION DE L ELEPHANT AU CONGO
Le pays, affirmait M. Devédeix, changerait complètement le jour oiî Télépliant d'Afrique serait utilisé dans la brousse tropicale comme son congénère des Indes dans la jungle de l'Hindoustan.
Les Belges possèdent en effet, il est vrai, un établissement consacré à l'élevage et au dressage de l'éléphant. Voici près de dix ans qu'un crédit d'une centaine de mille francs est inscrit annuellement en faveur de cette initiative. En dehors des résultats constatés parle capitaine Devédeix, il ne paraît pas toutefois que l'utilisation du grand pachyderme puisse être jamais généralisée là bas.
Longtemps on a cru à l'impossibilité de dresser l'élépliant africain. Il n'est pas prouvé, en tous cas, que les éléphants carthaginois étaient des Phéniciens, donc des Asiatiques. Il se pourrait donc que les éléphants de Garthage eussent été importes d'Asie, comme l'étaient vraisemblablemont ceux qui, sous les empereurs romains, figuraient dans les cortèges triomphaux. Ce qui donne une singulière force à cotte hypothèse, c'est que les Egyptiens ne semblent pas avoir connu l'emploi de l'éléphant. Il ne figure nulle part dans les monuments ni sur les hiéroglyphes de l'époque des Pharaons. Ceci n'a, au demeurant, rien de surprenant quandon songe à la difficulté, sinonàrimpossibilité, que présentait l'adduction par voie de terre, depuis leur pays d'origine jusqu'aux confins
LA Dni\rESTICATION DE L ELEPHANT AU CONGO QI
méditerranéens d'Afrique, de ces animaux, à travers les immensités sablonneuses et desséchées du Soudan et du Sahara.
Les résultats obtenus par les Belges constituent ainsi, il est tout au moins permis de le supposer, un fait nouveau.
Par contre, ce fait est-il à même d'avoir une portée à venir sur l'utilisation généralisée de l'éléphant domestique en Afrique Equatoriale ?
Ici, on peut, sans crainte de commettre une erreur, répondre négativement, car la configuration même du pays s'oppose à une extension de l'essai tenté ; jusqu'aux premiers rapides, du Pool à Bangui et au Cameroun allemand, le bassin congolais est une immense cuvette boisée, au sol spongieux, inondé une partie de l'année, oii manquent, non seulement les routes, mais môme des pistes solides pouvant se prêter au passage continu des éléphants. Le reste du pays, montagneux, abrupt en maintes de ses parties, leur est absolument défavorable, sinon inaccessible.
Mais ce n'est pas tout : l'éléphant estun animal coûteux, auquel il faut, quand il est adulte, au moins une trentaine de kilogrammes de nourriture par jour. Errant en liberté dans d'immenses espaces , l'éléphant trouve aisément sa pâture. En serait-il de même si, en dehors d'un établissement d'Etat où le prix de revient est secondaire, il fallait subvenir à la subsistance d'un troupeau de ces