‹ L'Afrique equatorialeChapitre 7 sur 42 · DE BORDEAUX A S I E R R A - LE 0 \ E · texte numérisé non relu

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diiit au bout de quatre mois, et l'on peut cultiver arachide sur arachide sans jamais épuiser le sol. Pour se faire une idée de l'immense importance qu'a prise ce produit, il suffit de savoir qu'en l'année 1863 l'exportation en montait à vinjjt millions de kilogr., et que, depuis cette époque, cette exportation va sans cesse en augmentant'. Seulement, il est vrai de dire que les négociants se plaignent : ils se sont fait une concurrence acharnée, ils ont voulu acheter à toute force, si bien qu'on est obligé aujourd'hui de payer aux indigènes des prix qui ne sont pas assez rémunérateurs pour notre commerce; mais on se rattrape sur la quantité.

Les fdsils, la poudre, les pièces de guinée, le tabac, le corail et la sangara ou eau-de-vie de traite, sont les principaux objets qui servent ;i acheter les arachides. Ce commerce ne fiit pas seulement la richesse matérielle du pays. En mettant les populations les plus lointaines et les plus farouches en contact constant avec les blancs ou avec les traitants noirs instruits et civilisés de Corée et de Saint- Louis, il adoucit les mœurs de ces sauvages, les habitue à nons et les rendra sans doute accessibles aux bienfaits de la civilisation. Déjà notre colonie a subi une heureuse transformation. Ainsi, au point de vue matériel, les ciiefs ont cessé d'exiger sur

' i'illc ;i (Ic'piissi; Ireiilc iiiillioiis de l.iloyralllincs iluns tes dernicrc!) aniircs.

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toul le cours du fleuve les Iribufs iniques qu'ils imposaient aux négociants, et surfout à leurs traitants. Au point de vue moral, constatons l'abolition presque complète de la polygamie à Saint-Louis et dans les environs. Autrefois les mariages dits « à la mode du pays i> , coutume essentiellement immorale, par laquelle les blancs épousaient les femmes indigènes, et surtout les Siniares, qui sont généralement riches, pour le temps de leur séjour au Sénégal seulement, étaient extrêmement fréquents, même parmi les fonctionnaires d'un rang élevé : ces unions, que la faiblesse des autorités avait en quelque sorte sanctionnées, ont disparu complètement, succombant à la fois devant les eflbrts du clergé et les prédications des marabouts. Les femmes sénégalaises sont bien loin d'avoir l'immoralité que nous aurons ensuite à constater chez les femmes de tous les autres peuples noirs de la côte d'Afrique; une fois mariées, elles sont remarquablement fidèles à leurs époux. Les jeunes indigènes de Saint-Louis, Dakar, Ruflisquc, etc., sont susceptibles de remplir très-iulolligcmmcnt des emplois soit dans le commerce, soit dans les bureaux du gouvernement local, qui prend parmi eux une grande partie de ses fonctionnaires. L'abolition de l'esclavage n'a pu empêcher le pays d'être divisé en deux classes bien distinctes : les hommes libres et les captifs; mais parmi ces derniers se

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Irouvcnt des lîls de cliefs et même de rois, bien supérieurs comme naissance à leurs maîtres. Il en résulte que les captifs ne sont ni méprisés ni durement traités. Au reste, ils jouissent d'un jirivilcge qu'ils n'ont dans aucun autre pays de l'Afrique. Le captif qui a à se plaindre gravement de son maître a le droit de le quitter et d'aller s'en choisir un autre. Pour cela, il va vers celui qui lui convient, lui mord le bout de l'oreille cl se déclare sa propriété. Dès lors il lui appartient. On comprend que, dans ces conditions, les esclaves bien traités par ceux qui les possèdent s'attachent à eux et forment en quelque sorte partie de leur famille.

Je sortirais du plan que je me suis tracé si je m'étendais davantage sur le Sénégal. Ce que j'ai dit suffira peut-être pour intéresser le lecteur à ce beau pays, faire naître en lui le désir de le mieus. connaître et lui donner une idée de l'avenir de cette colonie française dont si peu de monde semble s'occuper. Peut-être me reprocbera-t-on d'avoir vu les choses un peu en beau ; de ne pas parler, par exemple, de l'insalubrité du climat, et aussi de m'exagérer les qualités des noirs. En ce qui concerne le climat, il est certainement infiniment meilleur que celui de toute la cùle occidentale, depuis la Gambie jnsqu'an Congo exclusivement. La température est supportable, souvent même agréable [lendanl huit mois de l'année; il est vrai que |)cn-

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dant la mauvaise saison, la chaleur est extrême, mais en moyenne elle est encore bien moins élevée que celle qu'il fait en Syrie et sur la mer Rouge. Si l'épidémie passe quelquefois au Sénégal et y commet de tristes ravages, il ne règne pas constamment, comme sur les autres points de la côte, cette malaria qui non-seulement détruit la santé de l'homme, mais l'énervé, lui ôte son activité, ses facultés, et le rend incapable de tout travail suivi. Quant aux noirs sinégalais, je connais leurs défauts, mais j'ai été souvent séduit, je l'avoue, par leur intelligence et leur énergie. Braves, très-susceptibles d'attachement et même de dévouement', ils forment un contraste extraordinaire avec l'apathie, la lâcheté, l'abrutissement et l'ingratitude de toutes les tribus que je devais rencontrer dans notre voyage sous l'Equateur. Et puis, au Sénégal, on reçoit partout un accueil si franc, si vraiment hospitalier, qu'on ne peut s'en éloigner qu'à regret.

Aussi, lorsque le 16 novembre l'Archimèdc \c\a'\l l'ancre, nous emportant à son bord, c'est le cœur un peu gros que nous quittions ce pays pour nous diriger vers des régions inconnues dont on venait de nous faire les descriptions les plus sinistres ; car, au Sénégal, il n'y avait pas d'horreurs qu'on ne nous eût dites du Gabon, pas de malheurs qu'on ne nous

' M. l'uiiiirai L;iii;(l(' cilr des laptols ou noirs sénégalais à nolro scriice des traits de ilci iiiu'nuMil \ raiiliciit Ium'oiiiiios.

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eût prédits pour notre expédition. L'Archimède est un petit aviso de l'Etat, orné de quatre petits canons; il fait le service de nos possessions sur la côte, et en ce moment était chargé d'aller ravitailler quelques postes français, spécialement celui de Benty, à l'entrée de la rivière Mellacorée, en destination duquel nous étions embarqués. L'Archimède avait alors pour commandant un excellent officier, le lieutenant de vaisseau Robert, adoré de tous ses hommes. Son second était une ancienne connaissance à moi,' Al. Daniel, alors encore enseigne. Ces messieurs nous traitèrent si bien, tant d'entrain régnait à bord et le temps passait si vite, que quand quatre jours après nous vîmes les palétuviers qui forment l'entrée de la Mellacorée, nous ne pouvions nous croire arrivés. La Mellacorée est à environ soixante-dix milles au nord de Sierra-Leone. C'est une grande et belle rivière, qui reçoit en outre les produits des rivières Faricareah, Mourebaia, Sangarcka, qui communiquent avec elle par différentes criques, u Les habitants ap|)artiennent généralement « aux Sousou et aux Tinianis. Des rivalités de race, « des prétentions ;i la domination exclusive de ce « riche et fertile territoire y avaient amené un ré- « ginic de terreur dont le meurtre de plusieurs « chefs a été la conséquence; aussi, à la suite de ces « guerres intestines, les naturels se sont donnés à la « France, qui y chargeait annuellement une cen-

« taine de bâtiments d'aracliide et d'huile de «palme, d (Amiral de Langle , Croisières à la côte d'Afrique publiées dans le Tour du monde.) Nous avons établi, presque à l'emljouchure de la Mellacorée, près d'un grand village appelé Benty, un poste qui ne diffère guère de ceux que nous avons àSeydioux, à Boquet, etc. Il consiste en une grande tour blanche, assez semlilable à un vaste pigeonnier, dans laquelle ont été crénelées une quantité de meurtrières. Cette tour est bâtie sur une plate-forme, devant laquelle s'étalent majestueusement deux canons, la terreur des nègres. Elle n'a été faite, du reste, que pour l'éventualité d'un siège : à quelques pas de là, une grande maison de bois, assez confortable, abrite M. Seignac, le commandant du poste, et sa jeune femme. Benty est confié, comme deux ou trois autres postes du Sénégal, à un civil , mais jamais officier n'a fait plus militairement les choses et mieux. Il commande lui-même toutes les manœuvres de ses tirailleurs sénégalais, et fait énergiquement respecter le drapeau français. Chaque fois qu'une goélette ou (out autre petit bâtiment passe devant notre établissement sans exécuter les jirescriplions d'usage, un coup de canon chargé à poudre rappelle les délinquants à l'observation des règlements et une embarcation va immédiatement leur demander trois francs, prix d'un coup de canon à poudre. Pendant

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la guerre franco-prussienne, le bruit de nos humiliations avait pénétré jusque dans ces pays éloignés, et les étrangers se montraient assez insolents vis-àvis de nous. M. Seignac avait remarqué entre autres une goi'lelte anglaise qui ne se donnait jamais la peine de hisser son pavillon en passant devant Benty ; il l'avertit d'un premier coup de canon charge à pondre, puis d'un second : pas de pavillon. Il On n'insultera pas ainsi la France ! » s'écria le commandant furieux, et une minute après un boulet passait en sifflant à travers les cordages.

Trois pavillons anglais se déployèrent avec la rapidité de l'éclair. jAI. Seignac vint lui-même à bord. « Mais que voulez-vous donc de nous? » crièrent à la fois le patron et l'équipage terrifiés. (; Deux choses, répondit-il tranquillement. La première, c'est que vous hissiez votre pavillon en passant devant un fort sur lequel flotte le drapeau français. Ceci est déjà fait. La seconde, c'est que vous me remettiez six francs pour deux coups de canon à jjondre et six pour un coup do canon avec boulet. Ceci reste à faire, n Les douze francs furent immédiatement payés. Un mois après, l'escadre anglaise arrivait à Benty pour demander réparation de l'insulte faite à des concitoyens; mais quand une enquête consciencieuse eut été exécutée, le Commodore, qui était un galant homme, se contenta do serrer la main à W. de Seignac, cl lui dit (|ue tout

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s'était passé en règle, Oa ne saurait croire combien cet incident a frappé les noirs et augmenté chez eux le respect du nom français. M. et madame Seignac nous ont reçus avec joie. C'est qu'ils étaient restés cinq ou six mois sans communication avec le monde civilisé, et depuis cinq ans qu'ils occupent ce poste, il en est toujours ainsi ; vers la fin de décembre, l'Archimède ou un autre petit bateau de guerre arrive, apportant le courrier, la paye des hommes et des provisions; il passe deux ou trois jours à Benty, puis repart pour ne revenir qu'au milieu de mai, et pendant tout ce temps-là il faut vivre sans jamais voir d'autres visages que ceux des vingt-six Sénégalais qui forment la garnison ou des nègres qui habitent les bords marécageux de la rivière. Mais le jeune ménage combat gaiement les difficultés d'une pareille vie, cultive des fleurs rares, élève une jolie basse-cour, fait des collections de toute sorte, s'occupe de peinture, de musique; le temps passe vite, et l'on oublie ainsi l'isolement et l'exil. Le poste est toujours tenu avec une propreté et une recherche exquises; il est vrai de dire que le roi du pays envoie deux fois par semaine toutes ses femmes faire un balayage et un lavage général dans la maison. L'Archimède est reparti trois jours a|>rès son arrivée; pour nous, nous avons passé lniit jours dans rexrellcnte famille Scignac. Les occasions jiour Sierra -Leone étaient beaucoup moins iré-

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