MADAGASCAR
(Suite et fin).
Après avoir, dans notre précédent numéro (p. 155), parlé d des eaox de l'tle de Madagascar, nous devons aujourd'hui eu revue les ressources, au point de vue de la minéralogie, de la i la fauue. Quant à l'ethnographie, nous nous voyons dans la néa tourner l'étude.
Si les ouvragée publiés par divers auteurs, avant les explorations de M. A. Grandidier, sont plus ou moins fantaisistes, cela tient aux obstacles presque insurmontables qui, jusqu'alors, avaient empêché tout voyage scientifique à Tintérieur de Hle. Lui-même, dans ses excursions cbezlesAntifiherenanas,lesMahafalys, les SakalavasetlesAntanosys, fiit souvent exposé à perdre la vie, sous Tinculpation de sorcellerie. Dans les contrées sauvages encore indépendantes des Hovas, aucune accusation n^est plus dangereuse, et si le prétendu crime est prouvé, une mort immédiate est la punition du coupable, a Pour les Sakalavas, » dit M. Grandidier, dans une « Notice sur ses travaux scientifiques, v qu'il a bien voulu nous communiquer, comme pour les autres tribus, aucun fait n'arrive naturellement : bonheur et malheur, tout est dû aux sorts et aux talismans. Que dé tracas et d'ennuis m'ont causés journellement les habitants de la côte ouest, par suite des craintes absurdes qu'ils éprouvent contre les sorciers ! Or, est sorcier tout individu qui se distingue d'autrui par ses actions ou ses paroles, et le voyageur qui passe ses journées à prendre des informations, à écrire, à regarder les astres, c à causer avec le bon Dieu, » comme ils disaient dans leiu* idiome pittoresque, ou à manier une foule d'instruments plus extraordinaires les uns que les autr^, et à collectionner des peaux d'animaux, à plonger des reptiles dans l'alcool, est naturellement à leurs yeux un de ces monstres qu'on ne saurait trop craindre et contre qui il est bon de prendre toute précaution. ... Dans les pays soumis aux Hovas, où les superstitions sont moins fortes et la barbarie moins grande, la méfiance que les habitants ont toujours eue pour les étrangers est un obstacle d'un autre genre, mais non moins insurmontable. »
L'étude du sol en particulier est rendue presque impossible par les lois hovas, qui prohibent sous les peines les plus sévères la recherche des mines. L'art. 9 du code hova stipule en effet que quiœnque fouillera Vor, V argent ou les diamants, oufrajypera de la monnaie, subira une condamnation de 20 ans de fers; et d'après l'art. 10, la fouille des minerais d'or, d'argent, de cuivre, de fer, deplomb, des pierres précieuses, des diatnants, du charbon de terre, etc., est interdite, tant sur les terres prises à bail qtte sur celles qui ne le sont pas. Ceux qui contreviendront à cette loi seront condamnés à 20 ans de fers.
Malgré cela, la présence de minerais de toutes sortes a été constatée à Madagascar, depuis le^ minerais les plus usuels jusqu'aux plus précieux. Dans une exploration de la côte N.-G., le long des baies de Pas-
sandava et de Bavatoubé, vis-à-vis de Nosi-Bé, M. Guillemin, ingénieur de la compagnie de Madagascar, reconnut Texistence d'un gisement houiller d'une grande importance, entre le 12''26 et le 13**37' lat S. La projection rectiligne des côtes est de 180 kilom., mais le développement en est beaucoup plus considérable en suivant toutes les sinuosités du terrain. Dans l'intérieur des terres, le gisement houUler paraît occuper, à peu de choses près, toute la profondeur de la Grande Terre, jusqu'à la chatne granitique qui, dans cette partie de Ttle, est à peu près à égalp distance des côtes occidentale et orientale. Le bassin houiller s'étend encore en prolongement vers l'ouest, sous la région maritime des baies et des îles. La qualité du charbon offre à peu près toutes les variétés, houille sèche, houille grasse et houille à gaz. Analysés à l'École des mines de Paris, les échantUlons ont donné des résultats satisfaisants, comme ceux de la bonne houille anglaise. La superficie du bassin, réduite au minimum de 3,000 kilom. carrés, dépasse celle de tous les bassins houillers de la France, qui n'est que de 2,800 kilom. carrés. Il y a 30 ans, M. d'Arvoy, ancien consul de France à Maurice, commença, en face de Nosi-Bé, une exploitation à laquelle il employait 400 Mozambiques. La reine Ranavalo I" envoya contre lui 2,000 soldats, qui s'emparèrent de lui, quoique le terrain ne dépendît pas de la reine, et le massacrèrent.
Au N.-E. et au S.-O. de Tananarivo, on trouve du lignite, ce qui fait supposer qu'il pourrait exister sur toute cette ligne un gisement carbonifère. Dans l'Ambougou, a été découvert, entre les 16* et 17* de latitude, et à 60 kilom. de la côte, un lac de bitume qui indique la présence d'un gisement houiller. Les capitaines des boutres arabes qui fréquentent cette côte se servent de ce bitume pour calfater leurs navires.
Le fer est bien répandu dans l'île ; on l'y trouve à l'état pur, en blocs sphériques énormes, et en poudre ou limaille. C'est à l'aide de celleci, chauffée et forgée grossièrement, que les habitants voisins de la forêt fabriquent le fer qui est livré aux marchés. Le plateau central, l'Imérina, le Betsiléo et l' Antsihianaka sont surtout remarquables par l'abondance de ce minerai. Avant d'être les dominateurs de Madagascar, les Hovas avaient acquis une grande réputation comme forgerons de fer. Dans quelques-unes des montagnes de la province d'Imérina, l'abondance du minerai est si grande que les indigènes les ont surnommées montagnes de fer, et que les déviations de l'aiguille aimantée y rendent très difficiles les observations dans lesquelles la boussole est employée, n y a des gîtes extrêmement riches et de facile extraction, entre le Tsijobonina et le Morondava. Les ocres et terres colorantes sont également abondants.
U existe du minerai de cuivre au sud de Tananarivo, et du minerai d'argent dans la forêt de Manérinérina. Les Antsihianakas passent pour être riches en argent ; c'est, dit*on, le peuple de File qui en possède le plus, mais on ne sait s'ils le tirent de leur sol ou de Tétranger. L'existence de Tor à Madagascar a été niée, quoique d'anciens voyageurs l'eussent annoncée d'une manière positive; mais des indices certains ne permettent plus d'en douter. M. Grandidier assure qu'on a trouvé de la poudre d'or dans un petit affluent de l'Ikiopa près de Mevatanana. Il en existe, au sud de la Mania, une mine gardée par des soldats hovas. Une des raisoos qui portent à penser qu'il y a des gisements aurifères dans rtle, c'est la loi qui défend sous peine de mort d'en révéler l'existence aux vazas, c'est-à-dire aux blancs.
Le code hova interdit, nous l'avons déjà dit, la fouille des mines de pierres précieuses. Celles que l'on a trouvées jusqu'à présent ne sont ni très belles ni très variées ; ce sont des améthystes, des aigues-marines, des opales. Le cristal de roche abonde du côté de Yohémar, au nord de la baie d'Antongil. Le sel gemme paratt exister dans certaines parties de la côte ; on a aussi trouvé des pyrites contenant une forte proportion de soufre.
Quant à la fertilité du sol de Madagascar la plupart des auteurs l'ont présentée comme incomparable,etlesbellesdescriptionsqu'ilsontdonnées de la végétation n'ont point été étrangères aux tentatives de conquêtes faites à diverses reprises. Elles sont loin cependant de pouvoir être appliquées à toutes les parties de l'tle, dont la fécondité dépend de la nature même de leur sol et de leurs conditions climatologiques.
Les côtes et les deux versants de l'île sont soumis en e£fet au régime climatérique des contrées inter tropicales. Les vents y soufflent à des époques fixes, pendant la mousson du N.-E., d'octobre en avril, et pendant la mousson du S.-O., de mai en septembre. L'année s'y divise en deux saisons : l'une, sèche, de mai au milieu d'octobre, pendant laquelle la chaleur est tempérée, de très fortes brises qui soufflent pendant le jour, renouvellent et purifient l'air; l'autre, pluvieuse, de la fin d'octobre à la fin d'avril, pendant laquelle ont lieu les pluies d'orage, les bourrasques, les ouragans. C'est dans les mois de janvier et de février que la chaleur atteint son maximum et que le climat est le plus mak^ain dans les endroits marécageux. L'insalubrité des côtes est due presque exclusivement aux pluies diluviennes qui inondent chaque année le pays, et surtout au débordement des rivières dont les eaux, fréquemment arrê-
tées par les sables qu'accumulent les vents et les courants, se répandent sur'un sol bas et plat qu^elles envahissent. Ceci est vrai surtout de la côte orientale, du fort Dauphin k la baie d'Antongil. En janvier et février, lorsque les fortes chaleurs arrivent et dessèchent ane partie de ces marais, où beaucoup de matières végétales et animales sont en décomposition, il s'en exhale des miasmes délétères, que les vents, arrêtés par les montagnes et les forêts du littoral, ne peuvent emporter au loin et qui, maintenus ainsi dans les lieux mêmes oh ils croupissent, engendrent les fièvres dangereuses qui ont fait donner à cette cAte le Dom de Cimetière des Européens. Mais tandis que la chaleur est étouffante dans les régions basses, les plateaux et tes hautes vallées de l'intérieur, dans les provinces d'Imérina, des Betsiléos, d'Antsibianaka et d'Ibara, jouissent d'une température généralement peu élevée, souvent même très fraîche. Le froid y est assez vif de juin à septembre, souvent très piquant même en décembre et en janvier qui sont l'été de ce pays. Les cimes des monts Ankaratra se couvrent de pellicules de glace, et la grêle y tombe avec abondance.
Le littoral occidental et surtout le littoral nord, sont complètement exempts de l'insalubrité reprochée à la côte orientale. Sur la côte nord sont des plateaux élevés, exposés aux brises de la haute mer. Les forêts y sont éloignées du rivage, qui ne présente que des arbres disséminés, parmi lesquels l'air circule librement. Les marais y sont rares et peu étendus, les pluies moins fréquentes et la température plus sèche que dans l'est.
De Majunga à Tananarivo, M. Graodidier a traversé un des pays les plus désolée, les plus stériles et les plus déserts qu'on puisse imaginer. Pendant sept jours et demi il n'a rencontré que des plaines de formation secondaire, arides, couvertes d'arbustes rachitiques, et, çà et là parsemés de lataniers. Au delà, dès qu'il eut atteint la grande chaîne granitique, il ne trouva plus, pendant treize ou quatorze jours, qu'une mer de montagnes sans un arbre, sauf quelques rares bouquets accrochés àdes ravins, sans une plante autrequ'une berbe gtossiëre. L'Imérina luimême, la province la plus peuplée, est un pays montagneux, coupé de Dombreux cours d'eau, c'est vrai, mais complètement nu, sans autre végétation arborescente que quelques petits bouquets de bois auprès de certaines villes ; encore sont- ils très rares, et ce n'est guère que dans la plùne k l'ouest de Tananarivo qu'on les trouve; souvent même te terrain est sans culture. Les collines qui couvrent presque toute la province, formées d'une argile rouge, dure et compacte, au milieu de laquelle
affleureDt de nombreux blocs de granU à sur&ce bombée, ne sont pas fertiles ; en revanche le plus petit vallon, lorsque sa situation le permet, est transformé en rizières par un travail habile et intelligent. A Touest de la capitale il y a une grande plaine, qui jadis était un lac ou un marais, et qui forme aujourd'hui un immense champ de riz, d'un aspect fort riant à la saison pluvieuse, d'oii émergent çà et là, comme autant d'tlots, de nombreuses maisons ou des hameaux bâtis sur des coteaux. Le riz que produit Tlmérina nourrit une population considérable, aussi rétranger qui vient de traverser des pays à peu près déserts, est-il surpris en arrivant à Tananarivo de trouver une agglomération vraiment extraordinaire de villages, de hameaux et de maisons qui s'étalent devant lui. Outre le riz, les habitants de Tlmérina cultivent le manioc, les pommes de terre, les patates, la canne à sucre, le chanvre, le mais, les bananes, les ananas, le tabac, le coton, le café, les ambrevates, etc., qu'ils plantent auprès de leurs villages, sur le flanc des col* Unes, mais qui, d'ordinaire, ont peu de vigueur. Auprès des villes principales : surtout aux environs de Tananarivo, on a planté des arbres firuitienB : orangers, manguiers, pêchers, goyaviers, même de la vigne, qui prospère dans une certaine mesure.
Dans une autre excursion M. Grandidier en se rendant de Tananarivo à Ambondro à la côte occidentale, a constaté que la partie du pays des Betsiléos traversée par son itinéraire est plus peuplée que le pays qu'il avait parcouru en venant de Majunga. Les arbres n'y sont pas plus communs ; il &ut, le plus souvent, aller à trois ou quatre journées de marche des divers villages pour quérir le bois nécessaire aux constructions ; mais les petites vallées qui coupent en tous sens ces montagnes granitiques y sont un peu plus larges et on peut y cultiver le riz. De Matseroka sur le canal de Mozambique, à Masindrano sur l'océan Indien, M. Grandidier a ensuite traversé de nouveau une masse non interrompue de montagnes ; toutefois cette partie du pays est coupée çà et là de forêts, et plus fertile que les contrées qu'il avait parcourues jusque-là. Le Ménabé a d'excellents pâturages qui permettent l'élève de nombreux troupeaux de bœufis. Plus au sud, chez les Antandroys et les Antanosys, le plateau, dont la hauteur moyenne ne dépasse guère de 100"" à 200", est aride, a un aspect de tristesse et de désolation, peu de montagnes et peu de cours d'eau.
On le voit, malgré les brillants tableaux des auteurs, l'tle de Madagascar dans son ensemble est peu boisée. Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas de forêts, surtout sur le versant oriental. Celui-ci est mieux
arrosé par les pluies dues aux vapeurs transportées sur les deux chaînes de montagnes par les vents de Tocéan Indien, que la région occidentale où Teau ne tombe que pendant les quelques mois de Thivemage, et encore n'y tombe-t-elle pas partout en abondance ni d'une manière régulière. Aussi la végétation arborescente y a-t-elle moins de vigueur que sur le versant oriental. Nous avons déjà signalé la disposition particulière de cette zone forestière. Une bande large de quinze à vingt kilomètres en général, quoique au sud de la baie d'Antongil elle en ait de 50 à 60, entoure complètement Ttle à laquelle elle fait comme une ceinture. Du côté de Test, elle suit le haut du versant oriental des contreforts du grand massif, laissant entre la mer et elle des coteaux et des montagnes que couvrent des arbustes, des plantes herbacées et des bouquets de bois ; une autre bande, plus étroite, longe parallèlement à la première la crête qui forme la ligne de partage des eaux. En général les arbres n'y ont pas une apparence très vigoureuse ; de moyenne grosseur et couverts de lichens, ils montrent que le sol sur lequel ils poussent n'est pas très profond. La partie nord-est de cette zone forestière semble cependant l'emporter sur les autres. Là se trouvent les plus beaux spécimens de la végétation arborescente qui forme une des principales ressources de Madagascar; c'est là que sont les plus beaux bois de charpente, et aussi les bois les plus propres à être employés dans l'ébénisterie. La diversité des types d'arbres est étonnante ; il n'y a pas moins de huit espèces de bois de construction, parmi lesquelles nous signaleroos seulement le bois de tiattej sorte d'acajou très dur, d'un rouge foncé, se polissant très bien ; le bois de tek, employé dans la (construction des vaisseaux ; le chrysopia qui vient très droit, ne pousse de branches qu'à son sonmiet en forme de couronne, atteint 20 mètres, et peut fournir les plus grands mâts de vaisseaux ; on s'en sert en outre pour la construction des pirogues. Les bois d'ébénisterie de luxe abondent aussi ; il suffit de nommer le bois d'ébène, le bois de rose, le bois de palissandre, le bois de ruban, etc. Panni les autres arbres remarquables, nous devons encore mentionner le baobab, le plus grand des végétaux connus, et le ravenala, nommé par les Européens des îles Maurice et de la Réunion, l'arbre du voyageur, parce que l'on trouve entre les aisselles de ses feuilles une eau fratche et très bonne à boire. Il a le tronc d'un pahnier, et les feuilles d'un bananier, avec cette différence que, plus épaisses et plus fortes, celles-ci se redressent vigoureusement et sont disposées en éventail régulier au sommet de l'arbre. Le bois du ravenida sert à former la charpente, les feuilles» les parois extérieures, les cloisons et le toit des
cases des indigènes. II crott près des ruisseaux et dans les marécages, et non dans les lieux secs et arides, comme on Ta prétendu, pour colorer d'un peu de merveilleux la propriété qu'il a de fournir au voyageur altéré une boisson rafraîchissante qui n'est que de Teau de pluie. Jusqu'à présent ces bois ne peuvent guère être exploités que pour répondre aux besoins des habitants de Tlle. La plupart ne supporteteraient pas les frais de transport jusqu'à la côte et de là en Europe. Ce ne sera que lorsque le pays aura été sillonné de routes, que l'industrie européenne et américaine pourra en profiter. En attendant, elle tire déjà de Madagascar une assez grande quantité d'orseille, lichen tinctorial qui crott en abondance sur l'écorce des arbustes épineux et rabougris, qui caractérisent les déserts des côtes du sud et du sud-ouest de l'tle et dont c'est la principale richesse. Quant à la culture du sol par les Européens, elle ne peut être que très précaire, les lois de Madagascar leur refusant le droit de posséder des terres, et la reine et ses gouverneurs ayant le pouvoir de requérir pour la corvée, quand c'est leur bon plaisir, tous les travailleurs à gages, sans égards pour les contrats que ceux-ci peuvent avoir passé avec les étrangers.
Si la flore de Madagascar abonde en espèces et en genres particuliers qui lui donnent une physionomie spéciale, ainsi que l'a fait remarquer M. Grandidier, c'est par sa faune surtout que cette tle demeure comme un témoin des vastes terres qui occupaient jadis cette partie de l'hémisphère austral, et qui ont disparu dans un de ces violents cataclysmes auxquels notre planète a été si souvent soumise. Les observations du naturaliste WaUace, les collections rapportées par M. Grandidier, ainsi que l'histoire naturelle de l'tle déjà publiée par lui, permettent de se rendre compte du caractère tout particulier de la faune malgache, qui montre d'une manière évidente qu'on ne peut considérer Madagascar comme une dépendance du continent africain, mais que c'est un pays qui a eu son existence propre, sa vie indépendante. On n'y trouve en effet aucun des grands mammifères de l'Afrique : ni lions, ni tigres^ ni panthères, ni hyènes, ni girafes, ni antilopes, ni éléphants. Le seul carnassier malgache qui ait une taille aussi grande est plantigrade comme les ours ; il ne rentre dans aucune des familles zoologiques connues, tout en se rapprochant plus de la race féline que de toute autre ; c'est un Félin plantigrade. M. Grandidier y a découvert en outre trois mammifères nouveaux, parmi lesquels un Chéropotame ou sanglier à masque, et, dans les espèces disparues, un hippopotame de petite taille, dont les
débris abondent dans les sables quaternaires de la <^te sud-ouest, mélangés à des vertèbres et à des fragments de mâchoires de crocodiles et à quelques ossements de petits carnassiers ; puis le squelette de la patte de l'aepyornis, avec des vertèbres dorsales et une des vertèbres cervicales de cet oiseau colossal. On n'en connaissait encore en 1861, que les œufis, d'une capacité de plus de huit litres, et d'un volume correspondant à celui de six œufe d'autruche et h celui de cent quarante-huit œufe de poule. Mais quelle était la nature de cet oiseau ? Était-ce un oiseau de proie du genre des vautours, ou un oiseau du genre des pingouins ou des manchots? On l'ignorait; les ossements trouvés par M. Grandidier permettent aujourd'hui de classer Vaepyornis inaximus dans le groupe des brévipennes. Les nombreux fragments d'œufs recueillis auprès de ces débris d'os, mêlés à- des coquilles terrestres subfossiles, dans les dunes de sable qui longent le côté sud de Madagascar, ont également permis de constater que si cet oiseau gigantesque, de 2* de hauteur, n'existe plus aujourd'hui, il a vécu à une époque peu reculée, puisque ses restes se retrouvent dans les formations les plus récentes, dont on suit encore aujourd'hui le développement continu. U ressort de l'examen des diverses parties du squelette de cet oiseau, qu'il avait des formes extraordinairement massives, et des pattes d'une grosseur dont on a peine à se former une idée. Ces caractères l 'éloignent des autruches, des nandous, des casoars et des émus, pour le rapprocher davantage des dinornis et des apterix. S'il n'était pas le plus grand des oiseaux, puisque la taille du dinornis giganteiis varie de 2",50 à 3", il était évidemment le plus gros et le plus massif. Les restes de deux autres espèces plus petites d'aepyornis ont encore été découverts, en sorte que l'existence à Madagascar d'un groupe d'oiseaux brévipenne§^ assez voisins des dinornis et des apterix, semble établir des rapports particuliers entre la Nouvelle-Zélande et Madagascar.
D'une manière générale, on peut dire, à l'égard de la faune, qu'il n'existe pas d'autres pays, même d'une étendue plus considérable que Madagascar, où l'on trouve autant d'espèces différentes de celles qui existent dans les contrées voisines. Sur 224 espèces d'oiseaux qu'on y a trouvées, 130 sont propres à l'Ile, et certains genres spéciaux à ce petit coin de terre, comme les Couas, coucous malgaches, comptent jusqu'à 12 espèces différentes.
Dans la classe des reptiles, le genre caméléon est représenté à Madagascar par 24 espèces, très différentes les unes des autres, tandis que dans le reste de l'ancien monde on n'en compte jusqu'à présent que 28.
En revanche, les rivières et les lacs de Tlle ne renferment qu'un petit nombre d'espèces de poissons, 10 seulement, tandis que dans la France, « dont rétendue est moindre, il y en a près de 50.
Les mammifères les plus abondants h Madagascar sont les lémurs ou makis, si nombreux, qu'on a été tenté de nommer cette tle Lémurie. Ils y présentent des différences de pelage si grandes, qu'à les voir isolés, on croirait que ce genre se subdivise en une multitude d'espèces. Mais si l'on examine un grand nombre de ces animaux tués dans la même localité, et dans la même troupe, on reconnaît que les variations ne constituent pas des espèces différentes, et qu'elles sont dues à Tftge, au sexe, au lieu, etc.; aussi le nombre des espèces qui était autrefois de 22, a-t-il été réduit à 6. Le plus souvent les variétés forment des races locales, qui ont leur habitat bien limité. Il en est ainsi des indris, qui sont continés dans l'étroite bande de forêts de la côte orientale, du Ib"" au 20"* latitude sud, de la baie d'Antongil au sud de Mahanourou.
Parmi les espèces caractéristiques de Madagascar, il faut encore gommer les chirogales, qui ont la curieuse faculté d'emmagasiner autour de leur queue et dans diverses parties de leur corps une provision de graisse, qui sert à leur nutrition pendant les six mois de la saison sèche, qu'ils passent en léthargie. Nommons encore le aye-aye, qui appartient exclusivement à cette île.
D résulte des savantes recherches de M. Grandidier, que les lémurides, les chirogales, les ayes-ayes et les félins, qui, tous, à Madagascar, se présentent sous une forme plantigrade qu'on ne trouve nulle part ailleurs, donnent à cette île une physionomie à part dans le règne animal.
Outre le sanglier à masque, il y a à Madagascai* beaucoup de sangliers de la grosseur des nôtres, ou plus petits. Tous sont assez disposés à se faire à la vie domestique. Ils dévastent les rizières et détruisent une partie des récoltes, aussi a-t-on beaucoup de vénération pour ceux qui leur font la chasse. Paitout où passent des chasseurs, on leur offre des bœufs en cadeau. Pour les récompenser des dangers qu'ils courent et reconnaître les services qu'ils rendent à l'agriculture, on les autorise, dans un pressant besoin, à disposer des choses nécessaires & la vie.
Madagascar a encore des zébus ou bœufe du bois, bœufs sauvages plus terribles à chasser que le sanglier, des chats et des chiens errants, échappés à la domesticité et retournés à l'état sauvage dans les forêts.
Les moutons sont rares, mais tout porte à croire que leur acclimatation serait facile et qu'ils s'élèveraient aussi &cilement que les immenses troupeaux de bœufs que nourrissent les vastes pftturages, à l'ouest de la province d'Imérina.
Les animaux d^exportation étaient essentiellement les bœu&,les porcs et la volaille, dont on fournissait autrefois des quantités prodigieuses à la Réunion et à Maurice. L^embarquement des bœufe à bord des navires est une opération assez curieuse. Quand la mer le permet, les bâtiments approchent le plus près possible de la côte. Sur le rivage, deux larges canots sont amarrés bord à bord par de fortes barres de bois, dont les extrémités dépassent les embarcations à droite et à gauche. A ces barres on attache par les cornes une douzaine de bœu&, et, au moyen d'un câble, les hommes du navire tirent à eux la vivante cargaison, qui est ensuite hissée à bord au moyen d'une forte toile passée sous le ventre de chaque animal. Pendant ce temps on voit des bandes de requins rôder autour du bâtiment. Le déchargement n'est pas moins original : on se contente de descendre les pauvres bétes à la mer ; celles-ci s'échappent tout effarées et regagnent le rivage à la nage.
On estimait à trente mille têtes l'exportation qui en était faite annuellement, mais depuis que les Hovas ont établi des postes de traite sur le littoral, ils se sont attribué le monopole de tout le commerce avec les étrangers. Leur intervention exclusive et les entraves fiscales qui l'ont suivie ont réagi sur le prix du bétail, qui s'est élevé dans une proportion notable ; ils ont porté par là un grand préjudice à cette branche importante d'échange, sur tous les points soumis à leur domination.
Les Hovas ont naturalisé à Madagascar le mûrier et le ver à soie de la Chine, et ils en font un objet d'industrie et de commerce susceptible d'un grand développement. Mais la soie que produit l'tle en plus grande abondance est celle que l'on tire de la chenille de l'ambrevate ; elle est lourde, sans brillant, mais extrêmement forte. Elle sert à tisser une étoffe d'une solidité remarquable. La chenille qui la produit vit sur l'ambrevate et sur le goyavier, mais sa soie est plus abondante et plus forte lorsqu'elle est nourrie avec la première de ces plantes. Les Hovas ne dévident pas le cocon, ils le cardent et le filent, après l'avoir fait bouillir, pour enlever tous les poils dont la chenille, en se dépouillant, hérisse son linceul. La soie est d'un gris clair, mais on la teint souvent avec les substances tinctoriales que Madagascar fournit en abondance.
Cette île est la contrée du globe la plus riche en papillons, et possède les plus grands papillons connus. Qu'il nous suffise de nommer VUrania riphœa^ dont les ailes ont de 25 à 30 centimètres d'envergure. En se rendant de Sainte-Marie à Tananarivo, on le rencontre dans la forêt, où il se fait remarquer par ses splendides reflets d'or, et par des taches transversales vertes, qui brillent sur ses ailes diaprées de diverses
couleurs et entourées d'une frange délicate d'écaillés semblables à des plumes.
Le sol de Madagascar pourrait nourrir une population beaucoup plus considérable que celle que compte Ttle, où il n'y a guère, d'après les calculs de M. Grandidier, que deux millions et demi d'habitants, dont 1 ,200,000 dans la seule province d'Imérina. Encore n'appartiennent-ils pas tous à une seule et même race. Des émigrants arabes, indiens, africains et malais, sont venus à diverses reprises dans Tue, et s'y sont mélangés avec les indigènes qui, par leurs traits, leurs mœurs et leur langue, semblent appartenir au groupe des populations négroïdes de rOcéanie.
CORRESPONDANCE
Schoshong, 12 avril 1884.
C'est le 8 ayril que nous arrivions ici et, pour le moment, je grille dans mon wagon en vous traçant ces lignes.
La date de notre arrivée ici doit vous surprendre; ce que je vais vous raconter le fera plus encore :
De Pretoria à Sauls-Poort, chez M. Gonin \ nous avons mis du 11 au 29 mars, pour un voyage ordinaire de 4 jours. C'étaient encore de beaux jours! Quoique nous ayons beaucoup joui des Gonin, nous eussions voulu les quitter plus tôt, la pluie nous en a empêchés. Depuis Pretoria nous étions en plein dans la saison des pluies aussi, quels chemins! Nous quittions Sauls-Poort le 3 mars par un beau soleil; le même jour nous étions embourbés, à ne plus pouvoir nous tirer d'affaire. Nous nous couchâmes vaincus. Le lendemain nous sortimes du bourbier le wagon de Lévi ' ; mais il en restait encore deux autres auxquels il fallait faire passer ce mauvais pas. Quelle ne fut pas notre surprise de voir arriver à notre secours trois wagons, sans compter le chef du village avec deux ou trois attelages. Les braves gens, que ces chrétiens de M. Gonin! leur conduite fait son meilleur éloge. Deux de nos wagons furent déchargés en partie dans les trois wagons en question, et alors, il n'y eut plus de difficulté, ce jour-là ni le jour suivant, à traverser le Kolobé. Nous pensions que là nous serions livrés à nous-mêmes; pas du tout, le chef nous accompagna encore le jour suivant avec ses bœufs, et, quand il s'en retourna chez lui, les gens des wagons, voyant notre difficulté, décidèrent de demeurer avec nous et de nous faire traverser le Marico.
Qu'aurions-nous fait sans eux? les jours suivants la pluie tomba avec abondance, et quelque légers que fussent nos wagons, nous avancions avec peine, quittant souvent la route pour couper à travers la forêt. Enfin, nous arrivâmes au
* Missionnaire vaudois.
' Évangéliste.
Muico le 16; mais p&s moyen de le travereer, le coaraot était très Tiolent dépusait de beaucoap la hantear d'un homme. Pour surcroît de mftthev étions menacés de la famine; il nouB restait pour tons an sac de farine et de mais non moulu. Pour ne pas nous affamer, nos généreux aides nous qui irec nos remerdements ponr tout paiement, mais il lenr sera fait selon leu A l'iûde du bateau, nous enTOy&mes un messager ponr demander du se Khama, et nous passâmes ainsi quinze jours dans nn endroit des plus iosi
Antre épreuTel Nos bœufs mouraient chaque jour; nous en avons perd et un dis-septième a été égaré ou volé par les Bushmeo, qui nous ont ] deux chèrres. Nos chevaux aussi moururent tous, à l'exception de Loni Tient de périr ici, et d'nn des chevaux de Jonathan qui vît encore. Notr était le lien de festin des vautours. M. Middleton a été aérieasement : M. et H*"* Coillsrd, et beaucoup de nos gens, indisposés. Le secours de Sel arriva à temps, sons la forme d'un attelage de Khama et de deni iragot parun marchand pour venir à notre aide. Avec nos wagons allégés, nous travi IcHaricosana difficulté. M. Coillard avait acheté 10 hœnfs d'un marcha comme nous, avait regardé l'eau couler pendant une semaine ; dès lors. Fut possible d'avancer.
Schoshong est un immense village, situé entre deux chaînes de montagne lèies, sur le versant de la plus septentrionale. Vn de la montagne, avec ses { artères et sa multitude de petites ruelles, il fait l'effet d'nn parterre. Les sont b&ties par petits groupes, en forme d'eltipsea, de cercles, et d'autres géométriques peu définies. Le lekhothia est an milieu. Pas de maisons euroj nnon celles des marchands et du missionnaire, absent en ce moment. J'ai i terre, mais j'ajouterai, malpropre. Une gorge de la montagne fournit ui eau, mais peu abondante pour 15,000 ftmea. Bien que de miiérables buisst d'arbres, pas de jardins; c'est un endroit aride et peu attrayant. Il n'y a vie pour tant de monde, chaque hutte paraît un tombeau.
Le chef n'a rien de la morgue de nos chefs ba-sonto; c'est un homme gra cinlisé dans ses manières, il paraît timide et n'est pas causeur. Sans avoir remarquable, sa figure est intelligente. Avant tout ce doit être un homme d qui gouverne tout et fait tout par lui-même; c'est dn moins ce qne disent I chands. Sa bonté est proverbiale; il commande par son ascendant moral chef an vrai sens du mot, car c'est le plus beau caractère de sa tribu. Li main de notre arrivée nous eûmes une audience en règle. M. Coillard In bon petit speech, en lui donnant nue boite à. musique. Ehama remercia n: ment en quelques mots, et fit présent, le lendemain, à H. Coillard, d'un peau de chacal.
Schoshong, 2 mai IB
Mon désir était de vous écrire par la première poste, mais la petite vé coupant brusquement nos communications avec le Tranavaal, m'a pris au d< nne demi-heure avant le départ dn courrier, on pour mieux dire d'un ma
qui s'est chargé de nos lettres. Je n'ai eu que le temps d'en terminer une, et de prier M. Christol, an Lessouto, de vous la communiquer \
Je ne reviens pas sur ce que vous avez pu apprendre par ma lettre à M. Christel, quelque incomplète qu'elle fût. C'étaient d'assez tristes nouvelles, que je laisse maintenant dans l'ombre. Aigourd'hui je puis vous annoncer que nous sommes tous bien, grâce à Dieu. Nous nous reposons et nous préparons à traverser le désjert. Il nous faut trouver de nouveaux hommes, afin de remplacer ceux qui nous ont abandonnés pour retourner aux Spelonken ou chez les Ba-Pédi ; un de nos Ba-Souto nous a aussi quittés, de telle sorte que nous avons six postes à repourvoir.
D'abord nous avons craint de ne pas les trouver, à cause des belliqueux Ma- Tébélé que l'on attend ici, mais je crois que ce sont de vains bruits, et Khama est disposé à tout faire pour nous aider.
M. Coillard a reçu une lettre de M. Arnot, datée de juillet, dans laquelle il confirme la nouvelle de l'expulsion des jésuites. Il a pu entrer dans quelques détails car il était présent aux assemblées où leur renvoi a été décidé. Voici quels sont les griefs des Ba-Rotsé : Ils n'ont pan vu, disent-ils, que les jésuites les aimassent véritablement, et craignent un envahissement à cause du grand nombre des missionnaires. En outre, les jésuites, en envoyant leurs présents, ont fait savoir au chef qu'ils ne désiraient pas vivre dans sa ville, mais voulaient qu'il leur concédât une propriété sur les montagnes voisines, ce qui les a rendus très suspects. En se rendant à la capitale, Lia*Lui, ils ont été malheureux dans leur voyage et dans leurs procédés; un des leurs a péri dans le fleuve, et ils ont Irrité un chef en négligeant de lui faire un présent. Ces faits, accrus encore d'une rumeur défavorable venant de la côte, ont perdu leur cause chez les Ba-Rotsé. M. Arnot a assisté à toutes les discussions, mais n'a pas voulu ouvrir la bouche, « laissant, » dit-il, < à Dieu seul, la gloire d!incliner les cœurs selon son bon plaisir. »
Quelques jours après cette lettre de M. Arnot, un marchand d'ici recevait de ce dernier un message beaucoup plus récent. Il gagne peu à peu la confiance des indigènes, et s'occupe activement d'une école. Sa santé aussi s'est raffermie, il se porte très bien, malgré tout ce qu'il a eu â souffrir d'une précédente famine.
Le même courier avait encore une lettre de Lobossi pour Khama, auquel le roi des Ba-Rotsé demande de tout faire pour faciliter notre arrivée chez lui. Il termine par cette demande qui vous fera sourire : une fille de Khama en mariage, avec un chien noir, ce qui a beaucoup amusé le destinataire de la lettre.
Vous le voyez, malgré les difficultés qui abondent sous nos pas, le chemin semble s'ouvrir devant nous. Nous avons cependant un gros nuage à l'horizon : ce sont deux Ma-Kololo qui ont conduit les Ma-Tébélé, lors du massacre sur les bords du lac Ngami. Le roi des Ba-Rotsé a été informé de ce fait ; dès lors permettra-t-il dès l'abord à nos Ba-Souto de traverser le fleuve? Nous ne le pensons guère. Mais nous, blancs, nous laisserons le camp de ce côté du fleuve avec M"^ Coillard, et nous irons à la capitale ; peut-être devrons-nous même vivre à Lia-Lui,
' C'est la lettre précédente, que M. Christol a bien voulu nous envoyer.
M. Coillftrd et moi, ud certain temps &Tuit de songer an chois dËfinitif d'nne
Notre désir est de noas plier aux tteux des Ba>Rotsé, quoiqu'ils puissent déranger nos plans, afin de gagner si possible leor confiance par des rapporta joamaliers avec eui. H. Westbeech, qui fait des collections le long do Zambèzer et qne nous attendiom à Scboshong, a envoyé simplement ses wagons, sans noua donner de nouvelles qui intéressent notre œuvre; mais comme lea wagons s'en sont retournés promptement, noua avons remis an conducteur une lettre pour son maître. Nous les avons trouvés ici h notre retonr de Seleka.
Notre voyage avait pour but de relever ce poste ', oti nos évangéliates ont travaillé pendant cinq ans sans beaucoup récolter, et qui est ea dehors de notre œuvre du Zambèze. Ce village est tributaire de Khama et a beaucoup perdu de ses habitants à cause des divisions politiques ; il se rattache, par sa position géographique, à la Société de Londres, c'est pourquoi nous devons l'abandonner.
Seleka est situé an nord du Limpopo, à une journée de distance, et ji cinq jours en wagon ft l'est de Schoshong, sous la même latitude. L'aspect du pays change passablement quand on s'y rend de Schoshong. Tandis qu'à ce dernier endroit ce sont les buissons épineux qui couvrent presque toute la contrée, sauf quelques bouquets d'arbres semés çk et là, à une journée plus à l'ouest nous trouvons de vraies forêts qui présentent l'aspect d'une de nos forêts de chênes ; la végétation y est aussi plus abondante Ce qui me Irappe, c'est de trouver, malgré l'exubérance de la végétation, si peu de jolies fleurs ; c'est une herbe grossière comme celle de nos marécages et qui parfois atteint la hauteur d'un homme. Quelques fraies petites fleurs cherchent k se faire une place; mais elles sont si délicates qu'il est difficile de les conserver. Je crois qu'un botaniste ferait plus vite fortune en cherchant les fougères, les gramens, etc., encore leors variétés sontelles peu nombreuses. Les oiseaux fourniraient une étnde pins fructueuse; depuis notre départ de Pretoria, nous en avons vu une grande variété, entre autres l'oiseau à miel dont nous avons déjà éprouvé les services. Les environs immédiats de Seleka sont ce que noua avons vu de plus tropical. Là prospèrent de beaux baobabs, des monstruosités dans le règne végétal, comme le sont les éléphants dans le règne animal. Les euphorbes sont aussi nombreux autour du village de Seleka. En nous ; rendant par un charmant sentier qui longe tm ruisseau limpide , et ombragé, nous avons remarqué plusieurs plantes de coton à l'état sauvage, et sartont un gigantesque banian, unique dans le paysage; c'est un arbre qui n'est pas africain, me dit M. Coillard, il ne l'a jamais vu an Zambèze ni ailleurs. Quelques aloËs arborescents achèvent de donner à cette contrée un aspect tout à fait Iropical. Le malheur est qne nons n'y ayons passé que deux jours et un dimanche bien remplis. Nous eussions aimé apprendre à connaître plusieurs plantes dont les indigènes font leur alimentation; à la description de l'une d'elles nous pensons avoir reconnu le manioc. Le village de Seleka lui-même est bien situé, au fond
' Eu revenant du Zambèze, M. Coillard y avait laissé quatre évangélistes.
d'ane gorge qui s'élargit en un immense entonnoir de rochers, pas trop élerés pour écraser le tableau, et cependant assez pour lui donner quelque chose de sauvage et de riant tout à la fois, gr&ce à la beauté du paysage.
Je ne vous ai jamais parlé d'animaux sauvages, pour la simple raison que je n'en puis pas dire grand'chose. Nous avons vu des singes, quelques antilopes, entendu hurler les chacals, mais quant aux lions, une seule fois nous avons vu leurs empreintes, ils ne nous ont jamais inquiétés, ni même fait entendre leur voix. Tout ce pays a beaucoup changé depuis quelques années, le gibier y est rare, et tout au plus tuons-nous quelques canards. Malgré tout notre désir de voir des crocodiles dans le Marico et le Limpopo, nous n'avons pas eu cette satisfaction, bien que nous ayons passé quinze jours sur leurs bords. Il est vrai que les eaux étaient profondes, mais je pense aussi qu'il faut rabattre beaucoup des récits des voyageurs. Que Serpa Pinto ait tiié 30 lions de Schoshong à Pretoria, je me permets d'en sourire; les pauvres bêtes étaient sans doute fatiguées de la vie ! Toute cette contrée est assez monotone après Sauls-Poort, c'est-à-dire quand les chaînes des Pilansberg et des Maalisberg ne forment plus le fond du tableau. Il ne reste plus que les arbres, les buissons épineux et une végétation qui répand souvent une odeur fétide et occasionne les fièvres. Depuis Pretoria c'est déjà le désert, non un désert de sable, mais une contrée sans habitants, très fertile à la saison des pluies et aride dans les autres moments de l'année. Tout est extrême dans ce pays; les fleuves présentent ou une barrière infranchissable, ou des lits de sable desséchés quelques semaines plus tard. La température est si changeante que jamais, au milieu de l'été, on ne peut mettre de côté ses habits d'hiver; les nuits sont toujours fraîches, et dès qu'il pleut ou que le vent souffle, il fait froid. Le thermomètre varie du jour à la nuit, de 36^ cent, à l'ombre, à 10^ au minimum. Maintenant nous sommes au commencement de l'hiver et la température est très supportable à Schoshong. J'ai déjà dit deux mots de ce village et de son chef dans ma lettre à M. Christol, je ne crois rien pouvoir ajouter qui puisse vous intéresser. Le servage existe encore ici, même parmi les membres de l'Église, mais il est bien adouci grâce à l'Évangile et à l'influence du chef; il n'est pas facile de libérer des gens sans aucune ressource et sans instruction; domestiques des blancs, leur position serait peut-être pire.
BIBLIOGRAPHIE '
D"" Phiupp Paulitschkk. Die geographische Erforschung der AdâN Lànder und Harâr's in Ost-Afrika. Leipzig (Paul Frohberg), 1884, in-4% 109 pages, fr. 5,35. — Pour faire progresser la science, il est nécessaire de savoir à quel point elle est parvenue, et d'où il faut partir,
* On peut se procurer à la librairie H. Georg, à Genève et à Bàle, tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique explorée et civilisée.
afin d'ajouter quelque chose aux connaissances déjà acquises. Si non, l'on s'expose au danger de refaire le travail déjà accompli par se^ devanciers. C'est ce qu'a compris M. le D' Paulitschke qui, sur le point de partir avec le ly de Hardegger, pour le pays des Adal et le Harrar, a rédigé un mémoire historico-bibliographique sur l'exploration géographique des contrées où il va s'efforcer de pénétrer, recueil complet des indications de tous les voyages accomplis dans cette partie de l'Afrique, depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours. C'était la meilleure préparation pour celui qui va s'y rendre, c'est le meilleur guide pour ceux qui, sans y aller, veulent apprendre à la connaître.
L'Ai.GÉRiE ROMAINE par Gustave Boissière. Ouvrage couronné par l'Académie française; 2»« édition. Paris (Hachette et C**), 1883, 2 vol. in-12, 7 francs. — La première édition de cet ouvrage a été écrite sous forme de thèse et portait le simple titre d'esquisse. Bien placé pour pouvoir utiliser les documents nouveaux, et en particulier les résultats scientifiques de l'expédition de Tunisie, les découvertes des missionnaires et les trouvailles des officiers français, l'auteur a pu étendre le cadre de son livre, et le rendre plus accessible au grand public.
L'Afrique romaine se composait des territoires actuellement désignés sous les noms de Tripolitaine, Tunisie, Algérie et Maroc ; mais, à proprement parler, l'administration romaine avait séparé l'ancienne Cyrénaïque et le territoire des Syrtes, du pays de Carthage, et leur histoire se rattache plutôt à celle de l'Egypte et de Tlle de Crête. L'Afrique romaine comprenait surtout l'Atlas, où se répandit, de l'est à l'ouest, ce puissant courant de civilisation latine qui s'épanouit dans la riche contrée carthaginoise, pour se perdre dans les vallées et les plaines occidentales. Mais l'étude de la région de l'Atlas était trop vaste; M. Boissière a dû se borner à la description de l'ancienne Numidie, c'est-à-dire, de la province actuelle de Constantine, qu'il étudie à tous les points de vue : géographique, ethnographique, historique et politique. Les guerres puniques sont présentées dans leurs rapports avec le sujet traité, mais c'est à l'administration qu'est consacrée la plus grande partie de l'ouvrage. Le gouvernement de la Numidie sous la B^publique, la part prise par chacun des empereurs au développement de l'œuvre romaine en Afrique, le régime militaire, les réformes de Dioclétien, sont successivement passées en revue.
L'homme du monde, comme le savant, trouvera un véritable agrément à parcourir, au moyen de ce manuel, composé avec un art parfait et des mieux écrit, cette terre légendaire qui doit aux luttes gigantesques dont
elle fût le théfttre, et à la renommée des hommes qui rhabitèrent, de tenir une si grande place dans nos souvenirs littéraires. Mais ce rappel du passé produit aussi une autre impression ; il attire Tattention sur TAlgérie contemporaine et sur l'avenir magnifique qui attend ce pays, lorsqu'on pourra &ire valoir les richesses renfermées dans son sol.
José Ricârt Gisalt. El Porvenir de Espafia en el Sahara. Barcelona (N. Ramirez y C*), 1884, in-8, 26 pages et carte. — La prise de possession de Santa-Cruz de Mar-Pequena par les Espagnols a attiré l'attention de ce peuple sur cette partie de la côte occidentale d' Afrique. Pour taire comprendre à ses compatriotes les avantages qu'ils peuvent retirer de cet établissement, au point de vue du commerce et de la pèche, M. Giralt a exposé, dans une conférence &ite à Barcelone, et publiée sous le titre sus-mentionné, les relations qu'il serait possible d'établir entre cette côte et Tombouctou, le grand marché du Soudan, aussi bien que les profits probables de stations de pêche à créer sur le continent, en Tace des Canaries. En opposition à l'opinion du D' Lenz, sur l'impossibilité de créer, comme le désirait M. Mackenzie, une mer intérieure en inondant le Sahara occidental, il reprend l'idée de mettre le Djouf, dans lequel il voit une vaste dépression, en communication avec l'océan, pour créer une voie navigable qui permette de s'approcher le plus &cilement de Tombouctou. Les points de la côte sur lesquels il reconunande la création de factoreries espagnoles et de stations de pêche sont le cap Juby, où se trouvent les établissements de M. Mackenzie, le cap Bojador, le cap Blanc et la pointe Durnford, à l'embouchure du Rio-Ouro, sur lequel il donne d'utiles renseignements.
Six mois a Madagascar, par Charles Buet Paris (Société générale de librairie catholique), 1884, in-12, 381 pages, 3 fr. — Écrit sous la forme d'un récit de voyage, la plus commode pour la lecture, cette œuvre n'est, pour certains chapitres, que l'extrait, pour d'autres, que la reproduction d'un ouvrage du même auteur, la Reine des îles africaines^ dont nous avons récemment parlé. Quelques personnes ayant trouvé ce livre trop savant et trop aride, M. Buet a voulu le rendre plus attrayant en lui donnant une allure plus rapide, en résumant les aperçus historiques et politiques, et en semant, dans le cours du récit, des tableaux pittoresques, des peintures de mœurs qui amusent en instruisant. Les jeunes gens qui liront cet ouvrage, maintenant tout à fait à leur portée, y trouveront, à côté d'une description physique et politique, une étude de l'œuvre des missions catholiques à Madagascar.
BULLETIN MENSUEL (i«' septembre 1884.)'
'L'Écho du Sahara a rapporté que, diaprés un spahi, engagé depuis quelques mois au régiment cantonné à Biskra, le colonel Flatters et le capitaine Masson ne seraient pas morts, mais seraient actuellement à Ghat, à 600 kilom. au sud de Ghadamès, prisonniers d'un des chefe des Touaregs-Àzghars, nommé Lazerac, qui consentirait à les rapatrier moyennant bonne rançon. Quelque invraisemblable que soit cette nouvelle, l'autorité militaire de Biskra a fait les démarches les plus minutieuses pour contrôler la véracité de celui qui l'a apportée, et jusqu'ici, il ne résulte pas des interrogatoires auxquels il a été soumis, que Ton ait affaire à un imposteur. Voici, d'après V Indépendant de Constantine, ce que Ton a appris de cette mystérieuse affaire Le spahi en question est originaire de Bou-Sâada, à 250 kUom. d'Alger. Tout jeune, il a été capturé parles Touaregs, et longtemps il est demeuré l'esclave d'un des chefs des Azghars; pendant plus d'un an il a vécu en rapport avec les deux oflSciers prisonniers de son maître. C'est à l'instigation du colonel Flatters, et avec la promesse d'une forte récompense, qu'il a entrepris son long et périlleux voyage. De Ghat il s'est dirigé sur le Bornou, le Darfour et l'Egypte, d'où il est revenu, par la Tunisie, dans la province de Constantine. A bout de ressources, il s'est engagé dans les spahis à Batna. Sur ses révélations à un officier indigène, il fut mis au secret, interrogé à plusieurs reprises par des officiers différents, et jamais ses réponses ne trahirent la moindre hésitation ni la moindre contradiction. Il a donné le signalement exact des deux prisonniers et les renseignements les plus précis sur leur caractère, leur connaissance de la langue arabe, leurs blessures et leur guérison, qui aurait exigé une année entière, « d'un Rhamadan à l'autre. » Mais comment le colonel Flatters et le capitaine Masson ont-ils pu échapper au massacre général de la malheureuse mission? L'explication donnée à ce sujet par le spahi ne manque pas non plus de précision ni de vraisemblance. « Une caravane, commandée par mon maître », dit-U, a a trouvé les deux officiers et un tirailleur grièvement blessés, sur le champ de bataille, à trois journées de Ghat. Les Hoggars se disposaient à leur donner le coup degi'âce;
^ Les matières comprises dans nos Bulletins menstiéls et dans les Nouvelles cornfiémentaires y sont classées suivant un ordre géographique constant, partant de TÂlgérie, puis allant à l'Est, longeant ensuite la côte orientale du continent et revenant par la côte occidentale.
L^ÀFRIQUE. — CINQUIÈME ANNÉE. — N** 9. 9
mon mattre Féclaïua les trois malheureux comme se trouvant sur son territoire, et au nom de notre sainte religion qui défend d'achever les blessés. Il les a chargés sur nos méharis, et nous a fait filer à marches forcées sur Ghat, où nous sommes arrivés à la fin du deuxième jour. Le malheureux tirailleur a succombé en route. Quant aux deux officiers, ils ODt été et sont encore Tobjet des meilleurs soins et de la plus active surveillance. Mon maître a compris que la France lui donnerait beaucoup d'argent pour la vie de ces deux officiers. » Les postes avancés de Geryville, d'Ouargla-el-Ared, et M.Féraud, consul à Tripoli, ont envoyé chacun un émissaire à Ghat. Espérons que rien ne viendra démentir ces renseignements.
Afin de mettre un terme à des discussions scientifiques qui sembleraient devoir être interminables, M. de Lesseps s'est mis d'accord avec M. Jules Ferry, pour renoncer au projet de convoquer à nouveau la Commission chargée d'examiner le projet de M. Roudaire, de créer une mer intérieure dans le bassin des Chotts, au sud de l' Alg^érie et de la Tunisie. Il a été convenu avec le gouvernement, que le groupe des fondateurs de l'entreprise qui ont fait les frais des précédentes études, et qui désirent poursuivre l'exécution du projet, sera autorisé à commencer par établir, sans aucune subvention, un port à l'embouchure de rOued-Melah, sur un point qui pourra servir plus tard d'amorce au canal maritime destiné à remplir le bassin des Chotts. De son côté, le gouvernement s'engagerait à ne donner aucune concession sur les territoires, aujourd'hui incultes, qui font partie du projet Roudaire.
Nous espérions que la célébration, à Londres, le 1" août, du cinquantième anniversaire de l'affranchissement des esclaves dans les colonies anglaises, serait une occasion de rappeler, qu'ensuite du traité conclu entre l'Angleterre et l'Egypte, la vente d'esclaves de famille à famille doit cesser cette année-ci dans toute l'Egypte proprement dite, et que la position prise par l'Angleterre en Egypte, lui impose plus que jamais l'obUgation de veiller à ce que ce traité reçoive son exécution. Nous avons vainement cherché dans les journaux qui ont rapporté les discours prononcés dans cette circonstance, une résolution en ce sens Ml y a eu dès lors, dans le parlement, une interpellation, à laquelle Lord Fitzmaurice a répondu que le gouvernement ne perd aucune occasion de rappeler au khédive ses engagements relativement à cette question. Ce n'est pas au moment oîi l'Angleterre se trouve seule protectrice de
* Peut-être VAntislavery Reporter qui ne nous est pas encore paryenu, nous apportera-t^il des renseignements plus complets.
rÉgypte, et où elle va y envoyer de nouvelles troupes, que l'on peut faire le sUeuce autour de ce traité, sanctionner par là sa non-exécution, ^t se désintéresser, comme Gordon Ta fait au Soudan, de la traite et de ses odieuses conséquences. La position qu'elle va prendre en Egypte par l'envoi de lord Northbrook, et au Soudan, par l'expédition que Gordon croit en route depuis longtemps, impose à la Grande-Bretagne la responsabilité de la solution du problème de la traite et de l'esclavage qui 5'y rattache. Nous ne pensons pas que ceux qui ont insisté avec tant de raison, et durant tant d'années, auprès du khédive, pendant qu'il était indépendant, pour qu'il abolît cette institution, et qui lui ont fait signer la promesse de l'abolir cette année-ci, puissent s'abstenir de la rappeler au conseiller souverain de Tewfik pacha. Cette cause doit leur être encore plus sacrée, maintenant que leur gouvernement domine de toute son influence les décisions de son protégé. Sous l'autorité des chefe anglais investis du commandement des troupes égyptiennes, il ne doit plus être permis d'offrir, par exemple, comme le faisait l'autre jour encore le mudir de Dongola, de procurer deux cents esclaves pour le service de l'armée. On sait trop à quel prix et de quelle manière sont recrutés, par ceux qui les offrent, ces malheureux esclaves. — Quant aux hypothèses émises par Stanley dans ses entretiens avec les reporters de journaux, sur les voies par lesquelles il serait possible à Gordon de s'échapper de Khartoum, elles n'ont qu'un défaut, celui de reposer sur une base plus que douteuse. Pour gagner soit le Victoria-Nyanza et Zanzibar, soit le quartier général de Lupton-bey, Dem-Suleiman, et les stations du Congo, il faut remonter le Nil-Blanc et ses tributaires, au milieu d'une végétation qui pQUt obstruer complètement le cours du deuve« et de troupes de partisans du mahdi, contre lesquelles la bravoure de Gordon peut n'être d'aucun secours. La mort de l'explorateur hollandais Schuver, à proximité du poste de Lupton-bey, l'a bien prouvé; rien ne serait moins certain que l'issue d'une tentative de s'échapper par cette voie-là. Nous préférerions pour Gordon la descente du Nil, à la rencontre des troupes anglaises, vers Abou-Hamed et Dongola.
C'est au 1" septembre que le traité signé le 3 juin à Adoua par l'amiral anglais, sir W. Hewett, avec le négous, a fixé la restitution du pays des Bogos à l' Abysslnie, et l'évacuation des garnisons égyptiennes de Kassala, Amedib et Sennaheit. Le gouvernement abyssinien s'est engagé à faciliter leur retraite dans la direction de Massaoua. Le libre transit par ce port des marchandises, armes et munitions, à destination d'Abys- -sinie, ou venant de ce pays, est garanti par l'Angleterre, sous le protec-
[ Massaoua est désormais placé. Les litiges qui pourraient enir entre l'Egypte et l'Âbyssinie, devront être soumis k .u gouvernement britannique. Ënâo la ratification du traité & la reine d'Angleterre aussi bien qu'au khédive, isadeurs abyssioiens envoyés à Londres parle roi Jean, ont »oua, oti ils ont rapporté avoir vu Blanchi k Mek&Ilé, les rs de juillet. D'après VEsploratore, M. Colaci, venu de Masa, au commencement de juillet, un serviteur de l'expédition
l'avait quittée depuis dix jours. II a raconté que Blanchi et ons se sont avancés jusqu'à cinq jours de marche de Sciui direction d'Assab, mais qu'ils ont dû revenir en arrière, s quelques serviteurs qui leur restaient, et le guide que leur I le roi Jean, s'étaient enfuis. Blanchi avait l'intention légous pour lui demander d'autres guides. On ignore s'il veut lainteuant sa tentative, ou bien s'il compte attendre que la luies soit passée. Mais, d'après les nouvelles que M. Colact :, on peut être rassuré sur le compte de Blanchi et de ses
de voyage, MM. Diana et Monari, qui jouissaient d'une parport de Zella, dans le voisinage d'Obock et de Tadjoura^ a voulu foire occuper celui de Berbéra, quoique, d'après Q de 1877, la suzeraineté de la Porte sur la juridiction du sndelelong de la côte des Somalis jusqu'au capRas-Afoun. ive a échoué par suite du refus du gouverneur de reconnali anglaise et de l'hostilité des habitants. D'après une lettre
au Temps, l'évacuation de^ garnisons égyptiennes de cette TÎtoire des Somalis, et sa restitution aux familles des anciens t sa ruine et celle des intérêts européens qui y sont engagés.
chefs eux-mêmes n'existent plus, les Égyptiens les ont >our pouvoir établir leur domination en 1875 ; en outre, ils^ division parmi les peuplades somalis, et ont détruit l'esprit a propageant la discorde. Si le territoire est évacué pour lux parents très éloignés des anciens possesseurs, le pays
la guerre civile et à l'anarchie, et la vie des Européens êrieux dangers. Le gouverneur actuel, Ali-Pacha-Redan, Iligeut, rempli de bonne volonté, et imbu des idées euroïorce de réformer l'état de choses établi par ses prédécesjureusement les moyens lui font défaut. Ne recevant jamais •s de l'Egypte, obligé de subvenir aux frais de l'occupation
avec les seules ressources du pays, ayant à ses ordres une soldatesque indisciplinée parce qu'elle est mal payée, mal vêtue et plus mal nourrie, «utouré d'hommes qui, depuis dix ans, ont été habitués à considérer le pays comme leur chose, à l'exploiter sous toutes les formes , il lui est difficile de réagir contre un pareil système. Pour y remédier, il faudrait une le gouvernement du khédive pût s'occuper de ce territoire, envoyer des fonds qui permissent de subvenir aux frais d'occupation, favoriser le commerce et la grande culture du café, la principale richesse du pays.
M. J. Thomson est arrivé en Angleterre, encore souffrant de la maladie dont il a été atteint sur les bords du lac Nalvasha, dans le pays <les Masal. La carte qu'il a dressée, montre qu'il faudra faire subir une modification considérable au dessin de la côte N i-E . du lac Victor ia- IVyanza. C'est là,|à peu près à la latitude de l'Ou-Ganda et de la sortie du Nil, et non plus au sud, qu'est situé le territoire très populeux de Kavirondo, à l'est duquel se trouve le lac Bahringo. — Parmi les photographies rapportées par M. Thomson, il y en a une du mont Kénia, prise le matin de bonne heure, le seul moment où le sommet soit dégagé de nuages. Elle représente un cône de neige, de quelques mille pieds de hauteur, s'élevant sur une large base dont les pentes sont couvertes de sombres forêts. Le résultat pratique de l'expédition sera vraisemblablement l'ouverture d'une nouvelle route directe, de l'Océan Indien à la côte septentrionale du Victoria-Nyanza, de Mombas à Kavirondo par Oukambani. — M. Thomson- est arrivé à Mombas le lendemain du jour où M. ilolmston en était parti pour le Kilimandjaro ; leurs caravanes ne se sont pas rencontrées. La famine régnait dans le district de Teïta, SUT la route du Kilimandjaro. — M. le lieutenant Gissini^, vice-consul anglais à Mombas, a quitté la côte pour faire un voyage à l'intérieur. D'après un rapport de M. le missionnaire Wakefield, M. Johnston a passé à la station de Jomvou, pourvu de tout le nécessaire pour son expédition ; il n'avait jusque-là souffert d'aucun des ennuis que lesjvoyageurs en Afri- <iue ont d'ordinaire à subir de la part des porteurs. Il a avec lui trois des préparateurs qui ont été au sendce du D' Fischer. — M. Stokes, de la mission de l'Ou-Ganda était à Mombas se préparant à faire un voyage, de ce point de la côte à Mamboia, vers le S.-O. à travers l'Ou-Sambara et le Ngourou. Sa route passe par un pays de montagnes et couvert de forêts, habité par des tribus d'un caractère peu sûr. Mais il a déjà fait plusieurs fois le voyage de la côte au Victoria-Nyanza et retour ; il est donc bien quaUfié pour réussir dans cette nouvelle entreprise.
Ce n'est pas à Teïta seulement que règne la famine. M. Parler, de la
:ri
mission des Universités, en signale une très forte accompagnée d'une grande mortalité, dans le district de Mai^ilas à l'ouest de Pangani. Les missionnaires ont fait venir du riz de Bombay, pour le distribuer aux affamés. Les habitants n'ayant pas de vivres, font cuire des mauvaises her* bes qu'ils mangent avec une racine vénéneuse appelée mdifjay qu'ils font bouillir dans l'eau avant de la manger. Du district de Bondei aussi, arrivent de toutes parts des gens à MagUa^ chaque matin, 200 d'entre eux assiègent la chambre des provisions des missionnaires. Les portes ont dû en être consolidées pour prévenir une effraction. Les uns apportent de l'argent, d'autres la promesse de rembourser quand ils auront serré leurs récoltes. Celles-ci sont retardées par le fait que les pluies se sont fait attendre, mais elles seront bonnes. La libéralité des missionnaires leur a gagné le cœur des natife du Bondei, qui les ont autorisés à voyager dans leur pays comme ils le voudront, à construire oU ils le désireront et à instruire tous les gens du district. M. Farler écrit encore au Central Africa, qu'il y a guerre entre le sultan de Zanzibar et un chef voisin de Magila. Les missionnaires ayant envoyé de leurs gens à Pangani pour acheter des vivres, les Arabes les ont attaqués et en ont mis quarante en prison, dans une pièce de 12 pieds de long sur 9 de large, sans fenêtres et sans place suffisante pour se coucher ou pour s'asseoir. Ils les y ont retenus dix jours. Sir John Kirk a obtenu de Sald Bargasch qu'il donnât l'ordre de les relâcher.
La mort du chef ma-kololo Chipitoula a failli amener une guerre contre les blancs de Blantyre et de Mandala. Chikousi, fils du défunt, réussit à entraîner dans ses projets de vengeance les gens de Ramakoukan, qui étaient en contestation avec la Compagnie de transport par le Nyassa dirigée par M. Moir. Celui-ci mit Mandala en état de défense. Les missionnaires déclarèrent vouloir conserver la paix, si possible ; sinon, ils auraient abandonné la station et seraient allés à Zomba jusqu'à ce que les esprits se fussent calmés. Le consul anglais resta dans la station et recommanda de la fortifier si cela était nécessaire. Heureusement Ramakoukan adopta des dispositions pacifiques et se déclara ami de la mission, mais sans vouloir recevoir les gens de M. Moir. Le consul et les missionnaires s'efforcèrent de réconcilier les deux parties. Il importe d'autant plus d'avoir Hamakoukan en sa faveur, qu'aujourd'hui il est le chef de tous les Ma-Kololo de la région du Chiré, et que c'est entre ses mains que se trouve le contrôle de la rivière. D'après un télégramme de la Compagnie, Ramakoukan a consenti à laisser passer le vapeur de M. Moir sur le Chiré ; on peut donc envisager la navigation comme rouverte.
Une lettre du B' Holub au Cape Argus ^ datée de Fauresmith , dans rÉtat libre de TOrange, donne des détails sur les progrès de son expédition. Il n'avance que lentement, ses bœufs se ressentant des maigres pftturages qu'il a dû traverser depuis son départ de Colesberg. En outre chacun le reçoit si bien, qu'il séjourne à chacune de ses étapes plus longtemps qu'il ne l'avait compté. Les fermiers ont mis à sa disposition des pftturages qu'ils avaient réservés pour leur usage particulier, et des véhicules qui lui ont permis d'accumuler, pour le musée d'histoire naturelle de l'Afrique australe, des matériaux ethnologiques qu'il a l'intention d'exposer dans les principales villes de l'Europe à son retour, avant que la collection en soit partagée entre les écoles auxquelles elle est destinée. A son arrivée à PhilipoHs, il a reçu un télégramme du Président de l'État libre l'invitant à se rendre à Blœmfontein. On le voit, son expédition s'accomplit dans les conditions les plus favorables ; toutefois les froids de l'hiver se faisaient vivement sentir surtout le matin et le soir.
Une réunion de capitalistes allemands a eu lieu à Berlin le 19 août, pour s'occuper de la question de l'achat, dans le sud de l'Afrique, de vastes terrains, pour y fonder une colonie agricole et commerciale. Le Parlement colonial du Cap n'admet pas le protectorat de l'empire d'Allemagne sur les établissements de la maison Lûderitz à Angara - Peqnena. Dans sa séance du 15 juillet, sur la proposition d'un de ses membres, il a voté qu'il convient de faire le nécessaire pour que toute la ligne de côte, de l'embouchure du fleuve Orange au Cunéné, soit annexée à la colonie du Cap, ou déclarée territoire britannique. Est-ce en réponse à cette résolution que M. Ashley, sous-secrétaire d'État, a déclaré à la Chambre des communes, qu'après un examen attentif de la question, le gouvernement anglais est arrivé à la conclusion qu'on ne peut contester à l'AUeniagne le droit de protéger ses ressortissants à Angra-Pequena, quoique Walfish-bay et les îles adjacentes soient incontestablement territoire britannique ? Nous l'ignorons. Quoi qu'il en soit, l'Angleterre a demandé à l'Allemagne de nommer en commun une commission, pour prononcer sur les prétentions des sujets anglais qui se sont établis à Angra-Pequena ou qui y ont acquis des possessions.
Depuis son retour du Cong^o, Stanley s'est efforcé à Londres, à Bruxelles, à Paris, de préparer les voies à la reconnaissance, par les puissances européennes, de l'État libre du Congo. Son opposition à SaVorgnan de Brazza a fait place à une entente cordiale, et l'on peut espérer que les progrès des expéditions et des découvertes dans le bassin
du Congo ne seront plus tenus secrets comme ils Tout été trop longtemps.
Déjà maintenant nous pouvons donner, sur les affluents du fleuve, des renseignements nouveaux apportés par Stanley, et publiés par M. Wauters dans le Mouvement géographique de Bruxelles. Stanley a constaté que, dans le grand coude que le Congo forme vers le nord, au delà de l'équateur, il reçoit, sur la rive gauche, deux aflluents considérables, qui occupent peut-être le premier rang dans la masse de ses grands tributaires : ce sont le Lioulem^ou et le Loabllaaoh. Le premier se jette dans le fleuve par environ 0** 45' lat. N., en amont du grand village de Loulanga, ou les agents de TAssociation posent en ce moment les fondements d'une importante station. Stanley considère cette rivière, dont il a reconnu Tembouchure, et dont Texistence n'avait jamais été révélée jusqu'ici, comme le plus important des affluents du Congo, dépassant comme volume d'eau le Quango et l'Ârououimi. C'est probablement le cours inférieur du Cassai, traversé dans sa partie moyenne par Livingstone, Pogge et Wissmann. Dans ce cas, il aurait approximativement 1800 kilomètres de longueur. Quant au Loubilasch, il se jette dans le Congo à peu près à la même latitude que le Loulemgou, mais en amont du coude, vers la moitié environ de la distance qui sépare le confluent de l'Arououimi des chutes de Stanley. Au dire des Arabes de Nyangoué, qui poussent leurs incursions jusqu'au bassin de cette rivière, le cours de celle-ci serait barré par des rapides à une cinquantaine de kilomètres en amont de son confluent. Il est permis de supposer que le Loubilasch n'est que le cours inférieur de la grande rivière du même nom, que Pogge et Wissmann ont traversée dans le pays des Ba-Songé,au S.-O. de Nyangoué. Dans sa dernière exploration (1883-1 884), Stanley n'a pas rencontré le confluent du Sankourou, émissaire du lac hjrpotbétique du même nom. Aussi peut-on, jusqu'à plus amples renseignements, en considérer l'existence comme problématique.
Sur la rive droite du Congo, outre le puissant Arououimi, Stanley a signalé deux autres affluents l'Itimbirietle lllboand§^a. Le premier se jette dans le fleuve un peu en amont de sa partie la plus septentrionale; il paraît venir du nord, et Stanley suppose qu'il a ses sources dans le Dar-Banda ; ce qui le lui fait croire, c'est la présence, le long de ses bords, d'articles et de marchandises du Soudan. Le Mboundgou n'est autre que la grande rivière des Bangala. Le capitaine Hanaaeiu» en a reconnu le cours inférieur. Sur la rive gauche de cette rivière, un peu en amont de son confluent, se trouve une agglomération de petits
villages portant le nom d'Oubangi; il s'y tient un des marchés les plus importants de TAfrique. Là aussi, TAssociation s'est réservé de vastes concessions de terrain et s'occupe à y fonder une station. Lorsque Stanley rendit visite, en janvier dernier, au chef des Bangala, Matam-' wiké^roideriboko,nom que porte l'ensemble des territoires de ces tribus, il fut pacifiquement accueilli, mais ne réussit pas à y établir une station. M. le capitaine Haussons s'y rendit au mois de mai, avec une flottille de trois vapeurs, et fut reçu avec empressement par Matamwfké, avec lequel l'échange du sang se fit le jour même de l'arrivée de l'expédition. Le lendemain eut lieu une cérémonie supplémentaire, qui cimenta le pacte de fraternité conclu la veille et lui donna une plus grande valeur. Cette cérémonie a consisté dans l'abatage d'un palmier fétiche, suivant un certain rituel ; la direction dans laquelle tomba le palmier, prouva aux populations que M. Haussons était dévoué corps et ftme au roi Matamwiké ; dès lors, le roi s'attacha à faire agréer par les chefe, ses vassaux, ses nouveaux amis, les blancs. Le prince Mongimbé cependant, fils aîpé du roi, adversaire déclaré de toute innovation, fit opposition. Il fallut que Matamwiké convoquât tous les chefs et les persuadât par un discours qu'il termina ainsi : a Nous devons prendre le blanc chez nous, parce que le blanc est bon ; partout oii il fait ses villages il est aimé, et il a la confiance des populations. » Le traité fut alors signé, le terrain Ibhité, les maisons et les bananiers qui s'y trouvaient achetés et payés, et dès le lendemain, le drapeau international y était arboré. M. Haussons a en outre acquis le district de Ngondo, sur la rive gauche du Congo, en amont de Loukoléla, et y a installé un poste. Il a aussi rendu visite aux deux grands chefs Mukwala et Mangambo, rois de l'Irebou, et a placé leur vaste territoire sous le protectorat de l'Association. Même réussite à Oubangi,|au confluent du Mboundgou et du Loulanga, où des concessions de terrain ont aussi été obtenues, et où l'on s'est aussitôt mis & l'œuvre pour l'établissement de nouvelles stations.
Mentionnons encore la création de la station de Yoonda, à quelque distance de la rive gauche du Bas-Congo, entre Boubytown et Loukounga ; le traité par lequel le roi Nécorado, chef indépendant de Borna, a cédé à l'Association ses droits souverains sur tous les territoires soumis à son autorité ; et le départ d'un de nos compatriotes, M. le comte Max de Pourtalès, qui, après avoir fait avec distinction les campagnes de 1866 et 1870 au service de l'armée allemande, va se mettre à la disposition désir Francis de Winton, le remplaçant de Stanley au Congo.
11 a été question d'une demande faite par le gouvernement allemand à
rAssoci&tion internationale, au sujet des conditions atUquelles seraient cédés des terrùns à des colons et à des commepf&ntB «llrmKnd», qui auraient l'intention de s'établir sur les rives du Congo. L'Association a répondu que son territoire était ouvert à tout le monde, et qu'elle entrerait très volontiers en négociation avec des Alleroands qui voudraient fonder des établissements sérieux. L'on annonce, comme devant partir au mois de septembre, un groupe d'agronomes allemands, chargés de l'ioçtallation et de la culture des potagers autour des stations. A ce propos, un correspondant du l^mes a rapporté, d'une entrevue avec Stanley, les renseignements suivants : Au point de vue agricole, le bassin du Haut-Congo est susceptible d'un développement illimité. Si un transit régulier et suffisamment rapide peut ëtie assuré, de petits capitalistes qui prendraient quelques acres de terre dans les ricbes vallées, et se voueraient k la culture des céréales, y trouveraient une ample rémunération. Le sol convient tout spécialement aux plantations de riz. Un Arabe qui s'est établi dans le pays, entre les chutes de Stanley et Xyangoué, depuis le passage de Stanley, en 1877, en récolte beaucoup plus que ue peuvent en consommer ses 1200 esclaves. Il paraît que les Arabes s'avancent rapidement vers l'ouest, et qu'ils occupent les meilleurs emplacements. 11 n'y aurait rien à redire à cela, s'ils ne se livraient surtout à la traite; te développement industriel du pays est pour eux chose tout à fait secondaire. A ceux qui disent que l'ivoire, la gomme et l'huile sont les seuls produits de quelque importance, et que le premier sera épuisé dans quelques années, StatUey répond que l'ivoire durera encore des générations, et que la gomme et l'huile, k elles seules, peuvent fournir un trafic considérable. Mais le pays abonde encore en plantes de café sauvage, dont les baies, même sans culture, produisent un excellent breuvage. L'orseille abonde également, et les natife, aussi bien que les colons, ont de vastes plantations de bananiers. Les oranges et d'autres fruits sont aussi cultivés avec un plein succès.
Quant à l'extension des opérations de l'Association, Stanley est d'avis qu'elles devraient s'étendre jusqu'au lac Bangouéolo. Il a remonté plusieurs des affluents méridionaux du Congo, et a trouvé quelques-uns d'entre eux libres d'obstacles, sur un parcours de 400 à 500 kilom. Il recommande l'établissement de stations sur ces tribut^res. Les rapides qui existent dans d'autres ne présenteront pas de difficultés aux canots des indigènes, qui arriveront bien vite aux marchés des blancs. En un mot, Stanley exprime un ferme espoir en l'avenir du Congo et de l'Afiique en général, pourvu que les indigènes soient traités avec tact et bienveillance.
NOUVELLES COMPLÉMENTAIRES
D'après un rapport du consul général de France, à Londres, l'importation de l'alfa, d'Algérie en Angleterre, pour la fabrication du papier, augmente considérablement. Les 44 ^/o de ce produit proviennent de l'Algérie, qui en a importé, en 1883, 20,000 tonnes de plus que les années précédentes. C'est au choix de la marchandise que tient la faveur dont les alfas algériens jouissent en Angleterre.
Une ligne de chemin de fer à voie étroite est projetée, pour mettre Sétif en communication directe avec Bougie.
Le Comité des missions de Paris a chargé M. Erûger, revenu du Le-Souto, en Europe, pour sa santé, d'étudier dans tous ses détails la question de l'évangélisation des Arabes et des Kabyles, en Algérie.
Il résulte d'un rapport publié par l'JESrporf, sur les importations en Tunisie, que, de 1880 à 1882, le produit s'en est élevé de 25 millions à 50 millions de francs.
La section florentine de la Société italienne d'exploration africaine a décidé de charger un comité de faire une enquête sur les rapports de l'Italie avec la Tripolitaîne, de protéger les intérêts italiens dans ce dernier pay? et d'y développer la civilisation.
M. le D' Ragazzi partira le 1"* septembre, pour prendre la direction de la station de Let-Marefia, au Choa.
Mgr. Livinhac, vicaire apostolique du Yictoria-Nyanza, a ramené à la maison des missions d'Alger cinq jeunes nègres de 7 à 12 ans, des districts compris entre leTanganyika et la côte du Zanguebar; ils seront élevés à l'Institut apostolique de Malte, où une vingtaine de leurs frères de l'Afrique équatoriale reçoivent déjà une éducation soignée.
M. Stevenson, de Glascow, a généreusement offert de faire construire à ses frais une voie ferrée, le long des rapides du Chiré, entre l'Océan Indien et le Nyassa» pour faciliter le transport des marchandises là où la navigation est empêchée.
La querelle, depuis longtemps pendante entre Sepînare, chef ba-rolong de Taba X'gchou, et son demi-frère, Samuel Maroko, venu récemment en Angleterre réclamer, mais en vain, l'intervention du gouvernement britannique, s'est terminée par la mort de Sepinare et l'incendie d'une partie de Taba-N'gchou. Sepînare étant feudataire de l'État libre de l'Orange, le président Brandt a expulsé les partisans de Samuel- Maroko, et a déclaré le territoire de Taba N'gchou partie intégrante de l'État libre.
Le Bulletin des Missions de Paris a annoncé le départ de Schoshong de l'expédition du ^ambèze. D'après la dernière lettre de M. Coillard, datée de Kané, à l'entrée du Ealahara, l'état sanitaire des voyageurs était excellent.
VAdvertiser de Graaff-Reynet publie un rapport du D' Hahn sur des spécimens de cuivre, qui lui ont été envoyés de Bethesda, au S.-O. du Le-Souto, pour les analyser. Il les a trouvés très riches et indiquant la présence de gisements rémunérateurs dans cette région.
Les explorateurs portugais Gapello et Ivens ont été empêchés de se rendre de Mossamédès au Cunéné par la rivière CoYOca, comme ils le projetaient,, les gorges profondes qui coupent cette yallée rendant cette voie impraticable. Us se borneront à relever le cours du Cunéné, et à terminer l'exploration du Quango, jusqu'à son confluent avec le Congo.
Une expédition portugaise dirigée par le ro%jor Henriquez de Carvalho a quitté Loanda le }0 juin, pour se rendre chez le Mouato-Yamvo. Elle a remonté le Quanza jusqu'à Dondo, en bateau à vapeur, et devait partir pour Malangé, dès qu'elle aurait réuni les 400 à 500 porteurs dont elle avait besoin. Elle emporte de riches présents du roi de Portugal pour le souverain du Lounda, dont elle tâchera d'ouvrir les États au commerce ; après cela elle traversera le continent dans la direction de Mozambique.
L'Académie des sciences de Berlin a chargé le D' Schweinfurth, d'une mission dans l'Afrique centrale. Le point où il abordera le continent africain n'est pas indiqué.
Le développement des stations de la Livingstone Inland Mission, le long du Congo, ne permettant plus au Comité qui avait pris Tinitiative de cette œuvre, de continuer à en être chargé, celui-ci l'a transmise tout entière à la grande Société de l'Union missionnaire baptiste américaine, dont le siège est à Boston.
D'après une dépêche du Diritto^ toutes les puissances auraient adhéré à l'idée d'une conférence internationale pour régler la question du Congo. L'initiative de la conveùtion a été confiée à l'Allemagne.
Le missionnaire Coker de Badagry rapporte que, le 16 février, les Dahoméens ont attaqué la ville d'Okéodan, dans le Tomba, et qu'ils l'ont entièrement détruite. Des 6000 habitants qu'elle comptait, 2 ou 3000 ont été tués ou réduits en esclavage, le reste s'est échappé dans les bois et dans les villages voisins.
Un télégramme du 23 juillet, du gouvernement du Sénégal, a annoncé que la canonnière en construction sur le Niger était complètement montée.
Le D' Bayol, lieutenant-gouverneur du Sénégal, est venu se reposer en France des fatigues de son séjour dans la partie de la colonie entre la Cazamance et la Mellacorée.
Le voyageur espagnol Giménès a adressé aux journaux de Madrid une dépêche datée du 27 juillet, d'Uxda, au Maroc, d'après laquelle il a exploré la région de la Moulouya et la chaîne des monts Beni-Senanin. Il a commencé des opérations commerciales à l'embouchure du £[iss, et s'est dirigé ensuite du côté de Cheza. — Une lettre qu'il nous a adressée nous annonce son arrivée à Melilla,et nous fait espérer un récit de son expédition.
La Sociedad Espanola Africanistas, fondée à Madrid, il y a six mois, a décidé d'envoyer en automne une expédition, dont le but sera de trouver de nouveaux débouchés commerciaux en Afrique, et tout d'abord au Maroc.
L^PV)" ï •»