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CHAPITRE m

PREMIÈRES EXCURSIONS DANS l' INTÉRIEUR.

La convalescence. — Ressources qu'offre le Gabon au point de vue de l'histoire naturelle. — Xéccssité d'apprendre le rapongwé. — Un interprète par trop fantaisiste. — Nous partons à boïd du Marabout pour le Fernand-Vaz. — Le commandant Guisolfc. — Des gens que notre arrivée soulajje d'un <}rand poids. — Ce que c'est qu'un palabre. — Des maris trompés et non payés. — Comme (juoi, voulant chasser l'hippopotame, je ne tirai pas d'hippopotame, perdis ma carabine et faillis me noyer. — Excursion dans l'intérieur. — Des chanteurs enragés. — London-Factory et M. Duchaillu. — Ce qu'il faut penser de ce voyageur. — Le roi Rampano II retrouve sa lorgnette. — Nouvelle chasse à l'hippopotame. — Des francs-mnçons au Cama. — Une jeune blasphématrice sur le point d'être punie de mort. — Un singe fétiche. — Comme (|uoi des sangliers |)révicnneiit quelque peu rudement im mari des infidélités de sa femme. — La chasse au gorille.

— Une consultation médicale et dansante. — Triste condition de la femme au Cama. — On nous fait présent d'un gorille.

— C'est du monde. — Bataille de dames. — Rataille de nègres. — .Apaisement général.

Le lecteur nous a laissés en assez mauvais état il bord (le l'hôpital do la Cordelière. \ous fiimcs bien éprouvés j)ondant quiuzo jours ; mais, ati bout (le ce temps, un mieux sensible se déclara cl nous permit bientôt de rctourn(^r à terre et do reprendre,

bien que nous fussions encore très-faibles, le cours de nos occupations. A peine avions-nous la force de chasser. D'ailleurs, la côte du Gabon est fort peu giboyeuse, et, à part des oiseaux et quelques antilopes très-difficiles à joindre, le gibier est très-rare dans cette partie du pays. Il y a même là un cruel sujet de déception pour les officiers de marine qui, alléchés par les récits aussi séduisants que faux de certains voyageurs, n'arrivent jamais sans avoir fait provision de fusils, de carabines, de balles explosibles et d'engins de chasse plus meurtriers les uns que les autres. Aussitôt débarqués, ils battent matin et soir la plaine et les bois; mais, après des essais qui durent plus ou moins loiiglemps, selon la ténacité de leur caractère et la force de leur santé, ils se lassent enfin de n'attraper que la fièvre et de revenir toujours bredouilles et finissent par renoncer complètement à la chasse. Il est vrai de dire que, pour nous autres naturalistes, le pays offre plus de ressources. D'abord les oiseaux, s'ils ne sont j)as très-nombreux, sont presque tous])eu connus effort intéressants à étudier. Parmi eux brille au premier rang le foliotocole (chrysococcys smaragdineus) , dont la taille ne dépasse pas celle de l'alouette; son dos, sa queue et sa gorge sont d'un vert émeraude à reflets éclatants; le reste de son corps est jaune d'or. Ce ravissant petit oiseau se tient toujours k la cime des arbres les |>lus élevés; il est très-sauvage

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et serait presque impossible à découvrir s'il ne faisait sans cesse retentir l'air de quelques notes aiguës qui s'entendent à de grandes distances. On trouve aussi au Gabon une espèce de merle métallique qui diffère de celle du Sénégal, mais qui n'est pas moins belle; de nombreuses variétés de souimangas, parmi lesquelles le souimanga magnijicus, oiseau d'une beauté sans pareille, et beaucoup d'autres encore. Au reste, le naturaliste ne cbasse pas que les oiseaux : tout lui est bon, les plus petits mammifères, les chauves-souris, les insectes, les annélides même. Un professeur au Muséum ne nous a-t-il pas écrit de lui envoyer des sangsues et des vers de terre du Gabon? On ne saurait croire combien il y a d'amateurs pour les mollusques; les hélix, ou, pour le vulgaire, escargots sont surtout demandés et atteignent souvent des prix très-élevés dans les collections. In voyageur revenu il y a deux ans de l'Equaleiir a vendu pour trente mille francs les coquillages (|u'il avait, en quatre ans, rama.ssés dans ces pays. Malheureusement, au Gabon et dans les parties de l'Afrique équatoriale (|ue nous avons parcourues, les mollusques sont excessivement rares, et nous n'en avons trouvé presque aucun, au grand désespoir de notre ami Houvier, (|ui coni|)(ait sur notre voyage pour enrichir ses collections, l'ar exemple, ce qui ne niiin(|ue pas au (Jabon, ce sont les reptiles : il y en .1 une variété et une r|uanlilé

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tout à fait remarquables. Le serpent noir s'y trouve en telle abondance que, pendant notre séjour, les laptots ' sénégalais en tuèrent ringt-sept en défrichant un terrain situé derrière le palais du Gouvernement, et qui ne mesure pas plus de cinq cents mètres carrés. Ce reptile, d'une espèce très-venimeuse, atteint facilement douze à quinze pieds de longueur; il a la rage de se faufiler dans les maisons et surtout dans les poulaillers, car c'est un grand amateur de volaille. Un autre serpent plus dangereux encore, car on ne connaît aucun remède à sa morsure, c'est la terrible vipère cornue [echydon nasicornis). Ce hideux animal, plus gros que le bras d'un homme robuste, est excessivement court : il n'arrive guère à plus de quatre pieds de longueur. Le bout de sa queue est mince et effilé comme un dard, et il porte sur la tète deux petites cornes dont il tire son nom. J'ai connu un vieux Gabonais qui faisait en quelque sorte profession de chasser la vipère cornue, qu'il considérait comme un régal très-délicat. Parmi celles qu'il nous a apportées, il s'en trouve une appartenant à une variété extrêmement intéressante ol , je crois, nouvelle pour la science. Outre le serpent noir et la vipère cornue, nous avons tué ou nous nous sommes procuré vingthuit espèces de serpents, dont quelques-unes seule-

' Les laplots snni (Ips lirnillnirs si'iuîj^nlais.

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nient étaient inoffensires. Il semble, au premier abord, qu'une pareille abondance d'animaux aussi dangereux, dans un endroit où les hommes vont toujours presque nus, doit donner lieu à une foule d'accidents; cependant, en réalité, il n'en est pas ainsi . Durant près de deux ans que nous avons passés dans l'Afrique équatoriale, nous n'avons entendu citer qu'une seule personne (un noir) comme ayant été mordue par un serpent. C'est que le serpent a la plus profonde terreur de l'homme, fuit à son approche et ne se décide à l'attaquer que lorsque la retraite lui est coupée.

Si les reptiles (que même les enfants de la mission apportaient fréquemment) nous arrivaient en quantité, il n'en était pas ainsi des autres objets d'histoire naturelle. Au Gabon comme dans toute l'Afrique équalorialc, le grand malheur pour un naturaliste est qu'il ne trouve aucun habitant du pays capable de le seconder dans sa tâche. Excepté un chasseur assez ordinaire, François, fils de Kocben , tous les noirs ne nous ont apporté que des débris d'oiseaux, des coquillages cassés ou des insectes sans pattes |)Our lesquels ils prétendaient fondier des prix exorbitants. \oHS nous étions laissés aller à engager comme chasseur, Baptiste, fils aîné du roi Louis, ayant plus de confiance dans un prince du .sang. Dès sa première chasse, il cassa le su|)erbe fusil de quatorze francs que nous lui avions prêté, et nous

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rapporta pour tout gibier deux petits oiseaux sans tète. Dans ces conditions, fatigués et encore souffrants, nous ne pouvions faire par nous-mêmes que des récoltes insignifiantes; toutefois les nombreux loisirs que nous laissait l'bistoire naturelle n'étaient pas perdus; nous les consacrions tout entiers à apprendre la langue mpongwé. Dès notre arrivée, les bons missionnaires et toutes les personnes qui connaissaient bien le pays nous avaient prévenus de la nécessité d'étudier cette langue. La poltronnerie bien connue des Gabonais faisait déjà supposer que nous ne trouverions au Gabon aucun interprète qui voulût nous accompagner à une certaine distance dans l'intérieur; et d'ailleurs, quand bien même nous en eussions trouvé, il fallait à tout prix ne pas être à leur merci : la mauvaise foi des interprètes noirs est bien connue de tous ceux qui lisent les récits des grands voyageurs en Afrique; au Gabon, elle dépasse tout ce qu'on peut imaginer. Je ne citerai qu'un des mille traits qui m'ont été racontés à l'appui de cette assertion, je le tiens d'un officier de la marine française. Feu le roi' Georges, qui

' Il y 11 au riiil)oii , comme sur l'Ojjôoué, boiiucoup de ciicfs (l(''si;(n(''s sous le nom d'iign, mot (juc les Atijjluis comme nous traduisent par ro/; mais en réalité une {[randc partie de ces rois n'ont plus ni sujets ni Klats, et sont aussi peu respectables (pie peu respectés. Au (îabon , il ne reste plus (|n'un vrai roi: c'est Déni».

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était, après le roi Denis, le chef le plus influent du Gabon, avait eu l'occasion de rendre un service signalé à des blancs attaqués par des Bakalais : il leur avait sauvé la vie, et, chose plus belle encore pour un noir, leur avait fait rendre les marchandises déjà pillées. L'amiral qui commandait alors le Gabon voulut témoigner sa reconnaissance à ce brave homme en lui rendant visite lui-même. Il emmena comme interprète le roi Kringer, vieux gredin qui existe encore et qui m'a emprunté plus d'une pièce de dix sous.

— Kringer, dit l'amiral lorsqu'il se trouva en présence du roi Georges, tu vas dire au roi Georges que je viens le trouver pour lui faire honneur, car il s'est bien conduit, et je suis content de lui.

— Roi Georges, traduisit Kringer, l'amiral vient le trouver parce que tu m'as pris une femme il y a déjà une lune, et il veut que tu me la rendes.

— Comment! s'écria Georges, en quoi cela touche-t-il l'amiral? Je suis disposé à tout faire pour lui , mais qu'il ne se mêle pas de ce qui ne le regarde pas !

— Que dit-il ? demanda l'amiral.

— Il dit qu'il vous est profoiidénjent reconnaissant, qu'il aime les Français et leur appartient.

— Bien ! Dis-lui que les Français sont puissants et qu'il n'aura qu'à se louer d'eux , car ils le récom-

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penseront largement chaque fois qu'il fera une bonne action.

— Roi Georges, traduisit Kringer, il dit que si tu ne me rends pas ma femme immédiatement, il te déclarera la guerre.

— Ah ! c'est comme cela qu'il me récompense de ce que j'ai fait pour lui ? s'écria le roi Georges furieux. Eh bien ! je la soutiendrai, sa guerre !

Et en même temps il fait quelques signes qui font apparaître comme par enchantement deux ou trois cents guerriers armés jusqu'aux dents.

— Mais qu'est-ce que tout cela veut dire ? demande l'amiral.

— Cela veut dire, amiral, reprend Kringer, que Georges fait venir ses guerriers pour te rendre hommage, car tu es un puissant chef.

Puis voyant que les affaires se gâtaient :

— Roi Georges, dit-il, ne te fâche pas! C'est par plaisanterie que l'amiral parlait ainsi. Garde ma femme si tu veux, mais n'en prends plus d'autre !

— N'importe, murmurait le roi Georges en prenant congé de l'amiral, c'est singulier! Qu'est-ce que ça peut lui faire, h ce blanc, que j'enlève des femmes à Kringer?

On comprend que, pour éviter d'être joués d'une pareille manière, nous eussions un vif désir d'être en état de nous faire entendre nous-mêmes des populations auxquelles nous allions avoir affaire.

PRliMIÈKES E\CUKS10.\S DA.\S L'IMTEUIELK lOT

Heureusement, nous nous trouvions, pour arriver à ce résultat, avoir devant nous une facilité excessivement rare en Afrique. Les très-nombreuses tribus sur le territoire desquelles nous étions destinés à passer ont naturellement une langue qui leur est propre; mais les nécessités du commerce les ont, par degrés, amenés à les connaître presque toutes et à employer pour leurs affarres celle des Mpongwés ou Gabonais , et cela s'explique : les Gabonais avaient autrefois le monopole presque exclusif du' trafic avec tous leurs voisins de l'intérieur; ces voisins ont naturellement appris leur langue et l'ont à leur tour importée dans les tribus auxquelles ils allaient revendre les marcbandisesvenues du Gabon. Le mpongwé a, de cette façon , pénétré petit à petit extrêmement loin dans l'intérieur de l'Afrique. Ainsi, il est connu des Madounias et des Osliébos, qui habitent les bords del'Ogooué, à plus de six cents milles de la côte. Mais, dans tous ces pays, ce n'est qu'une langue commerciale qui est seulement entendue par les cbcfs, les féliclieiirs et les traitants, en un mot, par les lettrés de toii.s ces pays. Il n'en est pas moins vrai qu'avec cette .seule langue mpongwé nous pouvions nous faire comprendre de plus de vingt peuples diflérents . Au reste, le n)pongué n'est ni désagréable à entendre ni extraordinaircnient difficile à parler. Cliose extrêmement reniar- (|ual>le, cette laiigu(!, (|ui naturellement n'a jamais

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été écrite, a traversé des siècles chez les sauvages en se conservant parfaitement rationnelle et philosophique. Elle a ses singuliers, ses pluriels, ses déclinaisons, sa syntaxe. Elle accorde de très-nombreux sacrifices à l'euphonie; mais les missionnaires ont pu en faire (les catholiques) une grammaire française, les autres (les pi-esbytériens) une grammaire anglaise, en suivant entièrement le plan de nos grammaires françaises ou anglaises. 11 est à remarquer que beaucoup de mots mpongwés se retrouvent dans les dialectes parlés par les diverses tribus de l'Afrique orientale, ce qui assignerait à tous ces peuples une provenance commune. Du reste, les Gabonais ont la prétention d'être les seuls qui parlent purement leur langue, et se moquent constamment de la prononciation et des idiomes des autres tribus.

Cependant le temps s'écoulait et les forces ne revenaient pas. Malgré notre impatience et notre ardent désir de pénétrer dans l'intérieur, il nous était tout à fait impossible d'affronter les fatigues d'une pareille exj)édition, et nous nous ennuyions beaucoup, attendant tristement le retour de la santé, qui se serait peut-être fait désirer ]<)ngteni|)s sans rextrème obligeance de Guisolfe. Cet officier, qui nous a toujours témoigné la plus vive sympathie, nous avait souvent invités à l'accompagner a son bord dans des excursions (|ui faisait au Cania

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et sur quelques points peu éloignés du Gabon. Jusque-là, nous n'avions pas pu venir; mais, au commencement de mars, se présenta l'occasion de faire un voyage si intéressant pour nous, et nous résolûmes, coûte que coûte, de l'entreprendre. Le Marabout avait reçu l'ordre de se rendre au Fernand-Vaz et d'y séjourner pendant un mois. Le Fernand-Vaz est un vaste et magnifique estuaire sur les bords duquel est situé le pays de Cama, principal théâtre des chasses de M. Duchaillu. Les descriptions de ce voyageur nous avaient enflammés d'ardeur; aussi, au moment où M. Guisolfe nous invita à l'accompagner, il fut pris au mot, et nous nous installâmes presque de suite sur son bâtiment. Le commandant, un peu inquiet d'avoir à son bord des amis aussi mal portants, fit en cachette provision de toute sorte de remèdes dont heureusement nous n'eûmes pas besoin. Embarqués le 8 mars au soir, le 9, à trois heures du matin , nous levions l'ancre. Le Mnrahoul est un aviso fort joli et fort confor^ table quand on y reçoit l'hospitalité du commandant; mais, au point de vue de la vitesse, il laisse un ])(Mi à désircM' : quatre luriids à l'heure sont une brillante moyenne pour lui. Aussi il était pres(|ue nuit quand nous mouillâmes dans la baie que le grand bras de l'Ogooué forme à l'une de ses embouchures se|)tentrionales. De ce point au l''ernatul-\ a/ on peut suivre deux routes : la première consiste 1. 7

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à doubler le cap Lopez et à entrer dans l'estuaire par la barre dite du Pionnier ; la deuxième à remonter le cours de TOgooné et à gagner le Fernand-Vaz par le bras de Npouloumé. La route la plus courte et la plus simple est évidemment la première ; malheureusement, la barre du Pionnier (ainsi nommée parce qu'elle a été franchie une fois par le petit bâtiment de l'Etat qui porte ce nom) est dangereuse et de plus peu praticable pour le jl/ff/-û6oM/. Le commandant prit donc la voie de l'Ogooué. Malgré les nombreux sondages qui y ont été exécutes par les officiers de la marine française, l'entrée de l'Ogooué est très-difficile, car elle est hérissée de bancs de sable au milieu desquels un chenal fort étroit permet seul de passer, et les pilotes noirs, habitués à guider des barques et non des bâtiments, n'y connaissent absolument rien. C'était le cas du nôtre, un Gabonais nommé Raphaël, que le gouvernement paye assez cher pour faire d'assez mauvaise besogne. Cependant, après deux heures de tâtonnements, nous pénétrions enfin dans le fleuve, que nous remontâmes paisiblement pendant tout le reste du jour. C'est avec une vive curiosité, mêlée d'un pou d'émotion, que nos regards se portaient pour la première fois sur cet Ogooué, qui allait bientôt être le théâtre de nos fatigues et de nos efforts el sur lequel nous avions fondé tant d'espérances; mais nous ne vîmes pas, je suis obligé de le dire, grand'chose de nouveau.

PBÈMIÈHES EXCLRSIOXS DAXS LIXTÉRIEUR. 111

Dans la première partie de leur cours, tous les fleuves se ressemblent sur la cùte d'Afrique; il faut d'abord francbir un réseau de quarante à cinquante milles sur lesquels s'encliev(Mrent d'énormes palétuviers; quoi de plus triste que ces immenses forêts dont rien ne vient égayer la monotonie ; elles forment un vaste dôme à des marais d'où s'élèvent des miasmes fétides, des exhalaisons délétères et qui ne servent d'abri qu'aux bêtes féroces et aux reptiles immondes. Aussi c'est avec joie que nous saluons les palmiers et les bomi)ax qui marquent la fin de cette vilaine région. Dans ce premier voyage, nous ne voyons pas encore l'Ogooué dans toute sa beauté, tel qu'il est par exemple vers son confluent avec le Xgounié; mais il se distingue déjà par de surprenantes variations dans la largeur de son cours; tantôt il s'étale comme un lac, tantôt il se resserre dans un lit étroit dont les berges ne sont pas distantes de plus de cent mètres les unes des autres. Le 12 mars dans la matinée, nous nous engagions dans la coulée étroite du Xpoulomé, passage frayé au milieu des roseaux d'un immense étang et qui est la plus navigable des voies de communication de rOgooiié avec lo Fernand-V az. Cette voie n'est d'ailleurs praticable (|ue pendant la saison des pluies, Dans beaucoup d'oiidroils , la soude ne donnait (|un trois mètres de profoiidciir , et celle profondeur était encore très-rèdiiile lors de notre retoul'

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un mois après. La coulée du Mpoulonic va toujours en s'élargissant beaucoup et, au bout de quelques milles, Gnit par devenir une rivière assez considérable. IVoiis atteignîmes le Fernand-Vaz vers deux beures de l'après-midi; à quatre beures, -nous jetions l'ancre à son emboucbure, en face d'une cabane surmontée d'un drapeau tricolore; c'était la douane française. L'arrivée du Marabout dans le Fernand-Vaz, où il venait pour la deuxième fois, produisit une immense agitation sur les bords du fleuve. Le pauvre douanier, un quartier-maître de la marine, détacbé dans ce poste solitaire, a depuis longtemps épuisé ses provisions; il voit avec joie arriver le pain et le vin dont la privation lui est si dure; il va aussi recevoir ses lettres qui ne lui sont pas arrivées depuis sept ou liuit mois et serrer la main à ses camarades de la marine; aussi on peut dire qu'il est aux trois quarts fou de joie; les négociants inquiets, barcelés par les tracasseries, souvent par les menaces des noirs, ont salué avec bonbeur l'apparition du drapeau français, et eux aussi se préparent en toute bàle à venir soubaiter la bienvenue au commandant et à hii exposer leurs griefs contre les indigènes; à- leur tour, les nombreux noirs coupables de vols, d'insnltes ou de délits de tonte sorte envers les factoreries s'empressent de se réfugier dans les forêts impénétrables oii la vindicte publique ne pourra pas les cbercber. De leur côté,

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