DE TRIPOLI AU GOLFE DE GUINÉE
Le but du voyage de M. Buon&Dti, dont nous avons dit deux mots seulement (p. 145), était de pénétrer dans Timmense région encore inconnue, qui s'étend entre le Bénoué et rOgÔoué. Au lieu de partir du golfe de Guinée, comme Flegel, qui se propose le même but, il se rendit, au printemps de 1881, avec M. van Flint, médecin et naturaliste américain, comme compagnon de voyage, un interprète et une caravane, de Tripoli au lac Tchad, par le Fezzan et les oasis de Yat, Iggheba, Kaouar et Bilma, c^est-à-dire par la route des explorateurs allemands Barth, Vogel,Rohl& etNachtigal.
Retenu un certain temps à Kouka par une guerre de frontière entre les tribus méridionales du Bornou et celles du nord de rAdamaoua,il fit des excursionssur le lac Tchad et dans les nombreuses tlesqui le peuplent, pour y chasser l'éléphant et Thippopotame et y faire provision d'ivoire. La paix ne venant pas, il profita d'un moment où les hostilités semblaient se ralentir,pour se rapprocher delà frontière deTAdamaouaparDikoa et Doloo, avec une escorte de 50 hommes choisis parmi les meilleurs soldats du Bornou, et une caravane de 150 porteurs, 30 chameaux et leurs chameliers, 4 chevaux, etc. Arrivé à Mahuri (Mahudi?) il se vit refuser le passage par les habitants qui, armés de lances et de haches, avec des boucliers en cuir d'éléphant, lui ei^joignirent de quitter leur territoire par la route la plus courte, celle du mont Mendif.
Découverte parle voyageur Denham en 1822, et entrevue de loin par Barth en 1857, cette montagne a été dès lors l'objet de beaucoup de conjectures. D'après les détails qu'a donnés M. Buonfanti, dans une conférence à la Société royale belge de géographie, et que nous extrayons du dernier numéro du Bulletin de cette Société, elle se présente de loin comme un immense pain de sucre isolé, suivi, dans la direction du Nord, d'autres pics également isolés, mais moins considérables. Sa hauteur au-dessus de la plaine est de 1100", et au-dessus de la mer, de 1700" ; sa circonférence à la base est de 20 kûomètres environ. Son sommet blanc se détache splendide et gigantesque sur le fond bleu du ciel. En s'en approchant on découvre que, quoique détaché, il appartieut à la chaîne des monts de Wardala. Comme Barth le supposait, c'est un volcan éteint. Buonfanti en fit l'ascension ; le cratère est comblé par la fiente de grands oiseaux qui y demeurent ; cette fiente donne à ce sommet la couleur blanche qui le fait paraître à distance éclatant comme
ouvert de neige. Sur la peote ocddeotale de la montagne se rillage de Hendif, dont les habitante ne se montrèrent pas plus que ceux de Mahuri. Force fiit k l'explorateur de reprendre le I Bornou,par Moura et Moubi, & travers un pays varié et rsvisélépbaots et les girafes y abondent; les arbres fniitiers
tcriptions de Barth des peuples pasteurs du N.-O. de TÂdaayant présentés comme pacifiques et hospitaliers, Buonfanti ht i tentatives de passage à Ouba, à Ounibié, h Garputa, sur tous : de la frontière jusqu'au confluent du Gongola et du Bénoué, ut en vain, il dut rentrer h Kouka par les territoires de Mar- Dudiié, qui forment la plus belle partie du Bornou. Obligé de lia route duSud, l'explorateur résolut de tourner ses pas vers ir Eano et le royaume de Sokoto, dont le souverain chercha & par toutes sortes de faveurs. Guéri d'une grave indigestion par
qui accompagnait Buonfanti, le sultan de Jakoba, ville.de plus ) habitants, ne voulait absolument plus consentir au départ des
Agé déjà, et aimant la bonne chère, « il voulait, » dit Buonu* la présence du docteur et de son sel anglais, s'assurer I de toutes les indigestions qu'il comptait se donner dans Quant à moi, mes talents étaient, à son point de vue, d'un ore plus élevé. Je lui avais fait cadeau d'une boite à Pendant trois jours, blotti sur sou tapis, il ne fit que l'emonter reuse botte; enfin il l'avait dérangée. Je fus mandé à la hâte au li-el-Kanem était au désespoir. Je réussis à réparer ta boite ; a lui remis en bon état, je crus qu'il allait m'embrasser. Depuis L considération pour moi ne connut plus de bornes, et souvent, voir longtemps regardé comme en extase, il exclamait en sou- Tiaffatofinga^mintofenga. « Ah! moi je nesuisrien et toi tu
Un jour, rais à bout de patience par ses refus, j'insistai pour la raison. < £t ma botte à musique ? me dit-il, qui l'arrangera si
Ce ne fut qu'en lui faisant croire que la botte ne pouvait plus ïarce que cette fois le ressort était en kamata (en fer), que je lui arracher son consentement k notre départ, n orateurs se dirigèrent alors vers le Niger moyeu par Sokoto, et ilière région du Gouandou, oii les Mahuri, les Gaberaona, les i et les Touaregs de Saberma les tourmentèrent par des vexa- 3Ute espèce. Enfin, le 22 juin de l'année dernière, dea hauteurs , ils ^ler^urent le grand fleuve que Mungo-Park avait descendu
quatré-Tingts ans environ auparavant, et que Bàrth avait côtoyé cinquante ans plus tard, mais qu'aucun Européen n'avait encore remonté dans cette partie de son cours.
Jusqu'ici U paraissait impossible d'en remonter le cours moyen, surtout pendant la saison sèche. Buon&nti se proposa de résoudre le problème, et il y a réussi, ce qui, indépendamment des renseignements recueillis dans son voyage jusqu'au Niger, donne à son exploration, et à la carte du Niger moyen, dressée par lui et publiée par le Btilletin de la Société belge de géographie, une grande importance pour la science.
Au moyen de quelques cadeaux il acquit du Boi des eaux, c'est-à-dire du chef du port de Say, l'appui dont il avait besoin pour obtenir gens et bateaux en vue de remonter le fleuve aussi haut que possible. Les renseignements qu'il reçut à Say sur la navigabilité du fleuve se bornèrent à ceci, c'est que le Niger est de facile navigation jusqu'à Garou, à 220 kilomètres à peu près en amont, a Allons jusqu'à Garou, » se dit-il, et le 25 juin, ceux de ses gens qui devaient le suivre jusqu'à Timbouctou, traversaient le fleuve sur cinq bateaux, de 12" de long sur 2" environ de large, avec un tirant d'eau d'un peu plus d'un mètre.
De Say à Garou, le Niger présente une largeur moyenne de 1700" à 2100 "'. Une vallée marécageuse l'environne à Say, mais bientôt le pays change et devient magnifique : ce sont des montagnes très larges à la base, et aux sommets aigus ; des éminences abruptes et blanches de quartz et de gneiss s'avançant jusqu'au fleuve; des fermes, des habitations en nattes de palmier ou en argile pétrie; des blocs de rochers garnis d'arbres majestueux; des monticules sablonneux entrecoupés de beaux coui^ d'eau; des plantations de coton. Puis viennent des collines verdoyantes et des prairies couvertes de chevaux, de bœufe, de moutons et de chèvres; après cela, des tles, de vrais archipels d'tles assez grandes, bien cultivées, parsemées de villages et de fermes, entourées de jardins et de bois remplis de singes et d'oiseaux. Plus loin, le pays plat recommence ; la vallée s'élargit à perte de vue, et le fleuve coupé en plusieurs canaux acquiert une largeur de 7 à 8 kilom. On se croirait sur l'Amazone. Le pilote choisissait presque toujours les canaux les plus rapprochés de la rive orientale, et Buonfanti conseille aux voyageurs qui le suivront, de faire de même.
Garou et Sinder sont deux petites villes charmantes, bâties en face TuAede l'autre, sur deux îles très rapprochées. On y fait un grand commerce de céréales. Pour 50 mètres de calicot, Buonfanti reçut 2000 kilog. de blé; pour un demi-kilog. de grosses perles en verre, 200 pigeons ; les
212moutone oe lui revenaîent pas k un franc la pièce. A Garou il a^rit que le fleuve était navigable jusqu'à Em-N-Aschid, ou cap des Anee. En amont de Garou sa largeur est de 2 kilom. environ, et sa profondeur moyenne de 2" & 2*'50. Les ttes du fleuve forment un réseau de canaux encombrés de rochers, et les rapides en rendent parfois la navigation très difficile. En d'autres endroits, les hippopotames et lee crocodiles sont presque innombrables et ajoutent aux dangers que courent les embarcations.
Le cap Em-N-Aschid rétrécit le fleuve qui, en cet endroit, n'a plus que 600" de large. Quoique Buonfanti eût pris à sou service le meilleur pilote de l'Ile Fetchili, célèbre pour ses bateaux, aea bateliers et ses pêcheurs, l'expédition eut beaucoup de peine h remonter plus haut. D'abord elle eut k lutter contre un courant d'eau d'une dizaine de kilomètres & l'heure; puis le Niger se remplit d'tles se rapprochant beaucoup plus de la rive orientale que de l'occidentale ; elle n'avançait qu'au travers de rapide et de récifs, du milieu desquels elle ne sortît que grftce à la dextérité et au sang-froid du pilote. Au delà d'Ayola, le fleuve reprend un cours paisible et majestueux entre deux rives couvertes de baobabs, de tamariniers et de palmiers. A Bourré il se rétrécit jusqu'à 700"; non loin de là on rencontre la pointe méridionale de l'Ile Ansongo, qui n'a pas moins de 25 kilomètres de loi^;ueur. C'est le point le plus scabreux à remonter. Le fleuve se fraie d'abord un passage à travers des masses de rochers granitiques de 7 à 10" de hauteur, bouillonnant, et tourbillonnant, puis un récif se présente qui paraît le couper dans toute sa largeur ; le canal est extrêmement étroit, et il faut souvent haler les bateaux, après les avoir allégés en en débarquant sur l'Ile presque toute la cargaison, pour U transporter par terre jusqu'à son extrémité septentrionale. Il est vrai que le Niger était à cette époque extrêmement bas, et qu'en temps ordinure les difficultés doivent être moins sérieuses.
£n amont de l'Ile Ansongo, le Niger reprend un cours plus régulier et une largeur assez considérable ; toutefois les dangers ne cessent pas, vu les nombreux bancs de sable, la quantité d'hippopotames et de crocodiles, et l'hostilité des tribus des Touaregs Rouma, des Sourhal et des Gaberos qui habitent les rives du fleuve, et plus encore à cause des araignées et des serpents qui y pullulent et dont plusieurs espèces sont
Au delàde Fagona, la vallée du Niger n'est plus qu'un marécage dont les bords n'ont que i'borizoa pour limites, et dont les miasmes sont pernicieux. Puis il redevient encore une fois un vrai labyrinthe d'em-
branchements et d'tles grandes et plates, et n'est navigable que du côté derArribinda, c'est-à-dire le long de la rive occidentale. Plus haut, à Bourroum, où il décrit une courbe d'environ 30 kilomètres, les Ûes deviennent encore plus nombreuses. Son lit acquiert une largeur étonnante, et il perd tellement en profondeur qu'en plusieurs endroits il devient guéable. L'expédition dut attendre la crue des eaux, en août, pour pouvoir continuer sa marche.
Après avoir tourné l'arc de Bourroum, la direction est à l'ouest; c'est à Tossaye que la largeur du fleuve atteint son minimum; les rives escarpées le resserrent tellement qu'il n'a plus que 150",et que se^ eaux couraient, le 7 août, avec une rapidité de 10 kilomètres à l'heure. De plus en plus sinueux, il est dominé au nord par le plateau du désert qui n'a pas moins de 100" à 150" de hauteur, et pendant quelques kilomètres se revêt d'une beauté sauvage surprenante. A une île ornée de groupes de palmiers séculaires et remplie de beaux chevaux et de gros bétail, succède \m îlot de quartz blanc, dont les reflets donnent aux objets d'alentour les vraies couleurs de l'iris. Un peu plus loin, deux rocs gigantesques se dressent au milieu du fleuve comme deux piliers ; ce sont les rocs que les tribus avoisinantes appellent Scabor-man-Barror, ou Porte de Fer. Entre la rive méridionale et l'un de ces rocs, Barror, un récif formant une espèce de cascade barre le chemin pendant la sécheresse ; et, entre les deux piliers, les eaux du Niger se précipitent avec une rapidité de 13 kilomètres à l'heure. Le canal de passage est entre Scabor et la rive septentrionale ; encore est-il nécessaire d'avoir pour le franchir un pilote bien famiUer avec la localité. Jusqu'à Tewilaten on chemine au milieu d'îlots et de rochers de granit, d'îles verdoyantes et de pauvres villages qui rappellent les habitations lacustres des temps préhistoriques, au milieu de bas-fonds et de marais, de bancs de sable et de réci&, de collines richement boisées et de taches de sable avant-coureurs du désert.
Ici, le Niger court de l'ouest à l'est; ses bords reçoivent souvent la visite des lions, et pendant la nuit ses rives retentissent de leurs terribles rugissements. Le point le plus septentrional du fleuve est à l'anse de Terrarat, entre Temlaten et Bamba, par 17° 49' 32" lat. nord. Au delà de Bamba, jusqu'à Kabra, station fluviale de Timbouctou, il serait presque impossible d'en ^déterminer la largeur qui change avec les saisons. Son lit n'est pas nettement défini. Les embranchements latéraux en sont presque innombrables pendant la crue, et des deux côtés le pays est si bas et si plat, que souvent tout est submergé, et que le Niger se montre comme un Is^c qui ne finit qu'à l'hoiîzon.
De Kabra, Buonfanti se rendit à Timbouctou, où le cheik Ab-el-Omer mit une de ses maisons à la disposition de l'expédition , et oti celle-ci retrouva quelques-uns des avantages de la vie civilisée pour se restaurer: du pain, dentelle n'avait pas goûté depuis 17 mois, du lait, du riz, delà viande excellente, à bon marché, des pigeons à deux centimes la pièce, de belles oies à trois sous, des citrons, du sucre, du thé, du café^ etc.
Au sud de Timbouctou, et au centre du grand arc décrit parle Niger» se trouvent les trois royaumes de Tombe, Mossi et Gourma, encore presque inconnus. Buonfanti résolut de regagner le golfe de Guinée ea les traversant pour les faire mieux connaître.
Laissant à Timbouctou, le La Mecque des Soudaniens de TOuest, les gens qu'il avait engagés pour le voyage sur le Niger , et ceux qui l'avaient suivi du Bornou et de Sokoto, Buonfanti recruta une nouvelle caravane de 250 hommes, y compris une cinquantaine de Mossi^ avec des ânes excellents, qui avaient apporté à Timbouctou une cargaison de noix de kola. Les Mossi sont les grands trafiquants de cette denrée. « Cette caravane ressemblait, » dit l'explorateur, « à une vraie mascarade : de& Arabes à cheval, deux sur une monture: des Touaregs Rouma, la figure couverte de châles de toutes les nuances entre le blanc et le rouge ; des^ hommes portant des chemises bleues ou blanches, ou des tuniques formées de bandelettes de calicot blanches et noires cousues ensemble, ou de petits tabliers en cuir, en cotonnade, en plumes d'autruche ou en fibres de palmier tissées, et armés de vieux fusils ou d'épieux ; des nègres à la figure couverte d'incisions profondes ou tatoués dans tous les sen» de toutes sortes de dessins ; d'autres à la tête rasée, ou bien portant des chevelures énormes, toufiues, semblables à de gros melons en laine noire ou pétris avec de la couleur rouge. Ajoutez à cela les ânes, des chameaux, la provision de défenses d'éléphants portées suspendues à de longues barres de bois placées sur les épaules des nègres marchant l'un devant l'autre, les colis, enfin les explorateurs, Buonfanti et le docteur Van Flint montés sur des ftnes,et le parasol à la main.»
Côtoyant un embranchement du fleuve, au milieu de sables et de terrains marécageux, l'expédition atteignit Bambarale 19 septembre, et établit son camp à 5(X)"au sud de la ville. La bienvenue lui fut souhaitée à la mode du pays. A minuit, une troupe d'hommes, précédés par une foule de femmes jeunes et dansant de la manière la plus drôle en s'accompagnant d'un chant monotone, s'avança, divisée en groupes de six, portant des plats de trois mètres de circonférence surchargés de riz, de
viande^ et de kouskousso^ Les populations du Torabo, dans lequel entrèrent bientôt les voyageurs, se montrèrent peu hospitalières, et les poursuivirent de vexations et d'extorsions sans cesse renouvelées. A Karti, le gouverneur du Kimbori leur rendit visite en grand équipage militaire, et leur fit comprendre que, comme ils étaient sur son territoire, tout ce qu'ils avaient lui appartenait. 11 voulut examiner leurs bagages et s'approprier tout ce qu'il voyait, surtout les boussoles pour aller piller, dans les nuits sombres, les Earimi ses voisins, Buonfanti lui ayant dit que cet instrument était le guide le plus sûr pour reconnaître son chemin, même dans l'obscurité. A Touriba,le chef des Marimi, soupçonnant chez les voyageurs des motUs cachés qui compromettaient la liberté de son pays, les menaça de les faire pendre par les pieds au palmier le plus élevé dulieu, pour peuqu'ilseussentlamoindreidéed'hostilité envers lui et ses sujets. Ce supplice est souvent infligé au Tombe. On choisit un des plus hauts palmiers, et petit à petit on le courbe jusqu'à terre, puis on le fixe dans cette position au moyen d'une corde liée au pied d'un arbre voisin. On en coupe les branches à la hauteur de 75 centimètres environ, et l'on on en fait une espèce de cage où l'on enferme solidement ou la tête ou les pieds de la victime, après quoi on lâche la corde, et l'arbre reprend sa station droite entraînant avec lui le supplicié, dont les oiseaux carnassiers font leur pâture, ne laissant bientôt plus qu'un squelette desséché par le soleil.
L'hostilité des gens du Tombe devenant de jour en jour plus prononcée, les voyageurs n'avançaient qu'avec la plus grande peine. Ils purent cependant envoyer un messager au roi, à Arre, la capitale, avec de riches cadeaux pour obtenir sa protection. Le roi leur fit dire qu'ils étaient ses hôtes et qu'ils n'avaient rien à craindre. Les Mossi qui faisaient partie de la caravane leur conseillaient de ne pas se fier à ces promesses, mais Buonfanti et Yan Flint ne les écoutèrent pas. Ils traversèrent avec un peu plus de facilité le Ghetto et le Sanghi, mais, le 23 décembre, à quelques kilomètres de Maritou, ils fiirent tout à coup enveloppés par un millier de gens de cette localité qui brandissaient leurs lances avec fureur et poussaient des cris formidables. Buonfanti fit arrêter la caravane, s'avança vers le chef de la tribu qui lui barrait le passage, et voulut se prévaloir de la protection du roi ; ses gens prirent la fuite, et les Maritous s'emparèrent des bagages de la caravane.
^ Boulettes de froment broyé et mélangé avec da lait caillé ou du beurre végétal et cuites au bain-marie.
Ea vain l'explorateur se readït-U à Arre, pour rappeler au roi sa promesse; au lieu de lui faire rendre justice, celui-d fit saisir trois colis qui lui restaient encore, en sorte que Buonfaoti et son compagnon durent achever leur voy^e eaas provisions aucune, avec une boussole, quelques litres de cognac et une couverture de laine, se nourrissant de hyrgou (miel végétal), du jus que renfermeut les fruits du baobab et de quelque oiseau ou siuge tué par eux et r6ti sans sel.
Pendant quarante jours ils errèrent presque au hasard dans le Mossi, se dir^eant vers l'est pour tâcher d'arriver à une station de missionnaires romains qu'on leur avait dit être daus le Bousanga. Le 2 février ils atteignirent Kiranoro, l'endroit oii se trouvait la station, dont les missionnaires les restaurèrent et les mirent à même de contiauer leur voyageverslacâte, avec un guide et quelques hommes de la mission. Traversant le Dagomba et leDahomey.ils arrivèrent le 5 mars en vue de Lagoa, après vingt-deux mois de fatigues et de dangers. Les vicissitudes de ce voyagen'avaient pas découragé BuonCauti. Eaeftet, comme nos lecteurs le savent, à peine avait-il revu la terre d'Europe, que S. M. le roi des Belges l'engageait à faire une nouvelle exploration daus la région dn Congo. Nous avons déj& annoncé son départ pour Rudol&tadt, station <lu Comité d'études du Congo à l'embouchure du Quillou.
BIBLIOGRAPHIE'
Là. UERNiÊKK Égitpte, texts et dessins par Ludovic Lepic. Paris (S. Charpentier et C*), 1884, grand in-8', 315 pages, fr. 10. — Pourquoi ce titre, demandera-t-on ? L'auteur nous l'explique dans les quelques lignes de sa préface. La dernière Egypte, c'est la description du pays tel qu'il était avant le bombardement d'Alexandrie, car, depuis ce moment, le gouvernement quasi-indépeudant, fondé par Méhémet-Ali et ses fils, a cessé d'exister. L'Ëgypté n'est plus aux Égyptiens.
Ce récit d'un voyage d'Alexandrie à Assouan, limite de l'Egypte proprement dite, est d'une lecture facile et même attachante; ce sont de simples notes prises en chemin de fer, en dahabieh, ou en errant au milieu des ruines ; mus ce style coupé, ces phrases courtes, qui souvent ne rendent pas toute la pensée de l'auteur et que le lecteur achève
\ On peut se procurer à la librairie H. Geoi%, à OenëTe et à Bàle, tom lea «uvrageB dont il est rendu compte dam VAfriqM exghrie et ekHisée.
sans peine, sont précisément ce qui convient le mieux & ces narrations.
Cette œuvre est, avant tout, celle d'un artiste. La description des monuments antiques, des riches et nombreuses trouvailles faites depuis la fondation de Tlnstitut égyptien, le seul résultat de Texpédition de Bonaparte, occupe des chapitres entiers. Il est certainement intéressant de faire, avec M. Lepic, cette revue de l'art égyptien, car il la conduit avec l'expérience d'un critique de premier ordre, et sait l'émailler de traits d'esprit, d'anecdotes charmantes sur les querelles entre les chercheurs d'antiquités, et sur l'histoire de certaines découvertes archéologiques. Cette étude savante des travaux de Mariette et de Maspero, du musée de Boulaq, de la plaine des Pyramides, des ruines de Thèbes et de tous les débris d'une civilisation vieille de plusieurs milliers d'années, est accompagnée de nombreuses gravures explicatives. On nous permettra de trouver quelques-unes d'entre elles trop noires et pas assez soignées. Ce sont probablement des réductions d'aquarelles, de croquis faits à grands traits et sans aucun souci du fini dans le dessin, de rectitude dans les lignes et les contours ; d'ub grand effet, peut-être, s'ils sont vus à une certaine distance, ces dessins ne disent rien à l'œU lorsqu'ils sont reproduits par la gravure, et ne donnent aucune idée des objets que l'artiste a voulu représenter.
A côté de cette revue des monuments de l'Egypte antique, l'auteur donne, chemin faisant, une description du sol, du grand fleuve, des habitants et de leur vie. Là aussi se retrouvent la verve et l'humour charmants qui le caractérisent; nous ne pouvons cependant nous empêcher de remarquer que certaines peintures de mœurs sont trop réalistes. L'ouvrage aurait gagné à ce qu'elles fussent passées sous silence.
Egypt and THE EGYPTiAN QUESTION, by D. MocJcemie-Walluce. London (Macmillan and C**), 1883, in-8, 521 pages, 18 fr. — La question égyptienne n'est qu'une partie de la grande question d'Orient, mais aujourd'hui elle fait oublier la péninsule hellénique et ses petites nations remuantes. L'avenir de l'Egypte préoccupe le monde politique, en Angleterre surtout, car cette puissance est directement intéressée à maintenir son influence sur toute l'étendue de la route des Indes, dont rÉgypte tient la clef.
M. Mackenzie-Wallace a voulu fournir à ses lecteurs la possibilité de se retrouver dans ce labyrinthe, et pour cela il a examiné le sujet sous toutes ses face^. C'est donc un livre de géographie économique et politi-
que qu'il a écrit; cepeadant comme il faut, pour comprendre la situation matérielle d'un pays, se faire une idée exacte de sa configuratiou et de ses conditions physiques, le premier chapitre est consacré è. une description rapide, à vol d'oiseau, pour ainsi dire.du Delta et de la vallée du Nil. L'auteur aborde ensuite son sujet et le traite avec une hauteur de vues, une sagacité de jugement remarquable, ne se contentant pas d'exposer les opinions reçues, mais les examinant et les sondant jusqu'à ce qu'il découvre ce qu'il croit être la vérité. L'œuvre des Ishédives qui ont occupé le trône d'Egypte depuis Méhémet-Ali, l'administration égyptienne et ses abus criants, la récente insurrection et ses causes, la vie et le travail du fellah, l'organisation de la commune égyptienne, tous cee stijeta sont traités avec compétence, quoique au point de vue anglais.
M. Wallace n'a pas de peine à prouver que la mauvaise situation de rÉgypte provient d'une foule de causes, au nombre desquelles il faut citer le déplorable régime administratif et le mauvais système de culture. Tous les mudirs, les beys, les pachas et les nombreux employés k petits traitements obèrent le budget, oppriment et pressurent le paysan. D'autre part la commune égyptienne est mal organisée, et la méthode employée en agriculture, aurait dû être modifiée depuis longtemps. Dans la haute Egypte, on utilise encore, ùnsi qu'au temps des Pharaons, comme moyen unique d'irrigation, l'inondation naturelle, et dans la moyenne et la basse Egypte, ce système devrait être amélioré en tenant compte de l'exhaussement du pays, par suite des alluvions du fleuve. Le sol s'épuise et n'a plus sa fertilité proverbiale ; aussi, après des années d'une prospérité inouïe, dues à des circonstances spéciales, telles que la guerre de Grimée, la guerre de sécession aux l'^tats-Unis et le percement du canal de Suez, passe-t-on maintenant par une période de malaise. Que faut-il faire pour remédier à cette situation ? M. Wallace ne donne pas un plan complet de réorganisation de l'Egypte, mais pour lui, Anglais, il faut, avant tout, que le gouvernement britannique prolonge la durée de l'occupation armée, pour pouvoir conserver une infiuence prépondérante sur le canal de Suez.
D'K.-A.ZiTTKL. Die Sahara. Ihre physischeund geologiscfae Beschaffenheit. Cassel iTheodor Fischer), 1883, in-4°, 42 pages, 16 fr. — L'immensité du Sahara, ses rapports avec les autres parties de cedemi-cerole de déserts qui s'étend de l'Océan Atlantique jusqu'en Mandchourie, donnent k cette région de l'Afrique une importance m^eure. Maisila'y rattache des questions scientifiques de premier ordre, que M. Zittel a toutes
passée» eu revue dans cette savante monographie. S ^aidant des recherches d'autres voyageurs pour les parties qu'il n'a pas explorées lui-même, il décrit Taspect et la structure géologique des différentes parties du désert : le plateau de la Hamada, les montagnes, le désert d'érosion, les oasis, le désert de sable et les dunes.
Une fois Tétude de Tétat actuel du Sahara terminée, l'auteur a voulu conclure en donnant son avis sur une question controversée, celle de la mer saharienne. C'est là surtout que sa méthode scientifique rigoureuse lui est nécessaire, pour lui permettre de se retrouver au milieu des opinions diverses émises par les savants et les voyageurs qui ont traité ce sujet avec le plus d'autorité, tels que Desor, Escher de la Linth, Mares, Koudaire, Bourguignat, Pomel, etc. Les 17 thèses par lesquelles il termine cet examen comparatif tendent à faire écarter l'idée d'un ancien océan saharien. Cette hypothèse ne se vérifie, en effet, ni par la structure géologique du sol, ni par la nature de la surface du désert. Tout au plus peut-on admettre que la région des chotts a été en communication avec la mer Méditerranée, et la petite dépression entre Alexandrie et l'oasis d'Ammon, avec la mer Rouge. Mais l'aspect de la région saharienne, la formation de nombreuses vallées aujourd'hui desséchées, de falaises,^ de monts isolés, doivent être attribués à l'action érosive des eaux douces. De plus le sable qui recouvre le désert ne provient, d'après l'analyse, que de la décomposition des roches de grès qui dominent partout dans le Sahara moyen et méridional ; sa distribution et son accumulation sont simplement l'œuvre du vent et non celle des flots de la mer.
A TRAVERS LE Zanguebar, par le B. P. Le Roy. Lyon (Bureau des missions catholiques, 6, rue d'Auvergne), 1884, in-8, 202 p. avec gravures. —Récit d'une excursion accomplie par deux missionnaires catholiques à la recherche d'un emplacement propre à la fondation d'un village chrétien, comme ils ont coutume d'en état)lir dans l'Afrique orientale. Ces villages sont habités par de jeunes noirs convertis, que les pères ont recueillis sur la côte et auxquels ils ont appris à lire, à écrire et à travailler ; ils construisent eux-mêmes leurs cases, défrichent la forêt, la jungle, et parviennent à tirer parti d'une région délaissée. Certes, ce n'est pas l'œuvre d'un jour, mais une entreprise longue et difficile, exigeant en particulier de b'équentes expéditions qui, pour, être courtes, n'en présentent pas moins certains dangers. Celle dont il s'agit conduisit les deux missionnaires, de Bagamoyo, ce hameau jadis si misérable, devenu une ville de 10,000 âmes, à Mwényé-Sagara, localité voisine de la station
française de Eondoa. La narration, pleine d'entrain et de bonne humeur, riche en détails instructife concernant la flore, la faune, les mœurs des habitants sera lue, surtout par les jeunes gens, avec un vif intérêt.
Trois ans dans l'Afrique australe. Débuts de la mission au Zambèze. Lettres des P. Depekhin et Oroonenberghs.
a) Le pays des Ma-Tébélé.
b) Au pays d'Umzila. Chez les Ba-Tonga. La vallée des Ba-Rotsé. — Bruxelles (PoUeunis, Ceuterick et Lefébure), 1882-83, in-8% 2 vol., avec carte, fr. 10. — Ces lettres, qui ont déjà été publiées pour la plupart dans la revue belge, les Précis historiques^ racontent l'histoire de la mission romaine au Zambèze, depuis ses débuts, en 1879, jusqu'en 1882. Organisée par son supérieur, le P. Depelchin, missionnaire belge, qui avait passé 18 ans dans les stations de l'Inde anglaise, elle quitta l'Europe le 3 janvier 1879 pour le Pays du Cap. Le premier volume donne le récit de l'organisation de la caravane, du voyage de ÎPort-Élisabeth, par Grahamstown,Kimberley,Schoshong etTati à Gubulawayo, capitale des Ma-Tébélé où la mission fut installée. Mais cette station ne fut, pour ainsi dire, que le quartier général des religieux qui, de là, se dirigèrent, les uns vers le Zambèze moyen, les autres vers la côte de Sofala. C'e«t dans le second volume que se trouve la narration de ces voyages. Ceux qui ont eu pour théâtre le pays d'Umzila, n'ont pas eu de résultat pratique au point de vue missionnaire. Plus intéressantes sont les expéditions du P. Depelchin à Panda-Ma-Tenka, à Wankie et chez les Ba-Rotsé.
C'est en lisant ces lettres, dont quelques-unes sont émouvantes dans leur simplicité, qu'on se rend compte des difficultés et des dangers de toute nature qui attendent le missionnaire dans ces régions lointaines. H doit s'aguerrir contre les privations, les souffrances ; ne pas épargner sa peine, ni ses courses à travers des contrées, ici semées de fondrières, là couvertes de forêts inextricables où les bêtes féroces abondent, et où les indigènes s'unissent à elles pour lui barrer le passage. Touchante histoire que celle de ces hommes séparés du reste du monde, se dévouant pour apporter un peu de lumière chez ces pauvres populations, et ne recueillant, pour la plupart, comme prix de leurs travaux, que la mort au milieu des marécages. Dans les deux volumes qui nous occupent, nous ne voyons pas moins de dix de ces pionniers tomber au champ d'honneur.
BULLETIN MENSUEL {6 octobre 1884.y
Nous avons eu déjà plusieurs fois à enregistrer, dans notre Bulletin, des projets de chemins de fer en Afrique, qui ne sont point encore réalisés, et dont l'exécution paraît aujourd'hui indéfiniment ajournée; ainsi, celui d'Alger à Tombouctou, celui de Tripoli au lac Tchad. Rien ne nous garantit qu'il n'en sera pas de même pour le projet annoncé parle journal Marina e Commercio, d'après lequel il serait question d'un chemin de fer de Paris à Bombay par l'Afrique septentrionale. Les principales stations africaines seraient Tanger, Tunis, Tripoli et le Caire. Cette ligne se raccorderait avec celles de l'Algérie, de la Tunisie et de l'Egypte, d'où, par la vallée de l'Euphrate et Kurrachir, elle rejoindrait le réseau indien de Bombay, Calcutta et Madras. Les études en sont confiées à des ingénieurs français et anglais. Les irais en sont évalués à 250 millions de francs. Des démarches ont lieu auprès des divers gouvernements intéressés, pour obtenir d'eux les concessions nécessaires. Quelle que puisse être l'importance pour le nord de l'Afrique d'un projet aussi colossal, nous croyons qu'il s'écoulera encore un long temps avant que l'on passe à son exécution.
Nous n'avons pas à aborder la question des procédés plus ou moins audacieux de la politique anglaise en Ég^ypte depuis l'échec de la conférence de Londres. En revanche les préparatifs de l'expédition organisée "pour délivrer Gordon, et aussi, pensons-nous, les garnisons égyptiennes de Kassala, de Kéren et des provinces équatoriales, sont de nature à réclamer toute notre attention. Quelque tardifs qu'ils soient, puisque l'on a laissé passer l'époque de la crue du Nil, dont on avait cru d'abord pouvoir profiter, il est néanmoins intéressant de voir le zèle déployé pour faire construire des centaines de bateaux d'un faible tirant d'eau, et amener sur les bords du Nil, pour la fin de septembre, les Kroumeu de l'Afrique occidentale et les bateliers canadiens, qui devront faire franchir à ces embarcations les rapides du Nil, au moins jusqu'à Wadi-Halfa, où doit s'opérer la concentration du corps expéditionnaire. De là, les bateaux ont un millier de kilomètres de navigation à faire pour atteindre Berber et rejoindre les vapeurs de Gordon. A en croire les
^ Les matières comprises dans nos BtUUtins mensuels et dans les Nouvelles complémmtaires y sont classées suivant an ordre géographique constant; partant de TAIgérie, puis allant à PEst, longeant ensuite la côte orientale du continent et revenant par la côte occidentale.
L'IFRIQVE. — CINQUIÈME ANNÉE. — N« 10. 10
messages attribués à ce dernier, Khartoum serait raomentanéraent dégagé, et l'évacuation semblerait pouvoir s'opérer sans trop de dilBScultés, aussi l'expédition projetée paraît-elle devoir être réduite de beaucoup. — D'après le journal Marina e Conmiercio, le représentant de S. M. britannique au Caire a informé M^ Sogaro que les missionnaires du Kordofan étaient en bonne santé à la date du 1 1 août. D est bon
d'ajouter que cette nouvelle était transmise au Caire par le mudir de Dongola, qui la tenait lui-même d'un courrier arrivé d'auprès du Mahdi. — Près des frontières de l'Abyssinie, le traité conclu entre l'amiral Hewett et le négous a produit jusqu'ici un résultat contraire à celui qu'on espérait. Au lieu de protéger les garnisons égyptiennes, le général abyssin Ras-Aloula a attaqué celle de Kéren et a été mis en déroute par les troupes égyptiennes.
M. M. Camperio, directeur de VEsploratore, a reçu des lettres de Blanchi, qui lui a envoyé en même temps le journal de son expédition, du 10 mars au 5 mai, pour faire taire les bruits inquiétants répandus à son sujet. Nos lecteurs se rappellent que le voyageur italien, avec ses compagnons, MM. Monari et Diana, se proposait de descendre du plateau du Tigré à Assab par une route directe. Il traversa le pays des Tantali et des Danakils de Sereba et de Kila, et se trouva à 200" audessous du niveau de la mer. Tous les torrents étaient à sec ; quelquesuns des affluents du Gualima se perdent en été avant d'arriver à leur confluent. Il laissa sur sa gauche le lac Alelbad, pour chercher une route plus directe vers la colonie italienne. Mais la plupart de ses gens prirent la fuite, et, en apprenant cette défection, le gouverneur de Mekalé ordonna qu'on ramenât l'expédition à Adoua. Bianchi refusa de repasser la frontière, mais dut reconduire sa caravane à Seket, et se rendre luimême à Mekalé, pour écrire au négous et aviser aux mesures à prendre. Le roi Jean le laissa libre d'agir à son gré, et Bianchi résolut de tenter de nouveau de se rendre directement à Assab. Ayant moins de gens avec lui, il redoutait moins de manquer d'eau en route. Le journal de voyage envoyé à M. Camperio renferme quantité d'observMions barométriques et thermométriques, ainsi que des détails sur la nature du pays parcouru et sur l'altitude des points visités. — A la station du Godjam, M. Salimbeni dirigeait la construction d'un premier pont sur le Nil- Bleu. — Quant à celle de Let-Marefia, au Choa, la Société italienne de géographie a désigné, pour la diriger, M. le D' Regazzi, qui y passera cinq ans, et devra s'efforcer de créer un établissement au Kaffa. H partira pour le Choa avec le comte Antonelli et la caravane attendue à Assab.
Les Proceedings de la Société de géographie de Londres publient la lettre suivante de M. H.-H. Johnston, datée du 18 juin, d'Ouvoura dans le Chagga, à 1600" d'altitude. « Depuis une semaine environ je suis établi sur le Kilimandjaro, campé dans un des sites les plus agréables du monde. Au-dessus de moi s'élève, dans l'azur profond du ciel, la cime neigeuse du Kibo ; autour de moi sont de vertes collines et des ravins boisés, dans les profondeurs desquels des cascades bondissent de roc en roc, et rafraîchissent le feuillage de fougères luxuriantes ; devant moi s'étend une vaste plahie bleuâtre, « le vaste monde, » comme dit fièrement mon hôte, le chef Mandara; au sud ma vue n'est bornée que par l'horizon lointain. Perché comme je le suis ici sur l'épaulement d'un grand éperon de la montagne, il me semble que je suis au niveau du vol de5 vautours qui s'élèvent péniblement plus haut, et qui se balancent et tournent en cercles au-dessus des abîmes terribles qui sont à mes pieds. Quand j'aurai terminé ma première installation, je me mettrai à faire un tableau de ce que je vois devant moi et j'appellerai cette vue « à vol de vautour. » Voici le côté brillant de ma position : beau paysage, bon climat, des serviteurs fidèles et des études à mon goût. Le côté sombre c'est d'être soumis aux caprices d'un tyran africain, dont la faveur me luit aujourd'hui, mais qui peut, d'un instant à l'autre, changer de dispositions, et renverser tous mes châteaux en Espagne. Beaucoup de gens me demanderont : pourquoi vous êtes-vous mis en son pouvoir ? Pourquoi ne pas aller dans quelque partie de la montagne oU le pays est inhabité, et oîi vous auriez toute liberté de poursuivre vos investigations ? A cela je répondrai qu'aucune partie habitable du Kilimandjaro n'est sans propriétaire. Il peut paraître très agréable d'aller et de vivre dans une forêt vierge, à 3000" au-dessus de la mer, et de se nourrir de ramiers et de poules de Guinée, mais c'est impraticable. Quand vous avez une trentaine d'hommes vigoureux à nourrir, ils protestent contre la maigre chère que fournit la forêt ; aussi faut-il dresser son campement assez près d'un village indigène pour qu'il soit facile de se procurer des vivres. En outre, il est impossible à ces natife des pays chauds de la côte de supporter le froid rigoureux des nuits à 3000° de hauteur. Par conséquent, une altitude inférieure est préférable comme station centrale. Enfin en me rendant chez Mandara, je n'ai aff'aire qu'avec un tyran ; dans les districts de Taveta et des Masaï, leur nombre est légion, il faut que chaque petit chef ait son présent ; ils sont désunis dans leurs relations d'amitié, et unis dans leurs inimitiés. Mandara a un grand respect pour sir John Kirk, et m'a traité beaucoup mieux que mes prédéces-
emeot parce que je suis arrivé chez lui avec deux formidale recommandation du consul, l'une eu souahéli, l'autre en rons donc qu'U me laissera courir en paix les montagues, ■cher mes oiseaux et mes mammifères, faire mes collections tresser mes plantes et peindre mes tableaux.» avelle expédition de l'ABsociation Africaine innle partira, dit le Mouvement géographique, vers la pour Zanzibar; elle sera commandée par le lieutenant Beciéjà été k Karéma, et qui aura sous ses ordres quatre autres ree, MM. Durutte, Dubois, Dhanis, et MoUera. Après avoir ir caravane que prépare en ce moment, à Zanzibar, M. Camyageurs se dirigeront, par Mpouapoua et Tabora, vers s qu'ils y seront arrivés, M. le capitaine Storras, chef de la *endra le chemin de l'Europe. Laissant alors un ou deux de
k Karéma, M. Becker passera sur la rive occidentale du , à la station de Mompara, dont un autre adjoint prendra la )uis il s'avancera vers le Congo, à travers le Manyéma, en
ou moins la route parcourue par Livingstone, Cameron et ju'à Nyangoué, le grand centre commercial arabe, que gouik Tippo-Tippo. Une nouvelle station sera établie dans ces a grande chaîne de stations hospitalières à travers l'^Afrique, par la conférence de Bruxelles, en 1876, sera bien près iétée. Il ne restera plus qu'à relier la station de Nyangoué à ites de Stanley, établie au mois de décembre dernier. L'exjorte avec elle deux petites voitures, analogues h. celles qui du de grands services au Sénégal, lors de la construction du ;r de Bakel à Bafoulabé ; ce sont des véhicules, à la fois voit, étancbes et flottables. Chacune d'elles peut transporter 000 kilogr.), et il suffit de huit à dix hommes pour les trat- 'ge d'un porteur de caravane étant de 30 kilogr., il en faut it de trente-cinq à quarante pour transporter une tonne, ir la nourriture nécessaire pour le voyage. Si ces voitures
le chemin de Zanzibar & Karéma, les services qu'on attend
résultera une grande économie pour les expéditions, nnaires de renfort envoyés par la Société des missions de Tanganyika, par le Chiré et le Nyassa, après avoir quitté -, le 23 juillet, et remonté le fleuve sur une dizaine de kiloignirent la ville de Marondery. Là, ils furent informés par . Compagnie des lacs, à Msezaro, que la guerre avait éclaté
parmi les gens de Htassiniiplre, et qu'ils feraient mieux de retourner eu arrière. De tous côtés apparaissaient des natifs, armés de carabines et de lances. Les missionnaires firent une tentative pour atteindre Msezaro, mais on leur fit savoir que la guerre durerait longtemps, que leurs provisions pourraient être perdues et qu'ils resteraient sans ressources. Aussi résolurent-ils de revenir à Quiliraane. Avant d'arriver à Maronder}% ils rencontrèrent de nombreux bateaux chargés de femmes et d'enfants indigènes, descendant le fleuve. D'après des lettres de Mozambique, les nati£s ont massacré la garnison portugaise de Massingire, composée d'un capitaine, d'un lieutenant, de deux sergents et de vingtneuf soldats. Quatre négociants portugais et le chef de l'entrepôt des missions anglaises de Chirongué ont également été tués. Après s'être emparés de quatre canons portugais et de munitions, les indigènes ont i-avagé les campagnes, pillé plusieurs maisons de commerce, puis ils sont descendus jusqu'au village de Mopéa, oii ils ont détruit la plantation exploitée pour le trafic de l'opium. Dès lors une dépêche de Mozambique a annoncé que Mopéa a été repris par lès troupes portugaises, qui vont poursuivre les indigènes à Massingire oîi ils se sont réfugiés. Pour le moment, le trafic par le Chiré est complètement arrêté, et toutes les routes de l'intérieur sont bloquées.
Le Yolksraad du Transvaal a ratifié la nouvelle convention conclue par ses délégués à Londres. Toutefois, avant le vote, l'assemblée a protesté contre le règlement de la question de délimitation, notamment à la frontière occidentale de la république ; contre le droit de veto que s'est réservé le gouvernement anglais dans les questions de traités que la république pouiTait éventuellement conclure avec l'étranger; enfin contre le règlement de la question de la dette. — D'autre part les conflits entre les Boers et les Be-Chuana de la frontière occidentale, placés sous le protectorat anglais, ont continué. M. Mackenzie, nommé récemment commissaire britannique pour les territoires des Be-Chuana, n'y a pas été accueilli favorablement. Ne pouvant agir énergiquement en faveur de ses protégés, et surtout du chef Montsiva, il est revenu à Capetown, où il a résigné ses fonctions entre les mains du gouverneur, sir Hercules Robinson. Ne se sentant plus soutenus par les Anglais, les chefs indigènes ont recouru en désespoir de cause au gouvernement du Transvaal. Celui-ci s'est empressé d'accéder à leur demande. D'après une dépêche de Durban, du 16 septembre, une proclamation datée de Pretoria, a placé les chefs Montsiva et Moshette sous là protection et la juridiction du Transvaal. Cependant, pour ne pas rompre ouvertement
latioDs de la conveutioD de Londres, la proclamatiou rangement sera soumis à l'approbation du gouvernement Cu même temps que ces faits s'accomplissaient sur la fronle du Transvaal, d'autres événements étendaient d l'Est Boers. Une proclamation, également datée de Pretoria, a isement de la nouvelle république fondée par les Boers les Zoulous. Elle a été ratifiée par Dinîzoulou, fils de seul chef zoulou qui ait cherché à résister aux Boers, Usi- ■éfugier dans la « Réserve, » bande de territob-e placée, e de IST'J, sous l'administration immédiate des Anglais, i'acres de terre seront cédés aux Boers, qui comptent se grandes fermes de 1800 k 2000 hectares, suivant le mode iisvaat. M. Joubert a accepté la présidence de la nouvelle
role continue à sévir au Le-Souio, oii elle est entrete- ,our de Ba-Souto venant de Kimberley, oii elle fait des érables. La population n'étant pas très agglomérée, et nt séparés les uns des autres par de grandes distances, il 3ttre en quarantaine les villages infectés, et les chefe sont me sévérité exagérée, A ce sujet, M. le missioimaire Jacotirija: « Dès ijue, dans un village, un homme est atteint de se hflte de l'évacuer dans une caverne, sur le flanc d'une
porte chaque jour sa nourriture à une place fixe, à une ce de ta caverne ; mais c'est lui-même qui doit venir l'y
semble inhumain, mais dans un pays dépourvu d'hôpiien difficile de faire autrement; les personnes qui se
le soigner seraient elles-mêmes mises en quarantaine, et
mois séparées du reste de l'humanité. Cette situation i néanmoins quelque chose de poignant et d'horrible;
caverne, sans personne pour les soigner! L'histoire suinner une idée de ce que sont encore les populations le-Souto. A Biileka, près de Morija, uu jeune homme les de diamants tombe malade avec tous les symptômes vérole ; de suit* on le mène dans une caverne, et )pelé, constate que c'est en effet la terrible maladie.
après, le bruit se i-épand, qu'ayant voulu s'approcher du ; tué à coups de fusil, certains chefs ayant dit & plusieurs était le seul moyen de mettre un terme à l'épidémie. Il
efl'et, mais, comme put le constater M. Casalis, d'une