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LE LAC ZOX'ANGUÉ ET LES ILES SACRÉES. 24T

l'embouchure de la rivière Bando jusqu'à l'île de M'Boumba, qui est ii son extrémité sud, une longueur d'un peu plus de 16 milles, sur une largeur moyenne de 7 à 8 milles. La latitude de M'Boumba est de 1° r 5" latitude S. Xon-seulement ce lac offrait pour nous un grand intérêt au point de vue des études géographiques, mais nous espérions y trouver des chasses exceptionnelles. \ous savions qu'une de ses îles servait d'abri à des milliers d'oiseaux aquatiques qui venaient y construire leurs nids pendant la saison sèche. De plus, Fanguinové, notre guide et le chef de nos hommes, avait juré de nous conduire fout près du /'Oiiangué, sur les bords d'un lac inconnu aux blancs, dans des régions où foisonnait le gorille.

Nous |)arlînies dans une grande pi'-ogue achetée par nous et manœuvrée par François, Chico, les deux boys, et huit Gallois engagés pour la circonstance. Il était beaucoup plus court pour nous de prendre le rcmho (rivière) Bando pour gagner le Z'Onangué ; mais Fanguinové, fier d'être avec des blancs, tenait à nous montrer à des amis qu'il avait plus bas, dans l'Ogooué, et nous fil prendre le chemin le plus long. \ous déjeunâmes dans un village gallois, très-propre et trè.s-bicn construit, (|ue \'Combé a fait incendier quelque temps après, eu punition d'un crime qui y a été commis. V ers trois heures de l'après-midi, nous nous engagions <lans

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lo remho Akambo. Cette rivière ne coule pas en ligne droite et parallèlement au N'Gonio, comme la carte semblaitTindiquer, mais, à partir de l'Ogooiié, dirige son cours vers ce même X'Gomo, de sorte que rembouchure de ces deux rivières se trouve à quelques centaines de mètres l'une de l'autre. L'Akamha fait de nombreux détours, et son cours est si rapide, que nous mîmes près d'une demijournée à la remonter pour atteindre le lac Z'Onangué, sur lequel nous déboucbions vers neuf lienrcs du soir, par un beau clair de lune. M. Griffon du Bellay a décrit beaucoup mieux que je ne pourrais le faire le magnifique coup d'œil que présente l'entrée du lac, la nature de ses eaux et des terres qui l'environnent, la végétation de ses îles, etc., etc. Il est regrettable que le savant docteur, pressé par le temps, n'ait pu en visiter qu'une partie, et une partie sans doute moins considérable qu'il ne le croit lui-même. De tous côtés, en effet, dans ce lac Z'Onangué, des milliers d'îlots montagneux, et couverts de grands arbres, s'enclievétront les uns dans les autres et ferment l'horizon. Sans cesse on se croirait dans un |)ctit lac dont on voit la fin tout antour de soi, mais bienlùt le pilote désigne quel(|iie crique étroite dans ]a(|ue!le la pirogue s'engage, la vue s'étend, et l'on se trouve dans un nouveau lac que des collines boisées bornent do tous cotés. Pour celte fois, croyez-vcus, nous sommes arrivés au

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terme ; ces collines sont la terre ferme. Mais non : c'est une nouvelle ligne de petites îles, souvent trèsélevées, derrière lesquelles continue Y élira (lac). Plus on s'avance, plus ce dédale devient compliqué, et sans un pilote habile il serait impossible d'en sortir.

Cependant nous étions depuis cinq jours sur le lac, couchant tantôt sur une île, tantôt sur une autre, passant toute la journée en pirogue, allant du sud au nord et du nord au sud , sans voir arriver les chasses merveilleuses qu'on nous avait promises. Une fois seulement, nous avions trouvé une bande énorme d'ibis sacrés installée sur un banc de sable où elle avait déposé ses œufs, line décharge générale en tua cinq; mais ces oiseaux, qui, par parenthèse, sont très-roués, abandonnèrent pour toujours la place. X'ous savions cependant qu'il y avait dans une des îles un de ces roust , comnjc j'en ai vu beaucoup en Amérique, sur les lacs O'Kétcboby cl Nicaragua, c'est-à-dire un endroit où tous les oiseaux de certaines espèces aquatiques se rasseml)lent par milliers pour nicher et élever leurs petits ' . Notre guide feignait à ce sujet une ignorance abso-

' C'psl dans Irs raiist, comme celui dont je vais piirlcr, qu'on trouve les (!(''p(Ms de «[uimo n-sullant, comme on suit, de l'uccumuliitioii (le (lente proilnile peiidaiil des siècles |)ar les (|niinlilés pr()(li;|ieiises d'oiscîanx (pii vieniietit nicliei-, cl souienl passer la miit là.

lue, et le Z'Onangué est, je l'ai dit, iin véritable labyrinthe. Tout à coup, je me rappelai que AI. Amoral m'avait prévenu que l'ile aux oiseaux était une île fétiche, et m'avait en même temps donné le nom d'une autre île d'où l'on pouvait apercevoir ce lieu, aussi plein de mystère que de gibier. Je consultai à la hâte mon calepin, et trouvai que ce nom était M'iîoumba. Aussitôt je déclarai à Fanguinové que si le soir même nous ne couchions pas à l'île de M'Boumha, ni lui ni ses Gallois ne seraient payés pour le voyage; que, de plus, nous les recommanderions à X'Combé lors de notre retour. Pris ainsi à l'improvisle, et stupéfait de voir que je connaissais M'Boumha, Fanguinové, qui tenait la barre, changea, sans mot dire, la direction du bateau ; ses acolytes se courbèrent d'un air piteux sur leurs pagaies, et deux heures après — car nous n'étions que peu éloignés — nous abordions à l'île de M'Boumha, qui se trouve à l'extrémité sud-est du lac. De là, notre œil de chasseur et de naturaliste se reposait avec délices sur deux îles voisines, dont les arbres semblaient blancs comme la neige, tant ils étaient couverts d'oiseaux. Fanguinové prit alors la parole au nom de tous : il nous dit que nous étions, nous, les Tangani, les seigneurs et maîtres; qu'il ne serait pas étonné si notre témérité restait impunie, car nous avions déjà bien des fois bravé im])unêment la colère des esprits; mais (|ue si lui ou les

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siens mettaient le pied dans l'une des deux îles, ils mourraient instantanément. Il voulait bien cependant, si nous l'exigions, nous y conduire, à la condition qu'à peine aurions-nous sauté à terre, ils se retireraient à une petite distance; et à la condition surtout qu'ils n'auraient aucune part à prendre dans la destruction des oiseaux fétiches.

Lorsqu'en 18G4, M. Griffon du Bellay rendit visite aux îles sacrées (les indigènes les appellent neng'Ingoway, îles Ingouay), il fut avec solennité et mystère accompagné par un grand féticlieur ' et |)iir de petits féticheiirs, tous revêtus de leurs insignes et célébrant pompeusement leurs rites. Les environs mêmes du lieu saint étaient remplis de merveilles : on y voyait sans cesse (d'après le dire (les noirs) paraître dans les airs des vaisseaux-fanlonics qui manœuvraient, tiraient le canon, etc., etc. M. Grillon du Hellay ne put pas mettre le pied à terre dans ces îles. Qu'eùl-ce donc été s'il avait, comme nouSj commis l'iiorrilile sacrilège de tuer les oiseaux cbers au AI'Bouiri (Grand Kspril !) Hélas ! les dieux s'en vont ! \ous ne vîmes ni Gondouiro, le poiilife et grand roi des îles, qui èlait niorl sans que personne |)rît sa succession, ni la belle Agneilès, ni les petits fèticbcurs. Personne ne nous parla jtlusd'apparitionde navires' ni d'anlres pliénomèncs

' \ (lir le Ttiiir du iiitiiiile.

- Il est I i niiir(|n;il)lp , un siijcl ilc ics iippariliinis ou rniriiycs

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du même genre. Il est vrai que nos guides ne voulaient pas nous mener chasser dans les îles N'Goway; mais leurs craintes n'étaient pas bien fortes, puisque la peur de perdre cinq piastres de salaire triompha de toutes leurs répugnances. A M'Boumba, le roi, après avoir revêtu quelques loques, vint audevant de nous. Je l'appelle roi [àga], et lui-même se donnait ce titre. Il lui était bien dû, car il avait trois cases, trois femmes, trois esclaves et deux chiens. C'est certainement plus qu'il n'en faut pour s'intituler roi dans l'Ogooué , et j'ajoute que ces principicules sont généralement plus lyranniques et plus exigeants pour les étrangers que les grands chefs. Donc, le roi de M'Boumba (puisque roi il y a) vint au-devant de nous et reçut nos cadeaux de bienvenue, auxquels il ré|)ondit |)ar le don d'un régime de bananes. Il fit ensuite balayer une case sans toit (comme la sienne, du reste), pour nous servir de logement, en protestant de sa joie de nous voir. Quand nous prîmes notre modeste déjeuner, dont un ibis tué le malin et des bananes rôties fai-

que M. Grillon du licllaj cIutcIio à oxpIujiuM- scioiililKiticmcnl, qui" les Asliiras soiilieniieiil iiu'oiivoil la iiuMiie chose dans leurs inoiilayiies. Lt , eliose siii;[ulièie ! ces liuiiiiiics (|ui , vivant si'-dentaireiiient à plus de cent lieues de la côte, n'ont pres!|ue certainenicnt pas pu voir de vaisseaux, font sur le sable des croijuis qui les représentent à peu près. Je tiens ce l'ait de W. 1'. l'ilastre, (jui a une factorerie chez eux. lOt ceci avant (|ue j'aie lu .M. (j. du Bellay.

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