‹ L'Afrique equatorialeChapitre 34 sur 42 · LE I.AC Z'0\A\GIIÉ KT LES ILES SACRÉES · texte numérisé non relu

LE I.AC Z'0\A\GIIÉ KT LES ILES SACRÉES

instant j'étais debout devant ma porte. Là, du haut de la colline, je contemplai un spectacle étrange. Les femmes chantaient des chants funèbres, se frappaient la poitrine et semblaient en proie à une terreur folle. Les hommes n'avaient pas l'air beaucoup plus rassuré. Tandis qu'un certain nombre couraient, le fusil à la main, vers les bancs de sable qui bordent la rivière, les autres nettoyaient leurs armes, mesuraient la poudre ou fourbissaient de vieux sabres, le tout avec une sage lenteur. Au milieu de ce bouleversement général, j'eus beaucoup de peine à apprendre la cause de toute cette panique; la voici cependant : Un I{;ikalais avait eu trois ou quatre boulines de vin de palme volées, évidemment par des Gallois. En conséquence, il s'était embus<|ué dans une plantation de bananes appartenant au village de \'Comi)c, bien sûr qu'il ne tarderait pas à y voir venir quelques (lallois. (lomme le temps lui scml)lait long, il cueillit quelques bananes, alluma du. feu et les fit rolir. Au moment où il terminait son repas, deux femmes arrivèrent, leur mari les suivait à une centaine de mètres de distance. Profitant du moment où ces deux niallioureuses lui tournaient le dos, le llakalais (il l'en sur elles, en tua une sur le coup, blessa Tanlre; puis il s'en retourna, le cœur content'. Le vol de son vin

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de palme était puni. En descendant sur les bords de rOgooué, je vis le cadavre de la femme : il était étendu sur des bûches d'ébène, dans un canot à demi tiré sur un l)anc de sable. Huit ou neuf femmes accroupies autour hurlaient des lamentations funèbres ; huit ou neuf autres, dans l'eau jusqu'à la ceinture, ne cessaient de frapper l'eau avec leurs mains. A quelque distance, pleuraient ou péroraient des groupes compactes au milieu desquels une femme excessivement vieille , coiffée d'un bonnet phrygien et appuyée sur une longue canne, hochait la tète d'un air sinistre ; c'était un tableau digne du pinceau d'un maître. La femme tuée avait quarante ans. La mort avait été instantanée; sa figure était impassible, un de ses bras restait étendu, ses yeux étaient grands ouverts; quand on la souleva pour me montrer ses blessures, on eût dit un hideux automate. Celle que le Bakalais n'avait que blessée avait quatorze ans; elle avait la cuisse tra-

j'aurai occasion de cilcr dans ce récit, les noirs, tous ceux du moins de l'/ifrique équatoriale , se préoccupent peu de punir un crime, ou de venger un affront sur la personne même du coupable; il leur suffit d'exercer leur châtiment sur les membres de siiramillc, de son villa<[e ou même de sa tribu. La base de toute législation clie/. les noirs, si ou peut appeler cela une législation, est un système de responsabilité |)oussée jusqu'à sa limite extrême : responsabilité du maître pour ses esclaves, des parents pour leurs parents, de toute tribu pour chacun de ses membres, de tous les blancs pour chaque blanc , etc.

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