L'AFRIQUE. — SIXIÈME AHN^B. — N
au sultan d'Aoussa, Mohamed-AnfiAll, avec lequel le comte Anionelll a conclu une ci^nvenCion, dont le journal de Rome Marina e Cammercio a donné le texte :
Article premier. — La paix et Tamitié seront constantes et perpétuelles entre les autorités italiennes d'Assab et le sultan Mohamed- Anfali, ainsi qu'entre leurs sujets respectifs.
Art. 2. — Chacune des deux parties nommera un représentant pour traiter les aflFaires.
Art. 3. — Le sultan Mohamed-Anfali garantit au gouvernement italien et à S. M. le roi Ménélik, la sécurité de la route entre Assab, Aoussa et le royaume du Choa pour toutes les caravanes italiennes venant de la mer ou s'y rendant.
Art. 4. — Le sultan Mohamed-Anfali, d'accord avec les autres sultans, déclare exemptes de droits ou de tributs toutes les caravanes italiennes venant d'Assab ou s'y rendant.
Art. 5. — ^Le sultan Mohamed-Anfali cède au gouvernement de S. M. le roi d'Italie l'usage de la terre d'Ablis (Aoussa) sur la partie du territoire d' Aoussa propre à la culture, pour y établir une station commerciale italienne.
Art. 6. — Toutes les religions seront respectées.
Art. 7. — Les sujets de S. M. le roi d'Italie voyageront librement dans tout le pays dépendant du sultan Mohamed-Anfali, et les sujets de celui-ci seront toujours assistés par les autorités consulaires italiennes.
Art. 8. — Les vaisseaux de guerre de S. M. le roi d'Italie veilleront à la sécurité du littoral danakil.
Art. 9. — Cette convention sera soumise à l'approbation de S. M. le roi du Choa et sera ratifiée au Choa par le représentant du gouvernement de S. M. le roi d'Italie.
Art. 10. — n sera fait - des copies de la dite convention en langues amharique, arabe et italienne, qui devront concorder parfaitement dans les traductions respectives.
Un correspondant du Temps qui a fait à Oboek un long séjour, pendant lequel il a établi des cultures potagères et maratchères, a fourni à ce journal des renseignements d'où il résulte que cette colonie française pourra devenir, dans la mer Rouge, un excellent port de ravitaillement. Dans la plaine d'Obock, à deux kilomètres du port, se trouvent une trentaine d'hectares, oU l'on est sûr de pouvoir faire des cultures, en ne manquant jamais d'eau douce pour l'arrosage nécessaire.
On peut y cultiver des légumes très facilement pendant dix mois de Tannée. U y a deux mois très chauds, pendant lesquels cela peut devenir plus difficile, mais on est toujours certain d'avoir de la verdure. La végétation est rapide; les haricots et les épinards peuvent être cueillis une vingtaine de jours seulement après que la graine a été semée. —D'après le Moniteur des œlonies, l'administration des colonies a fait, au commandant d'Obock, un important envoi de plantes potagères, et le gouverneur général de l'Algérie prépare un envoi de plants d'eucalyptus, de palmiers et de vignes destinés au nouvel établissement français de la mer Rouge. — L'eau manque si peu que le correspondant a pu voir, tous les jours, venir au bas d'une factorerie, pour s'abreuver, 150 bêtes à cornes, quelques centaines de chèvres et 200 chameaux. Et ce ne sont pas les pluies qui donnent de l'eau douce, car, pendant un séjour de huit mois, il n'a vu pleuvoir qu'une fois. La route de Tadjoura au Choa facilitera 'les transactions; plus courte que les autres, elle est en outre meilleure, car on y rencontre les puits nécessaires poui* abreuver les chameaux des caravanes. Les chefis des tribus par lesquelles il faut passer sont aussi plus sûrs que ne l'est Abou-Beker, le sultan de Zellah, tète de ligne d'une autre route de la côte au Choa.
L'expédition portugaise de Serpa Pinto paraît avoir rencontré les difficultés ordinaires suscitées parles porteurs indigènes, et cela, malgré l'appui du gouvernement colonial de Mozambique. Faute d'hommes, elle a été retenue plusieurs mois à Mozouril ; il a fallu renvoyer un grand nombre de charges, et Serpa Pinto a dû changer de route. Il s'est décidé à prendre la voie du golfe de Pomba ; s'il peut obtenir là les 250 porteurs qui lui manquent, il en fera son point de départ vers les monts Méza. Pour atteindre Pomba, il comptait prendre la route suivie par Elton dans son voyage de Mozambique à Ibo en 1876, et espérait faire ce trajet en un mois. A Mozouril, il a pris 178 observations de latitude, et un certain nombre de longitudes. D'après les premières, la position du lieu serait de l"" à l"" 5' au sud de celle que lui attribuent les cartes.
La Société de géographie de Marseille a reçu des nouvelles de M. Victor Gfraud, qui a dû renoncer à son projet de traverser l'Afrique de l'est à l'ouest. Nos lecteurs n'ont pas oublié dans quelles circonstances il a été abandonné par ses porteurs après avoir atteint le lacBangouéolo \ Ce ne fut qu'à grand'peine qu'il put regagner la station de l'Association internationale, sur les bords du Tanganyika, où il reçut
» V. ¥«»• Année, p. 105-107.
une cordiale hospitalité. De là il se rendit au Nyassa par la route ouverte entre les deux lacs ; le petit vapeur de la Compagnie des lacs le transporta sur le Chiré, d'où en quinze jours de pirogues il gagna le Zambèze; enfin il atteignit Quilimane, où la factorerie française Mante frères et Borelli le reçut très hospitalièrement. S'il n'a pu réaliser entièrement son projet, son exploration de la région comprise entre Zanzibar, les lacs Nyassa, Tanganyika, Bangouéolo et Moéro, ne peut manquer d'ajouter beaucoup de données nouvelles à celles que nous ont déjà fournies Livingstone et J. Thomson.
Comme il l'avait fait pour Angra-Pequena, M. Lûderitz a acquis au mois de novembre, à prix d'argent, du roi Dinizoulou, et par l'intermédiaire de M. Einwald, un territoire d'une étendue de 60,000 acres, autour de la baie de Salnte-Liucie. Le chef zoulou a cédé non seulement le terrain, mais encore le droit de souveraineté. Le gouverneur de la colonie de Natal en ayant eu connaissance en décembre, s'empressa de faire hisser le drapeau anglais sur la nouvelle acquisition de M. Lûderitz, avant que le protectorat de l'empire allemand eût pu être rédamé et proclamé. D'après le Times, la baie de Sainte-Lucie a déjà été cédée à l'Angleterre par Fonda roi des Zoulous, en 1843, en vertu d'un traité spécial conclu entre le roi et M. Cloete, conunissaire du gouvernement britannique. La baie et l'embouchure de l'Oumvoloosi, mentionnées dans le traité, seraient ce qu'on appelle aujourd'hui la baie de Sainte- Lucie. L'Angleterre, il est vrai, n'a point notifié cette acquisition aux autres puissances, et n'y a point fait acte d'autorité. Néanmoins cette question ne semble pas devoir amener un conflit entre l'Allemi^ne et la Grande-Bretagne. Sans doute M. Lûderitz a cherché à établir ses droits auprès de la chancellerie allemande. Mais, d'après une note de la Gazette de V Allemagne du Nord, il ne parait pas qu'il puisse espérer les voir reconnus officiellement. Pour rendre une pareille acquisition valable, et pour le transfert des droits souverains, dit cette note, un traité avec les chefs indigènes ne suffit pas ; il faut le consentement de la république des Boêrs qui exerce un protectorat sur le Zoulouland. En outre, il y aurait lieu de tenir compte de l'état des choses existant entre les Boêrs et l'Angleterre, qui s'est réservé le droit d'approuver les traités que la république des Boêrs aurait à conclure. Lord Grandville a informé l'ambassade d'Allemagne à Londres que le gouvernement britannique s'en tient à la convention de 1843 qui lui donne le territoire et le port de Saint^Lucie. De son côté l'ambajssadeur allemand a reconnu que jusqu'ici l'Allemagne n'y a exercé aucun protectorat.
fl
En attendant que cette question soit réglée, rAngleterre a établi, par mesure de précaution, son protectorat sur la côte ^tière du Pondoland, territoire indépendant jusqu'ici, qui remplit tout l'espace compris entre la Colonie du Cap et Natal. La nombreuse population, quoique parfois en désaccord avec les peuplades voisines sur des questions de limites, n'est ni agressive, ni belliqueuse. Un des rêves de sir Bartle Frère avait été d'annexer ce pays à la Colonie du Cap ; mais lord Wolspjey ayant décliné la responsabilité des opérations militaires que cette annexion aurait rendues nécessaires, les Pondos sont demeurés indépendants sous leur roi Oumquikéla. Ils ont cependant été obligés de c<'»der au gouvernement britannique l'embouchure de la rivière Saint- John, cession qui a laissé dans leurs cœurs un ferment d'irritation sourde. La déclaration du protectorat anglais sur toute la côte les calmera-t-elle ? On peut en douter, à en juger par les précautions prises pour tâcher de leur faire comprendre que, quoique jusqu'ici l'AngleteiTO n'ait exercé son autorité maritime qu'à l'embouchure de la rivière Saint-John, la déclaration de protectorat n'implique pas l'intention il' annexer le pays. Les déclarations du Dally-News, qui a la prétention d'être l'organe de la politique actuelle du gouvernement anglais, les rassureront d'autant moins, croyons-nous, que, tout en protestant du respect pour l'indépendance des Pondos, il ajoute que le gouvernement britannique a maintenant affirmé son autorité, sur toute la ligne du sudest de l'Afrique jusqu'aux limites nord du pays des Zoulous, pour ne pas permettre à une puissance étrangère de hisser son pavillon sur une partie de la côte où les intérêts anglais auraient pu être compromis.
Le Mouvement géographique de Bruxelles a reçu des nouvelles de l'expédition qui transporte le long des chutes du Coni^o jusqu'à Stanley-Pool, le steamer le Stanley destiné à la navigation du hautfleuve et de ses affluents. Nos lecteurs se rappellent qu'il s'agit d'un vapeur démontable, composé de six compartiments étanches qui, mis sur l'eau, forment un tout navigable, et qui, à terre, séparés et montés sur de grandes roues en acier, se transforment en véritables chariots. Six cents indigènes, sous la conduite de huit agentsbiancs, transportent le bâtiment qui ne pèse pas moins de 50,000 kilogranmies. — Il y aura bientôt un an que le Stanley a quitté Liverpool. Arrivé au mois de mars • 1884 à Banana, il y a été remonté, puis il a suivi le Congo jusqu'à Vivi. Là, la machine a été débarquée, puis on a procédé à la disjonction des sections. Il a fallu trois mois à l'expédition pour franchir la route terrestre de Vivi à Isanghila, où le bateau, arrivé le 4 septembre, a été
remonté, et mis à flot, pour faire, par le fleuve, le trajet entre Isanghila et Manyanga. D'Isanghila, Texpédition s'eBt mise en route le 4 octobre. Le premier jour de navigation s'est bien passé. Pour traverser les rapides de Kilolo et de Baynestown, on a dû employer des pressions supérieures à celles auxquelles le bateau est destiné à marcher ; cependant les dangers ont été surmontés avec une facilité relative.
Le lendemain des difficultés nouvelles et plus grandes ont été rencontrées, près de la grande fie Flamini, où le Congo forme des rapides dangereux. Néanmoins cet obstacle a été heureusement franchi ; mais un peu plus loin, devant les rapides de Tchoumbou, malgré deux heures d'efforts surhumains, le Stanley a été arrêté. Dans ses manœuvres pour essayer de doubler la chute, il a touché un récif et a subi une avarie, heureusement insignifiante et qui a été réparée le lendemain. Le 23, nouvelle tentative pour forcer le passage. Quoique le bâtiment eût été considérablement allégé, tous les efforts furent vains et on dut rebrousser chemin. Après ce nouvel échec, le chef de l'expédition, M. Valcke, s'est décidé à attendre la crue du fleuve pour faire un nouvel essai. Devant les rapides de Tchoumbou, le passage se trouve près de la rive sud. Au moment des eaux basses, bien qu'il soit rempli de rochenB, il est praticable pour des embarcations d'un tirant d'eau moins fort : mais pour qu'un bateau de l'importance du Stanley puisse y passer, il faut que le fleuve monte de quelques pieds. Ces difficultés disent toute la hardiesse de l'entreprise et aussi le mérite qu'il y a, pour celui qui la dirige, à la mener à bonne fin.
Nous avons déjà dit que le Peuce, le vapeur de la mission baptiste anglaise, mis à flot à Stanley-Pool, avait pu remonter le fleuve jusqu'à la station de l'Equateur, Aujourd'hui le Missionary Herald nous apporte les détails de rexploratlon faite par MM. Comber et Grenfell. Nous en extrayons les faits nouveaux propres à intéresser nos lecteurs. Les missionnaires explorèrent d'abord l'ibapl Nkoutoa, affluent de gauche du Congo, et, à 80 kilomètres de son embouchure, ils arrivèrent en vue de la ville de Nga Nkabi, Mashle, capitale du pays des Wa-Bouma, formée d'une série de hameaux de trois à cinq kilom., le long de la rive septentrionale. Elle est gouvernée par une chefesse, femme très capable, énei^que, qui parle peu, mais sait gouverner ses sijgets. Ceux-ci sont les meilleurs spécimens que MM. Comber et Grenfell aient rencontrés dans leur voyage. Bien constitués, intelligents et relativement industrieux, il n'est pas étonnant qu'ils soient parmi les trafiquants les plus prospères du Congo. U n'est pas rare de
rencontrer une flottille de dix & vingt canots, tous pesanunen descendant k Stanley-Fool oii ils transportent leurs produits. ] outre bons constructeurs, fabriquant non seulementleurs propi mais encore beaucoup d'autres pour les vendre. D y en ava deux cents dans la baie, et plusieurs autres en construct que solennel que fut son maintien, Nga Nkabi. ne crut pas i de sa dignité d'entrer dans un canot avec une autre femme p( ter en présent aux missionnaires une chèvre et du plantai ont résolu d'y fonder une station, dès que des renforts 1( envoyés. Le paye qui environne Mushie est très pittoresqt eUe-même est construite sur une élévation qui s'étend parai] la rivière et aux montagnes que l'on aperçoit derrière elle, ei est séparée par une bande de terrain bas, oti sont les champs les plantations de cannes à sucre et de cassave. Les babitan nombre de 3000 environ, sans compter la population de vill moins éloignées qui reconnaissent l'autorité de Nga Nkabi.
A une cinquantaine de kilomètres en amont, les voyageui trèrent le confluent du Qn^ngo. Ce dernier est un beau 400" à SOÛ" de large, avec une vitesse moyenne de 1 à 2 kil i'beure. Cependant ils jugèrent qu'il devait être beaucoup que le cours d'eau venant du N.-E., exploré jusqu'au lac Léoi Stanley, sous 1°.% lat. S. Ils auraient aimé à étudier rivières, mais ils durent se contenter de remonter un peu I( lis remarquèrent que, tandis que jusque-là les maisons sont ca les borda du Quango elles sont rondes, ce qui indique qu'on limite d'un peuple distinct. Cette forme nouvelle s'accorde que Capello et Ivens ont signalée à 300 kilomètres plus MM. Comber et Grenfell ne purent pas entrer en rapport indigènes trop effrayés pour répondre à leurs questions ou à lei tions. Ils couraient le long delà rive, la lance à la main, ou se derrière les arbres comme s'ils eussent eu peur du bruit du bi
Rentrant ensuite dans le Congo, les missionnaires le rei jusqu'à la ville de Chonmbirl, à 6 kilomètres de laquellt vèrent une montagne rocheuse remarquable, commune dans des cataractes, mais rare dans cette partie du continent où tagnes ont toutes les contours doucement arrondis des colline qui la caractérisent. De 100" à 200~ de hauteur, elles sui^si ainsi dire, pour la plupart, du fleuve sur la rive droite, tandis gauche la rive s'élève en pente douce, et fournit un emplacen
sant aux villes nombreuses devant lesquelles passe le bateau. Quelques endroits sont extrêmement pittoresques et présentent des villes sises immédiatement au bord du fleuve; mais d'ordinaire les rochers sont tout à fait abi-upts, et s'élèvent verticalement à 10" ou 15", et n'offrent pas de place pour aborder.
Après avoir quitté Choumbiri , on airive en vue de l'île de Lone, l'une des îles innombrables qui caractérisent le Congo moyen jusqu'aux Chutes de Stanley. Ici l'on échange l'eau profonde et les écueils dangereux de rochei's contre des bas-fonds, des bancs de sable et des bras du fleuve, si entre-croisés que souvent on perd de vue la terre ferme et qu'il faut se sei"vir de la boussole pour se diriger. Au bout d'une cinquantaine de kilomètres de navigation au milieu de ces îles et de ces bancs de sable, les montagnes se rapprochent de nouveau du fleuve, et, sur la rive orientale, apparaissent les villes de Bolobo et de Moié dont Ibaka est le souverain. A l'exception de Ilebou et de Liboko villes des Ba-Ngala, aucun endroit ne paraît contenir une population aussi dense ; elle doit être de plus de 5000 habitants. Bolobo est peuplée de Ba-Nyansi, ou comme ils s'appellent eux-mêmes de Ba-Bangi émigré^s du Ou-Bangi, vis-à-vis de Nhombé. A Moïé, ce sont des Ba-Nounou, probablement les habitants primitifs. A l'intérieur sont les Ba-Tendé. La ville de Bolobo est composée de villages rangés sur une longueur de trois kilomètres; Moïé est encore plus grand, et ses villages, gouvernés chacun par un chef particulier, s'étendent à une plus grande distance du fleuve, et plus haut sur le flanc de la montagne. Entre Bolobo et Moïé il y a généralement hostilité, et dans chaque district il y a d'ordinaire des dissensions intestines entre les chefs. Quoique Ibaka soit le chef spécial de Bolobo, il y en a quatre-vingts autres. Les traits dominants des habitants sont l'ivrognerie, l'immoralité et la cruauté produisant des actes impossibles à décrire. Le lieutenantLiebrecht, chef de la station de Bolobo, accompagna MM. Comber et Grenfell dans ces» villes. La femme d'un des chefs ^e Bolobo étant morte, il devait y avoir une orgie de bière durant quatre ou cinq jours avec des sacrifices humains pour terminer; les victimes sont des esclaves achetés pour la circonstance. De grands cercles de belles femmes ornées de colliers de 12 à 15 kilogrammes dansaient au son du tambour. Les missionnaires cherchèrent à plaider en faveur des pauvres victimes, mais ce fut en vain. Autre supplice ; des prix en vivres sont organisés et, pour sceller cette espèce de concours, on tue un esclave ; un trou est creusé entre les deux villes, on brise bras et jambes à la victime, qui est jetée dans
le trou, pour y mourir, sans qu'il soit permis h personne de lui donner à manger ni à boire. On voit très peu d'enfante dans la ville des Ba- Bangi, ce qu'explique l'immoralité de la population. Il y en a davantage chez les Ba-Nounou de Molé. Leurs maisons sont plus grandes que celles des Ba-Bangi; quelques-unes sont ornées de cr&nes humains. Autour de la base de grands arbres, des cr&nes d'hippopotames indiquent que les habitants chassent cet animal. MM. Comber et Grenfell espèrent pouvoir prochainement fonder là une station. Ils out déterminé la latitude de Bolobo par S'IS'.
Le lieutenant Liebrecht les accompagna jusqu'à lH»ukoléla oti le fleuve se rétrécit, et n'a plus que deux kilomètres de large. Les alentours sont très boisés ; les cotoiinieis et le chône africain y abondent. Les missionnaires avaient depuis longtemps fait choix de cette localité pour y établir la station de Liverpool. Ayant avec eux trois chrétiens des stations de Victoria et de Bimbia, de la mission baptîste de Cameroon, ils les y ont laissés avec le soin de défricher un coin de terre dans la forêt et de bâtir une maison provisoire. La station sera voisine de celle de l'Association internationale. Ici les villages sont moins grands et plus disséminés que ceux de Bolobo, quoique les indigènes appartiennent aussi k la tribu des Ba-Bangi. ILs sont aussi plus doux et se montrent mieux disposés. Ils parurent très contents en apprenant que les missionnaires viendraient vivre au milieu d'eux pour les instruire. Le chef Mangaba voulut les accompagner chez les Ba-Ngala, pour les introduire auprès des chefs de ces derniers. En amont de Loukoléla le fleuve s'élargit de nouveau pour se rétrécir à nigombé, vis-àrvis de laquelle se jette dans le Congo, la rivière Albangi, grand cours d'eau de couleur brun clair, dont les eaux sur un long parcours ne se mêlent pas avec celles du fleuve plus foncées. Le même fait se reproduit pour la Loutongo dont les flots sont noirs comnie de l'encre. Xgombé, où l'Association internationale a une station, est déjà un poste de Ba-Ngala, descendus au bord du Congo, vraisemblablement par l'Albangi. Ils sont très nombreux et se montrèrent animés de dispositions amicales. A vingt kilomètres en amont sont situées quantité de villes, séparées l'une de l'autre par une bande de terrain d'un kilomètre et demi de large, et fourmillant d'habitants. Le sol paraît tout particulièrement fertile.
MM. Comber et GrenfcU visitèrent les chefs des villes de Boshende et de llehou, qui leur firent un accueil très cordial, et se montrèrent fort désireux de sceller amitié par la cérémonie de la fraternité du sang, conmiune chez les Ba-Bangi et chez les Ba-Ngala. La densité de la
-Sô-
|)opuiatioii d'Ilebou engagea les missionnaires à choisir cette localité comme emplacement d'une future station. Au delà commencent les villes du Congo équatorial, depuis Bojoungi jusqu'à Tembouchure du Rouki, à dix kilomètres au N. de l'Equateur. La population en est fort disséminée dans les districts de Bojoungi, Mbongo, Inganda et Bouangata. Les agents de la Livingstone-Inland-Mission ont décidé de s'établir dans l'Inganda et d'étendre leur activité aux villes du Bouangata sur lô Rouki, où sont des populations tout à fait primitives, les seules que MM. Comber et Grenfell eussent encore vues armées d'arcs et de flèches. La plupart des hommes portent en outre im bouclier, ou bien une lance avec le bouclier et quelques couteaux meurtriers. Au dire du lieutenant Van Gèle, de la station de l'Equateur, ils sont cruels ; ils imiholent des victimes humaines avec les couteaux susmentionnés, ou bien ils en poursuivent d'autres avec lances, arcs et flèches, pour procurer aux spectateurs altérés de sang le divertissement de lâchasse. En revanche et en parfait contraste avec ces cruautés, les missionnaires forent témoins à Equatorville d'une très jolie scène de plusieurs heures représentée par des enfants, consistant d'abord en une danse, suivie d'une sorte de petit opéra dont le chœur était très bien rendu par de petites filles de huit à douze ans. Quatre hommes portaient sur leurs épaules une sorte de bière dans laquelle se trouvait un corps ou quelque chose recouvert d'une étoffe rouge. Assise à l'un des bouts, une jolie petite fille paraissait triste et chagrine. La bière fut déposée sur le sol, et entourée du chœur composé de six petites filles ; une fenmie placée à côté de la bière chanta un chant plaintif, avec accompagnement du chœur. Les missionnaires n'en purent comprendre que les quelques mots, souvent répétés à la fin des chœurs : a Ka-oua-ka, il n'est pas mort. » Au bout d'un certain temps, l'incantation parut avoir eu l'effet désiré, un mouvement se produisit dans l'objet recouvert aux pieds des jeunes filles ; on écarta l'étoffe rouge et une petite fille apparut, tremblant de tous ses membres comme dans un accès d'épilepsie. Deux personnes s'avancèrent, la prirent par les bras et la mirent sur ses pieds.
Au delà du Rouki sont les villes des Ba-Ngala, qui s'étendent jusqu'à Liboko, par rso' lat. N., le point le plus éloigné atteint par MM. Comber et Grenfell. La première est Loulanga sur la rive orientale du fleuve semé d'Iles couvertes de forêts, fourmillant d'oestres (mouches piquantes) pendant le jour, et de moustiques pendant la nuit. Les Ba-Ngala parurent à MM. Comber et Grenfell les plus sauvages, les plus turbulents de tous les indigènes qu'ils eussent rencontrés jusque-là. Us
furent préeentés par le chef Mangaba de Loukoléla, qui paraissait connaître tout le monde et avoir une femme dans chaque ville; il saluait chacun des chefe importants comme son propre père. liOiUai^a peut avoir autant d'habitants qu'Debou; ils se précipitèrent vers le steamer dans de bons canots et montèrent sur le pont, conune pour en prendre possession. Les missionnaires eurent beaucoup de peine à les renvoyer à leurs embarcations ; ni la vapeur, ni les sifflets ne les eussent fait par^ fir. Il fallut le plus grand sang-froid chez tous les hommes du vapeur pour prévenir une catastrophe, tous ces visiteurs étant armés de couteaux et lie lances. Un peu en amont de Loulanga, on rencontre l'embouchure de la Loulongo, rivière de 700~ de large, aux eaux noires comme de l'encre; à 120 kilomètres au delà se trouvelit ville de Liboko, par 2° au nord de l'Equateur, la dernière d'une série de villes qui s' étendent sur une longueur de dix kilomètres, tout près les unes des autres. C'est à Liboko que, en 1677, Stanley soutint pendant quatre heures le grand combat dans lequel il fut attaqué par soixante-trois canots. Le brave fils du chef Mata-Mayiki mourut de ses blessures. Son vieux père, grand et bel homme, crut que l'un des missionnaires s'était trouvé avec Stanley. Ses gens arrivèrent sur la rive dans l'idée que ces blancs étaient des ennemis, et ils se préparèrent à combattre. Grâce à M. Coquilhat, chef de la station de l'Association internationale, des explications furent échangées et l'entrevue fut amicale. Quoique Liboko soit mieux b&tie que les autres villes des Ba-Ngala, et que ses habitants aient la réputation d'être de grands trafiquants, on ne voit pas chez eux des signes de prospérité. Liboko est à moitié chemin des Chutes de Stanley. LePeoce aurait pu pousser jusque-là, mais le temps que les nUssionnaires pouvaient consacrer à leur exploration étant presque écoulé, ils durent redescendre à Stanley-Pool. La route est ouverte, et dès que des renforts leur arriveront, ils établiront les nouvelles stations à Mushié, à Bolobo et à Ilebou.
La Conférence africaine n'ayant pas terminé ses travaux, nous devons ajourner à notre prochain numéro le résumé que nous nous proposons d'en faire'.
NOUVELLES GOHPLËHENTAIBEB
Le lieuteDant-colonel Roudaire vient de mourir à Guéret dans sa famille. Malgré l'appui prêté par M. de Lesseps au projet de créer une mer intérieure dans le
bassin des Chotts du sud de l'Algérie et de la Tunisie, il est douteux qu^il trouve un successeur dans la poursuite de ce dessein, à la réalisation duquel il a consacré les dix dernières années de sa vie.
MM. Clément et Gustave Denhardt auxquels la science géographique doit déjà une exploration du bassin de la Dana (v. ni"« année, p. 97 et 120), sont repartis à la fin de l'année dernière pour Zanzibar, afin d'y organiser une nouvelle expédition dans l'est de l'Afrique.
Le voyageur anglais Johnston est de retour à Zanzibar. Il parait content de son exploration du Kilimandjaro, sur lequel il s'est élevé à une hauteur de 4600"* n a rapporté des collections ; la flore et la faune des régions supérieures offrent des ressemblances avec celles des parties montagneuses de l'Afrique australe.
Les missionnaires de Bagamoyo ont fondé une nouvelle station à Kounzagira, sur la rive gauche du Kingani. Le pays est fertile, boisé, bien arrosé, la population est sympathique aux blancs.
Un télégramme de Zanzibar annonce que 200 esclaves enlevés à des négriers, ont été remis par le consul britannique à la mission de Frère Town.
D'après le BuUetin de renseignements coloniaux, une société qui a pris le titre de Société de colonisation à Madagascar est en voie de formation à 111e Manrice, pour obtenir du gouvernement français des concessions de terrain dans l'tle, dont elle espère l'occupation définitive par la France. Ce mouvement est provoqué par une crise très forte que traverse en ce moment l'tle Maurice, où la vente des sucres ne s'opère qu'avec des pertes considérables pour les planteurs.
Le ministère français des colonies étudie un projet tendant à établir un cAble sous-marin entre Mozambique, Mayotte, Nossi-Bé, Madagascar et la Réunion. Le câble serait prolongé jusqu'à Itle Maurice, l'Angleterre contribuant pour les frais de cette prolongation.
Le conseil général de la Réunion, pour favoriser les cultures nouvelles dans la colonie, a décidé que tous les nouveaux produits exportés jouiront de l'exonération des droits de sortie et d'une prime pendant trois ans.
Un correspondant de Madagascar a écrit à un journal de Maurice, la Ptanters Gazette, pour l'informer que l'on a trouvé de l'or d'alluvion à Madagascar et qu'on l'exploite. Le premier ministre a visité plusieurs endroits exploités près d'Antananarive. L'or appartient au gouvernement; mais cela n'empêche pas des Malgaches d'en recueillir en secret et de vendre de la poudre d'or à des étran' gers ; un de ceux-ci en a acheté cent onces à six dollars l'once.
Un correspondant du Cape Argus écrit que depuis la prohibition de la vente des spiritueux aux natifs, les crimes ont diminué de 50 % dans le district de King William's Town et que les taxes y sont payées beaucoup plus volontiers et plus régulièrement qu'autrefois. Les gens apprécient le changement et désirent voir la vente des spiritueux soumise aux mêmes restrictions pour tous les habitants.
D'après le Magasine of the American Baptist Missionary Union, M. F. 6. 6arland, membre du conseil exécutif de Natal, affirme que la polygamie parmi les Cafres, protégée et réglée par les autorités anglaises, n'est pas autre chose qn'un
«sclavage déguisé. Lea femmes aont comptées au nombre des propi Is prix d'une fille est Sié par la loi anglaise ; il y a là, dit M. Oai k faire disparaître.
Une nouvelle expëditJOD allemande à laquelle sont attachés pi de Freyberg, en Saxe, doit s'embarquer très prochaioement à Soi ÂDgra-Pequena. Elle a pour mission essentielle de constater I gisements miniers signalés dans le territoire placé sous le prot< pire allemand.
Le Natal Mercury annonce que plusieurs des familles Boers, quatre ans dans le territoire de Humpata, ont résolu, en présent des natifs de cette partie de la colonie portugaise, de quitter leurt actaeU et de se rendre dans le district de Behoboth, entre le Di pays des Grands Namaquas.
Les missionnaires américains qui avaient dû s'enfuir du Bihé i posent de répondre à l'invitation qui leur a été faite de se rendre Toula, à 160 kilom. dans l'intérieur, puis de remonter au Bihé f nombre de porteurs nécessaires.
La Société des missions méthodistes américaines a décidé d'ei missionnaires, hommes et femmes, pour fonder des stations au su( le pays des Tuchilangués. Des amis des missions subviennent aux et fournissent l'équipement des missionnaires qui, une fois en A vivre des produits du paya.
Le D' J. Chavanne a dû revenir temporairement en Europe, santé; il espère pouvoir retourner au Congo dans le courant de fé
D'après une lettre de M. Antonio Borges Silva, directeur de naire espagnole de Santa Isabel à Fernando PA, et ami de M. Rog dans le journal de Varsovie, la Kuryer WarMaicaki, cet e:iplora son inâuence auprès des tribus indigènes de Cameroon pour lei l'autorité allemande. Il a fait proposer au consul anglais de Bon de placer le territoire de la baie de Cameroon sous le protectorat Bretagne. Le consul britannique a immédiatement envoyé la cas' icard porter son consentement à cette proposition, et le command ment a proclamé le protectorat anglais. C'est vraisemblablement qu'il faut attribuer le soulèvement des indigènes, contre les factor des territoires récemment annexés, auxquelles notre compatriote, vaut, a heureusement pu, avec ses quatre-vingts porteurs, prêter cace. Les journaux politiques ont donné les détails de la répressi seaux allemands, de la révolte des chefs et des naturels de ce dist
Un témoin oculaire écrit aux Missions caihàUquts que le roi de célébrer en 1SS4 la fête de la grande Coutume avec plus de barb Pendant trois mois, chaque jour, on a pu voir, à la porte du palaii chement coupées, sans compter lea cadavres cloués aux arbres la donés par les mains seulement on par les pieds, et mourant ain lenrs souffrances, de la faim et des piqûres des insectes.
Une lettre du mÎBsioiinaire Bamseyer à la Société neucb&teloiae des misnona
nouB apporte les détails de son vojage de recoDDaisaence au nord de l'Achanti,
'"mmcnse steppe de l'Afram, jusqu'à Atéobou, aujourd'hui indépeadaut
loumasBie. Le roi des Achaotis, Kwakou-Dua, est mort de la petite
I prince Owonsou Koko a fait briser la nuque à Earikari, auquel il
l'être la cause de la mort du roi. Toutes les villes de l'Achanti sont
) contre Owousou Eoho.
Dentionnons que pour mémoire le séjour à Paris de l'envoïé du cheik tou, doDt les journaux quotidiens ont donné les détails, et la promesse t de la république française de lui acijoiodre, pour son retour, plusieurs argés d'aller poursuivre, à Timbouctou même, les négociations néceslonclasion d'un traité de commerce.
IN DE M. J. THOMSON, DE MOMBAS AU VICTORIA-NYANZA PAR LE PAYS DES MASAl
ommenceraeiit de l'ère moderne des explorations a&icajnes, u continent traversée récemment par M, J. Thomsou a passé le celles qui offrent le plus de dangers et de difficultés pour un européen. Les premières tentatives pour y pénétrer furent
les missionnaires Krapj et Rebmann, dont l'un découvrit le iro, tandis que l'autre aperçut le second sommet neigeux de m : le Kénia. Mais le pays compris entre ces montagnes et le yanza n'avait jamais été parcouru par un Européenjusqu'au 1 D' Fischer qui ne dépassa pas le lac Nalvascha (1883). ) place dont nous disposons ne nous a pas permis de donner ^nements détaillés sur cette expédition ; nous nous réservions de faire connaître ce pays, lorsque M. Thomson aurait rendu
la sienne à la Société de géographie de Londres. Le dernier a Proceedings de cette Société nous permet de suivre pas à igeur écossais, et de donner une carte d'après celle qui accomrapport.
iTvations de M. Thomson méritent toute créance, car il n'était lu venu dans le champ des explorations africaines. Nos lecppellent le succès avec lequel il conduisit l'expédition envoyée ciété de Londres, pour reconnaître la route de Zanzibar aa . de ce lac au Tanganyika '. L'expérience qu'il avait acquise
année, p. 188 et la carte 148.
dans cette première expédition, l'avait admirablement préparé pour un nouveau voyage. Il eut le bonheur de retrouver à Zanzibar son vieux domestique Makatoubou, un ancien guide de Stanley, Muinyi-Sera, et un marin maltais, James Martin ; ces tiois hommes furent mis à la tête de sa caravane composée de 120 hommes, malheureusement le rebut des porteurs de Zanzibar, les meilleurs ayant tous été transportés par mer à la côte occidentale pour le service de Stanley. Ce n'était pas trop de dix soldats fidèles pour maintenir l'ordre dans la caravane.
Ainsi équipé Thomson se rendit à Rabaï, près de Mombas, et en partit le 15 mars de Tannée dernière. De Rabaï au Kilimandjaro, la route est assez connue pour qu'il ne soit pas nécessabre de la décrire en détail. Elle traverse d'abord les terrains cultivés de la mission sur les pentes et les hauteurs de la première terrasse; puis, la Nyika plus ou moins déserte et le Dourouma, pays ondulé, couvert de fourrés épais, alternant avec des buissons épineux, au milieu desquels on rencontre çà et là de misérables établissements de natifs luttant contre la nature, pour lui arracher une chétive subsistance, toujours menacés de la famine ou fuyant la lance redoutable des Masal.
Dès le troisième jour on laisse demère soi toute trace d'habitants ; le cinquième, les bois touffus disparaissent, remplacés par des épines et des arbres noueux. La nature du sol change aussi ; à l'argile gris foncé et au grès, succèdent un sable d'un rouge brillant, des schistes et le gneiss. On ne trouve un peu d'eau que dans de petits creux remplis par les dernières pluies ; encore faut-il toutes les angoisses de la soif pour vous en faire boire. C'est le vrai désert, plaine inhabitée qui entoure les montagnes du Teïta, et s'étend de l'Ou-Sambara au sud, jusqu'à rOu-Koumbani et au pays des Gallas au nord, et du Dourouma à l'est, jusqu'au Kilimandjaro à l'ouest.
En approchant des frontières du Teïta, on échange la monotonie du désert contre le pittoresque de montagnes isolées, avec leurs ruisseaux murmurants et leurs fraîches brises; s'élevant du milieu d'une vaste plaine à des hauteurs qui varient de 1000" à 2000", elles ressemblent à un archipel d'îles abruptes sortant d'un océan de boue.
Après avoir traversé la chaîne de Boura, on franchit en deux fortes marches le désert qui sépare ces monts de Taveta, entourée de délicieux ombrages. Thomson présente ce district comme l'idéal des forêts tropicales, dont l'imagination populaire revêt les régions équatoriales, mais que le voyageur africain excédé de fatigue voit rarement. La végétation la plus luxuriante couvre les bords de la Loumi alimentée par la neige,
rail de l'homme y a cr^é de charmantes clairières, des bosquets ix et de riches plantations. La fraîcheur de la Loumi y répand à toute l'année. La neige du sommet du Kilimandjaro tempère hère et la maintient fraîche.
[ues, hospitaliers, honnêtes, les Wa-Taveta sout un mélat^e de es distinctes, les Wa-Taveta proprement dits, appartenant à la toue, et les Wa-Kouaâ, ou Masal, alliés aux tribus chamitiques ; du nord de l'Afrique ; ceux qu'on trouve maintenantà Taveta inus t^rès avoir perdu leur bétail dans leurs nombreuses guerres e qui les a obligés de renoncer aux préjugés de leur caste, et de e à la culture du sol.
sition de Taveta est excellente comme centre de commerce caravanes, qui se rendent au pays des Masal ou qui en revienssi cette ville a-t-eUe toujours eu une grande importance. De ison ât quelques excursions : au lac Jipé, au charmant cratère hala, etc. L'éruption à laquelle est due ce lac doit avoir été
à en juger par une tradition des Masal, qui racontent qu'un ra-kouafi existait autrefois sur cet emplacement, et qu'il fut tn l'air par une terrible explosion. Les Wa-Kouafi disent que md encore le beuglement des bestiaux, les aboiemeut^ des
d'autres bruits caractéristiques de la vie de village, nt une excursion dans la forêt, Thomson aperçut le KilimandpULS plusieurs jours il campait à sa base sans que le sommet é de nuages se fût montré à ses yeux, lorsqu'un jour il apparut ite sa gloire. Le grand dôme, ou cratère de Kibo s'élevait iusement au-dessus des forêts de Ghaga, avec son sommet neiincelant comme de l'argent aux rayons du soleil de l'aprësr son Sanc oriental se dressaient, en contraste frappant, les soutiers du profit dentelé du pic du Kimaouenzi. Le spectacle était t, mais il fut de courte durée. Les nuages se rassemblèrent }our ae traîner le long des dancs des montagnes, laissant penilque temps le pic noir et le dôme éclatant de blancheur se pn>r l'azur du ciel, en apparence suspendus entre ciel et terre et adioses que jamais.
ion rencontra dans ces parles des trafiquants revenant du ( Masal; ils lui firent comprendre que sa caravane était trop >ur s'y aventurer, car jamais, lui dirent-ils, on ne le fait avec ! trois cents hommes, loins tous ses préparatife étant achevés, il quitta Taveta le
18 avril, et longeant les pentes S.-O. du Kilimandjaro, dès le lendemain il abordait le pays des Masaï. Arrivé à la rivière Habali, il apprend qu'une forte troupe de Masaï est campée en face de lui. Bien vite il se barricade au moyen d'une enceinte d'épines impénétrable, et y met une forte garde pour empêcher les désertions, ou prévenir une attaque nocturne. Le lendemain il s'avance avec toutes les précautions possibles, en se cachant dans les jungles jusqu'à ce que les Masal soient partis. Puis il s'établit pour quelque temps dans le voisinage de la résidence du chef Mandara, avec lequel il a une entrevue où il est frappé de l'attitude princière et de la haute intelligence de son hôte.
La description qu'il fait de cette région mérite d'être citée. « Les nombreux torrents de montagnes de la région des pluies et de la neige ont creusé les pentes de Chaga, de manière à former un ensemble très varié de monts et de vallées; ici, une galerie de forêt s'étend en arceaux sur un torrent écumeux, là, c'est un bois touffu élevé, ailleurs une clairière, ou encore un coin de pays semblable à un parc. A notre gauche, la vue s'étend sur de fertiles pentes cultivées, d'où s'élèvent en spù-ale des colonnes de fumée ; de là, montant plus haut, l'œil sonde la région de forêts d'un vert sombre, et atteint au delà une zone nue d'où s'élancent vers le ciel les masses du Kibo et du Kimaouenzi. A l'est, dans le lointain, Taveta, et au delà, la plaine bornée par les pics élevés de Boura et de Kadiaro, élevant au-dessus de l'horizon leurs roches noires menaçantes. Au S.-O., une riche étendue de forêts et de jungles, d'où émergent çà et là des monts volcaniques en forme de pains de sucre, ou des masses plus bosselées de schistes sortant des laves et des tufe. A travers ce voile on aperçoit, comme une nappe d'argent, le lac Jipé entre les chaînes tristes etsombres desmontsOugono. Ausud,la vue s'étend sur le pays bien arrosé de Kahé jusqu'aux monts Sogonoï. Ce Ixîau panorama est complété à l'ouest par le profil magnifique, quoique simple, du cône volcanique du mont Merou, qui surgit de la plaine environnante comme une pyramide cyclopéenne. »
A partir de Mandara, on traverse en quatre marches cette délicieuse contrée avec ses nombreux cours d'eau et rivières coulant vers le sud, et l'on arrive à Kibonoto, sur le flanc occidental du Kilimandjaro. C'est ici que les caravanes marchandes font provision de vivres, pour traverser le pays des Masaï dans lequel on ne trouve que du bétail.
A Kibonoto, Thomson rejoignit l'itinéraire duD' Fischer, qui, peu de jours auparavant, avait eu un combat avec les Masaï; aussi tout le pays était-il en fermentation ; quelque faible que fût sa caravane, en compa-
raison de celle de son prédécesseur qui comptait 600 hommes, le voyageur écossais résolut de faire au moins un essai pour passer. Il atteignit les kraals des Masal, à Ngaré-N'Erobi dans le Sigirari, oii il fut d'abord bien reçu; mais les guerriers masal devinrent bientôt turbulents et agresseurs, et en un moment tout le pays fut en armes pour venger sur la petite troupe l'insuccès de la lutte contre le D' Fischer. Thomson profita de l'obscurité de la nuit pour se replier en hâte sur Tavela, et gagner de là, avec dix de ses hommes et à marches forcées, Mombas, afin d'y recruter des hommes pour sa caravane. Puis il revint à Taveta, où il retrouva tout son monde sain et sauf. En outre une forte caravane de Pangani se disposait à partir peu de jours après pour l'intérieur; il réussit à entrer en communication avec le conducteur Joiunba-Kimameta, qui lui permit de l'accompagner jusqu'au delà de la première étape ; les autres trafiquants refusèrent , il est vrai , d'avoir aucun rapport avec lui, mais Kimameta leur déclara que plutôt que de voir le voyageur européen arrêté, il le porterait, lui, sur ses épaules.
Les caravanes combinées résolurent d'adopter la route qui passe à l'est du Kilimandjaro; elle avait été fermée pendant plusieurs années par suite de nombreux combats entre les marchands et les Masal de Lytokitok ; mais étant en force, les caravanes ne craignaient pas leurs attaques. Longeant le versant oriental du Kilimancyaro, elles traversèrent un pays de pâturages, entre la base de la montagne et la Loumi ; les bords de cette rivière plantés d'arbres marquent la ligne de séparation entre le sol fertile et les étendues désertes de la Nyika, ainsi, qu'entre les roches volcaniques et les roche? métamorphiques. De là, elles atteignirent l'Ouseri, cours d'eau qui, avec les tributaires venant de Kimangelia, forme les sources du Tzavo, un des bras de la Sobaki. Ces rivières ont ceci de remarquable, qu'elles naissent à la base du Kilimandjaro, tandis que toutes celles du Chaga prennent leurs sources bien haut dans la montagne.
A mesure que l'on s'avance vers le nord, le sol s'élève graduellement jusqu'au delà de Kimangelia, où il atteint son point culminant (1600*). Le gibier y est extrêmement abondant. Plusieurs fois, M. Thomson fut exposé à des attaques de la part de rhinocéros qui se précipitèrent sur la caravane. L'un d'eux, en particulier, la chargea avec fureur, et le voyageur ne réussit à l'arrêter qu'en déchargeant sur lui sa dernière cartouche. A Kimangelia un buffle dispersa la caravane, lança un âne en Tair et tua presque deux hommes ; toutefois une balle en eut raison.
A partir de Kimangelia, la route incline vers l'ouest, et dans la vaste
plaine du Ngiri rexpédition retrouve les Masal, mais elle apprend de quelques anciens que tous les guerriers de cette région sont partis pour faire la guerre au loin. Ngiri semble être le fond desséché d'un grand lac, qui fournissait vraisemblablement au Kilimandjaro Teau nécessaire à son activité volcanique. L'altitude en est de 1200" ; on y trouve encore des étangs, des marais alimentés par des sources, car, chose singulière, il ne descend pas une seule rivière de tout le versant septentrional du Kilimandjaro.
Du centre de la plaine de Ngiri, la vue est de nature à faire une grande impression. Pas une seule inégalité de terrain pour rompre la monotonie de la plaine, pas un brin d'herbe pour corriger l'aspect nu du sable humide qui, chargé de sels divers, empêche la végétation de se former. Çà et là cependant, dans le lointain, on aperçoit quelques nappes d'eau entourées d'une ceinture d'herbe verte, tandis que quelques arbres noueux ou quelques buissons rabougris indiquent les endroits où jaillissent des sources d'eau fraîche. Ailleurs ce sont des espaces couverts d'une croûte de natron et de salpêtre, formée pai* efflorescence ou par l'évaporation de l'eau des sources; ils font à l'œil l'effet de nappes de neige blanche, ou de lacs d'une belle eau claire, et aux rayons du soleil ils resplendissent comme l'astre du jour luimême. Malgré le caractère désolé de la scène, la vie animale y abonde. La girafe paît entre les buissons qui entourent les étangs, les fauves gambadent, oîi se promènent en grandes troupes à travers les plaines de natron, tandis que le zèbre paît tranquillement en longues files dans des pâturages éloignés. Plusieurs autres espèces animent le paysage, eu nombre suflSsant pour que l'on se demande comment elles peuvent vivre dans ce désert extraordinaire. Des effets de mirage font apparaître les fauves comme des fantômes se mouvant dans l'atmosphère, tandis que l'air échauffé mobile au-dessus des sables imprime un mouvement curieux aux raies noires et blanches des zèbres.
 travers une pâle brume apparaît le Kilimandjaro s'élevant abrupt vers les nues, sans aucune habitation sur ses pentes. A l'O.-S.-O., la pyramide du mont Merou ; au N.-O., les pics de N'dapdouk et la masse sourcilleuse du Donyo-Erok; au N., les hauteurs moins importantes du Matoumbato, et tout au loin, au N. et à l'E., les monts Oulou et Kyoulou.
(A suivre.)
CORRESPONDANCE
Ijettres de H. de PoorlalèSf de ViTi.
Nous devons à l'obligeance de M"»® la comtesse de Pourtalès-Saladin la communication de lettres de notre compatriote, actuellement à Vivî, et Paimable autorisation d'en extraire les morceaux qui nous ont paru les plus propres à faire bien connaître à nos lecteurs soit le Bas-Congo, soit la station elle-même de Vi?i, si importante dans l'œuvre de l'Association internationale. Nos abonnés lui en seront certainement, comme nous le sommes nous-mêmes, très reconnaissants.
l" octobre.
Après le déjeuner chez M. de Kuyper, agent de l'Association, à Borna, nous allons visiter le sanitarîum, joli b&timent en bois, avec chambres de malades, spacieuses et bien aérées ; magnifique véranda, avec vue splendide du haut de la coupole d'une colline dominant des vallons de tous côtés. Dans un de ces vallons coule une rivière très peu large, la rivière des Crocodiles, où ces animaux abondent ; on les voit en grande quantité sur la berge. Tout le monticule est garni de grands baobabs épars qui font un bel effet avec leurs troncs énormes et leur grand fruit allongé comme un petit ballon pendant à une corde d'un pied de long... Nous faisons connaissance avec le D' AUart, homme d'un certain âge déjà, d'une amabilité et d'une serviabilité rares. Il est passionné de sa création, de son sanitarium, comme il l'appelle, et ne peut se lasser d'en montrer jusqu'aux moindres détails, ni de raconter les péripéties et les difficultés par lesquelles il a dû passer pour arriver à un tel résultat...
Ail heures, départ pour Yivi. Du bateau la vue de Borna est charmante. Mais à mesure qu'on remonte le Congo, ses rives montagneuses rappellent le Rhin, avec cette différence que leur aspect, est celui de la désolation, par suite de la coutume des indigènes de mettre le feu, en cette saison, aux graminées de près de quatre mètres de hauteur. C'est le procédé qu'ils emploient pour fumer la terre et permettre à l'herbe tendre de pousser, car le printemps,, la petite saison des pluies, va arriver. Figurez- vous tout un pays de montagnes noirci par le feu. des rochers énormes tout calcinés, et vous comprendrez l'effrayante beauté de ce pays... Une atmosphère de plomb vous enveloppe, rendue plus accablante encore p:ir la chaleur qui rayonne de la chaudière de notre petit vapeur. Dans le fleuve, deux ou trois îlots de rochers sans végétation aucune, hors un ou deux troncs d'arbres morts dirigeant vers le ciel une branche nue, comme tordue par la souffrance et le désespoir. Sur la berge^ de monstrueux crocodiles, et parfois sur l'arête d'un rocher, la silhouette d'un indigène accroupi et immobile, regardant notre bateau sans faire un mouvement et comme pétrifié. Sur tout cela est répandu ce quelque chose d'indéfinissable, de mystérieux qui caractérise l'Afrique. L'Européen n'est pas habitué à voir un fleuve immense sans navigation et sans localités sur ses bords. Ici, rien que le bruit des tourbillons produits par un courant d'une puissance si énorme que notre bateau, en certains endroits, n'a plus l'air d'avancer, et qu'il est roulé comme par une houle immense. Cependant ce spectacle lugubre, ce silence, cette immobilité dans la création sont d'une sévérité et d'un grandiose émouvants...
Après un tournant, et à quelques kilomètres, le fleuve parait barré par une chaîne de hauteurs toïgours plus élevée... ; sur notre gauche, dans un espace libre de montagnes, se présente un grand terrain d'alluvion avec palmiers, où, paratt-il, se promènent souvent des éléphants. Nous traversons le fleuve pour éviter le courant très fort qui existe autour d'un promontoire fort élevé et escarpé de la rive sud, au haut duquel est située la station de la mission baptiste qui a hissé le drapeau anglais. Nous nous arrêtons un instant sur la rive nord, à Ikoungoula (station de l'Association), pour y déposer quelques provisions, puis, retraversons le fleuve toujours pour éviter le courant. De l'autre côté, nous nous arrêtons à N'Callacoula, à la factorerie anglaise. C'est de là qu'on aperçoit pour la première fois Yîvi, ou plutôt Nouveau-Yivi, aux quelques maisons blanches, sur le versant en pente douce d'une montagne dont la sommité, bien au-dessus et en retrait, paratt être très élevée.
La ressemblance avec le Rhin devient de plus en plus frappante. Il y a là des montagnes qui rappellent tout à fait la Loreley. Ce sont les mêmes dimensions et les mêmes formes, seulement la végétation et la culture manquent, ainsi que le moindre espace libre au pied des monts, qui permette de créer un passage le long du fleuve. Immédiatement au bord de l'eau toutefois, se dessine une ceinture d'arbres bien verts et bien feuilles, que le voisinage de l'eau a sauvés de l'incendie Ces arbres croissent dans les interstices de ces rochers de Titans.
Quelques moments encore de navigation et nous apercevons Vieux- Yivi, avec sa maison construite par Stanley, un toit immense sur rez-de-chaussée, abritant en oatre une grande véranda, et, émergeant de ce toit, la chambre haute de Stanley, cube blanc surmonté d'un autre toit en forme de cône. Cette construction est située sur un promontoire de la haute montagne Léopold, qui domine toute la contrée. Ce contrefort s'élève en forme de pyramide très escarpée, surplombant le fleuve d'une hauteur de 250" à 300«.
Le Congo se rétrécit de plus en plus, surtout quand nous dépassons un promontoire de rochers de la rive sud, baigné en amont par l'eau d'une anse dans laquelle le courant s'engouffre ; la base en est rongée de manière à lui donner l'apparence d'une énorme grenouille au repos. De l'autre côté se trouve une autre anse, Belgique creek, avec de charmants Ilots, puis vient un étranglement du Congo avec un courant d'une puissance effrayante ; il paraît qu'en cet endroit de tourbillons le fleuve est insondable. Nous traversons pour aborder à un banc de sable, dans une petite anse avec belle végétation, à la base de la montagne pyramidale du Yieax-Yivi qui tombe à pic sur nous. Il est plus de 6 h. du soir, l'heure étemelle du coucher dn soleil ici, comme 5 h. 30 est celle de son lever. Personne ne le désire plus longtemps sur l'horizon. La nuit tombe vite, et le temps de gravir la côte escarpée qui mène à Yieux-Vivî suffit pour amener la nuit close. Même alors la chaleur est accablante, et vous souffrez d'une transpiration pénible que rend imparfaitement l'expression: cuire dans son jus.
Arrivés à Vieux-Vivi nous le trouvons bondé de monde, une partie du personnel de la station, et cinq arrivants amenés par VAmbrie. Yieux-Vivi est néanmoina condamné; nne grande partie des magasins ont déjà été démolis etréédifiés à
Nouveau-Viri. Je suis encore fort heureux de trouver une chambre pour moi seul dans ce qu'on appelle l'écurie. Heureusement, la guerre et les manœuvres habituent à tout, sans cela la première impression aurait pu être fatale pour quelqu'un qui aurait été plus gftté... Mais il faut se rendre au plus tôt à NouTeau-Vivi, résidence du chef de Vivi, le major Parminter et du colonel de Winton, administrateur général.
£n pleine obscurité et sans aucune connaissance du terrain, je descends le sentier qui conduit au ravin séparant Vieux- Yivi de la nouvelle station. Au fond du ravin, l'on passe à tâtons un pont, sans garde-fou, de 5™ au-dessus d'un torrent encaissé. Les rails du petit chemin de fer établi par Stanley ne servent qu'à vous faire trébucher. Au delà du pont, je gravis une côte presque à pic pour atteindre ce qu'on appelle ici le platecm, c'est-à-dire la nouvelle station ; le mot plateau n'est pas le terme propre, car il s'agit plutôt du versant en pente douce, dont j'ai parlé plus haut.
Ici l'impression change heureusement ; je trouve le major Parminter installé dans une chambre spacieuse avec quelques meubles en osier. Le long des parois de cette salle, de grandes planches recouvertes d'étoffe forment une vaste table sur laquelle sont des photographies, des casiers, une lampe, etc. Le tout a l'air assez confortable; à côté de la chambre, un cabinet de toilette; la salle à manger divise la maison en deux parties ; l'autre côté, exactement semblable à l'appartement du major, est la demeure du sous-chef, M. Shaw, actuellement malade de la
fièvre bilieuse.
12 octobre.
Je fais une promenade au beach, où les magasins sont établis dans un site ravissant, tout au bord du fleuve au-dessous du Vieux-Vivi : anses, criques,^ embouchures de torrents et végétation luxuriante épargnée par le feu, donnant asile à de nombreux oiseaux, tous plus beaux les uns que les autres. Devant soi le fleuve immense et les charmants Ilots, demi-rocheux, demi-verdoyants, où les crocodiles vont faire leur sieste...
Le sommet de la montagne du Vieux- Vivi offre une surface fort étroite; c'est en partie le manque d'espace qui a fait établir la nouvelle station sur le versant de l'autre côté du ravin. A son extrémité, du côté de l'eau, elle a à peine 30 pas de large, et forme la terrasse de la maison de Stanley. Vous pouvez vous figurer la position, presque à pic sur le Congo, limitée à l'est par le torrent qui sépare les deux stations et profondément encaissé dans un lit d'énormes dalles. Du côté de ce torrent la plateforme surplombe un précipice dont les parois de rochers sont verticales...
J'ai passé nombre de soirées en cet endroit, ne pouvant me lasser d'admirer de là le coucher du 8oleil,^la lune et les étoiles qui me paraissent plus belles encore qu'en Ëorope. De cette place, le mugissement du Congo ferait croire au bruit de trains de chemin de f^r courant sur les rives du fleuve. Heureusement qu'il n'en est rien encore. J'aime mieux notre Congo mystérieux...
10 novembre.
Jusqu'ici j'ai rempli les fonctions de sous-chef de station. Tous les jours, dès
5 h. 30 du matin, et de 2 h. à 6 h. noua sommes occupés... Vivi éti des communications jusqu'aux Chutes de Stanley en aval de Nyai qui reçoit tontes les proriaions, les étoffes, etc. Il faut correspon rope et avec toutes les stations dn Congo, organiser les caraTai presque jourDellement, suivre les traTaui de reconstruction bot U cernent, très souvent mettre soi-même la main à l'œuvre pour mont manière de faire. J'ai dû creuaer dea tranchées, faire le menuisier, 1 Actuellement ma santé est excellente ; mais de mardi dernier i en la fièvre à laquelle chacun ici doit payer son tribut. Cest une s tion de faiblesse, beaucoup de douleurs dans les membres. La mal bénigne pour moi ; avec de la quinine, l'accès a bien vite passé, toute trace de malaise a disparu.
BIBLIOGRAPHIE'
Die ZuKmjFT der Kongo- dnd Goiseaqebiete, von I stein. Weimar, Geographisches Institut, in 12", 36 p. — f la Conférence africaine vient de poser en principe la lih ciale dans le bassin du Congo et de ses affluents, il est résumées en quelques pages, les vues d'un voyageur sur de cette région. Le D' Falkenstein a fait partie de la pre tion de la Société africaine allemande à la côte de Loang4 pour chercher k ouvrir l'Afrique centrale équatoriale pa dentale. Son séjour prolongé dans cette partie du contioem aux principaux ports de la côte et dans les établissements Congo inférieur, lui ont fourni une connaissance exacte ( commerciales, des procédés, des intermédiaires entre les les nègres de l'intérieur, des produite du pays et des impoilées, de.s chances que peuvent présenter des pla dirigées , des nécessités d'une transformation dans d'échange, etc. L'auteur ne se borae pas à exposer set personnelles ; il donne aussi la parole à MM. Htibbe Wœrmann, dont les opinions, quelque divei^entes qu'elli vent être pesées mûrement, par tous ceux qui veulent s'é' perspectives plus ou moins favorables que l'ouverture < Congo peut offrir au commerce européen.
GuiNEA UND Komoo-KUbten im Massstabe von Vsugi karte n° 2. Weimar, Geographiâcbes Institut. — Depuis q peuple allemand de posséder des colonies sur la côte d'Afi
' On peut se procurer i la librairie H. Georg, à Genève et i ODTrages dont il est rendu compte dans l'Afiique ex^torée et eivilk
une forme concrète, l'Institut géographique de Weimar a jugé nécessaire de fournir au nombreux public qui s'intéresse à la question coloniale, des cartes des territoires acquis ou annexés à la suite de la proclamation du protectorat de l'empire allemand. Dans une première, arrivée bien vite à sa quatrième édition, il avait donné la partie de l'Afrique australe dont Angra-Pequena est le centre. La seconde que nous annonçons présente la région du golfe de Guinée, de Monrovia à St-Paul de Loanda, avec des cartons pour la côte des Esclaves où se trouve le territoire de Togno, et pour la baie de Cameroon ; elle tient le milieu entre les petites cartes générales qui ne peuvent donner une idée du relief du pays, e^ ' s grandes cartes destinées seulement aux spécialistes. Elle offre en « utre des renseignements utiles sur la Ugiie -. des vapeurs de Hambourg à Ambriz, avec indication des escales. Les stations françaises de l'Ogôoué et celles de l'Association internationale ' y sont aussi marquées. ,
Afrika. Deb dunkle Erdtheil im Lighte unsërer Zeit, von A. v. ; Schweiger-Lerchenfeld. Wien (A. Hartleben), 1885, in-B**, mit300lllus-| trationen in Holzschnitt und 18 colorirten Karten, fr. 24. — Nous uol pouvons aujourd'hui qu'annoncer le nouvel ouvrage de M. Schweiger-| Lerchenfeld, auteur bien connu par celui qu'il a publié sur l'Orient, i Le livre dont la première livraison vient de paraître, et qui en aura 3(), de 32 pages chacune, est imprimé avec un grand luxe de typographie et d'illustrations, sans parler des nombreuses cartes qui doivent l'accompagner. Outre une introduction dans laquelle l'écrivain passe eu revue à grands traits l'histoire de la découverte du continent noir, des temps les plus anciens jusqu'à nos jours, cette première livraison contient le conmiencement de la première partie de l'ouvrage consacré à l'Afrique australe. Plus tard viendront successivement l'Afrique centrale, le Soudan, le Sahara, l'Afrique septentrionale, l'Afrique N.-E., et les tles. La première livraison renferme déjà une carte politique de l'Afrique avec quatre cartons, pour le territoire du Bas-Congo, la côte de l'embouchure du Niger au Gabon, le pays qui entoure Angra- Pequena et les environs de Khartoum. Le cartographe s'est un peu trop hâté en attribuant aux possessions allemandes, la côte au nord de la colonie de Natal jusqu'à la baie de Delagoa et le Zanguebar. Nous reviendrons sur cette publication, à laqueUe le soin de l'auteur à faire parler les pionniers de l'exploration africaine, et celui de l'éditeur à illustrer le mieux possible les descriptions de la nature ou les scènes de la vie des voyageurs et des indigènes, promettent un grand succès.
BULLETIN MENSUEL {2 mars 188o.y
A roccasion de l'éloge du colonel Rondaire, prononcé dans la dernière séance de la Société de géographie de Paris, M. de Lesseps a annoncé que l'œuvre du défunt ne périra pas avec lui. Le commandant Ei9knda4Sy professeur de topographie à l'école de Saint-Cyr, ou il avait succédé à M. Roudaire, a demandé à le remplacer. Le ministre de la guerre y a consenti. Une commission a été nommée pour examiner le dernier projet du défunt, la création d'un port à, Gabès, sorte de préliminaire de l'entreprise générale, et qui servirait comme d'amorce à la mer intérieure, sur une côte où les vents d'est sont très dangereux, et où, sur cent lieues de longueur, il n'existe pas un seul port. La commission est partie pour Gabès le 12 février.
A l'heure qu'il est, nous ne pouvons que nous associer à la profonde tristesse causée au monde civilisé, par la chute de Khartoum aux mains du Hahdi, la mort de Gordon et des Européens qui, avec lui, y représentaient la civilisation, et le retour de la barbarie dans une région d'où la traite était refoulée, et où l'on pouvait espérer voir l'esclavage lui-même prochainement aboli. Le gouvernement du Mahdi et de ses partisans, ne fût-il que temporaire, n'y tolérera, pas plus qu'à El- Obéid, ni établissements missionnaires, ni écoles chrétiennes ; et dans l'état de guerre prolongée que l'on peut prévoir pour cette partie de l'Afrique, les progrès que les indigènes avaient faits dans la culture des terres aux environs de Khartoum, ne seront-ils pas arrêtés? Ne le sont-ils pas déjà, par l'insécm-ité qui y règne depuis trois ans? L'espoir de voir aboutir les démarches de Mgr. Sogaro en faveur des missionnaii'es prisonniers du Mahdi, auquel un messager a été envoyé pour réclamer leur mise en liberté, est bien ébranlé. Nous nous demandons aussi comment Emin-bey, gouverneur de la province égyptienne équatoriale à l'est du Nil, a pu jusqu'ici tenir à Lado où, d'après le Bulletin de la Société de géographie de Rome , il a auprès de lui les deux explorateurs Casati et Junker. Il semble que ceux-ci, en quittant le bassin de l'Ouellé, ont renoncé à l'idée de se diriger vers le Congo, où. les agents de l'Association internationale avaient ordre de leur don-
' Les matières comprises dans nos Bulletins mensuels et dans les NouveUes cornpUfnentaires y sont classées suivant un ordre géographique constant^ partant de l'Algérie, puis allant à l'Est, longeant ensuite la côte orientale du continent et revenant par la côte occidentale.