PREMIÈRES EXCURSIONS DA\S L IXTÉRIEUR
coûteux et les pertes fréquentes. Inutile de dire que les fusils, la poudre, les étoffes, le tabac et surtout l'alougou (eau-de-vie de traite) sont les principaux objets d'importation. Les factoreries ont la prudence de ne s'approvisionner d'alougou que pour un certain temps. Aussitôt qu'un bateau vient d'en apporter une charge, les noirs, monarque en tête, se précipitent en foule dans la factorerie, des danses s'organisent, des bandes arrivent de Tintérieur, et tant que l'eau-de-vie dure, l'établissement regorge d'une multitude qui en fait un véritable enfer. Après l'alougou, marchandise aussi lucrative que désagréable à vendre, il faut citer, comme source de gros bénéfices, le tabac, dont les habitants du Cama sont des amateurs passionnés. Le tabac est expédié d'Améri(|ue et revient, tous frais payés, il I fr. 80 c. le kilogramme. Au Gabon, le kilogramme ne se vend que 5 francs; mais au Fernand- Vaz, les noirs ne l'ont pas à moins de 10 francs. Les petits miroirs de Hambourg sont encore un objet cher aux négociants : ils coûtent .'{5 centimes et se vendent 3 fr. 75 c. ; mais, comme partout ailleurs sur la côte, on gagne inCniment moins sur les fusils et la poudre que sur l'eau-de-vie, le tabac et les menus articles. Kn échange de tous ces objets, on ac(|uiert de l'ivoire et i\c l'éliénc, mais surtout du caoutchouc, denrée trés-avantageuse et dont il s'exporte aujourd'hui une très-grande quantité.
122 I.AFRiyUE ÉQU ATOlîIALE.
J'ai ilit que les gérants de toutes les factoreries avaient insisté on no peut plus vivement pour nous avoir chez eux. M. Wysie, directeur de London-factory, qui se trouvait le premier sur mon chemin, m'avait envoyé, dès la veille, pour me chercher, une grande embarcation spéciale au pays. Vingt pagayeurs la montaient, hommes infatigables, pouvant marcher à toute vitesse sans se lasser pendant une journée entière; seulement, il ne faut pas les empêcher de chanjer durant tout le trajet : en cela, ils ressemblent aux Kroumans. Le chant de ces pagayeurs, que je me faisais généralement traduire, jouit sans doute d'une vertu intrinsèque appréciable seulement pour les indigènes, car il me parut horriblement lent et monotone. Pendant les trois heures que j'employai à me rendre à London-factory , le chef des chœurs chantait seul : " liens vite, ma bonne amie ! « et le chœur répliquait : « Viens vite ! " 11 est vrai de dire que quelquefois la romance est plus compliquée; ainsi, écoutez le chant des bienfaits de l'homme blanc :
Le MAITRE DES CHOEURS : CoDibicn de choses donne l'homme blanc !
Le choeur : Il donne le tabac.
Le MAiTiiE DES CHOEURS : Couibicu de choses donne rhonime blanc !
Le CHOEUR : Il donne l'alougou.
Le MAITRE DES CHOEURS : Coml)ien, etc.