‹ L'Afrique equatorialeChapitre 4 sur 42 · DE BORDEAUX A S I E R R A - LE 0\ E · texte numérisé non relu

DE BORDEAUX A S I E R R A - LE 0\ E

repas; nous arrangeâmes immédiatement auprès de cet arbre un petit affût d'où nous les mitraillâmes sans pitié; ils aimaient tant la figue qu'ils revenaient toujours, et souvent nous en tuions quinze ou seize dans la matinée. En revenant vers notre logis et notre déjeuner, il n'était pas rare pour nous de rencontrer quelques-uns de ces rolliers [rollus ahtjssiniciis) dont les ailes de deux bleus différents figurent également avec succès sur les chapeaux de nos élégantes : silencieusement perchés sur quelque branche morte, ils passaient des heures immobiles à la même place; en général, en nous glissant dans les champs de millet, nous arrivions à les surprendre au milieu de leurs méditations solitaires, et à les sacrifier aux passions de la mode. Qiielquefois aussi nous immolions, cette fois à un point de vue culinaire, un gentil petit mammifère, moitié écureuil, moitié rat, qu'on appelle le rat palmiste ' . Xous rentrions à dix heures au moment où le soleil du Sénégal darde ses rayons les plus ardents ; nous trouvions notre couvert mis, une table bien servie, des hôtes charmants, toujours gais, toujours prêts à aller au-devant de tous nos désirs ; après la sieste nous pouvions reprendre notre chasse ou faire une promenade à cheval, et le soir, tout en devisant de lanière patrie, nous préparions tranquillcnicnHes

' Sciiinis pnlmnrimi CGmcl.)

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pièces tuées par nous dans la journée. Cetto existence charmante a duré plusieurs semaines; je l'ai dit, c'est le meilleur temps de notre voyage ; mais rien n'est ennuyeux à raconter comme la vie de gens heureux ; de plus, nos chasses n'offriraient pas grand intérêt pour le lecteur. i\os plus heaux coups de fusil étaient quelque singe ou quelque francolin. Ce n'est pas que le grand gibier manque au Sénégal : c'est au contraire un des premiers pays de chasse du monde. On y trouve en grande abondance l'éléphant, le lion, la panthère, la hyène, le loup doré, l'antilope, etc. ; la rareté de l'eau permet même de faire à l'affût, auprès des mares ou sur les rives du fleuve dans lequel ces grands animaux viennent s'abrewver, des coups de fusil magnifiques; mais pour cela il faut s'avancer très-loin dans l'intérieur, ce qu'il n'entrait pas dans notre plan de faire au Sénégal. Le lecteur nous permettra donc de glisser sur les détails d'une existence très-uniforme, quoique fort agréable, et de les remplacer par une étude très-rapide et très-sommaire sur notre belle colonie du Sénégal, trop peu connue, et qui oCTre pourtant un brillant avenir.

Et d'cibord, un coup d'œil rétrospectif sur son histoire : le Sénégal est la plus ancienne colonie qu'ait possédée la France ; des navigateurs dieppois y établirent des roniptoirs en l 'MM. En 1()2G, il se créa une compagnie normande qui construisit le

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fort d'Arguin. En 1677, ces hardis aventuriers enlevèrent de force aux Hollandais l'île de Corée, Ruffisque, Porludal et Joal. Ces conquêtes furent confirméespar le traité de Ximôgue, et en 17fiO s'établit la Compagnie du Sénégal. De 1694 à 1724, l'un des gouverneurs, André Brue, trop peu connu en France, bien que sa vie y ait été récemment publiée, s'illustra par toute sorte d'exploits militaires et par une excellente administration. En 17.^8, les revers succèdent à la prospérité : les Anglais s'emparent de Corée et d'une partie du Sénégal, mais ils ne gardent pas longtemps cette conquête, qui leur est reprise en 1763. Le roi envoyait alors au Sénégal des gouverneurs appartenant généralement à la meilleure société. Parmi eux on cite le fameux chevalier de Houfflers, dont la correspondance, récemment publiée, a eu un si grand et si légitime succès; puis le duc de Lauzun. qui, en 17()9, surprend la nuit Saint-Louis, s'en empare et agrandit ensuite toutes nos possessions; mais, en 1800, les Anglais reprennent Corée ; la trop célèbre Mrduse portait à son liord les fonctionnaires et les troupes qui allaient reconquérir sur eux le Sénégal. En 181 4, le Sénégal nous fut définitivement rendu, et depuis ce moment nos possessions dans ce pays se sont sans cesse étendues. En 18'i8, nous avons ai)oli l'esclavage, de nom au moins, et supprimé les conseils colnuinux ; en ISfîO, soumis la biisse Caza-

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mance. Vers cette époque, MM. Vincent, Mage et Brazouëc accomplissaient dans l'intérieur leurs trc's-reniarquables explorations : il ne peut entrer clans un cadre aussi restreint d'énuniérer les expéditions innombrables que nous ont forcés de faire contre eux nos très-remuants voisins. Combien de souffrances et de privations , de dévouements obscurs, de brillants faits d'armes ont passé inaperçus sur cette terre si éloignée de la mère patrie ! Parmi ceux qui nous ont suscité sans relâche des ennemis et des guerres, il convient de citer le trop fameux Toucouleur, Oumar cl-Hadji, plus connu au Sénégal sous le nom d'Alagui. Revenu de son pèlerinage à la Mecque, jouissant de la réputation d'un grand prophète et d'un grand saint, il se fît passer pour le marabout qui devait délivrer la Sénégambie du joug des chrétiens. Faisant appel au mysticisme et au fanatisme musulman, recueillant les mécontents de tous pays, il excitait les autres aux armes et priait sur la montagne pendant que les guerriers se battaient; il échappa ainsi plusieurs fois à la captivité ou à la mort. Il s'est cependant lassé d'être sans cesse vaincu par les Français, a signé en 1800 un traité avec eux, et, remontant dans l'intérieur, est allé fonder dans le haut Sénégal un empire qu'il gouverne en maître absolu cl tyrannique '. Les par-

* Depuis, il a cic tué ù la bnlaillc d'Iluindnn Alliili.

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