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LE LAC ZOXANGUÉ ET LES ILES SACRÉES

dessein, frappe-le au cœur. " ^ C'esl , lue disait Digomi d'un ton solennel, l'instant décisif dans lequel beaucoup ont senti faiblir leur résolution. Mais si le courage ne te manque pas, si tu poignardes l'apparition, à l'heure, à la minute niome où tu donnes le coup de couteau, ton ennemi, fùt-il à cent lieues de là, au haut d'une montagne ou sur les vagues de la mer, expirera instantanément.. . Que veux-tu, ajoutait mon interlocuteur avec une parfaite bonne foi, je suis chrétien, je crois ce que les Pères m'ont enseigné ; mais je ne puis cependant pas nier des faits qui ont lieu constamuient au vu et au su de tcut le monde. « .l'aurais été bien curieux de voir quelques-unes de ces prétendues évocations magiques; malheureusement, les féticheurs « versés dans la grande science » ont toujours refusé d'opérer devant les blancs.

Sentant la nécessité ab.solue de prendre du repos, je retournai à M'Bouniba. I^à, je ne pus cependant résister à aller faire encore une chasse, ou plutcM une tuerie des oiseaux d'Ingouay. Le 3 août, à dix heures du soir, au moment où j'allais me couclier, .iprés avoir travaillé durant tonte la journée à j)réparer les pièces tuées la veille, j'entendis à quel- (|u(' distance trois coups de cliassepot tirés consécutivement. C'était le signal convenu avec Marche , et par lequel il devait me prévenir de son rrlour. .le courus aussitôt au i)ord de l'eau, où 'y distinguai

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l)ientôt le bruit des pagaies alteriiaiil avec le chant des Gallois. Dix minutes aprôs, Marclie apparaissait.

— Des nouvelles! cria-t-il avant même d'avoir mis pied à terre.

— Vous avez des lettres? demandai -je tout anxieux; car depuis notre départ du Gabon nous n'avions reçu aucun courrier.

— Non , mais j'ai vu des blancs.

— Sinclair", sans doute! m'écriai-je avec amertume. C'est une pauvre plaisanterie!

— J'ai dit des blancs , reprit Marche d'un air triomphant. J'ai vu un amiral , un capitaine de vaisseau, un chirurgien-major, des matelots. Et il y a du nouveau en France : changement de gouvernement !

— Le roi? demandai-je tout de suite.

— Non. Mais le maréchal de Mac Mabon est président de la république.

J'ordonnai immédiatement trois salves en l'honneur de l'illustre président. Nos hommes, dont le bonheur suprême est de brûler de la poudre , surtout la notre , en tirèrent cinq , et auraient continué foute la nuit, si je n'avais arrêté leur zêlc. Marche me raconta ensuite comment, le soir du jour où il m'avait quitté , il s'était arrêté pour faire cuire son dîner de bananes au premier village qu'il avait

' On se rappelle que Sinclair (^lait le «jérant de la faclorerie.

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trouvé sur l'Ogocué, près de reniboucliure du renilio Bando. Là, les nègres avaient roiiru à lui de tous côtés, criant : « Il y a des lilancs qui remontent la rivière, heaiicon]) de blancs, et ils sont tout près d'ici. — Ce ne peut être que l'expédition allemande^ , pensa Marche; et une sueur froide lui perla au front à l'idée d'une concurrence aussi désagréable '. iVe pouvant y tenir, il allait se mettre en mouvement pour vérifier par liii-mème l'étendue de notre désastre, lorsqu'un Gabonais demanda à lui parler, et lui remit une lettre ainsi conçue : « L'amiral du Quilio prie M. Marche de venir dîner avec lui re soir, à Alégagani. » Le baron de Gondremark ne fut pas plus stupéfié lorsqu'il reçut l'invitation de l'amiral Waàlter. A moitié fou de joie, Marche s'élança dans sa pirogue, et, une demi-henre après, arrivait à Alégagani, où il trouvait en elfet M. l'amiral du Quilio, M. le baron Diiperré , commandant de la Venus, et M. le docteur Gaigneron. Ces messieurs lui firent uti accueil dont il était encore ému. M. l'amiral du Quilio, sans tenir compte des incommodités et des fatigues d'un pareil voyage, avait, laissant au lac .Avanga le Marabout, (|ui ne pouvait

' La Soci(''l('' (i(; <[éo;[ra|)liic alloiiiaïulc nvail docidé cii priiici|)c qu'une expédition monlée sur un très-jjraiid pied explorerait l'(),'{U(in(''. \ous l(< savions par la maison \Voll)cr, (|ui avait reçu des instructions afin de lui lacilitcr le voyajjc. (lotte expédition n'a |)n avoir lieu.

remonter la rivière en cette saison , pris une pirogue qui le conduisit en cinq jours à Adanlinanlango. Il avait d'abord l'intention d'honorer de sa présence la case qui nous servait de quartier général ; niais il y avait là quelques centaines de bêtes empaillées, renfermées depuis trois semaines, et qui avaient un petit goût de leur cru , si bien que M. l'amiral préféra une des cases consacrées aux femmes de K'Combé... vide, s'entend. Marche m'énumérait avec complaisance les festins qu'il avait faits : « J'ai mangé du pain , j'ai bu du vin et de la chartreuse ; et il y avait là l'ancien cuisinier des Frères-Provençaux, {ahiui ?,'\ bien les plats sucres! — «Allons, tant mieux ! grognai-je tout le temps que dura cette cnumération tantalesque. Vous avez bien fait de manger pour deux là-bas , parce que je n'ai pas mangé pour un ici. n

M. l'amiral du Quilio , durant son séjour dans rOgooué , a conclu un traité par lequel N'Combé donne à la France, en pleine et entière possession, tout son royaume, qui s'étend, de fait, depuis le contluent de l'Ogooué jns(|n'iiu village d'Assouka. Il est facile, en jetant un coup d'œil sur la carte, de se convaincre que c'est là un espace considérable, et couvert par une po|)ulation noinl)reuse. La visite de l'amiral a eu, du reste, une excellente influence dans ce pays : peut-être eût-elle été encore un peu plus grande, si M. l'amiral nvnit endosse son uni-

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J'orme. Beaucoup de ces sauvages ne comprennent guère qu'un si grand chef n'ait pas des insignes plus éclatants de sa puissance. 11 est probable, du reste, que M. du Qiiilio avait de bonnes raisons pour rester en civil : ce n'est donc jjas une critique que je me permets, je reproduis seulement un regret que j'ai entendu beaucoup exprimer par les traitants et par les agents des factoreries. Marche avait accompagné ces messieurs à la Pointe-]''ctiche ; niulhonreusement , comme nous l'avons appris plus tard , les noirs , ne voulant pas profaner le lieu sacré , intimidèrent l'interprète Raphaël, et conduisirent AI. l'amiral à l'opposé de l'endroit où était l'ancienne demeure du féticheur, les ossements, les abris des pèlerins et les autres reliques. Au reste, il n'y a pas perdu grand'chose.

M. l'amiral du Qiiilio a publié dans la Revue maritime et coloniale une très-intéressante relation (le son excursion dans l'Ogoonc , et nous ne pouvons qu'y renvoyer le lecteur. Seulement, ce ((u'il n'y Iroiivcra pas, et ce que l'auteur de la relation ignore saii.s doute, c'est que sa venue à Adanlinaiilango a causé un accès de folie furieuse à notre cuisinier (Ihico, qui a failli |)erdre pour toujours le |)cu de raison (pi'il possédait. Chico n'a |)as, je l'ai déjà dit, la léle bien foric. Knivré de l'honneur de servir un si grand personnage, furieux d'être sous les ordres d'un cuisinier qui ne pouvait pas, disait Chiro avec

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mépris, rester Je nez dans la fumée sans éternuer ; copieusement rafraîchi par les matelots de l'amiral, enflammé de colère par les railleries qu'on faisait de tous côtés sur sa petite personne, le pauvre diable n'avait pu supporter le conflit de tant de passions diverses : quelques heures apros le départ de l'amiral , il était en proie à un véritable accès de démence, se sauvant dans les bois, hurlant et menaçant tous ceux qui l'approchaient. On essaya de lui mettre les menottes; mais ses mains minuscules rendaient ce moyen de répression dérisoire. 11 fallut l'embarquer pieds et poings liés dans la pirogue. C'est ainsi que Marche me le ramena. Heureusement, dans la nuit, il s'endormit d'un sommeil qui dura deux jours, et pendant lequel s'opéra une réaction excellente : à son réveil, il ne se rappelait |)lus ce qui s'était passé, et il en fut quitte pour un violent mal de tète.

Marche voulait aller au lac Oyuémouen pour chasser aussi le gorille : en arrivant, on nous en apporta un énorme, qu'un Gallois avait tué deux jours auparavant. Ce coup heureux était l'eflet du hasard , car les Oallois sont de misérables chasseurs. Celui-là, entendant, durant la nuit, du bruit dans ses bananes, avait cru qu'un voisin était en train de les lui voler. 11 était donc sorti , ayant à la main un fusil armé. A peine avait-il fait quatre pas dans la plantation qu'il se trouva nez à nez avec une grosse masse noire (|iii saisit son fusil. Instinctivement il

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