LE I.AC Z'ONA\GLÉ LT I.KS ILES SACRÉES. 2S
Je brûlai pas mal do oarfouches, ne tirant pas à plus (le 15 ou 20 ni»''(res; mais il n'y a pas grand plaisir à chasser les hippopotames en rivière : quand on les tue, ils vont au fond de l'eau, et ne reparaissent (|u'au bout d'un ou deux jours , le courant les a déjà emportés fort loin, et d'autres profilent de votre coup de fusil. Nous sommes entrés dans le rembo Bando à huit heures et demie du matin, et uialfjré les efforts de nos pagayeurs, qui n'ont pris qu'une heure de repos, nous n'avons atteint l'Ogooué que le soir, à sept heures et demie. Il n'y a aucun village sur le fleuve jusqu'il deux mi lies environ de son entrée. La, on trouve sur la rive gauche quelques cases de Hakalais. En chemin, nous fûmes dé|)assés par une gigantesque pirogue , 'ornée d'un pavillon français à l'arriére et d'un pavillon multicolore à l'avant. Dans le fond étaient couchés Havinjinjoë , ex-roi du ca|* ï.opez, ses femmes et un enfant. La pirogue portait Ironie pagayeurs : plusieurs avaient le nez ol les oreilles coupés. Le roi fit accoster mon canot, me tendit la main, et protesta d'un dévouement sans homes aux Français. II m'expli(|ua ensuite qu'il allait régler un palabre pour la mort d'un de ses hommes tué au lac Izanga. C'est un singulier amateur (|ue ce Havinjidjoé. L'un des rois du cap Lopez, il avait été chargé par les autres rois et par les siens d'aller exercer une sorte d'emploi de grand justicier dans le Cama. Il devait faire couper- les oreilles aux
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débiteurs insolvables, aux criminels, à ceux qui refusaient de payer les maris outragés, etc., etc. ; mais il coupa non-seulement les oreilles des pauvres diables, mais encore leur nez, il exerça cette pratique avec tant de libéralité , qu'à la fin , le ])euple , las de ce tyran, se souleva. Un certain Hloundo commandait les insurgés, qui eurent la victoire. Ravinjinjoë, chassé de chez lui , se réfugia avec ses fidèles près des grands lacs, où il reconquit l'influence qu'il avait perdue dans son pays.
En arrivant dans l'Ogooué, nous fîmes halte dans un village qui se trouve près du rembo Bando. J'étais épuisé de faim et de fatigue, mais ne pus obtenir que des bananes. Dans toute la journée, je n'avais mangé qu'une sole. Celte sole, fort belle, il est vrai, avait été prise dans le lac Z'Onaiigué ; c'est la seule que j'y aie vue, et dans tout autre cas je l'aurais conservée dans l'alcool; mais la faim était trop grande. Mous repartîmes le matin à six heures, pour arriver seulement à quatre heures et demie sans nous cire arrêtés pour prendre quoi que ce soit en route. A Adauliiianlango, je tombai assez sérieusement malade II n'entre nullement dans mes intentions de raconter en détail nos excursions sur les autres lacs qui avoisincnf l'Ogooné ; je donnerai seulement un résumé de quelques observations intéressantes au point de vue géographique qui ont résulté de ces excursions.