LE. LAC ZOXAXGUÉ ET LES ILES SACRÉES
presque la tlot d'une femme, ce (jui était cinq fois sa valeur. Plusieurs fois cependant la faim faillit me faire succomber à la tentation de l'aclieter; mais je tins bon : il est vrai que l'odeur terriblement accentuée du bouc diminua un peu l'héroïsme de mon sacrifice. Sous l'équateur, il fait, comme on le sait, nuit à sept beiires ; les soirées sont lonfjue.s quand ou est seul , et l'excès même de la fatigue m'empêchait souvent de m'endormir avant une heure avancée de la nuit. Je cherchais alors un refuge contre l'ennui dans de longues conversations avec Digomi, qui était vraiment intéressant à entendre. Il me racontait les traditions, les légendes, les croyances des Mpongtté. Digomi était fils de Pyrrba , qui vit encore aujourd'hui au Gabon, à Pyrrba', tout |)rès de l'établissement français. Le vieux roi passe chez les noirs pour être un grand maître dans la magie et dans les sciences occultes. Son fils, bien que chrétien, nourri dans les préjugés tie sa nation, habitué à voir vénérer tout aulonr de lui le.s pouvoirs surnaturels de son père, n'avait pu s'arracher à quelques-unes des superstitions des siens.
Chose digne de reniar(|ue, 1rs croyances les plus profondément enracinées dans l'esprit de ces |)euples sont, avec quelques variantes, les mêmes que celles (|ui avaient crédit chez nous au moyen âge.
' l.e» villajjcK portent souvent le nom de leurs rois.
2G8 I.'AFRIQI'E ËQ U A TO R I A I.E.
Comme alors, ils croient au don de seconde vue, par lequel certains hommes privilégiés peuvent lire dans l'avenir; comme alors, ils croient au jugement de Dieu pour faire connaître les criminels; seulement, l'épreuve, au lieu d'être faite par le fer ou le feu, est faite par le poison qu'on fait boire aux accusés'. Comme alors, ils croient que l'on peut, par des sortilèges, tuer son ennemi , fût-il même h une grande distance. Au moyen âge, en Europe, on poignardait ordinairement une slatue en cire représentant celui qu'on voulait faire périr; en 1873, dans l'Afrique équatoriale, les choses se passent, à quelque différence près, de la même manière; on y met seulement plus de recherche. « Si, me disait Digomi, tu veux tuer ton ennemi, va trouver un des hommes versés dans la grande science, et dis-lui : Onéro (vieillard), il faut que cet ennemi meure! Je suis prêt pour cela à te donner telle et telle chose! » Alors, si tes offres sont acceptées, il te fera passer la soirée à accomplir les cérémonies mystérieuses. La nuit, tu veilleras assis dans l'obscurité. Tout à coup une ombre ajiparaîtra, un fantôme se dressera, et tu verras ton ennemi prendre place à tes côtés. Alors le féticheur te dira : « Mon fils, l'heure est venue; voilà celui que tu veux tuer : si tu persistes dans ton
' J'aiiriii ocrasinii de dorriro |)rocliaiiipinont celle épreuve (luiis SCS plus ;|ruii(ls détails.