LES MISSIONS CATHOLIQUES A LA CÔTE OCCIDENTALE
Pourquoi j'écris ce chapitre. — Dévouement héroïque de nos missionnaires. — Missions du Sôiiégal. — Mjjr Kobbcs. — Résultats obtenus. — Sainte-Marie de Ratiiin'st. — Sierni- Leone. - — L'éfjlise de Saint-Joseph de Cluny. — Trois tombes. — Mission du Dahomey. — Fernando-Po. — Influence des Pères sur les Itoubics. — Cliassés partout pour le bien cpi'ils font. — Gabon. — La maison du Seijjneur. — Ln héroï(|uc soldat du Christ. — M;jr Bessieux à l'œuvre.
— Un trait de barbarie inouïe. — Résultats de la mission au point de vue matéricîl. — Difficultés que rencontre son apostolat. — Une petite colonie chrétienne d'esclaves échappés.
— Les S(curs. — lilranjjes conséquences de la vénération qu'elles inspirent aux nèyrcs. — iMissiou de Laudana. — Conclusion.
La lerre d'Afrique, celle terre inconnue, pleine (le périls de tout genre, avec son ciel ineiirtricr et SCS sauvages habitants, devait tenter le courage cl l'abnégation cbrctienne des missionnaires. Le cœur liant et le crucifix à la main, ils ont été au-devant de la lutte, ils l'ont soutenue et la soutiennent encore jus(|u'à la inori, renouvelant ainsi sous ré(|ualeur la giandc (rnvic de défricheninit nialciicl cl de conversion morale accomplie il y a dou/u cents
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ans, dans les forêts de la Germanie, par les premiers apôtres des nations barbares. Durant la première partie de mon voyage j'ai vu à l'œuvre ces sublimes ouvriers du Christ, et des mon arrivée au Gabon j'ai cru devoir dans la mesure de mes forces, contribuer à les faire connaître : aussi, dès le mois de juin 1873, j'adressais au Correspondant quelques notes sur les diverses missions que je venais de visiter. Le lecteur, je l'espère, me saura gré, à tous les ]ioints de vue, de les reproduire ici.
« Dakar, janvier i87:3.
« Les missions qui se rencontrent les premières sur la côte occidentale d'Afrique sont celles du Sénégal ; ce sont les plus importantes par le nombre des missionnaires, par celui des établissements qu'ils y oui fondés, et aussi, je crois, par les résultats qu'ils y obtiennent au point do vue religieux. La proximité relative du Sénégal, la facilité des voies de communication et le nombre considérable do Français qui l'iiabitont, font que ces missions sont beaucoup plus connues que celles des autres points de la cote. D'ailleurs, les travaux scientifiques et apostoliques du vénéral)le prélat qui était l'àme des n)issions du Sénégal, Mgr kobbès, si mallieureusemont enlevé il n'y a pas encore un au, ont été retracés de telle manière, par une plume si autorisée (colle de Mgr Kroj)pel), que jo no puis me per-
mettre d'y ajouter un mot. C'est donc seulement, en ce qui concerne le Sénégal, une sorte d'aperçu statistique que je donnerai.
« Le principal établissement des Pères était à Dakar; ils avaient là un grand nombre d'élèves, des constructions importantes faites à grands frais, un jardin riclie en produits de foutes sortes. Malheureusement, cette propriété se trouvait dans la zone des servitudes militaires. Pour des raisons trop longues à expliquer, le génie eut besoin de faire de grands travaux, et il fallut démolir entièrement toutes les constructions de la mission, à laquelle fut allouée une indemnité de quatre-vingt mille francs, bien inférieure, paraît-il, au total des dépenses déjà faites. Les Pères avaient aussi alors un établissement à Bakel, dernier point accessible aux blancs. Il faut un mois |!Our atteindre ce lieu en bateau, et les bateaux ne peuvent y aller que ])endant la saison des pluies, de sorte (|Me l'on reste plus de liiiit mois sans communication avec Saint-Louis ou la côte. La chaleur y est torride. En présence des persécutions des liabitaiits de ce pays, musulmans farouches, les l'ères durent abandonner ce poste avancé, lis durent également quitter les missions d'Albréda, comptoir français que sa petite garnison a aussi évacué, celles de D'^angol et enlin celle de Mbur. Aujourd'hui les élablissemenls des missionnaires au Sénégal sont ainsi ré|)artis : à Saint-Louis se trou-
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vent le préfet apostolique et cinq missionnaires qui desservent la paroisse ; à Corée, deux missionnaires dans les mêmes conditions ; à Dakar, deux ; à Ruffrique, un. A Saint-Joseph Xgazabil, à trente lieues environ au sud de Dakar, les Pères ont un vaste établissement consacré à l'éducation des enfants; enfin, non loin de là, à Joal, il y a encore un missionnaire. Xaturellement les bonnes Sœurs sont à l'œuvre, là, comme sur tous les points de la côte occupés par une mission. Celles de Saint-Joseph de Cluny soignent les malades et instruisent les petites filles à Saint-Louis et à Corée, tandis que celles de rimmaculée-Conception, de Castres, sont établies à Dakar. On est même arrivé à former une communauté de Sœurs noires qui ont pris le nom de Filles de Marie. Elles sont vêtues de blanc et de bleu, et se consacrent à l'éducation des enfants. Cette institution donne, paraît-il, d'excellents résultats.
« J'ai dit que les missions du Sénégal étaient celles qui réussissaient le mieux, au point de vue religieux : en effet, la race sénégalaise est une race forte, énergique, qui n'est pas, comme les autres peuplades de la côte, amollie par la débauche. Trèsdifficile à convertir, elle est stable dans ses conversions, et, une fois convertie, ardente au bien; en un mot, c'est là qu'est l'avenir de la religion catholique dans l'Afrique occidentale. Cependant on voit que, même sur ce point et malgré les eflorls les
plus persévérants, les missionnaires n'ont pas encore fait (le progrès dans l'intérieur du pays; ils y ont même perdu du terrain. C'est que là, comme dans toute l'Afrique, ils ont à combattre trois ennemis, invincibles au point de vue humain, de la civilisation et de la religion chrétienne : je veux parler du mahométisnie, du fétichisme et de la polygamie. La religion mahoniétane, en particulier, est trèsbien combinée pour donner satisfaction à la fois à toutes les passions de l'homme et à cet instinct naturel qui le porte à observer des pratiques religieuses. Elle s'adapte admirablement aux mœurs et aux besoins des habitants de ces climats brûlants ; elle mélange très-babilement le vrai et le faux, et leur fait entrevoir quantité de jouissances, grossières, il est vrai, mais absolument conformes à leurs inclinations. De plus, les musulmans d'.Afrique sont étroitement unis entre eux : un musulman, sans ressource aucune, peut traverser l'Afrique tout entière, sûr de trouver partout aide, protection et hospitalité. Il on résulte que les conversions sont extrêmement rares parmi eux.
« La mission la plus proche du Sénégal est celle de Sainte-HIaric de Hathurst, en Gambie : elle relève du vicaire apostoli(]ue de la Sénégambie. En ce momeni il n'y a que deux Pères noirs du Sénégal, (|ui y sont venus après avoir fait toutes leurs éludes au séminaire de Paris ; ils sont secondés par
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des Frères irlandais. Les Sœurs sont aussi à ce poste périlleux. L'année dernière, pendant une des épidémies qui ravagent si souvent ce mallieureux pays, et qui a cette fois enlevé la plus grande partie des blancs, un des Frères est mort à la mission et deux Sœurs sur quatre ont succombé ; elles ont été immédiatement remplacées. Bien d'autres, du reste, parmi les pauvres Sœurs de la côte d'Afrique, ont payé, dans ces deux dernières années, leur tribut au climat, n
« Sierra-Leone , mars 1873.
« Après la mission de Sainte-Marie de Batbursl, nous trouvons celle de Sierra-Leone, autre royaume des épidémies, de la fièvre et de la malaria, .l'ai séjourné quelque temps dans cette ville et naturellement beaucoup vu les missionnaires, qui nous ont fait, à mon compagnon et à moi, un accueil dont le souvenir nous émeut encore. Ils sont là trois Pères et quelques frères dans un vaste bâtiment tout délabré qui les abrite, eux et sept ou buit élèves qu'ils ont pu recueillir à grand'peiue. Il y vient dans la journée vingt à vingt-cinq enfants : c'est, dans une ville de 30 à 35,000 babilanis, tout ce qu'ils ont pu attirer clie/ eux, Dieu sait au prix de (piels efforts. Sur cette terre ingrate, toutes les dillicultès viennent assaillir nos missionnaires. Ce n'e.«t pas seulement contre le paganisme qu'ils ont à lutter; à côté de la pauvre église calbolique, (|ualre églises s'élè-
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vent soufenues par des subventions opulentes : Eglise d'Angleterre, qui est l'Église officielle ; Eglise presbytérienne, Eglise baptisle, Eglise méthodiste. Ces deux dernières font à la religion catholique une guerre acharnée. Tout récemment encore, un de leurs pasteurs publiait contre la mission un libelle rempli des injures et des calomnies les plus grossières. i\aturellemenf , c'est à ces deux Eglises, à l'Eglise méthodiste surtout, que court l'immense majorité des noirs qui se disent chrétiens. Partout, on effet, où j'ai voyagé, mais surtout en Floride, aux Antilles anglaises et à Sierra-Leone, j'ai toujours vu le méthodisme être la religion favorite des noirs. A la Jamaïque, c'est un pasteur méthodiste, .1. Gordon ( que les Anglais ont, du reste, pendu haut et court), qui a, en grande partie, suscité la fameuse insurrection de 1865. La prédilection des noirs pour la religion méthodiste est, d'ailleurs, facile il comprendre : les méthodistes passent leur temps à chanter ou à prêcher ; tout le monde chante, et prêche qui veut. Or, pour les nègres, chanter ou plutôt hurler, prêcher ou plutôt crier, est le su- |)rême de la félicité. En outre, celte secte reçoit, d'Amérique surtout, beaucoup d'argent, tandis que la mission catholique est très-pauvre : elle est même obligée, pour subsister, de faire tous les ans appel il (juelques Ames généreuses. Heureusement ces appels sont toujours entendus, même jiar ties