LE LAC ZO.\A\GUÉ KT LES ILES SACRÉES
couteaux, de ces couteaux à lames larges fabriqués par eux-mêmes, et, l'arme haute, l'attendirent de pied ferme... ce que voyant, le gorille se sauva. Deuxième incident. Cinq jours plus tard, un autre Bakalais, tout seul, aperçut un très-grand gorille perché sur un arbre dans un petit bois en face du village de Digomi, sur la rive opposée du lac. Il parvint il l'approcher et le tira : l'animal tomba de l'arbre; mais il n'était que blessé, et disparut h toutes jambes dans l'épaisseur du bois. Il était six heures du matin , et nous allions partir pour la chasse. Appelés en toute hâte, nous avons suivi les traces de sang que lais.sait derrière lui l'animal blessé, pendant plus de deux heures, jusqu'à ce que nous les ayons perdues de vue dans un marécage. IVous l'entendions tout le temps grogner et fuir devant nous, s'arrétant, |)uis se sauvant de nouveau à mesure que nous approchions. Le bois était fourré, et nous ne pûmes le joindre, car nous n'avancions que très-lentement; mais quel est l'animal /^'Vo^v qui, blessé grièvement, se serait ainsi laissé poursuivre sans faire tète au chasseur? Non, le gorille n'est pas un intermédiaire entre l'homme et la i)èle, un monstre furieux qui erre sur ses deux pieds de devant dans les forêts dont il est le roi , et dont il a chassé le lion : c'est tout bonnement un énorme singe. Si, comme le papioii, le cynocéphale, et l)i(Mi d'autres, il se lient de préférence à lerr<', il u'on
grimpe pas moins assez souvent aux arbres comme les autres singes. II voyage toujours à quatre pattes, n'attaque l'homme et ne se redresse contre lui que dans les cas où il est brusquement surpris, et lorsque la retraite lui semble coupée. Enfin, il ne diffère de ses congénères que par sa taille et sa force musculaire extraordinaire, et l'on peut dire avec Windwood Reade, en lisant dans V Afrique éguatoriale la description des mœurs du gorille, « que M. Duchaillu, qui avait de meilleures chances qu'aucun de nous d'apprendre à connaître la vraie nature de cet animal, s'est malheureusement laissé entraîner à sacrifier la vérité au désir de faire de l'effet, et l'estime des hommes de la science à une popularité passagère ' . »
Cependant ma santé s'usait dans ces chasses é|)uisantes. Souvent je ne faisais mon premier repas qu'à la tombée de la nuit, et quel repas! Il régnait dans tout le pays une vraie diselte : on n'y trouvait ni poules, ni œufs, ni viande d'aucune sorte. Le poisson abonde dans le lac Oguémouen comme dans le lac Z'Onangué; mais sur le lac Oguémouen, bien plus encore que sur le lac voisin, il était très-rare que les noirs prissent la peine de le pêcher et surtout qu'ils consentissent à le vendre. Il y avait bien un vieux bouc dans le village ; mais on m'en demandait
1 Savage Africa. h\. I8(i4, p. 212.