LE LAC ZONAXGUÉ ET LES ILES SACRÉES
tle rhiini pour l'apaiser. Le lendemain, nous tuâmes encore beaucoup d'oiseaux dans l'ile; et, à la honte du fétiche, le temps fut superbe et resta tel. Aussi toute crainte s'évanouit dans le cœur de nos hommes, et Fanguinové nous aida désormais d'une manière constante dans nos chasses. Chaque fois que nous allions aux iles Ingoway, notre pirogue revenait littéralement chargée de gibier; aussi nous nous contentions, maintenant, d'arracher aux aigrettes leur parure, et de couper les ailes couleur carmin des ibis sans les empailler en entier. Cependant les munitions s'épuisaient, et pendant que nos hommes se gorgeaient, à s'en rendre malades, des oiseaux sacrés, les vivres étaient excessivement rares pour nous qui n'avions plus ni conserves, ni sel, ni boisson stimulante d'aucun genre, et qui étions, ce qui est permis sans être trop gourmands, dégoûtés des poitrines d'ibis et de la viande de cormoran. 11 fui donc décidé que Marche partirait pour le quartier général, me laissant François et un boy, et irait chercher des vivres et des munitions, tandis que je resterais au lac pour y continuer la chasse. Comment sa lionne étoile le coruluisil à rencontrer l'amiral du Oiiilio, (|ui remontait en ce moment l'Ogooiié, c'est ce (|ue je dirai plus tard. Pour moi je résolus, en atteiulanf mon ami, de chasser sur les rives du lac Ogiiénioucti , car c'est b' nom de ce lac inconnu sur les bords du(|uel on m'avait promis
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des gorilles sans nombre, des bœufs, des éléphants, etc.
En tout cas, je devais y trouver un sujet d'études, car ce lac est, si je ne me trompe, complètement nouveau pour la science — à moins, toutefois, qu'il ne soit celui dont M. Griffon du Bellay a entendu parler sous le nom de lac Ogaué : mais, en tout cas, ce nom n'est pas le vrai , et le savant docteur ne l'ayant pas vu, n'a pas pu lui assigner une position même approximativement exacte dans la carte jointe à son voyage. Derrière l'île de M'Boumba (1° r 0" lat. S.) se trouve, dissimulée par des îles couvertes de rochers et de grands arbres, une petite crique qui, assez resserrée d'abord, s'élargit bientôt considérablement et va, après quatre ou cinq milles (direction sud), aboutir à une large nappe d'eau appelée par les naturels lac Oguémouen. Cette na|)pe d'eau, après s'être étendue, pendant huit milles environ , vers l'ouest, tourne brusquement au sud ; nous la suivîmes pendant six milles dans cette nouvelle direction sans en voir la fin. Le terme de notre exploration fut une autre ile fétiche, dont je re|)arlerai. Les noirs disent qu'il faut deux jours de pirogue, toujours en allant vers le sud, pour arriver au bout de l'IOliva (lac), (|ui se rétrécit peu à peu jusqu'à ne devenir (|u'uii tout petit ruisseau. Par la direclion que suit le lac Oguémouen, il se rap|)roche donc sensiblement du Uemboë.
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M. Ayniès avait pensé qu'il devait y avoir, par cette rivière , communication entre le Fernand-Vaz et rOgooué. Si le lac Oguémouen n'a pas d'issue, son hypothèse n'est pas entièrement justifiée ; mais, en tout cas, la distance à parcourir par terre, pour aller du Remboi' à l'Oguémouen , ne peut être que trés-minime, et Ja communication entre le Fernand- Vaz et rOgooné, par le Remboë et le lac Z'Onangué, ne peut subir qu'une très-légère interruption.
A l'entrée du lac Oguémouen vivait alors un traitant gabonais élevé à la mission catholique, parlant par conséquent très-bien le français, homme intelligent et fort complaisant. C'est dans sa case que j'allai m'établir. Digomi vivait près d'un grand village bakalais, le seul village qui, sur les bords du lac Oguémouen, n'appartient pas aux Gallois. Encore les Bakalais ne l'habitent guère : ils y viennent seulement lorsqu'ils apportent là, pour vendre au traitant, le caoutchouc qu'ils récollent souvent à de grandes distances dans l'intérieur; ce caoutchouc n'est pas, du reste, le seul article dont ils trafiquent ; ils coupent beaucoup de bois d'ébène, et se procurent souvent de l'ivoire, car ce sont de grands chasseurs ; ils travaillent avec ardeur et n'ont pas, chose incroyable, eu depuis longtemps de guerre avec leurs voisins. Digomi réalise sur eux de ])eaux bénéfices, car il est le seul à faire le commerce avec eux, et les prix sont encore vraiment primitifs. Mon hôte fit de
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son mieux pour bien me recevoir, ce qui n'était pas facile, car il était lui-même absolument à court de provisions; il m'affirma que le gorille abondait réellement dans ce pays, et me promit de m'accompagner lui-même à la chasse de cet animal et de mettre sur pied tous les cbasseurs bakalais disponibles; malheureusement, nous étions à l'époque de la récolte du caoutchouc, et beaucoup des plus habiles étaient en ce moment absents et à de grandes distances. Digomi tint parole; le lendemain, au petit jour, lui, François et six chasseurs bakalais étaient sous les armes. Afin d'augmenter nos chances de succès, nous nous divisâmes en trois bandes, qui partirent chacune de leur côté.
J'avoue que je désirais ardemmenit tuer personnellement un gorille, et j'étais décidé à faire pour cela des efforts surhumains. J'aurais voulu pouvoir enregistrer dans mes annales de chasseur ce coup de fusil, qui n'a été donné ni à U'induood Reade, ni à son ami le major Levinson : cet ami, qui s'intitule dans ses écrits le vieux trap|)eur, après avoir tué quantité de lions, d'ours, d'éléphants et de rhinocéros, est venu au Gabon exprès pour chasser le gorille, et il a dû s'en retourner sans même l'avoir vu. Au reste, aucun blanc excepté M. Duchaillu, qui, je le crois, en a réellement tué, n'a pu abattre de gorille. On me représentait cependant cet animal comme si commun autour du lac Oguémoucn, que