‹ L'Afrique equatorialeChapitre 19 sur 42 · LAFKKH'E É y i: ATO lU A I, E · texte numérisé non relu

LAFKKH'E É y i: ATO lU A I, E

criant à tout propos : Adembc \ [à ma mèrel) on bien encore, ôtant son chapeau devant le rhum et déclarant que le rhum était le seul roi pass todos (par-dessus tout), j'écrivais sur mon calepin de notes, dès le lendemain de notre arrivée : « C'est décidément une bonne béte que IV'Combé. » Erreur profonde! N'Comi)é n'est ni bon, ni bête; mais, au contraire, méchant et fort roué.

Jadis, deux chefs se parlaycaient le pouvoir dans ces contrées : le ])remier s'appelait Rimpolé ; il régnait par son inlluence, son habileté et le nombre considérable de ses esclaves; le second était Rénoqué, roi des Inengas. Sa naissance illustre lui donnait le droit de commander en maître suprême; mais, malheureusement, il était aveugle, et cette infirmité, malgré son intelligence naturelle, alfaiblissait beaucoup son pouvoir. Tant que Rimpolé vécut, IV'Combé se fit petit et |)lat, attendant son heure et intriguant sous main, par tous les moyens |)ossibles. Il sut conquérir l'amitié de Rénoqué et se faire initier à tous les mystères du fétichisme, sans porter ombrage à Rimpolé; mais le jour où ce Rimpolé mourut, il jeta le masque, se fit proclamer roi par les Gallois en se débarrassant par le poison d'un frère qui lo gênait, brigua el obtint la place de

' A(ieiTil)(' est le nom de sa rru'-rc : les noirs iulopiciil jj^ik;lalcrnoiit le nom (l'un (le b-urs parents (|iii deviciU (ine interjctlion ratnilière (ju'iis ont constamment à la lioiu lie

grand féticheur, due ci Réno(|ué, et contesta même à celui-ci le droit de commander le passage' de rOgooué, qui avait été possédé par sa famille depuis des siècles et qui lui revient de droit comme à l'unique descendant des princes des Ayountos. Tous les moyens ont été bons à N'Combé. Ses trente et quelques femmes, choisies dans tous les pays, jusques et inclusivement dans celui des Okandas , lui ont ménagé des alliances puissantes, car elles sont toutes filles de chefs influents. 11 a tué par surprise et empoisonné une foule de Bakalais, et s'est ainsi acquis un nom redoutable comme guerrier; mais sa grande machine de guerre est surtout le fétichisme. Sceptique à rendre des points à un augure romain, il est sans cesse occupé ostensiblement à des cérémonies mystérieuses. Son titre de grand féticheur ne lui suffisant pas, il s'est fait instruire dans toutes les branches de la magie par les maîtres les plus habiles du cap Lopez, qui sont renommés àdeux cents lieues à la ronde, et s'est rendu si fort dans cette science dont la jonglerie, le lia.schicli, et surtout la connaissance à fond du maniement des poisons forment la hase, que son pouvoir cause aux nègres une lor-

' Dans l'iiiloriciir do rA(Vi(|iie , le droit de rormiiaud(îr le pus8a<{c d'une rivière appartient, dun.s cliacuiic des tribus sur le territoire desi|tielles eoule ccHc rivière, ù iiwc faniille i|iii peut exijjer une sorte de péa;[e de tous (eux ([ui veideni na\ i- ;[uer sur relie partie du rours d'eau.

reur profonde : il peut, disent-ils, lire l'avenir, déchaîner les tempêtes, faire mourir ses ennemis jusque dans les pays les plus éloignés, etc. Deux fois par an X'Comhé monte, avec un grand nombre de ses sujets, jusqu'au pays des Okandas , et achète en chemin une cargaison d'esclaves qu'il débite aux Portugais. Il a fait des affaires considérables avec les noirs de Cama et du cap Lopez , et les a tellement volés, qu'il en est exécré : il lui serait impossible de mettre les pieds sur leur territoire, mais cela lui est bien égal. Plus intelligent en cela que Rimpolé luimême, il a compris le premier l'avantage qu'il y aurait à avoir des blancs chez lui , et s'y est si bien pris que c'est, en effet, chez lui ou prés de chez lui, que les blancs ont leurs seuls établissements dans rOgooué. C'est, par intérêt, un allié dévoué pour nous. Et c'est heureux' , car, si nous nous brouillions ensemble, il pourrait, sans même avoir l'apparence de nous être hostile, nous barrer le passage et nous faire échouer complètement.

Tel est le monarque dont les traités récents ont fait un de nos concitoyens; car, depuis le mois d'aoùtl872, par suited'uii traité conclu avec M. l'ami-

' Je |)ri(>rai le icctciir de rciiiannior , une l'ois pour toutes, <|ue dans ce récit, je suis mes notes dans l'ordre où elles ont été écrites, et sans me préoccuper des événements postérieurs qui ont pu bouleverser les -prévisions faites au moment où j'écrivais.

ral dii Quilio, traité sur lequel j'aurai occasion de revenir, X'Combé est devenu Français, ainsi que tous SCS sujets. Quant à ces derniers, ce sont, on peut le (lire sansi'ouloir jouer sur les mots, de tristes sujets : \U ont adopté tous les vices de leur souverain, sans |)rendre une seule de ses qualités.

Je passerai sous silence les premiers jours qui ont suivi notre arrivée à Adanlinanlango ; les danses et réjouissances en l'honneur de notre arrivée, l'inauguration solennelle du pavillon français, le supplice des moustiques, quelques violents accès de fièvre, tout cela n'offre, pour le lecteur, qu'un intérêt médiocre. J'arrive à notre visite à Rénoqué, roi des Incngas et |)rince des Ayountos; elle eut lieu le 29 juin. C'est en face de Lomharéni, résidence de Rénoqué, que le petit vapeur le Pionnier a. dû arrêter sou exploration dans l'Ogooué. Cciix qui ont lu l'excellent travail de M. Aymès, publié dans la Revue coloniale et reproduit dans le Bulletin de la Société de yéofjrajjhie, connaissent déjà le vieux roi aveugle; ils savent que tandis que Rimpolé nous donnait les plus graves sujets de plainte, Rénoqué accueillait avec empressement la venue des Français; mais ce qu'ils ignorent, sans doute, c'est que ce brave bomme, du moins c'est lui qui le dit et les noirs qui le croient, s'est rendu aveugle en faisant un fétiche exprès dans le but de le devenir. Il n'y voit plus clair dans le jour; il s'est privé des yeux

224 1,A|-K1(JUE KyUATOlUALK.

du corps, mais la nuit son esprit revêt toute sorte de formes, protège ses amis, pénètre les projets les plus cachés de ses ennemis, voit les voleurs, etc. Rènoqué ne manque pas d'intelligence, et la superstition des noirs ainsi que leur croyance en ses pouvoirs surnaturels lui avaient conservé, malgré sa cécité, une assez grande autorité; mais cette autorité est sans cesse battue en brèche par N'Combé, et elle va chaque jour en s'araoindrissant. Lorsque nous arrivâmes, le roi était en train de boire du rhum dans une petite factorerie que M. Walker a établie àLombaréni pour que les Inengas ne soient pas trop jaloux de leurs voisins d'Adanlinanlango. On n'avertit Rénoqué de notre arrivée qu'au moment où nous étions déjà tout près de lui. Aussitôt, il se sauva en courant tout seul, et en trébuchant à chaque instant dans les bûches d'ébène empilées de tout c<Mè : il ne voulait être vu qu'en costume de gala.

Après lui avoir laissé le temps voulu pour se costumer, nous lui finies notre visite chez lui : il avait revêtu un uniforme complet de garde national ot était assis avec ses cinq femmes à ses côtés; ses trois neveux se tenaient debout près de lui.

Rénoqué est d'ime taille imposante, sa figure respire un grand air de dignité, son sourire est plein de finesse et de douceur. Ses sujets avaient fait irru|)fion derrière nous dans sa demeure et parlaient ou plutôt hurlaient tous à la fois. Le roi était exas-

LE PAYS Dl UOI-SOLEIL. 2-2.-.

péré : à force de crier plus fort qu'eux, il finit cependant par obtenir le silence. Faisant alors mettre la main de Marche et la mienne dans ses deux mains, il ne cessa, pendant quelques minutes, de les presser sur son cœur, ou de les porter à ses lèvres, répétant sans cesse : Los blancs de mon cœur! les blancs de mon cœur! " Il se fit ensuite lire la lettre que le commandant nous avait donnée, après quoi il ordonna à l'un de ses hommes d'aller chercher le traité conclu avec M. Aymès, afin de montrer qu'il l'avait fidèlement observé, et protesta mille l'ois de son dévouement aux Fala (aux Français). C'était le moment pour nous de ])rcduire nos cadeaux. Rénoqué les reçut avec joie; mais peu confiant dans l'honnêteté de ses sujets, il lit compter à hante voix les pièces d'étoffe, les bouteilles de rhum, les pipes et jusqu'aux feuilles de tabac. Ses neveux, chargés de l'opération, essayaient de le voler outrageusement en comptant, mais nous savions déjà assez de mpongué pour rectifier les erreurs. Au reste, ces précautions ne servirent de rien au pauvre aveugle : le cadeau, ainsi inventorié, fut |iorté dans une chambre contiguë, et, deux minutes après, nous vîmes un de ses neveux s'introduire par une porte de derrière et ])uiscr copieusement dans le tabac et même dans les j)ipes.

Nous avons passé trois jours à Lombaréni, afin de pouvoir visiter le ravissant petit lac Zielé, (|ui

•2-26 LAFRIQL'E ÉQI'ATORIAL .

touche presque au village'. Ses eaux transparentes sont émaillées d'une foule de petites îles plantées d'arl)res, en ce moment couverts de fleurs blanches comme la neige : on ne saurait imaginer rien de plus gracieux que ce paysage encadré dans les petites montagnes d'Issonguc sur lesquelles croissent en foule de superbes ébéniers. Par exemple, le gibier aquatique n'y abonde pas et les moustiques rendent le séjour du pays tout à fait insupportable.

\ous quittâmes Lombaréni sans même rendre visite à Rengaga , qui demeure tout près de là. Ce roi, imbécile et ivrogne fini, a perdu en deux ou trois ans toute l'autorité qu'il avait comme fils et héritier de Rimpolé et gaspillé les biens de son père, consistant en deux ou trois cents esclaves, en ivoire, en femmes et en marchandises de toute sorte. Sans l'énergie de sa sœur Ognombala , qui a pris en main l'administration des restes de sa fortune, Rengaga serait depuis longtemps détrôné et sans moyens d'existence. Le 24, nous étions de retour à Adaiilinanlango. Le lecteur trouvera peut-être que je me

1 Cliosc assez bizarre, le lac n'a pas de nom connu des indigènes habitent le pays. Lorsqu'on leur a demandé ce nom, ils ont en conséquence répoiulu : Zielé, ce qui en mponfjué veut dire : « Il n'y en a pas. » On a pris ce mot de Zielé pour le nom du lac, et il Ogure sur la carte sous celte dénomination. Les noirs .s'en moquent beaucoup, et nous avons proposé à la Société de «{éographie de l'appeler le lac du Quilio, en souvenir de la visite de l'amiral du ()uilio, en août 1872.

suis trop étendu sur N'Combé et Rénoqué ; mais je l'ai fait à dessein, non-seulement parce que ce sont, à mon avis, des figures très-caractéristiques, mais encore parce que ces deux rois doivent, je le répète, avoir une influence capitale sur ce voyage dans l'intérieur, qui est le but de tous nos efforts.

Le 10 janvier, s'est présentée pour nous une occasion de faire une petite excursion dans le haut Ogooué ', à quelque quarante milles au delà de la pointe Fétiche : nous l'avons saisie avec empressement, et nous nous sommes embarqués dans une grande pirogue qui allait acheter du caoutchouc pour la factorerie de M. Walker. A quelques centaines de mètres d'Adanlinanlango, nous passons devant le chemin qui mène au village d'Agnanibié village sacré, comme son nom l'indique. C'est, aujourd'hui, le vrai et très-caché sanctuaire du fétichisme dans ces pays; de nombreux pèlerins y affluent, et M'Combé y vient très-souvent pratiquer ses jongleries. Huit milles plus loin, un peu au-dessus de l'embouchure du N'Gounié, se trouve la fameuse

' A partir de son (■oti(lu<'iit avec le iX'Gouiiio , les ;[éo;{raphes appellent l'Ojjooué, fleuve Okaïuia; cette (lénoniiiinlion est inexacte, je crois l'avoir détnontrf'', dans un travail fuit pour la Société de <[éo;(raphie , |)ar des ar;(iitiuMils trop développés pour »^lre reproduits ici; je constate seulement ((ue c"est à dessein que j'adopte ce terme : haut Ojjooué, pour dési<jner le fleuve aiaiit (pi'il ait reçu les eaux du \'(îounié.

'- Ayiiambié , veut dire Dieu en mponjjwé.

•2i(t LAFHIQLE U AÏO H I A L K

pointe Fétiche, ce lieu redoutable, cet ultima Tlmlé que, d'après les croyances du pays, les blancs ne devaient jamais franchir. Là reposaient les ossements des grands chefs morts depuis des siècles; là aussi, au milieu d'abris construits pour les pèlerins, demeurait, sans pouvoir jamais s'en absenter, le grand félicheur, ami intime de Kimpolo et prédécesseur de N'Combé : son prestige était immense. En 1867, M. Ayniès, ne pouvant [ as conduire son petit vapeur, le Pionnier, plus loin que Lombaréni , refusa cependant de retourner sur ses pas avant d'avoir fait mentir le préjugé profondément enraciné dans le cœur des gens du pays, qu'un blanc ne pourrait pas passer devant le lieu sacré sans être immédiatement foudroyé par les esprits qui gardent le passage. Malgré l'opposition énergique du grand féticbeur et celle de Rimpolé, qu'on fut ol)ligé de mettre aux fers; malgré les supplications de tous les noirs, il partit dans une des baleinières du Pionmer, s'avança environ deux milles plus loin et fil planter, sur un arbre élevé, un drapeau français dont la garde fut confiée d'office à l{éno(|ué et à Rimpolé, qui devaient en répondre sur leurs tètes. La foudre ne tomba pas sur M. Aymôs, qui reparlit paisiblement pour le Gabon. Dès ce moment, on le comprend , le crédit de la |)oin(e Fétiche et celui du Féticbeur ont été terriblement ébranlés , et depuis la mort de ce grand féticbeur, arrivée en 18(i9, le

l.E PAYS DU R0[ SOLEIL. 229

lieu saint a été complètement déserté par les pèlerins. Cependant, nos pagayeurs, Gallois pour la plupart , refusèrent formellement de nous y débarquer : il nous fallut passer outre , nous promettant d'y revenir arec des Krouraans de la factorerie, ce que nous n'avons pas pu faire. Cinq milles plus liant que la pointe Fétiche, on rencontre un grand bois , dit le bois des Palabres : c'est un terrain neutre sur lequel viennent se régler à l'amiable, si faire se peut, tous les « rr/siis belli •>•• qui surgissent entre les (iallois ou les Inengas et les Bakalais.

A partir de ce lieu commencent, sur la rive gauche seulement, les établissements des Bakalais; à partir de ce lieu aussi, la rive droite , sur laquelle les Pabouins, puis les Osliébas, font de constantes invasions, cesse d'être habitée. On n'y trouve pas un village pendant plus de deux cents milles. Kn revanche, sur la rive gauche, les Bakalais sont e.xcessivement nombreux. La grande famille bakalaise est certainement, après celle des Fans, la plus importante de l'Afrique équatoriale , autant par le nombre de ses habitants que par l'étendue du territoire qu'elle occupe. Ses établissements sont trèsdisséminés et très-répandus; on en trouve dans le (iabon et dans foute la partie connue des pays compris entre ré(|nalenr et le deuxième degré de latitude sud. Ces Bakalais sont bien tcds que M. I)uchaillu les a dépeints : travailleurs, mais cruels,

perGdes, et d'une extrême rouerie dans le commerce. C'est peut-être la deuxième ou troisième fois qu'ils voyaient des blancs : des Pabouins, des Gallois se seraient précipités au-devant de nous avec toutes les démonstrations d'une curiosité enfantine; mais nos Bakalais n'étaient pas si communicatifs ; c'est à peine si deux ou trois d'entre eux sortirent de leurs cases à notre approche; ils pensaient que nous venions faire du commerce, acheter leur caoutchouc ou leur ivoire , et ils voulaient bien nous montrer qu'ils n'avaient aucun empressement à se procurer nos marchandises ou même à les voir. Ce sont des êtres profondément insociables. En ce moment , ils sont en guerre avec les Pabouins, les Gallois et les Inengas , et plusieurs de leurs villages sont en guerre entre eux. M. Duchaillu ' a parfaitement décrit celte guerre, qui n'est qu'une longue série d'embuscades, d'assassinats et de perfidies.

Menant une pareille existence, on comprend qu'ils soient constamment sur lequi-vive; aussi ceux du haut Ogooué ont-ils mis leurs cases à l'abri d'un coup de main. N'Gosho, à onze ou douze milles audessus du condueiit, est le premier village fortifié

1 Les Bakal.tis qu'a vus M. Duchaillu sont très - i-loignés de ceux du liaut Ojjooué et n'enlreticnucnt aucune communication avec eux; mais toutes ces tribus, qu'on a, avec raison, comparées, sous certains ra|)|)orls, aux Israélites des anciens temps, ont, <|uol que soit leur éloijjncnient les unes des autres, les mêmes mœurs.

que nous rencontrons. Relativement très-peuplé, il est construit sur une hauteur, et au milieu de marais profonds; il faut , pour traverser ces marais, suivre, pendant quelques minutes, un pont formé de troncs d'arbres mis à la suite l'un de l'autre et qui peuvent (■'tre enlevés à la ])remière alerte. Je ne suis pas ndroit et je manquai deux ou trois fois de tomber dans la vase, à la grande joie des charitables spectateurs. Ce pont conduit à un grand mur formé de deux rangs de bambous, entre lesquels on a introduit des nattes épaisses qui le mettent à l'épreuve des balles. Derrière ce mur, s'allongent, sur deux lignes très-étroites, toutes les maisons du village, qui sont ainsi abritées et dissimulées par ce rempart; on entre par une toute petite porte latérale. JiCS deux côtés et l'arrière du village sont fermés, non-seulement à l'accès, mais encore à la vue, par un fourré inextricable d'arbres abattus, de lianes, de ronces et d'épines. Tout cela n'est |)as trop mal imaginé pour des sauvages. Seulement, comme personne n'a appris aux Hakalais à créneler leurs murs, il leur est aussi impossible de tirer sur l'ennemi qu'à l'ennemi de tirer sur eux.

A l'intérieur du village, on rencontre, à chaque porte, une multitude de crânes, fétiches et grigris de toute sorte, exposés en vue de la guerre. Ces villages sont, par leur épouvantal)le saleté, parfaitement en harmonie, du reste, avec la saleté de

232 I. AFIUQI'E ÉQ U A TO R 1 A 1. E.

leurs habitants, et font un contraste désagréable avec ceux des Gallois et des Inengas , toujours si propres et si bien tenus. Les portes sont peintes en jaune, vert et rouge, elr, chose assez singulière, il en est de même descheveux de beaucoup de femmes, (jui forment sur leur tète un édifice assez compliqué ; plusieurs de ces femmes portent par-dessus le tout une sorte de bonnet de coton d'un aspect ignoble. Quand il vient des étrangers, elles cherchent à les circonvenir de toutes les manières possibles et à les attirer dans leurs filets. Le croirait-on, ces sirènes d'un étrange modèle réussissent fréquemment, auprès des noirs s'entend. Dans ce cas, elles courent prévenir leurs maris que le complot a été mené à bonne lin , et, dès lors, il ne s'agit plus, comme chez les Gallois, de payer un pagne de cinq francs ou quelques masses de perles : il s'ensuit un palabre très-orageux, et le délinquant ou son village est condamné à donner un esclave , quelquefois deux , au mari outragé. Si le payement n'est pas immédiat, les IJakalais en prennent occasion pour piller pendant un mois toutes les embarcations qui appartiennent non-spulouienl au village, niais souvent à la tribu coupable. On ne saurait trop s'étonner de la bêtise des noirs, Gallois ou Inengas : ils savent parfaitement à quoi s'en tenir, et, ce|iendant, il ne se passe pas de semaine sans qu'au moins un d'entre eux se laisse prendre à ce piège.

A partir de JV'Goslio, fous les villages sont fortifiés dans le même style et se ressemblent beaucoup : ils se succèdent rapidement et sont si rapproches les uns des autres qu'on ne peut faire trois cents mètres sans en rencontrer un. Xous couchâmes le soir à l'entrée de la rivière M'Boui , chez un traitant gabonais nommé Anguila : sur sa case est planté le pavillon français. Le lendemain, quelques instants après notre départ, voyant quel(|ue chose flotter sur l'eau, nous dirigeâmes notre pirogue de ce côté, et bientôt nous nous trouvâmes en présence du cadavre d'une femme : ce spectacle n'est pas rare , car tandis que les Bakalais des lacs Isanga et Ogouémouen pratiquent la crémation de leurs morts, ceux du haut Ogooué les jettent à l'eau, excepté les guerriers tués par l'ennemi; mais le cadavre que nous avions sous les yeux avait cela de particulier, qu'il était blanc comme de l'ivoire. Ce phénomène était dû, sans doute, à ce que l'épidémie s'était entièrement détaché du corps; mais il frappa nos nègres de stupeur, et ils passèrent une partie de la journée en proie à une terreur superstitieuse. lùi approchant de Sam-Quila , nous rencontrâmes une pirogue immense toute pavoisée de pavillons faits avec des morceaux d'étoffe de toutes couleurs encombrée d'hommes hurlant des chants guerriers; au milieu , deux Bakalais frappaient à coups redoublés sur un lam-lam gigantes(|U(' , tandis que le féticheur, placé

234 LAFRIQUE ÉQUATORIALE.

à l'avant , gesticulait et se démenait comme un possédé. Il y avait une femme dans le bateau. C'étaient des Bakalais qui venaient de combattre des Pabouins ; ils en avaient, paraît-il, tué cinq et célébraient leur triompbe. La femme était une femme fétiche , elle avait le pouvoir de faire tuer beaucoup d'ennemis, aussi on l'emmenait toujours dans les expéditions de ce genre. Il est probable que ces cinq Pabouins sont, à l'heure qu'il est, cruellement vengés et que leurs compatriotes ont mangé bien des Bakalais en leur souvenir. Le soir, nous arrivâmes à Sam-Quita, dernier village bakalais que l'on trouve dans le haut Ogooué. A partir de cet endroit jusqu'aux Okôta , c'est-à-dire pendant trois jours de pirogue (en remontant), on ne trouve plus, sur les deux rives du fleuve, aucun village, ni même aucune case habitée. C'était à Sam-Quita que nous devions borner cette première reconnaissance. Ce village est considérable et possède un roi bakalais assez influent; M. U'alker y a éta])li un dépôt de marchandises coniïé à un nègre gabonais. Ce pays, comme les autres environnants, est , pour le moment, à l'abri d'une invasion des Pabouins , qui ne savent pas encore construire de pirogues pour traverser le fleuve; mais ils ne sont pas loin : lorsque la nuit est calme, on peut entendre distinctement, sur l'autre rive de l'Ogooué, le bruit de leurs fam-tnms et les coups de fusil qu'ils aiment à tirer ;i tout propos. Après avoir consacré

LE PAYS DU ROl-SOLElI.. 235

deux journées à la chasse de l'hippopotame , le seul gros gibier qui soit en abondance aux environs de Sam-Quita, nous partîmes pour rentrer à Adanlinanlango, nous promettant de repasser sons peu de mois, cette fois pour nous enfoncer définitivement dans l'intérieur.

A'ous restâmes quelque temps chez IV'Combé , avant de commencer l'exploration des grands lacs voisins de l Ogooué. La chasse était fructueuse, et nos collections s'accroissaient rapidement. C'était pournous, d'ailleurs, un vrai amusement d'étudier les mœurs de nos voisins et voisines. Près de notre case était celle de X'Combé ; puis, sur deux rangs, cinq, autres cases, dans chacune desquelles étaient logées cinq femmes; il y avait aussi une case pour les esclaves, une pour les étrangers et une pour le n)agasin du roi. Dans la plus ra|)prociiée de la demeure (lu roi, vivaient sa première femme , mégère de cinquante ans qui avait une certaine influence sur lui , et trois de ses jeunes favorites. M'IJouron avait son domicile à elle seule, les autres femmes étaient réparties sans distinction d'âge. La plus jeune des femmes du roi avait huit ou neuf ans, la plus vieille , cinquante.

Plusieurs d'entre elles ont le corps labouré de cicatrices provenant d'entailles étagées avec méthode sur deux rangs et profondément creusées dans le dos. C'est ainsi que M'Combé châtie celi(>s de ses

•236 i;AKR1QUE ÉQUATOKIALE.

feinines qui lui font des infidélités... dont elles ne peuvent pas rapporter le prix. Preuve palpable des ravages que la dissolution cause dans ce pays : ce roi, qui a trente femmes, n'a que quatre enfants. Tout le sérail fait du reste l)on ménage : on n'entend que rarement des disputes. Dn reste, la coquetterie de ces dames pour leur toilette ne le cède en rien à celle de la Parisienne la plus enragée; elles vendraient père et mère pour un pagne fin, un flacon de patchouli ou un beau collier de perles. Elles se couvrent les bras et les jambes de petites barres de cuivre ou d'airain roulées en anneaux ; mais c'est surtout dans l'ornement de leur tête qu'elles mettent de la recherche. Il y a des coiffures de toutes variétés, à une corne, à deux cornes, avec la moitié de la tête rasée , avec le casque à la gabonaise, etc., etc. Dans les premiers temps, les jours de coiffure, qui , il faut le dire, ne reviennent pas très-souvent , elles se cachaient soigneusement de nous; mais, petit à petit, elles arrivèrent à nous regarder comme faisant |)arlio de la maison, et ce.ssant de se gêner, procédèrent à leur toilette dans le lieu habituel, c'est-à-dire devant la porte de leurs cases. Et, — dois-je le révéler ? — nous avons découvert qu'elles portaient de faux cheveux : des faux cheveux à Adanlinanlango ! Où allons-nous ? \'oici comment elles procèdent : la patiente se couche à plat ventre; à cùté d'elle, on dépose deux ou trois

j)oigiiées desdits faux cheveux, un flacon d'huile de palme, de la sciure d'un bois odoriférant et de la terre ylaise. Une amie s'assoit sur un tout petit tabouret et commence l'opération de la coiffure, pour ainsi dire, cheveu par cheveu : quand l'amie est fatiguée, une autre la relaye, et ainsi de suite, ( ar l'opération dure toujours depuis le lever du jour jusqu'à la nuit. L'édifice ainsi construit a pour l)ase de la terre glaise délayée dans l'huile de palme ; le plus souvent, il affecte la forme d'un triangle ayant au sommet et à l'cxlrémilé de chaque angle un toupet formé par des cheveux roulés en boule. Les élégantes le teignent en deux couleurs différentes avec de la terre rouge et la ràpure d'une écorce qui produit un jaune trè.s-vif. Ces femmesont uni' grande réputation -de ])eauté, et le roi A'Combé en tire de très-gros profits.

Ce brave IV Combé était pour nous un sujet constant de divertissenient. Sa « i\Iajcsté " et son titre de roi ne l'empêchèrent pas de recevoir de Marche un grand coup de pied quelque part, un jour «ju'il fut surpris |)uisant sans permission dans notre (;au-de-vie ; il se sauva en riant aux éclats et criant : « Oh non! non! be king, king n)an pass todos. » Tous les matins, il venait réclamer un verre à pied de rhum que nous lui avions alloué comme ration (|U()li(lirnue; il se |)laignail toujours (|ue nous y mettions de l'eau, ce qui n'était pas vrai. In jour.

■238 I. AKRIQI E Éyi ATORIALE.

impatienté, je dis à Marche : — « Donnons-lui donc de notre alcool blanc , cela le dégoûtera peut-être de demander des liqueurs plus fortes. " Cet alcool était <à quatre-vingt-quatorze degrés et nous servait pour conserver certaines pièces d'histoire naturelle. Le roi en but la moitié d'un grand verre, pour le goûter ; puis il ôta son chapeau et acheva de déguster ce poison avec des Adembé, répétés : u 0 mes blancs (tangani-yanii), s'écria-t-il ensuite, vous aviez un pareil trésor et vous êtes restés si longtemps sans en donner à votre vieux roi qui vous aime tant! « Il déclara ensuite que le riiiim, ya Poupou, Poupou pou (blanc, tout blanc), était le roi-pass todos , et depuis ce moment il a fallu lui en fournir une ration matin et soir : sans cela, nous n'aurions jamais eu la paix. Le roi-Soleil possède un vasie Trianon, on, pour parler plus clairement, une habitation à quel- (jue sept milles d'Adanlinanlango. Là sont parqués jias mal de ses esclaves qui cultivent une immense quantité de bananes; chaque matin, (juatre ou cinq de ses femmes traversent le marais infect désigné sur la carte sous le nom de lac Eviné , et vont à la ]>Iantalion cherclier ce qu'il faut de ces bananes pour nourrir le phalanstère pendant la journée. Elles reviennent à onze heures, ayant fait cinq lieues et portant un poids énorme sur la tète. Ce genre d'habitation se nomme, en ni|iong\vé, " mpindi; » tous les noirs un peu inlluents en ont une à côté du village

qu'ils hal)itent; dans les pays oii sévit la guerre, le mpindi sert généralement de refuge aux femmes et aux enfants. On y cache aussi l'ivoire et tout ce que l'on possède de précieux. L'habitation de N'Combé est située au fond d'une gorge, dans l'un des endroits les plus sauvages et les plus pittoresques qu'on puisse imaginer.

I,e gros gihier, mais surtout le buffle, l'antilope et le sanglier, y sont en telle abondance qu'on pourrait faire des chasses vraiment princières, si l'on avait des chiens et si l'on pouvait trouver quelques bons chasseurs comme auxiliaires. Malheureusement, il n'y a pas de chiens possibles pour la chasse, et les Gallois sont des poltrons , des paresseux et des maladroits. J'allais souvent coucher dans l'une des cases construites pour les esclaves du roi , et je passais la journée du lendemain à chasser dans les bois qui entourent la plantation. Seulement nous étions dans la saison sèche, et les feuilles font alors tant de bruit .sous les pieds, qu'il est presque inipossii)lo d'ap|)rocher le gros gibier Mes cliasses ne fiireiil cependant pas tout à fait sans résultat. Ainsi, un jour entre autres, j'abattis, outre des singes, des ni'boccos, et autr(! menu giliicr, une très-grande aiitilo|)e à dos ronge (|iiadri|]è de blanc, (|ue les noirs appellent n'cabi. Je tuai aussi plusieurs de ces petites antilopes appelées n'chéri, que j'ai déjà décrites. I>ans (vs f<irè(s iuinienscs, an travers des-

quelles le soleil ne pénètre jamais, les oiseaux sont assez rares; les petits y font presque absolument défaut ; en revanche, j'y ai vu une centaine de grands calaos noirs à casque [huceros giganteus), qui vivaient tous ensemble , formant ainsi une bande énorme. On sait que ces grands oiseaux ont sur leur bec une difformité monstrueuse. Je ne connais pas de bètes aussi bruyantes. Leurs cris sont horriblement variés : l'un d'eux imite, à s'y méprendre, le hi ! han ! du baudet. Cette musique retentit à une distance considérable ; et comme si leur ramage ne suffisait pas, ils font, lorsqu'ils volent, un bruit strident et singulier avec leurs ailes. Un coup de fusil tiré dans la troupe, et c'est un vacarme infernal. Ces calaos sont farouches, toujours aux aguets, et ont la vie très-dure : je parvins cependajit, en cliargeant mon fusil avec du j)lomb moulé , à en abattre six.

Durant nies chasses à la plantation, il arriva un accident dont les suites sont assez singulières pour être racontées tout au long. Lu Gallois m'avait demandé à m'accomjiagner à l'habitation et à y chasser pour moi. \V\cn que j'eusse la conviction qu'il ne serait pas plus adroit (|ue ceux dont j'avais essayé précédemment, je ne le refusai pas, ne devant le payer que s'il rapportait quelque chose. Le matin, il partit de son ciMé, moi du mien. Le soir, je revins liarassé , et, après avoir mangé mon dîner, composé

l.E PAYS DL UOI-SOLEIL. -241

de bananes rôties et de deux écureuils, je me couchai dans ma case, une toute petite case, divisée cependant en deux compartiments. Il pouvait être neuf à dix heures , lorsque je fus réveillé par un bruit épouvantable , partant du compartiment d'à côté. Plusieurs femmes hurlaient une espèce de chant de lamentations entrecoupé d'imitations de sanglots : je reconnus immédiatement le chant funèbre du pays, et j'en conclus que quoiqu'un était mort dans la plantation. A part le bruit , cela m'était assez indifférent, et je pris d'abord patience; mais enfin, comme la mélodie allait toujours crescendo , I je me levai, sortis de la case, et expliquai énergij quement aux pleureuses, dans le peu de mpongwé que je savais alors, que le trépas de cet inconnu me plongeait dans la douleur, mais que j'étais malade , et qu'elles eussent à aller crier plus loin. Je ne sais ce qu'elles comprirent , n)ais elles semblèrent frappées de terreur, et se sauvèrent dans les bois oii elles hurlèrent jusqu'au jour. Le lendemain matin je demandai qui était mort. On me ré|)oiidit I avec des gestes très-animés, mais tout le monde parlait ii la fois, et je n'y compris rien. .Fe m'en retournai paisiblement chez X'Combé, oii j'arrivai vers onze heures, et là seulement j'appris ce qui s'était passé. La veille , sur les ciii(| heures cl demie du soir, nidn chasseur gallois avait |)ris un vieil esclave, qui coupait de l'herbe, pour un sanglier, I 14

■2i-2 I.AFRIQl'E ÉQL'ATORIALE.

et lui avait envoyé cinq petits lingots de fer entre les deux épaules. La mort avait été instantanée. De là grand palabre ! Les parents et les collègues en esclavage du défunt voulaient tuer l'iiomicide par imprudence , tandis que sa femme et quelques commères de l'habitation , me regardant, selon Tusage du pays, comme responsable des faits et gestes de mon homme, étaient venues me donner le charivari dont j'ai parlé. Mal leur en avait pris, du reste ; car, je ne sais pourquoi, elles s'étaient figuré que je les menaçais de les tuer, et avaient passé la nuit, affolées, dans le bois. De plus, lorsqu'elles allèrent ce jour-là chez X'Combé, elles reçurent une verte correction pour avoir méchamment troublé le sommeil de son blanc. Le même N'Combé donna aux esclaves l'ordre d'apporter le cadavre; car, en sa qualité de grand féticlieur, il devait déclarer qui avait tué la victime. Ici, je donne le récit que me fit avec dégoût mon ami Marche , du spectacle auquel il venait d'assister quelques heures auparavant, n Le défunt arriva, porté par deux hommes sur une perche à laquelle il était attaché parles pieds et les mains, exactcmentcomme un gorille qu'on était venu nous vendre quelques jours auparavant. N'Conibé, en présence de Alarche, de toutes ses femmes et de tous ses esclaves , s'arma d'un grand couteau , et déclara qu'il allait ouvrir le corps, pour voir s'il y avait en lui un fétiche ou un mauvais esprit quel-

conque ; car s'il y avait un fétiche ou un esprit, c'est ce fétiche ou cet esprit qui avait dirigé contre lui l'arme fatale , et le meurtrier n'était donc pas rcsponsahle. Tout en aiguisant sa lame, il faisait des plaisanteries aux dépens du défunt, lui frappant sur l'estomac, et disant qu'il était trop gras et que ses esclaves mangeaient trop de bananes. Il ouvrit ensuite le cadavre d'une manière dont les détails, répétés ici, soulèveraient le cœur du lecteur; puis, saisissant les entrailles à deux mains , il fit senil)lant de les tirer à lui de toutes ses forces. Comme, en réalité, il ne tirait pas du tout, les entrailles ne vinrent pas.

— C'est le fétiche qui les retient! s'écria le roi. Kt, se tournant vers la foule :

— Vous le voyez, dit-il, cet homme était un mauvais homme ; il avait fait un fétiche contre moi ; il voulait me tuer. Mais il a été pris en son propre piège, son fétiche est resté en lui et a causé sa mort.

L'n euh ! euh ! (oui ! oui !) approhatif fut poussé par toute l'assistance. Ces hommes, ces femmes, quelques minutes auparavant, tout feu et tout flammes pour venger leur camarade, so mirent à injurier son corps et à lui reprocher d'avoir fait un fétiche pour tuer leur roi chéri. Ce l'ut au milieu des huées que le cadavre fut emporté pour être enfoui dans un tronc d'arhre creux. C'était un Okôla. Son crâne figure aujourd'hui dans la colirclion de crânes

que nous avons envoyée à Paris, et rantliropologie bénéficiera ainsi de sa mort. Toute cette sinistre comédie, comme toutes celles jouées par N'Combé, avait sa raison d'être : elle venait de ce que le chasseur qui avait si ini])rudemnient tué l'esclave était l'ami intime du roi. Celui-ci craignait de plus qu'on ne voulût rendre ses blancs responsables, comme ayant envoyé l'homicide à la chasse. Il trouva donc beaucoup plus simple de mettre l'affaire sur le compte du mort et de ses fétiches. Détail ignoble ! la cérémonie terminée, N'Combé trempa ses mains dans le sang de la victime et en humecta un peu la tête de chacune de ses femmes. Cela devait, paraîtil, les préserver pour toujours de la vermine.

CMAPITHE VU

Page 1