‹ L'Afrique explorée et civilisée;Chapitre 26 sur 38 · LA CONFÉRENCE AFRICAINE DE BERLIN · texte numérisé non relu

LA CONFÉRENCE AFRICAINE DE BERLIN

{Suite. Voy. p. 24).

En nous proposant de résumer, après la clôture de la C Berlin , les travaux de ce. congrès si important pour l'Afri pensions pas que ses délibérations se prolongeraient au del janvier, et nous espérions avoir en mains très prompten documents officiels nécessaires pour nous rendre un corn son œuvre. S'il n'y avait eu à délibérer que sur les trois pi tioanés dans l'invitation aux gouvernements à se faire i In Conférence', les représentants de toutes les puissani

' 1° Liberté du commerce dans le bassin et l'embouchure du Co: 2' Application au Congo et au Niger des principes adoptés pai

Berlin, seraient arrivés beaucoup plus tôt à établir l'entente désirée par tous. Mais les questions subsidiaires, traitées par les membres de rinstitut de droit international dont nous avons rappelé les noms (p. 19), — neutralité du Congo, création d'une Commission internationale comme pour le Danube , abolition de la traite et de l'esclavage, restriction du trafic des spiritueux, etc., — ne pouvaient pas être complètement passées sous silence, et ont obligé la Conférence à prolonger ses séances au delà du temps primitivement prévu pour la clôture de ses travaux. Passe encore s'il n'y avait eu que ces questions accessoires à examiner! Sans doute, il avait été convenu d'avance que la Conférence ne s'occuperait pas des questions actuelles de souveraineté territoriale, qui devaient être traitées de cabinet à cabinet, et que les a statuts et actes » de l'Association internationale du Congo ne rentraient pas dans le prograname du Congrès. Mais, concurremment aux délibérations de celuici , se poursuivait , en dehors des séances , la reconnaissance , comme État, de l'Association internationale du Congo par chacune des puissances représentées à Berlin. Cette reconnaissance exigeait des négociations spéciales avec leurs gouvernements, pour obtenir de chacun d'eux la conclusion d'un traité particulier ; et, si la plupart des puissances ne firent pas de difficultés pour conclure le traité |qui leur était demandé, d'un autre côté, les négociations avec la France durèrent très longtemps, et l'opposition du Portugal tint en échec jusqu'à ces derniers jours tous les autres États, résolus à ne pas dore la Conférence avant que cette résistance eût été vaincue.

Telles sont les raisons qui nous empêchent forcément de donner dès aujourd'hui, comme nous l'avions espéré, un résumé complet des travaux de la Conférence. Les derniers protocoles ne nous sont pas encore parvenus. En outre, la Commission, chargée de rédiger le préambule de « l'Acte général » et de coordonner les articles de ce document» a reçu le pouvoir d'en modifier légèrement la forme, si elle juge que sa rédaction exige quelque modification. Les termes des décisions consignées dans les protocoles que nous possédons à cette heure n'ont donc pas un caractère absolument définitif. Et cependant, nous ne saurions tarder davantage à commencer du moins l'exposé succinct de

Yienne en Tue de consacrer la liberté de la nayigation sur plusieurs fleuyes internationaux;

3* Définition des formalités à observer, pour que des occupations nouyelles sur la côte d'Afrique soient considérées comme effectiyes.

cette œuvre, qui peut adoucir, pour les amis de la cir Afrique, les regrets que leur cause le retour, temporaire n Tespérer, de la barbarie dans le bassiu du Haut-Nil.

Pour apprécier équitablement les travaux de la Conféreiu Il est nécessaire de se rappeler le but pour lequel elle avait quée. n s'agissait de prévenir, par une entente Internationa flits que M. Moynier prévoyait, dès 1S78, lorsque, dans la Paris de l'Institut de droit international, il engageait ses étudier la question du Congo, en prévision des compétitions t dont le fleuve découvert par Stanley Tannée aupiiravant pou l'objet, n n'eût pas été trop tôt alore pour s'en occuper, rence des intérêts devenait très vive, les ambitions natio dissaient, les prétentions du Portugal, reconnues par V étaient tme menace pour tous, déjà les contestations se ] avec plus ou moins de violence. H fallait absolument prévei qui pouvaient en résulter, soit pour les blancs, soit pour lei afin de permettre aux uns et aux autres de profiter de t que peuvent leur procurer la déconverte de l'intérieur di ainsi que les relations pacifiques k établir entre ceux qui g les bienfaits de la civilisation et ceux qui ne connaissent en misères de la barbarie.

L'Allemagne et la France nous paraissent avoir choisi les plus propres à atteindre ce but, en proposant une entente in sur les trois principes susmentionnés, qui devaient Fourni: de délibération.

Le premier était, nous l'avons rappelé, le principe de 1 commerce dans le bassin et l'embouchure du Gongo.

Jusqu'alors le commerce avait été libre dans la partie ii fleuve, gr&ce & ce qu'aucune puissance européenne n'y ex< torité. Mais, dans le projet de traité anglo-portugais du 26 I les droits de douane, que ie gouvernement anglais avait reco tugal la faculté de prélever sur toutes les marchandises, a sauf pour le tabac , l'eau-de-vie , les armes à feu et la pou de 10 7j ad valorem! kam, dans l'intérêt du commerct M. de Bismarck avait-il refusé de consentir à ce qu'une cdte importance fftt soumise au système colonial portugais, et n tous la liberté de commerce sur le Congo.

Dès la première séance, le 15 novembre, un projet de déclarationt traitant de la liberté du commerce dans tous les territoires constituant le bassin du Congo et de ses affluents, fut soumis aux délibérations de la Conférence. Comme personne ne savait encore exactement ce qu'étaient ces territoires, la première chose à faire était de déterminer exactement ce pointrlà. Une Commission, composée des plénipotentiaires allemands et de ceux des États compris dans la première invitation — c'est-à-dire l'Allemagne, la Belgique, l'Espagne, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et le Portugal — fut chargée de préparer un rapport sur cette question. On lui reconnut le droit de s'édairer en faisant appel aux délégués spéciaux des gouvernements représentés dans la Conférence. Stanley, en particulier, qui était à Berlin comme conseil du ministre des États-Unis, et M. Adolphe Wœrmann, conseiller technique du plénipotentiaire de l'empire allemand, fournirent à la Commission tous les renseignements que leur connaissance de l'Afrique occidentale-équatoriale leur permettait de donner.

Dès le début de ses travaux, la Commission dut établir une distinction entre le bassin géographique et le bassin économique du Congo, déterminer l'étendue du premier, et étudier la convenance d'y adjoindre, dans r intérêt des communications commerciales, certains territoires, soit sur le littoral de l'Océan Atlantique, au sud et au nord de l'embouchure (lu Congo, soit à l'est du bassin de ce fleuve, jusqu'à l'Océan Indien* En effet, le cours inférieur du fleuve étant en grande partie innavigable» et les routes commerciales du Stanley-Pool à la côte se déplaçant fréquemment sous l'influence d'hostilités entre les tribus de l'intérieur, les caravanes aboutissent parfois à des points du littoral très éloignés de leur destination première. D'autre part , le commerce avec le bassin du Con^o se fait par Zanzibar non moins que par la côte occidentale ; seulement, dans cette région, il y avait à tenir compte des droits du sultan de Zanzibar et de ceux du Portugal qui a des colonies dans l'Afrique orientale. A ces divers égards, les travaux de la Commission et les délibérations de la Conférence ont abouti au résultat suivant:

Le bassin proprement dit du Congo et de ses affluents a été délimité ])ar les crêtes des bassins contigus, savoir, notamment, les bassins du Niari, de l'Ogôoué, du Chari et du Nil, au nord; du lac Tanganyika, à Test; du Zambèze et de la Logé, au sud. En conséquence, il comprend tous les territoires drainés par le Congo et ses affluents , y compris le lac Tanganyika et ses tributaires orientaux.

La zone maritime s'étend, sur l'Océan Atlantique, depuis la position de Setté-Canuna jusqu'à l'embouchure de la Logé. La limite septentrionale Euit le cours de la rivière qui débouche à Setté-Camina, et, k partir de la source de celle-ci, elle se dirige vers l'est jusqu'à la jonction avec le bassin géographique du Congo, en évitant le bassin de rOgôoué. Lb limite méridionale suit le cours de la Logé jusqu'à la source de cette rivière, et se dirige de là vers l'est, jusqu'à la jonction avec le bassin géographique du Congo.

 l'est du bassin du Congo, tel qu'il est délimité ci-dessus, la zone se prolonge jusqu'à l'Océan Indien et s'étend le long de la côte, depuis le â° lat. K. jusqu'à l'embouchure du Zambèze; de ce point, la ligne de démarcation suit le Zambèze, jusqu'à cinq milles eu amont du confluent du Cbiré, et continue par la ligne de faite séparant les eaux qui coulent vers le lac Nyassa des eaux tributaires du Zambèze, pour rejoindre enfin la ligne de partage des eaux du Zambèze et du Congo.

Tels sont donc les territoires qui constituent le ba^in non seulement géographique mais encore économique du Congo et de ses affluents, dans lequel le commerce de toutes les nations doit iouir d'une liberté pleine et entière. Toutefois, il a été expressément entendu qu'en étendant à la zone orientale susmentionnée le principe de la liberté commerdale, les puissances représentées à la Conférence ue se sont engagées que pour elles-mêmes, et que ce principe ne s'appliquera aux territoires appartenant à quelque autre Ëtat indépendant et souver^n, qu'autant que celui-ci y donnera son consentement. Eu même temps, les puissances ont convenu d'employer leurs bons offices auprès des gouvernements établis sur le littoral africain de la mer des Indes, afin d'assurer, en tout cas, au transit de toutes les nations, les conditions les plus favorables. Le rapport de la conmiission, présenté par le plénipotentiaire belge, M. le baron Lambermont, a reconnu la nécessité de ménager, dans la mesure du possible, les droits acquis et les intérêts légitimes des chefs indigènes. Il faut prévoir, en effet, les difficultés qui pourront s'élever entre ces derniers et les commerçants ; ceux-ci pourraient s'imaginer que l'application du régime de la liberté commerciale ne devra subir aucun tempérament partout oii elle aura été proclamée par la Conférence, y compris les portions de territoire où s'exerce actuellement l'autorité de chefe indigènes qui ne subissent l'influence d'aucune des puissances contractantes. Il importe de prévenir les intéressés contre cette illusion. Dans la pratique, il sera impossible, du moins au début, d'empêcher certaines dérogations locales et de

détail au régime général que la Conférence s'est donné pour tftche d*établir, mais il est bien entendu que ces exceptions ne s^*ont tolérées qu'au profit des souverainetés indigènes existantes dans le bassin du Congo, et ne sauraient concerner des territoires possédés ou à acquérir par Tune des puissances contractantes.

Dans les limites indiquées ci-dessus et moyennant ces réserves, tous les pavillons, sans distinction de nationalité, auront libre accès à tout le littoral des territoires énumérés plus haut, aux rivières qui s'y déversent dans la mer, à toutes les eaux du Congo et de ses affluents, y compris les lacs, à tous les ports situés sur les bords de ces eaux, ainsi qu'à tous les canaux qui pourraient être creusés à l'avenir pour relier entre eux les cours d'eau ou les lacs compris dans cette vaste enceinte. Us pourront entreprendre toute espèce de transports et exercer le cabotage maritime et fluvial, ainsi que la batellerie, sur le même pied que les nationaux.

Le commerce toutefois ne serait pas complètement libre, si les possesseurs de tenîtoires compris dans le bassin du Congo pouvaient prélever à leur gré des droits sur les marchandises ; aussi a-t-il été statué que les marchandises de toute provenance importées dans ces territoires, sous quelque pavillon que ce soit, par voie maritime, fluviale ou terrestre, n'auront à acquitter d'autres taxes que celles qui pourraient être perçues comme une équitable compensation de dépenses utiles pour le conunerce, et qui, à ce titre, devront être également supportées par les nationaux et par les étrangers de toute nationalité. Tout traitement diflFérentiel est interdit à l'égard des navires conune des marchandises. Les marchandises importées seront affranchies de droits d'entrée et de transit. Cependant les puissances se réservent de décider, après une période de vingt années, si la franchise d'entrée sera ou non maintenue.

n a été stipulé, en outre, qu'aucune des puissances qui exercent ou exerceront des droits de souveraineté dans les territoires sus-indiqués, ne pourra y concéder ni monopole ni privilège d'aucune espèce en matière commerciale. Les étrangers y jouiront indistinctement, pour la protection de leurs personnes et de leurs biens, l'acquisition et la transmission de leurs propriétés mobilières et immobilières, et pour l'exercice de leur professioi;, du même traitement et des mêmes droits que les nationaux.

Mais il ne s'agissait pas seulement d'ouvrir cet immense bassin à tous ceux qui voudront y faire le conmierce. Comme l'avait dit le prince

de Bismarck au début de la Conférence: a Les gouvernements invités partageaient le désir d'associer les indigènes de l'Afrique à la civilisation, en leur fournissant les moyens de s'instruire, en encourageant les missions et les entreprises de nature à propager les connaissances utiles. » Aussi, après avoir proclamé le principe d'une complète liberté de commerce, les puissances qui exercent des droits de souveraineté ou une influence dans les dits territoires se sont-elles engagées à veiller à la conservation des indigènes et à l'amélioration de leurs conditions mora* les et matérielles d'existence, soit en concourant à la suppression de l'esclavage et surtout de la traite des noirs, soit en protégeant et en favorisant, sans distinction de nationalités ni de cultes, toutes les institutions et entreprises religieuses, scientifiques, charitables, créées et organisées à ces fins, ou tendant à instruire les indigènes et à leur faire comprendre et apprécier les avantages delà civilisation. Les missionnaires, les savants, les explorateurs, leurs escortes, leurs bagages, leurs collections seront également l'objet d'une protection spéciale. Enfin, la liberté de conscience et la tolérance religieuse ont été expressément garanties aux indigènes con^me aux nationaux et aux étrangers. Le libre et public exercice de tous les cultes, le droit d'ériger des églises, temples et chapelles, et d'organiser des missions religieuses quelconques ne seront soumis à aucune restriction ni entrave.

Le projet de déclaration relative à la liberté du commerce dans le bassin «du Congo et de ses affluents renfermait un paragraphe portant que, a sauf arrangement ultérieur entre les gouvernements signataires de la déclaration et telles puissances qui exerceront des droits de souveraineté dans les territoires dont il s'agit, une Comndssion internationale serait chargée de surveiller l'application des principes proclamés et adoptés par cette déclaration.»

L'examen de cette disposition ayant été ajourné jusqu'après l'adoption de l'acte relatif à la navigation du Congo, dont nous parlerons dans notre prochain numéro, cet acte une fois adopté, la discussion du paragraphe susmentionné fut reprise et sa rédaction, trouvée ambiguë, fut remplacée par la suivante :

« Dans toutes les parties du territoire visé par la présente déclaration oîi aucune puissance n'exercerait des droits de souveraineté ou de protectorat, la Commission internationale de la navigation du Congo,

instituée en vertu de l'Acte signé à Berlin le sera chargée

de surveiller l'application des principes proclamés et consacrés par cette déclaration.

a Pour tous les cas ob les difficultés relatives à l'application des principes établis par le présent Acte viendraient à surgir, les gouvernements intéressés pourront convenir de faire appel aux bons offices de la Commission internationale, en lui déférant Texamen des faits qui auront donné lieu à ces difficultés. »

A ce propos, il a été bien établi que Tautorité attribuée à la Commission internationale, en vue de surveiller l'application des principes de la liberté commerciale, n'aurait à s'exercer que dans les territoires oii n'existerait aucune autorité souveraine régulièrement établie.

Enfin, une dernière disposition fut encore ajoutée, portant que la Convention de l'Union postale universelle serait appliquée au bassin conventionnel du Congo. Les puissances qui y exercent ou y exerceront des droits de souveraineté ou de protectorat, devront prendre, aussitôt que les circonstances le permettront, les mesures nécessaires pour l'exécution de cette clause.

Dans son mémoire sur la Question du Congo^ M. Moynier exprimait le vœu que tous les territoires du bassin de ce fleuve, que des États civilisés se seraient appropriés, fussent dotés de franchises pareilles à celles des eaux qui les arrosent. « Nous sommes , » disait-il ' , « dans un siècle où l'on tend à abaisser les barrières qui isolent les nations ; ce serait donc travailler dans le sens de ces efforts que d'empêcher, entre les divers peuples qui possèdent ou posséderont des établissements an Congo, la création d'entraves à leurs relations, soit réciproques, soit avec d'autres pays, par une entente à priori. Cela ne vaudrait-il pas mieux que de laisser se reproduire, sur la terre africaine, les complications que des préjugés séculaires ont fait naître et perpétuées en Europe? Arborer là-bas le drapeau du libre échange, du libre parcours, ainsi que du libre établissement, sur terre conmie sur eau, serait agir dans l'intérêt bien entendu du monde entier. Et il n'est pas moins urgent de prendre cette mesure que de légiférer au sujet du fleuve luimême, puisque dans ce moment, et jusqu'à nouvel ordre, les transports doivent nécessairement se faire par terre dans la zone des cataractes. » Ce VŒU a été entendu, et quelles que puissent être les difficultés qui se présenteront dans l'application de la liberté commerciale au vaste bassin du Congo et de ses affluents, ce sera à tout jamais un honneur pour la Conférence de Berlin d'avoir, la première, consacré ce principe

* Yoy. Afrique explorée et civQiUe, rV""* année, p. 284.

dans un acte international. Les avant^es qui, nous n'en doutons pas, en résulteront pour l'Afrique eeatrale-équatoriale, ne demeureront pas confinée dans cette région ; ils reviendront aux États civilisés qui l'en auront doté et s'étendront au monde entier ! Nous l'espérons f^mement.

(A suivre.)

EXPÉDITION DE M. J. THOMSON, DE M0M8AS AU VICTORfA-NYANZA PAR LE PAYS DES MASAI

(Suite et fin. Voy. p. 59.)

En quatre marches, l'expédition atteignit la Ngaré-Na-Lata' qui coule au pied du Donyo-Erok-el-Matoumbato. Ici, pour la première fois, elle rencontra les Masal en nombre considérable, et alors conunencèrent les épreuves sérieuses. Même avec une forte caravane, les explorateurs furent l'objet de traitements indignes. Chaque jour, la première chose à faire en dressant le camp était la construction d'une fortel'enceinte d'épines; à l'intérieur une clAture en cercle protégeait les marchandises et les cachait aux regards envieux ; une autre clôture entourait les tentes, et l'entrée en était gardée par plusieurs hommes qui, par des manières flatteuses et de douces paroles cherchaient & prévenir les horreurs d'une invasion de Masal. Mais en dépit de tout, dit Thomson, ceux-ci poussaient les gardes de cdté, se précipitaient dans la tente, s'approchaient de mon lit ou de tout ce q\ii paraissait répondre le mieux à leurs idées de confort. Après les salutations d'usage, ils commençaient h, mendier, et, pour h&ter leur départ, je devais leur donner tout ce que j'avais en perles et verroterie.

Jusqu'à la nuit impossible de poser un fusil ou de laisser quoique ce tdi exposé anx regards; les hommes de la caravane ne pouvaient non plus aller puiser de l'eau on faire des provisions qu'en grand nombre. Les Hasal ne ae retirûent qu'an coucher du soleil, moment oh les voyageurs pouvaient commencer à goûter un peu de repos. La porte était close, on y mettait une garde, puis les fusils étaient posés de cAté, le feu flambait et l'on préparait le repas. Les langues se déliaient, il s'ensuivait une animation générale, interrompue seulement ç& et là par la ten-

'. Voy. la Carte p. 64.

'un voleur ma^al, qu'il allait effrayer par un coup de pistolet ludre. L'agitation du camp atteignait son maximum trois heuss le coucher du soleil, pais elle se calmait peu à peu, à mesure porteurs, fatigués du labeur du jour et repus, s'étendMent pour ler. Alors s'élevaient, retentissaut dans le silence de minuit, les 8 hurlemeute des hyènes, le rugissement des lions, les cris des ou des chiens sauvages.

t aux traits caractéristiques des Masal, Thomson les présoite, t de vue de leur physique, de leurs mœurs et de leur rel^on, distincts des vrais nègres ainsi que des Gallas et des Somalis. Ce types de sauvages les plus beaux qu'il ait jamais vus ou dont il ndu parler. Bien proportionnés, ils ont les traits fins et bien I que l'on prête à Apollon, sans jamais avoir les muscles déveles athlètes. Les femmes sont décemment vâtues de peau de IHles portent en guise d'ornements, aux jambes, aux bras et au 10 à 15 kilog. d'épais anneaux en ivoire, outre un grand assorte colliers et de chaînes de fer. Les hommes ne portent autour aies et de la poitrine qu'une petite garniture de peau de che- |ui prend chez les hommes mariée des proporUons un peu plus

ines distinctions caractérisent les diverses époques de la vie des Tusqa'à un certain ftge, garçons et filles vivent avec leurs parents unissent de viande, de grain et de lût caillé. A l'&ge de 12 ans ; fillee, et de 12 ou 14 pour les garçons, on les fait passer du es gens mariés, dans an kraal oii il n'y a que des jeunes gens, i et femmes non mariés ; ils y vivent jusqu'à ce qu'ils soient Pendant ce temps, les hommes sont guerriers, et leur seule occuist de voler des bestiaux ou de s'amuser à la maison. Lee jeunes s'occupent du bétfùl, construisent les battes, et remplissent lee ievoirs domestiques. Les deux sexes sont soumis à un régime ict de viande et de lait; ils doivent s'abstenir de spiritueux, de le tabac, de nourriture végétale et même de la chair d'animaux s quels qu'ils soient. E!n outre la viande et le lait ne doivent ître pris ensemble. Pendant plosieurs jours ils ne prennent que iande, puis, après un fort purgatif, du lait. Quand ils tuent un ils en boivent le sang cru. Lorsqu'ils mangent de la viande, ils ent dans la forêt par petits groupes accompagnés d'une jeune

iasal guerrier trouve cette vie si agréable qu'il se marie rare-

ment avant d'avoir pajssé le printemps de sa vie, et de sentir sa vigueur décliner. Alors il met de côté la grande lance de guerre, le lourd bouclier de peau de buffle, Tépée et la massue à nœuds. Pendant un mois il porte le vêtement d'une femme non mariée, après quoi il devient un membre respectable et grave de la société masal. H ne va plus à la guerre, mais se consacre à Téducation d'une volée de jeunes guerriers. Son régime change avec son genre de vie ; il peut se nourrir de légumes, boire de la bière ou des spiritueux, fumer ou chiquer du tabac. A sa mort son corps est simplement livré aux hyènes et aux vautours.

Les Masâl sont tout à fait nomades ; ils se déplacent pour chercher les pftturages nécessaires à leurs troupeaux. Leurs maisons, formées d'arceaux recourbés, enduits de fumier et de peaux, leur fournissant un abri suffisant dans la saison des pluies.

De Donyo-Erok l'expédition se dirigea au nord, à travers le Matoumbato, r^on qui ressemble à la Nyika par son caractère stérile, son sol rouge, sa formation géologique, mais en diffère par l'abondance de ses eaux, les accidents de sa surface et le grand nombre de ses habitants. Â la cinquième étape, elle atteignit une contrée aride, s'étendant vers l'ouest jusqu'à Ngouroumani et aux monts Maou. La route suit la bajse du plateau de Kapté, dont l'escarpement perpendiculaire surplombe la plaine. Il y a là comme une grande faille qui court du nord au sud, et dont le caractère géologique est indiqué par de nombreux cônes volcaniques soulevés le long de ses bords.

En montant sur le plateau on rencontre, à 2000" d'altitude, Ngongo-a- Bagaâ, dans le voisinage duquel prend sa source l'Athi, rivière de l'Oukoumbani. Thomson s'y arrêta une quinzaine de jours, pour laisser sa caravane se reposer et faire provision de grains apportés en quantité considérable par les Wa-Eikouyou. Gela fait, il se remit en marche, mais la première nuit d'étape fut agitée, par suite d'une dispute qui amena la mort de deux porteurs de Pangani et de plusieurs Wa-Kikouyou. La nuit était orageuse, les voyageurs se trouvaient dans une forêt épaisse, sans leur enceinte ordinaire d'épines ; aussi se félicitèrent-ils d'en être quittes à si bon marché. Le matin une quantité de Wa-Kikouyou étaient prisonniers, et ce ne fut qu'avec beaucoup de peine que Thomson empêcha qu'ils ne fussent égorgés par les trafiquants furieux. La marche suivante fut longue et sans eau ; elle se termina par une scène de désordre et une panique extraordinaire. Les hommes tombaient d'épuisement; les lions attaquèrent les ânes et en tuèrent plusieurs; les fines s'enfuirent en brayant, se débarrassèrent de leurs charges et dans

les ténèbres, plusieurs furent pris pour des lions et tués. De leur o&té les hommes jetèrent à terre leurs fardeaux, et se réfugièrent dans le camp ou passèrent la nuit sur les arbres. « Rugissement des lions, braiement des ftnes, coups de fusils, cris des porteurs saisis de terreur et des maîtres surexcités, tout cela, » dit Thomson, «produisait un effet que je i n'oublierai jamais, tandis que les bestiaux affolés, échappant à toute surveillance, se précipitaient dans le fourré. Habilement secondé par Martin et par mes guides, je réussis h, maintenir mes porteurs groupés ensemble et à tout ramener au camp. Une moitié des gens de la caravane de Pangani s'imaginant que les Masal et les Wa-Eikouyou nous avaient attaqués n^osaient pas avancer, mais se tenaient masste comme un troupeau de moutons, voyant des lions dans tous les buissons et des Wa-Eikouyou derrière tous les troncs d'arbre. H nous fallut trois jouis pour rassembler les ânes et les bestiaux ainsi que les charges perdues ; encore dûmes-nous repartir sans avoir pu réparer toutes nos pertes. »

Bientôt la caravane atteignit la base d'un cône volcanique éteint remarquable, nommé Donyo-Longono ou Sousoua. U s'élève à lOOCr mètres au-dessus de la plaine, qui est elle-même à 2000"; sa forme est celle d'un cône tronqué, le centre forme un entonnoir circulaire de 3 kilomètres de diamètre et de plus de 100* de profondeur. Le rebord en est si escarpé qu'on peut s'y asseoir, une jambe pendante sur l'abîme et l'autre sur la pente abrupte de la montagne. De cette hauteur la vue est très imposante : au sud s'élèveun autre cratère, le Donyo-La-Nyouki. A l'est se dressent les monts sourcilleux de Kapté, par-dessus lesquels on aperçoit les pics plus élevés encore de la magnifique chaîne des monts Settima. Au nord s'étend le lac Nalvasha, semé de jolies Qes, et bordé à l'ouest par le grand escarpement des monts Maou, formant le pendant du plateau de Kapté. Arrivé à l'extrémité nord du lac Nalvasha, Thomson apprit que le D' Fischer avait pu pousser jusque-là, mais qu'il avait dû rebrousser chemin vers la côte. Ce lac, comparativement peu profond, forme un carré irrégulier de 19 kilomètres de long sur 15 de large, à une altitude de 2000*. H a été formé par les entassements de débris volcaniques accumulés à travers la vallée étroite qui sépare les monts Maou du plateau de Kapté ; ces débris ont ainsi formé une digue qui retient les eaux des deux rivières Mouroundat et Guaso-GUigili. Partout autour du lac on rencontre des preuves d'une période relativement récente d'activité volcanique : des cônes, des cratères, le mont Bourou projetant de la fumée, des failles à angles très aigus, de nombreuses sources chaudes, et des fissures par lesquelles s'échiqppent encore des vapeurs.

De l'extrémité ûord du lac, Tbonisoii résolut de visiter le district de Lykipia et le mont Kénia. n chargea Martin de conduire la caravane au lac Baringo pendant que lui, avec trente hommes choisis, se dirigerait vers l'est. Traversant une dépression semée de lacs, il remonta à une hauteur de 2800~ sur le plateau de Lykipia, occupé par un grand nombre de Wa-Kouafi, et entra bientdt dans une magnifique forêt de conifères formant un paysage qui rappelait beaucoup plus les scènes de l'Europe que celles des régions équatoriales. Le matin, le thermomètre était au point de congélation; un brouiUard épais enveloppait l'explorateur, dont les gens accroupis, & moitié morts auprès d'énormes feux, présentaient un triste tableau. Il fallut rester au camp jusqu'à ce que le soleil eût dissipé le brouillard et réchauffé la température. La route traverse des forêts de conifères, puis des bruyères, des collines, et des plaines sans arbres, coupées de torrents et de ruisseaux sans nombre qui se versent dans le mystérieux Guaso-Nyiro. Thomson visita la belle cascade de l'Ourourou ou N'Erok, franchit une belle chaîne de montagne de 4600", sans nom, qu'il appela les monts Aberdare, du nom du Président de la Sodété de géographie de Londres, et réussit enfin à atteindre la base du Kénia, non sans avoir eu à surmonter de grandes fatigues de jour et de nuit. Le Kénia est un grand cône volcanique de près de 48 kilomètres de diamètre à sa base, s'élevaut de 1900" environ au-dessus de la plaine. Jusqu'à 1000" du sommet, la pente est douce et n'est pas coupée de fissures ni de ravins. Au-dessus de ce niveau, la montagne prend la forme d'un pic ressemblant d'autant plus à un pain de sucre que la neige le fait resplendir de blandieur. Les fiancs en sont si abruptfi, qu'en certains endroits la neige ne peut pas prendre, aussi de grandes taches noires apparaissent-elles sur ce manteau blanc, ce qui a fait que les Masal lui ont donné le nom de Donyo-Egéré, la montagne grise ou tachetée. Mais, comme le Kilimandjaro, on ne peut guère l'apercevoir que le matin ou le soir.

La présence de nombreux Masal, et la mauv^e alimentation de l'expédition obligèrent Thomson à quitter le voisinage du Kéuia. Une maladie étrange avait frappé les bestiaux des Masal, et les emportait par millieip. Dans beaucoup d'endroits il n'en restait pas tme seule tête ; les corps décomposés couvraient le sol à plusieurs kilomètres de distance, ce qui rendait la marche fort peu agréable. Les habitants euxmêmes du Lykipia, mourant de faim, voulaient à toute force que l'explorateur, qui passait pour médecin, leur donnftt des remèdes afin d'arrêter le fiéau. Bs ne lui vendaient que des bestiaux sur le point de

périr, et encore à des prix exorbitants; de petites parties seulement en étaient mangeables, le reste était en putréfaction. Le pays il est Yrai fourmillait de buffles, mais le voyageur n'osait pas tirer, ni quitter le camp pour chasser.

Le péril devenant plus imminent de la part des Maaal, Thomson s^enfuit de nuit avec ses gens ; n'ayant paa de bagages, ils purent facilement mettre un intervalle considérable entre eux et ceux qui les poursuivaient, et bientôt ils respirèrent plus Ubrement dans le désert inhabité.

Laroutedu KéniaaulacBaringoa une direction O.-N.-O.; elle traverse une forôt épaisse dans laquelle les traces des buffles et des éléphants, ainsi que la boussole servirent au voyageur à trouver son chemin. Le sixième jour il arriva au bord du plateau, d'où le lac Baringo apparaît à plus de 1000" plus bas. Quoique les scènes des lacs et des montagnes de l'Afrique lui fussent familières, il déclare qu'aucune n'a fait sur lui un effet aussi remarquable. Des monts Lykipia, à 2600" d^altitude, la vue s'étend au midi jusqu'au lac Nalvasha dont le côté occidental est formé par la chaîne abrupte des monts Kamasia. Au loin s'élève l'Elgeyo dont le sommet se dessine faiblement au delà de la plaine rouge, sans arbres, de Grouas'Ngishou, tandis qu'à angle droit s'étend la grande chaîne des Chibcharagnani. Au nord la vue est bornée par le profil du Donyo-Silali et par la haute chaîne des monts de Souk, au delà desquels apparaissent encore à l'horizon lointain, les masses isolées du Nyiro et du pays des Gallas. Tout autour des voyageurs et dans le voisinage immédiat du lac se dressent de nombreuses collines volcaniques, assemblage curieux de lignes droites^ de remparts abrupts, d'angles aigus, tous témoins de perturbations volcaniques.

A Njemps, Thomson rejoignit la caravane anxieuse de ne le voir pas revenir. Cette ville est une colonie de Wa-Kouafi, contraints par la perte de leur bétail de se livrer à l'agriculture, et d'adopter une vie sédentaire. Ils vivent dans une frayeur continuelle de leurs frères du Lykipia. Comme les Wa-Eouafi de Taveta, ils ont beaucoup gagné sous le rapport de l'honnêteté, par suite de leur nouveau genre de vie, et leur pays est devenu un centre d'affaires important pour les trafiquant d'ivoire.

Thomson fit à la hâte ses préparatife pour continuer son voyage vers Eavirondo, quelque hasardée que pût paraître l'entreprise, les trois dernières caravanes qui avaient pénétré dans ce pays ayant perdu chacune plus de cent honunes, tués* dans de nombreux combats. Le guide, qui d'ailleurs connaissait bien cette région, avait tellement peur

qu'il feignit d'être gravemeDt malade pour ne pas avant saat en arrière tous ceux qui étaient lAches ou incapable! avec liûque les marchandises Décessaires.Thonisonserei dirigeant vers l'ouest, il traversa d'abord les monts redescendre bientôt dans une vallée où coule un des gra du lac Sambourou. Gravissant ensuite les hauteurs abmi k 2500°, il traversa le plateau de Guas'Xgtshou, sans a par les collines de Kabaras, et par le grand mont volcani( ou Elgon, le pendant du Kénia, moins le pic supérieur, s'élève le Donyo-Lek akisera qui était alors couvert de n tanU des monts Kamasia et Elgeyo sont, pour le langai taines coutumes, parents des Masal, mais ils diffèrent d'' se sont construit des habitations et qu'ils vivent essentit culture. D'antre part le Guas'Ngishou était autrefois i Wa-Kouafi, qui ont été dispersés par leurs frères de la|] vu enlever leurs bestiaux. En conséquence, ils se sont r district de Kavirondo, où, trop fiers pour travailler, Ue des pauvres et dépouillent les Wa-Kaviroodo.

En cinq marches Thomson atteint le district de Kabs première fois depuis le départ de Taveta, il retrouve volailles et d'œufe, de blé indien, de patates douces, qui délicieuses après la maigre chère du pajB des Masaï.

Les Wa-Kavirondo sont une race aimable, mais l'e boisson les rendent dangereux. Les femmes mariées set costume très succinct : ua cordon porté en guise de que habitudes, le genre de vie, les maisons, etc., soient sei tribu est cependant composée de deux éléments distinct habitants sont parents des Souhahélis, tandis qu'au si chent aux tribus du Nil, ce qu'indique positivement leur

Le pays de Kavirondo entoure la partie N.-E. du V jusqu'à 64 kilomètres du Nil, et à 60 kilomètres au sud D'après les observations de Thomson, une partie dt occupe une place attribuée au lac lui-même par les cart qu'ici. En trois marches à parUr de Kabaras, on atteint de Koua-Soundou, sur une belle rivière, la Nzoia. Les vi\ abondants et k des prix extrêmement bas, Thomson y gens et, avec un petit nombre d'bommes seulement, il s k travers une contrée plus peuplée qu'aucune de celli qu'il eût encore vues ; et, malgré la tentative des indigèn

^^^ ; : le passage, il eut le 10 décembre 1883, la satisfaction de boire de Teau du Victoria-Nyanza, à 72 kilomètres de Telidroit oti le Nil sort du lac. A rinverse d'autres lacs africains, le Victoria-Nyanza n'est pas bordé de chatnes de montagnes. Le sol descend graduellement jusqu'à la plage, et les eaux baignent paisiblement la baie limoneuse et marécageuse, quoique souvent ses flots présentent l'aspect d'une mer en fureur. Thomson eût volontiers poussé jusqu'au Nil, mais ses provisions étaient épuisées ; il fut pris d'un accès de fièvre, et ignorant quelle réception l'attendait au delà des frontières du pays de Kavirondo, il résolut de revenir sur ses pas plutôt que de risquer un échec ou une détention. Il regagna d'abord Koua-Soundou, mais à partir de là, il résolut de prendre une route à travers un district plus septentrional, afin de visiter l'Elgon ou Ligonyi, montagne qui atteint presque la limite des neiges. Ce qui la caractérise, ce sont ses grottes artificielles de 10" de haut, extrêmement nombreuses, vastes et soutenues par des colonnes. Elles sont taillées dans un conglomérat volcanique très compact à la base de la montagne, et beaucoup d'entre elles sont occupées par des indigènes avec leurs bestiaux. Leur profondeur à l'intérieur de la montagne et dans l'obscurité la plus noire fait comprendre que leur destination primitive n'était pas d'être habitées. Thomson croit que c'était autrefois des mines, mais sans pouvoir dire par qui elles ont été exploitées ; aucune tradition des habitants ne s'y rapporte. Il aurait beaucoup aimé à les explorer, mais les vivres lui manquant, il dut y renoncer. D'ailleurs il avait à traverser une plaine inhabitée, dans laquelle sa boussole devait être son seul guide. Dans une chasse, il fut pris par les cornes d'un buffle qu'il avait blessé à mort, mais qui, furieux, le jeta en l'air, en sorte qu'il retomba lourdement à terre; il allait être foulé aux pieds, lorsqu'un de ses serviteurs déchargea son fusil sur l'animal qui tomba raide mort. Grièvement blessé, Thomson dut être rapporté sur une sangle jusqu'à Njemps, où il fut retenu un mois avant de pouvoir se remettre en route. De là il fit une excursion d'une quinzaine de jours au lac fiaringo qui est à 1000^ d'altitude et dont l'eau est douce; mais bientôt il fut atteint de dyssenterie. Cela ne l'empêcha pas d'explorer encore, tantôt à pied, tantôt monté sur un âne, le pays entre ce lac et les lacs salés Nakouro et Elmetelta. Il arriva épuisé au bord du Nalvasha. Deux jours de repos lui rendirent assez de forces pour monter sur le plateau des Wa-Kikouyou afin de s'y procurer des vivres. D y réussit, mais tomba malade et, pendant deux mois, il fut entre la vie et la mort, et dans des circonstances qui ajoutaient à l'horreur de sa situa-

Uon. Sa seule nourriture était une soupe claire &ite avec ' g&tée fournie par les Masal. Le temps étant humide et 1 obligé de s'eofenner dans une hutte d'herbe, sombre, lumière, et sans pouvoir même se traîner jusqu'à la porte. A la un voyant que son état ne s'améliorait pas, et juge restait chez les Uasal, il y mourrait, il résolut de faire i pour atteindre la cAte. Placé dans un hamac, il quitta t mort que vif, et heureusement la maladie s'arrêta; la com des progrès rapides; ses porteurs atteignirent à marches for a-Bagas ; de là, tirant vers l'est à travers le dangereu: Kapté, ils arrivèrent à Oulou, au milieu d'indigènes b malgré la famine qui ravageait le pays. Sans proférer de e traversèrent encore les solitudes stériles de Kikoumbonliot la caravane campait de nouveau à la base du Ndara, et 1 saluait la station de Babal d'où elle était partie 15 mois Thomson n'avait pas perdu un seul homme par suite de vi qu'il eût traversé une région habitée par des tribus aussi pour l'Afrique qne les Huns ou les Vandales l'ont été pc comme l'a dit Cameron. Son expédition nous a fourni toutes nouvelles sur la topographie, ainsi que sur les trail tiques des habitants d'un pays qui jusqu'ici était véritablt une terra incognita.

CORRESPONDANCE Lettre de H. le D' C FMwaTKBt.

Dans notre Bnlletin meiunel du numéro d'&oAt de l'année demiëi (p. 175) que M. Rogozinski avait auprès de lai, dans sa station de an snd des monta Cameroon, notre compatriote, M. le D' Fasuvai posait aussi d'aller au lac Liba, et qu'ils attendaient la fin de la sa pour tAcher de noavean de pénétrer dans l'intérieuF. Nos lecteurs que M. le D' Passavant faisait partie d'nne expédition dont M. Ri le directeur. Il n'en est rien ; l'expédition de notre compatriote est tincte de celle de l'explorateur polonais ; elle ne relève que de M. en fait seul tous les frais, et qui nous écrit pour dissiper l'erreur ont pu contribuer à répandre.

Cameroon, 23 norei

M. Rogozinski est parti d'Europe, la première fois, an commence née 1S83, et j est rentré un ou deux mois plus tard, ayant trouvé s

comme disait VEasplonUion, des difficultés insurmontables. Il s'agissait de contestations incessantes entre lui et ses compagnons de Toysge

Parti du Havre, la seconde fois,- le 18 décembre 1883, avec un bfttiment à voile acheté par lui, il toucha à Funchal le 20 janvier 1884, et, après de nombres! séjours à la côte de Guinée, entre Monrovia et Lagos, il arriva le l*' mai à Cameroon. Il s^installa, avec ses quatre compagnons polonais, et un Français qni était arrivé avec lui mais ne faisait pas partie de son expédition, chez un agent d'une maison hambourgeoise qui, peu de temps après, affréta son navire, la Lueit- MarguerUe, et le fit partir pour Victoria, vers le 10 mai. Le 16, je partis de Cameroon, dans mon canot, avec mon ami, le D' Retzer, M. Bogozinski et M. de C; nous passâmes la nuit à Bimbia. Le lendemain, Rogozinski ne partit pas avec moi, mais j'avais dans mon canot une petite bofte lui appartenant, et contenaot, a-t-il dit, du linge et quelques cadeaux pour un roi nègre. Cette botte a été perdue, ainsi que presque toutes les miennes et mes instruments, dans l'orage pendant lequel mon ami s'est noyé. Dans la nuit du 18 au 19 mai, la Lucie-MarguenU étant à l'ancre dans la baie de Victoria, se perdit par une faute grossière du capitaine ; une tornade la jeta au milieu de rochers desquels elle ne put plus sortir Cette perte fut supportée par parties égales par M. Rogozinski et par l'agent de U maison hambourgeoise. Une lettre insérée dans les journaux de Craoovie eut poor effet de la réparer pour M. Rogozinski ; ses concitoyens lui envoyèrent de l'argent et des instruments. Toutefois, il n'avait pas encore ces derniers lorsqu'il fit son excursion à l'est du mont Cameroon, et je ne sais pas comment il a pu alors déterminer d'une manière exacte la position des différents endroits par lui trouvés. J'igoute que le lac qp'il prétend avoir été découvert par lui, l'a été depuis longtemps par le missionnaire Thomson, et qu'il est indiqué sur une carte de ce der nier, publiée dans un des numéros des Proeeedings de la Société royale de géographie de Londres, de l'année 1881. M. Rogozinski le savait, car je lui avais prêté cette carte et il l'a copiée. A propos de celle qu'il a dressée et qu'ont publiée les MUtheUungen de Gotha, je dois vous signaler comme erronée l'indication de rapides interrompant la navigation à Eliki, sur le Moungo ; en effet, c'est-à-dire dans les mêmes mois où Rogozinski a voyagé, en septembre et en octobre, un steamer, long de plus de 25"*, a passé ces soi-disant rapides presque sans s'en apercevoir et est allé jusqu'à la cataracte. La ville de Kumba, de 2000 habitants, n'existe pas.

Pendant son séjour à Cameroon, M. Rogozinski chercha à persuader M. L., le Français susmentionné, de s'associer à lui pour fonder des factoreries commcr^ cîales et d'acheter autant de terrain que possible. M. L. n'entra point dans ses vues. Pour le moment, M. Rogozinski cherche à se procurer de l'argent d'une autre manière. A Fernando-Pô, on manque toi^ours d'ouvriers, les indigènes ne voulant pas travailler et les Krooboys n'aimant pas à y aller, M. Rogozinski a fait le tour des marchands de 111e, pour leur demander de combien de Krooboys ils avaient besoin ; actuellement il est en route, sur un steamer anglais, pour la c6te Kroo, afin d'y chercher 800 Krooboys environ.

Depuis la mort du géologue Tomezek, le seul capable de diriger l'expédition,

H. Bo^zinski n'a pliu ftnprës de lui qne U. de J. qui ne parle absolument que le polonais.

D'après ces détails, tous comprendrez qae je ne m'associerai jamais à lui pour mon exploration. J'ai 80 porteurs de Lagos, et je partirai dana peu de temps.

D' C. P^SSATIKT.

NoQS comprenons que les événements dont Cameroon est le thé&tre, et auxquels H. Rogozinski paraît n'être pas demeure étranger, aient fait un devoir à H. le D' Passavant de fournir les renseignements ci-dessus, pour qu'il ne puisse s'établir de confusion entre les deux expéditions qui, quoique leur base d'opérations soit la même, n'en sont pas moins entièrement indépendantes l'une de l'autre.

Ijetti>e de H. Je»niw»irct.

Séshéké, 8 septembre 18B4, rive ganclie du Zambèze.

Vous arec, je l'espère, reçu ma dernière lettre datée de Patamatenga; par elle, vous anrez eu des nouvelles de notre voyage à travers le désert et de notre arrivée à Lesboma, sur la rive droite du Zambèze. Je reprends mon récit où. je l'ai taisEé, en suivant an certain ordre chronologique.

Après quinie jours de repos à Lesboma, la réponse du roi n'arrivant pas, nous projet&mes une excursion aux cbntes ; malbeurensement, au dernier moment, H. Coillard dut renoncer b la partie.

Je partis le 6 août, accompsgné de nos ouvriers, de deux Ba-Souto, de trois Zambéziens, et de deux ânes pour nos bagsges. De Lesboma, le voyage est assez long — quatre jours de marche — mais il excite on intérêt constant.

A la Gn de la première journée, nous atteignions le Zambèze en suivant une diagonale. Je ne pense pas qu'un voyagenr puisse éprouver une autre impression, que celle qui nous a ssisis en face de ce fleuve majestueux. TantAt il se montre calme comme un lac anx eaux blen-sombre, tantAt, dans les rapides, il gronde comme ta mer et sa grande largeur lui donne un aspect tout à fait imposant.

Le caprice des eaux a créé des lies et des Ilots nombreux couverts de verdure ; les palmiers à la taille élancée se mirent dans les flots, et les borda dn fleuve sont couverts d'une végétation luxuriante. Plus loin, les regards s'étendent sur une plaine vaste et dénndée, formant un singulier contraste avec l'avant-scène ; enfin, i l'arrière-plan, une chaîne continue de collines bleuMrea fitit de l'ensemble un tableau d'une rare beauté.

Quant à la rive droite où nous nous trouvions, elle a aussi son genre de beauté. Elle est couverte de grandes forêts, d'unevégétationtropicale; les baobabset d'antres arbres géants sont enguirlandés de plantes grimpantes; les oiseaux abondent; de temps en temps apparaît une antilope, et, le tout, éclairé dn soleil d'Afrique, nous fait oublier les ronces et les épines ainsi que les pierres qui méritent bien

mention spéciale. Noiu arona tu un grand nombre d'hippopotame i, qneldilea et entendu le lion.

loût, de grtuid maUn, noas «rriTions au dernier campement dea rojait les chutes, et tAt après, nous noua remettions en rente pour fisiter ces Le sentier qui y conduit est bien marqué et traverse ane herbe courte et ine forêt que je pourrais appeler un parc.

ne petite heure, noua ariona atteint notre but. Je renonce à tous faire ption dea chutea. Je n'y ai paaaé qu'une journée et vous derei compreoéserTe, quand de beaucoup plus autorisés que moi, aprëa une étude u sttjet, déclarent échouer dans une telle tentatÎTe. Les chutes m'ont lies, énormes. Un sentiment involontaire d'effroi tous saisit devant nn tel l'homme paraît petit, et se sent écrasé ; ii contemple et ae tait. nAt, dans l'aprëB-midi, nous reprenions le chemin de Leshoma, où nous tous en bonne santé, le 16 an matin. M. Coillard avait quitté le camp 1rs auparavant, et s'était rendu k Sésbéké, d'où on loi avait envoyé des Fe passai le dimanche à Leshoma, et le lendemain 18, je me remïa en r Séahéké, «Tec un Ho^outo, et r^oignia H. Coillard le jeudi suivant éziena aont de vigoureux rameurs, j'admiraia beaucoup qu'ils puisent se I tel exercice, debout tout unjour, sous un soleil brûlant. Les bateaux u très confortables et prennent beaucoup d'eau; au bout de quelques ae fait cependant à U chose, et l'on jouit pleinement d'une telle navigaque cea embarcationa soient frélea, je ae crois pas qn'elles sombrent nt. Le plus grand danger rient des hippopotames qui tous tiennent conen éveil, dana les endroits profonds. J'ai été surpris en bien des endroits profondeur des eaux; souvent les bateliers, au lieu de raroer, maaœuitean en appuyant leurs ramea sur le lit sablonneux dn fleuve. H est vrai étions à la fln de l'htTer ; i cette époque tout au moins, un Tapeur serait lent inntîle, de notre gué k Sésbéké.

ier village est situé aur la rivegaucbedaZaDibëze,eta une assez grande :e. Il eat habité par lea principaux chefs du pays et, bien que ceux-ci ne très nombreux, leur village occupe une asseï grande superficie, tu que ef, quelle que soit son importance, occupe cinq ou six maisons, qui indiutmbre de ses femmes, et en outre, un certain nombre de huttes pour sa* Les plus importants ont des tribus bous leurs ordres; les autres sont dei ilUges. Ils ont fait de Séshéké leur ville de plaisance, d'où ils visiteol ta selon leur bon plaisir. Ces derniers vivent à la campagne et mènent existence. Leur position eat des plus humiliante : les chefs sont lenn tsolus, ils les marient selon leurs convenances, etdisposent de leurs enfaau ï ; ils ont même le droit de déposséder leurs sitjets de tout ce qui peut r à ceux-ci. Le résultat d'un tel état de choses est un grand affaissement uant aux chefs, ils disent nous être franchement favorables; iU dods ent et peuvent s'entretenir avec nous ; c'est un avantage immense que 13 aur les missionnaires romains; sachant ce que pensent les gens et étant

en mesure de leur répondre, nous poutons éviter bien des malenteod usitée généralenent est le sé-koloto, no sé-souto altéré et mélangé mes; cependant il nous est aisé de les comprendre, nous nous croyot Le-Souto. .

Bon nombre de femmes parlent un pur sé-souto, je veux dire les pi mes des chefs, les femmes ma-koloto formant encore l'aristocra Chose étrange, le sé-rotsé n'est pas usité géDéralement, pas plu qn'autour du foyer ; il n'est employé qu'occasionnellement, entre ci crets. Nous avons aussi remarqué que les esclaves ne le savent pas c mal. Le sé-kololo est le lien entre tous, maîtres et esclaves, le traii nombreuses tribus sujettes des Ba-Rotsé. Ces derniers ne sont pas tH mais chacun d'eux joue le rûle d'un citoyen romain, tandis que les sentent ce qu'étaient les barbares pour l'ancienne Rome.

Tous ces gens sont sociables, c'est-à-dire qae volontiers ils vous ri questionnent ; ce sont des barbares k demi civilisés et qui inspirent p Toutefois nous avons an grave reproche à faire aus gens de Séshék ne connaissent pas les devoirs de l'hospitalité; ils mettent exactemei cette rilaine maxime : rien pour rien. En ontre, ils sont excessiveme par leurs demandes, tous, à peu près sans exception, du haut de l'écl nier échelon ; cela se répète chaque jour et pour toutes choses, ans bonne dose de patience pour éconduire poliment tous les solliciteu est pour eux une vache à lait, une mine de trésors, et notre qualité naires ne nous soustrait pas & la règle. M. Coillard a fait des principaux chefs ; s'il lui fallait contenter tous les autres, les tréso n'j suffiraient pas. Il faut apprendre à dire non, sans blesser personi fondre quelquefois en demandant à son tour. Accepter un cadeau est Taise spéculation ; il faut le faire parfois, mais empêcher qoe lachos< trop soovent. Je pense que les choses changeraient assez vite, une I serions considérés comme des leurs. Je crois aussi que nous aurions des amis, surtout parmi les esclaves, qui aiment beaucoup à nous se

Quant aux mceurs, elles sont aussi corrompues que possibles : la v honneur et pratiquée sans boute ; l'ivrognerie est un fléau non moini la grande occupation des chefs que nous voyons est de boire de la bi au soir; c'est autour des calebasses que se discutent les affaires. Toi le chanvre, chefs et esclaves, ce qui contribue à les abrutir plus encc est aussi très superstitieux, sans doute à cause des dangers qu'il fleuve ; il a des notions religieuses plus développées que d'autres pe de l'Afrique ; tout prodige a pour lui une cause furnaturelte : le dieu dont il faut s'acquérir les faveurs, les crocodiles et les hippopi sent le charme de leurs médecins, ainsi de suite, je n'ai fait encore qi tissu de ténèbres.

La politique est celle de l'intérêt; le plus fort aura raison, du me ne se compromettra pour soutenir une cause juste. Voilà ce qui noui

d'abord, maïs ce soin des premières impressions qui ont besoin d'être confirmées par de longues observations, aussi est-ce comme telles que je tous les donne.

Au point de vue physique, leè Zambésdens ne sont pas au dernier rang ; ce sont de grands hommes à la figure intelligente ; beaucoup portent la barbe, et certains vieux chefs de Séshéké ont un aspect digne et vénérable. Quel immense champ s'ouvrira à notre activité, si Dieu nous permet de nous établir au Zambèze ! Les Ba-Rotsé ne sont qu'un nom au milieu de beaucoup d'autres tribus sqjettes, de quelques journées de marche au sud des chutes jusqu'à la vallée des Ba-Rotsé, et plus haut encore avec toute la contrée comprise entre la Chobé et le Zambèze.

Toutes ces tribus, nous assure-t-on, comprennent le sé-kololo. Notre cœur bat de joie, puis, les difficultés nous apparaissent bien grandes. Ce n'est d'ailleurs que la porte pour atteindre d'autres nations.

Notre grande préoccupation était la visite au roi ; pendant notre séjour k Séshéké, nous n'étions pas sans appréhensions à son si:get, bien qu'il eût envoyé un messager pour nous chercher; après de longs pourparlers et de nombreuses sollicitations, nous obtînmes deux bateaux des chefs d'ici, et, le 30 août, nous nous mettions en route pour la vallée des Ba-Rotsé, M. Coillard et moi, en bateau avec un driver; deux Ba-Souto faisaient le voyage par terre avec l'envoyé du roi.

Nos débuts ne furent pas heureux ; le jour même de notre départ, le bateau de M. Coillard faillit couler à cause de ses voies d'eau, et force nous fut de nous arrêter pour le réparer. Le lendemain de ce jour était un dimanche ; nous le passAmes à quelque distance de Séshéké, et, le lundi suivant, nous allions nous remettre en route, quand un messager de Séshéké nous pria de revenir en hâte sur nos pas. Nous apprîmes des chefs que le roi actuel venait d'être détrêné et que la Tallée était en révolution ; voici les faits. Tout dernièrement, le roi a fait périr un grand chef et la femme d'un second ; il se proposait encore d'autres exécutions, quatre chefs de Séshéké étaient désignés, mais l'indignation de la tribu le prévint dans ses desseins. Cerné dans sa maison, il a cependant réussi à s'échapper en tuant deux hommes et personne ne sait où il est. La sœur du roi, l'exécutrice des deux derniers crimes, a été déposée, et les conseillers royaux ont pris la fuite. Quant aux fidèles siyets du roi à Séshéké, ils paraissent peu affectés et noient leur chagrin dans la bière. Que faire nous-mêmes ? Après beaucoup d'hésitations, nous nous sommes décidés à attendre à Leshoma les événements, et à faire le voyage à la vallée avec les che£B, lorsqu'ils iront saluer le nouveau roi. En arrivant ici, nous avons appris que M. Amot avait quitté le pays pour la cête ouest, avec un marchand portugais. U a, para!t-il« beaucoup souffert en dernier lieu, de maux d'yeux et de maux de dents, c'est là tout ce que nous avons appris de lui.

* 15 septembre.

Nous apprenons que le roi s'est conduit en vandale dans sa retraite ; il a, pa-

ratt*il, tué beaucoup de gens ; on nous dit qu'il a pillé les effets de M. Amol, ce

dont nous ne sommes pourtant pas certains. D'autre part, nous sommes convain-

cQs qu'il a pillé des marchands de Mangwato, qui avaient eu l'imprudence de faire

passer U rivière à quelqneS'Unes de leurs marchandises Tenaes par le lac Ngami; son but est d'attirer une Tengeance sur la tribu qui l'a dépossédé ; deux conseillers l'ont suivi dans sa fuite, l'uu d'eux est Kambella. Le futor roi est un cousin du précédent; il est absent du pays et on l'a. envoyé chercher, il se nomme Akoafouna. Une sœur de ce dernier, selon la coutume gui date de Sébétuané, occupe le second siège du royaume, son nom est Maembiba, elle est déjà à son poste. Quant au nouveau roi, il peut encore beaucoup tarder à arriver. Voici la succession des derniers rois et leur parenté :

A Sékélétou, fils de Sébétuané, le Mo-Soutn, a succédé Sépopa. A Sépopa, Nguanawina, fils de Séhéso, frère atné de Sépopa. A Nguanavina succéda Luanika ou Lobossi, fils de Litia, second frère de Sépopa. A ce dernier, succède le roi de ce jour Akoufouna, fils de Limbona, troisième frère de Sépopa. Cest toujours un frère et une sœur qui occapenl les deux premiers sièges du pays. VaudroDt-ils mienx que les précédents 1 nous seront-ils favorables ?

Le \" octobre, nous avons appris que les marchands cités plus haut ne sont pas de Mangivato, et la tribu, paraît-il, les remboursera. Nous ne savons rien du nouveau roi, et, de retour à Leshoma, nous ignorons toutes les nouvelles de ta vallée. Il est impossible pour nous de nous établir cette année chez le roi, vu la saison des pluies qui est prochaine ; nous aimerions à faire seulement un voyage, pour nous entendre avec les chefs et tout préparer pour l'hiver prochain. Nom attendons un nouveau messager des chefs actuels pour nous meltre en route, car nous vivons au temps des Juges et nons craignons d'être pillés en précipitant ce voyage.

Ce que j'ai vu du pays des Ba-Eotsé, depuis le gué jusqu'à Séshéké, n'a rien de remarquable. C'est une plaine de chaque c6té dn fleuve, et les regards ne rencontrent qu'une herbe haute et des roseaux; beaucoup plus loin sont les forêts peuplées de beaucoup de gibier. La rivière est très belle au gné, à quelques centaines de mètres au-dessous de son confluent avec le Chobé, et jusqu'à Emparira, à 8 kilomètres plus haut ; à partir de ce point, plus de forêts, pins de palmiers, le tableau a perdu toutes ses couleurs. Séshéké (tes sables) n'est pas dans nne jolie situation.

Nous nous établissons à Leshoma pour la saison des pluies; cette station prend l'air d'un petit village. Grftce à Dieu, après quelques indispositions nous sommes tous bien à cette heure.

Demièree nouveUes. 29 oct. Avjourd'hui arrivent des bateaux pour nous chercher; MM. Coillard, Arone et moi, nous espérons partir après- demain pour la vallée. — Le nouveau roi est élu, paralt-il: ce serait Maina, un frère d' Akoufouna; Maembiba reste en place. — Nos Ba-Souto nous quittent ai^ourd'hui. Tous nous sommes bien I

N. B. MM. Coillard et Arone partent seuls pour la vallée. D. Jeânhiiret.

Lettre de M» P. Berthood»

Valdézia, Spelonken, Transyaal, 20 décembre 1884.

Voos savez sans doute que le roi Oumzila (ou Mozila) est mort. Toutefois cette nouvelle a grand besoin d'être confirmée, car nous manquons de détails. Peut-être l'est-elle à vos yeux, puisque, malgré votre éloignement, vous avez, avec nos voisins du sud de l'Afrique, des communications plus régulières et plus rapides que nous, qui vivons au milieu de la barbarie. Cet événement est de la plus haute importance pour la tribu des Ma-6ouamba que nous évangélisons. En effet, pour qu'il n'amen&t pas de changement dans la situation politique de la tribu, il faudrait qu'Oumzila eût un successeur aussi fort et aussi bien assis que lui ; or, je doute qu'on lui en trouve un pareil.

Xous suivons ces événements avec attention et sollicitude, parce qu'ils tonckent à la vie même de notre œuvre missionnaire. Ainsi nous avons une annexe importante sur laquelle planent des menaces de guerre, et ces nuages noirs se dissiperaient bientôt si la nouvelle de la mort du roi était confirmée. Cette annexe, — soit station missionnaire dirigée par un évangéliste indigène, — se trouve chez Magoud (prononcez Magoudou, avec l'accent sur ^ou, et la dernière syllabe muette), un peu au nord de la baie de Delagoa. Ce chef assez important a été obligé de se reconnaître tributaire d'Oumzila, et il se trouve maintenant plus ou moins pris entre deux feux. Son suzerain, en effet, enhardi sans doute par le succès de ses impositions autoritaires, essaya de faire un pas de plus, et ordonna à Magoud de lui envoyer le tribut des marchands blancs dont les factoreries ressortissent à son pays. Sur tout le littoral il y a des boutiques, desservies pour la plupart, non par des « blancs, » mais par des Banyans ; en réalité les Européens y sont rares, il y en a peut-être deux ou trois dans le territoire de Magoud. Toutefois les marchands ne se sont pas établis dans la capitale du chef, parce que, parait-il, la localité est insalubre; et pour éviter cet inconvénient, ils ont b&ti leur village au bord d'un petit lac, à 50 ou 60 kilom. plus à l'est; c'est là qu'on peut voir six ou sept boutiques, où l'on fait, hélas I un immense trafic d'eau-de-vie.

Les instructions envoyées par Oumzila étaient claires et positives, autant que prétentieuses; si je ne me trompe, il exigeait que chaque boutique livrât un tribut d'une valeur de 400 francs. Les marchands refusèrent avec protestation. Mais Magoud leur fit comprendre qu'il aurait, lui, à payer pour eux, afin de satisfaire son suzerain. Sur quoi, les marchands de le pousser à la résistance, lui représentant à leur tour que si les exigences du roi allaient ainsi croissant, ils ne pourraient pas rester dans le pays, et que le peuple de Magoud perdrait l'avantage qu'il retire de la présence des factoreries; d'ailleurs, lui dit-on encore, les blancs sont les hôtes de Magoud, et c'est à lui qu'ils veulent payer des redevances, comme ils l'ont totgours fait. Enfin Oumzila vient de mourir, et ses soi-disant envoyés pourraient bien être des imposteurs.

Il faut ici tooB expliquer le système d'impontioas, qui i cours dm d'Oiunsila. Natorellement il n'y a rien de très régulier ; ftu contr&ir est la règle, selau la coutume des tribus isurages. Le royaume est siears grandes proTinces, dont tes frontières, bien déterminées de pi Tince, sont sonvent mal définies du cèté des autres royaumes on des La perception des redevances est remise i la prudence des goi provinces, lesquels font du zèle pour mériter la fareur de leur mona dant celui-ci ne leur demande pas de présenter des comptée balant profitent pour soigner leurs propres affaires, prenant garde seulem paraître plus riches qne le roi. Voici donc lenr manière de procéder an nom d'Oomnla, une petite troupe de guerriers, avec l'ordre de gré ou de force, par exemple dii tètes de bétail d'un village — à les habitants aient du bétail, — ou bien des étoffeset de l'eMi-de-Tie rie désignée. Les guerriers reviennent avec leur bntin chez le gonv euToie pent-ètre les deux tiers à Oumzila, et garde le reste pour pour l'eutretieu de ses gens. Si quelqu'un s'avise de refuser le paye réquisition, on a bientèt rassemblé un contingent armé, auquel Oui do renfort si c'est nécessaire, et l'on ch&tîe séTërement, cruellemi récalcitrants.

Voilà ce qui faisait trembler Magoud, dont le seul désir est de Cest nn homme remarquable, k la fois pldn d'intelligence et de bo: rait citer de lui bien des nobles traits. Dana le cas qui nous occupe, qne les exigences exorbitantes de ses supérieurs lui fissent une sitnt périlleuse. Il est probable toutefois qne la petite troupe d'Oum: envoyée par un gouverneur qui habite au bord du Limpopo et qui une bonne affaire; néanmoins ses ordres avaient autant d'autorité qi venus de plus baut, comme je viens de l'expliquer. Comment donc i impasse î Le seul moyen eût été de parler au roi lui-même et de lu la corde était trop tendue. Pins sage et mieux placé que le gouverne il aurait probablement arrangé la chose. Mais la demeure du roi et kilomètres du village de Magoud 1

Cependant la situation était si grave qu'on dnt forcément se rési prendre cette grande expédition. Les blancs proposèrent donc à H snivaot.On enverra h Oumzila une députation composée de l'un des de plnsienrs notables de Magoud. S'ils trouvent que le roi est vraii reviendront et l'on refusera de livrer ce qtil est réclamé. Si Onmzila Ini exposeront les circonstances et demauderont nn allégement imposée aux marchands. Enfin, quoi qu'il arrive, les blancs sont pi les armes, pour se joindre à Magoud en vue de la défense commune

Ayant trouvé ce plan bien conçu, le chef Magoud l'accepta, mais car il aurait beaucoup aimé que les blancs payassent, quoique i L'affaire en était là au mois d'août dernier, et j'attends maintena

Notre évangéliste partage l'anxiété du chef et sympathise av»

"iV

cette annexe est à 400 kilom. de nos stations, nos missionnaires ne Pont jamais Yue, et il est À désirer que l'un d^eux y soit prochainement envoyé, au moins poor la visiter et pour voir Magoud lui-même. Malheureusement un voyage jusque-là constitue nne véritable entreprise d^exploration, parce qu'on ne peut s'y rendre d'ici que par des contrées sans routes et souvent sans habitants. Si nous avions une station à Lorenzo- Marques, la chose serait infiniment plus simple, puisque des barques font souvent le trajet de cette ville chez Magoud, en remontant la rivière Eomati.

Cela me rappelle que vous avez parlé du petit vapeur Maud, qui a essayé de remonter le Limpopo. Mais je regrette de ne pas connaître le résultat de cette expédition '. Cependant j'ai oui dire que le bateau avait pu faire aisément environ 80 kilomètres sur le fleuve, mais qu'il avait été arrêté là par la fièvre qui décimait les membres de l'expédition. On s*était mis en route trop t6t, parait-il, avant la fin de la mauvaise saison, qui, cette année, s'est prolongée plus tard que d'ordinaire. 11 reste acquis cependant que le Maud a navigué sans peine sur la partie du fleuve la plus défavorable ; mais les eaux n'étaient pas encore basses.

Aux pages 86, 112 et 135 de V Afrique explorée^ vous annoncez les mesures prises en vue de la construction d'un chemin de fer de Pretoria à la baie de Delagot. Mais nous venons d'apprendre que l'emprunt émis en Hollande par le Transvaal n'a pas été souscrit, et que le comité néerlandais d'initiative s'est dissout. A quand la voie ferrée ?

En 1875 un semblable emprunt, destiné au même but, avait déjà été souscrit; mais, pour gagner les souscripteurs, on avait émis les titres au 60 %, tout en garantissant un fort intérêt du pair. Nous le payons, cet intérêt, depuis 1876 ; cela fait un impôt annuel, dit pour le chemin de fer, de Ls 1.10 0 par habitant (homme adulte). Mais l'argent de cet emprunt a été dilapidé dès l'origine, et nous sommes sans chemin de fer. Paul Bertroh).

BIBLIOGRAPHIE

Mission d'explobation du haut-nioeb. Voyage au Soudan français (Haut-Niger et pays de Ségou), 1880-1881, par le commandant OàlUéni, contenant 140 gravures dessinées sur bois par Riou, 2 cartes et 15 plans. Paris (HaclietteetC*), 1885, gr.in-8%632 pages, 15 fr.— Si le Tonkîn et Madagascar détournent pour le moment Tattention du Sénégal, cela ne

* Nous ne l'avons vu mentionné dans aucun des journaux que nous receTons de l'Afrique australe.

■ Voir V*»» année.

* On peut se procurer à la librairie H. Georg, à Genève et à B&le, tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique explorée et civilûfée.

signifie pas que la France ait abandonné son projet d'atteindre, par cette voie, le cœur du Soudan, afin d'attirer à St-Louis le commerce qui suit actuellement les routes sahariennes conduisant au Maroc et à la Tripolitaine. L'échec des missions Flatters ayant démontré que Ton ne pourra de longtemps atteindre Timbouctou, parle nord, il s'agit d'aborder ce grand marché par le Niger, et il ne semble pas, jusqu'à présent, que l'on ait rencontré de ce côté une bien vive résistance. En 1879, des oflSciers étudièrent le cours du Sénégal et les territoires voisins jusqu'à Bafoulabé; de 1879 à 1881, le capitaine Galliéni explora la vallée du Bakhoy, atteignit le Niger et arriva jusqu'à Nango, c'est-à-dire à une faible distance de Ségou, résidence du sultan Âhmadou ; enfin de 1880 à 1882, le colonel Borgnis-Desbordes acheva l'exploration des régions situées entre le Sénégal et le Niger, et planta le drapeau français sur ce fleuve à Bamakou.

L'ouvrage que nous annonçons est consacré à la narration de la mission Galliéni, par le commandant lui-même. C'est un beau volume, préparé avec le soin qui distingue les publications de la maison Hachette. L'impression, les gravures de Riou, les cartes et les plans sont admirables d'exécution et de dessin. Quant au récit, il est écrit d'un style simple et sans emphase ; on y reconnaît la plume d'un soldat qui raconte d'une manière claire ce qu'il a vu, ce qu'il a fait, au fîir et à mesure que les événements se déroulent, sans exagérer ni l'importance de ses découvertes, ni la grandeur des obstacles qu'il a surmontés. L'accent de vérité que l'on sent à chaque page rend très attachante la lecture de ce volume, et augmente le mérite et la haute idée qu'on se fait de l'énergie et de la bravoure de ces hommes, perdus au milieu de populations barbares et dont la vie a été constamment en danger. Galliéni, du reste, avait été fort heureux dans le choix de ses compagnons de voyages : Piétri, Vallière et Tautain, oflBciera d'un caractère éprouvé et d'une grande valeur au point de vue des connaissances scientifiques nécessaires pour accomplir le programme fixé. Voyez-les remonter le Sénégal et le Bakhoy, chercher à conclure avec les tribus nègres des traités de commerce et d'amitié, se séparer et diviser leur troupe si restreinte en trois groupes, afin de pouvoir comprendre une plus vaste étendue de terrain dans le champ de leur exploration; écoutez Galliéni racontant le combat de Dio, dans lequel son convoi dut supporter le choc de 1500 à 2000 Bambarras bien armés, sa retraite sur le Niger et sa rencontre avec ses amis à Bamakou; suivez la mission dans sa marche sur Ségou que, malgré ses efforts, eUe n'atteignit pas, obligée qu'elle fut, par ordre d' Ahmadou,

de s'arrêter à Nango ; lisez enfia la descriptioa de la véritable captivité queleurimposale sultan et celle duretour à St-Louis. Est-il possible, après avoir pris connaissaiice de ces faits, de n'être pas pénétré d* admiration pour ces hommes généreux qui, en dépit de tous les dangers, veulent remplir leur mandat jusqu'au bout? Ce sentiment ne fait que grandir lorsqu'on constate que, malgré les attaques de fièvre et l'état de dénflment dans lequel ils se trouvaient après le combat de Dio, ils sont parvenus à faire assez d'observations précises et à recueillir suffisamment d'informations, pour permettre à Galliéni de décrire, dans les cent de^ nières pages , là région parcourue ; description si complète que ces contrées, hier encore marquées presque en blanc sur les cartes, peuvent être aujourd'hui considérées comme connues,au moins dans leurs grands traits. Il est à espérer que ces i-econnaissances, accomplies au prix de tant de privations et de souffrances, ne profiteront pas seulement à la science, mais qu'elles contribueront aussi au progrès de la civilisation et de la colonisation européennes.

M. G. Rolland. La mer Saharienne. Bévue scientifique du 6 décembre 1884, p. 705-718. — L'étude géologique du Sahara faite par M. Rolland au cours de la mission transsaharienne de M. Choisy, en 1879-1880, et pendant deux voyages ultérieurs en 1882 et 1884, lui a fait constater de nombreuses formations dues à l'action des eaux, ce qui oblige à admettre qu'à une époque relativement récente, les eaux ont agi puissamment à la surface du Sahara, et en ont recouvert certaines parties, telles que la région des Chotts tunisiens et algériens. Mais ces bassins sahariens n'étaient point, suivant M. Rolland, en communication directe avec la mer (Océan ou Méditerranée) ; les coquilles trouvées dans certaines formations, — le Cardium edule en particulier,— espèces marines, peuvent s'être accommodées aux eaux saumfttres, voire même aux eaux douces. Or, les eaux douces dans lesquelles se sont formés les dépôts qui constituent les couches supérieures des cuvettes du Sahara, et celles qui en ont creusé les vallées d'érosion, provenaioit, dans l'opinion de M. Rolland, d'une époque pluviaire entièrement différente des conditions météorologiques qui caractérisent aujourd'hui le Sahara. La source de l'humidité qui fournissait cette abondante condensation devrait être cherchée dans l'immense étendue d'eau qui recouvrait autrefois la vaste plaine de l'Asie septentrionale ; ce serait de là, que le vent alizé du N.-E. apportait au nord de l'Afriqueles vapeurs, auxquelles le Sahara devait alors l'humidité extrême qui le caractéri-

sait. Nos connaissances météorologiques sont insuffisantes pour nous permettre de nous prononcer sur l'hypothèse de M. Rolland, non plus que sur les considérations qui terminent son mémoire. Rattachant répoquepluviaire du nord de l'Afrique à la période glaciaire de l'Europe, il suppose que la zone maxima des précipitations atmosphériques s'est déplacée du sud au nord, et que les étapes successives de ce déplacement ont été le Haggar, l'Atlas, les Alpes et enfin les montagnes du nord de l'Europe. L'hypothèse nouvelle tient-elle suffisamment compte des conditions d'altitude et de latitude septentrionale ! De plus compétents que nous diront si elle explique tous les faits du phénomène glaciaire.

A. Barthélémy. Guide du voyageur dans la Sénégambie française. Bordeaux (Bureaux de la Oirondé)^ et Paris (A. Barbier, 182, boulevard Saint-Germain), 1884, in-12, 331 p. et carte, 5 francs. — Les Guides pour les pays d'Europe ne manquent pas. Même l'Algérie a été l'objet de publications de ce genre; mais ceux qui traitent de contrées non connues dans toutes leurs parties, et où les voyages ne se font pas dans les mêmes conditions que dans nos pays civilisés, sont fort rares. Il y a des guides pour la Nouvelle-Calédonie, et la collection Bœdecker renfenne un ouvrage semblable pour la Syrie et la Palestine. C'est un essai du même genre qu'a tenté le géographe bien connu qui a emprunté le pseudonyme de Barthélémy; tentative heureuse, car l'ouvrage, accueilli favorablement par la presse et le pubUc, vient d'être couronné par la Société de géographie commerciale de Bordeaux.

En ce moment où toutes les puissances s'occupent de questions coloniales, où l'émigration tend à s'accroître, entraînant l'établissement de bateaux à vapeur, la construction de chemins de fer et de lignes télégraphiques, la publication de guides pour les colonies est une nécessité.

C'est par la plus ancienne possession française en Afrique qu'a voulu commencer M. Barthélémy. Son ouvrage renferme un itinéraire de Bordeaux à Dakar, un historique sommaire et une étude géographique courante, soit du Sénégal, soit du Cayor et des régions voisines, où toutes ces routes par terre et par eau sont indiquées. Mais l'auteur ne s'est point arrêté là; afin de rendre son guide plus pratique, il y a joint un vocabulaire français-ouoloff, ainsi que quelques phrases usuelles, une note sur l'hygiène des Européens au Sénégal, extraite de l'ouvrage de M. Bérenger-Féraud, médecin en chef de la marine. Enfin les cinquante dernières pages contiennent une foule de renseignements utiles au voya-

geur et qu'il devrait glaner dans beaucoup d'ouvrages différents : liste des autorités civiles, militaires et judiciaires, écoles, hôpitaux, douanes, lignes de navigation entre l'Europe et la Sénégambie, tarifs postaux, télégraphiques et des chemins de fer, etc. Nous y avons trouvé un horaire et un tarif des sections ouvertes du chemin de fer de Dakar à Saint-Louis.

Enfin l'ouvrage se termine par une carte en noir, claire et facile à consulter, mais qui n'indique pas le relief et laisse en blanc les parties peu connues ou celles dont il n'est pas fait mention dans le guide.

Tel qu'il est, ce livre rendra de grands services, et nous ne pouvons que conseiller fortement aux voyageurs, colons, soldats ou marins, de ne pas partir pour le Sénégal sans avoir dans leur malle le guide de M. Barthélémy.

Le Congo français, par J.-L. Dutreuïl de Rhins. Paris (Dentu), 1885, in-8'*, 64 p., avec carte et portraits de Brazza et de Makoko. — Le titre de cette brochure, et le fait qu'elle est due à l'un des partisans les plus zélés des expéditions confiées à Savorgnan de Brazza, expliquent le point de vue exclusif auquel elle est écrite, celui des intérêts français, des intérêts matériels surtout, que le système protectionniste seul, à en croire M. Dutreuil de Rhins, peut sauvegarder. D'après cela il est facile de comprendre que tout ce qui ne procède pas de la France, et ne tend pas à assurer aux intérêts français la prépondérance dans le bassin du Congo, ne peut trouver grâce aux yeux de l'auteur, qui ne voit dans Stanley qu'un aventurier doublé d'un mystificateur, dans ses agents que des pirates, dans l'œuvre des représentants de tous les États civilisés réunis à Berlin, et surtout dans la proclamation de la liberté commerciale pour tous, et de la libre navigation du Congo sous la surveillance d'une Commission internationale, qu'une comédie jouée au profit de l'Allemagne et de l'Angleterre. Aussi espère-t-il que, lorsque les décisions de Berlin seront soumises au Parlement français, celui-ci ne laissera pas porter atteinte aux intérêts et aux droits de la France sur le Congo ! Nous voulons croire que les représentants de la France, tout en s'elBForçant de sauvegarder les intérêts français, sauront avoir égard à ceux des autres États civilisés et des indigènes. Le meilleur moyen d'assurer les intérêts de tous n'est-il pas l'établissement de la liberté pour tous, dans tous les domaines, comme le préparera l'œuvre de la Conférence de Berlin ?

BULLETIN MENSUEL {6 avril 1885.Y

La commission internationale des délégués de France, d'Angleterre, d'Espagne, d'Autriche, d'Italie, d'Allemagne, de Hollande, de Russie et de Turquie, chargée d'étudier la question de la navigation du <»inal de Suez, a déterminé les phases successives d'un programme complet et définitif pour l'élargissement et l'approfondissement du canal d'uae mer à l'autre. Une des conséquences de cette entente entre les grandes puissances maritimes sera la neutralisation du canal. Une conférence qui a pour mission de régler ce qui se rapporte à la libre navigation du canal s'est réunie le 30 mars à Paris. Toutefois ses travaux n'auront qu'un caractère préparatoire, et les puissances auront ensuite à décider si elles doivent en consacrer le résultat dans un acte définitif. La convention pour le règlement de la question financière égyptienne contient un article qui proclame en principe la liberté du canal en tous temps. Mais le règlement pour l'application de ce principe devra être ultérieurement élaboré par les puissances.

Nos lecteurs se rappellent que Mgr Sogaro, vicaire apostolique de l'Afrique centrale, avait envoyé à Dongola le P. Vicentini qui, à son tour, dépêcha un messager arabe au Mahdi, pour chercher à obtenir de lui la libération des missionnaires du Djebel-Nouba et d'El- Obeïd, qu'il retient prisonniers depuis la conquête du Darfour et du Kordofan. Après deux mois de cruelle incertitude, le P. Vicentini est revenu au Caire ; le messager a rapporté à Dongola une lettre d'une des sœurs prisonnières, datée du 3 février, d'Omdurman, vis-à-vis de Ehartoum. D'après cette lettre les missionnaires ont à endurer de grandes souffrances, et cependant ils conseillent de ne pas insister à demander leur délivrance au Mahdi, cette demande pouvant entraîner d^ conséquences encore plus fâcheuses pour eux.

\j Antislavery Reporter a publié une description de la traite êL Dong^ola, due à la plume de M. Cameron, correspondant du Standard, tué dans un des engagements avec les partisans du Mahdi. « Dongola,» disait-il, « est un nid d'esclaves ; la traite se fait sous nos yeux. Vingt-cinq esclaves ont été envoyés tout récemment à Wadi-Halfa, pour être ven-

* Les matières comprises dans nos Bulletins mefisuels et dans les Nouvelles complémentaires y sont classées suivant un ordre géographique constant^ partant de l'Algérie, puis allant à PEst, longeant ensuite la côte orientale du continent et revenant par la côte occidentale.

L'AFKIQUE. — SIXIÈME ANNÉE. — N® 4. 4

dus aux officiers et aux soldats égyptiens qui s'y trouvent. Dans un des engagements du mudir de Dongola avec les troupes du Mahdi, il a pris à celles-ci plus de trente nègres, dont le bonheur fut extrême en voyant qu'au lieu de les vendre comme esclaves, selon Tusage habituel, on faisait d'eux des soldats. J'ai cherché à engager deux Arabes à m'accompagner comme domestiques dans ma marche vers Khartoum, mais ils tirent quantité d'objections à aller au delà de Merawi, même protégés par l'armée anglaise. Deux nègres à la taille imposante s'offrirent, mais j'appris plus tard qu'ils désiraient se rendre vers le sud pour une expédition en vue d'acheter des esclaves. Tout travail ici est fait par des esclaves ; la ville fourmille littéralement de jeunes filles nègres du Soudan qui, naturellement, sont peu à peu dirigées sur la basse Egypte et remplacées, par d'autres fraîchement arrivées de l'intérieur. Il ne suffirait pas d'interdire de nouveau la traite sur le haut-Nil pour mettre fin au trafic, qui ne cessera entièrement que si l'esclavage luimême était entièrement aboli dans les pays musulmans des bords de U Méditerranée. »

D'après une lettre d'Obock au Temps^ l'administration ayant, pour dégrever le budget des dépenses que nécessite l'occupation de cette colonie, frappé d'un droit de neuf francs chaque boutre qui mouillait sur rade, il n'en vient plus un seul à Obock depuis que cette taxe existe. Auparavant on venait y apporter des nacres, des peaux, des bestiaux, qui font défaut dans le pays, et que l'on était obligé de faire venir à grands frais d'Aden, de Zeïlah et de Berbera ; actuellement il n'en vient plus, et les négociants arabes et somalis ont déclaré qu'ils ne viendront plus à Obock tant que cette taxe subsistera. Le commerce qui s'était peu à peu établi avec les Arabes et les indigènes a complètement cessé. En outre le territoire d'Obock a été dévasté par des pluies torrentielles qui y ont causé une véritable inondation. Les eaux descendant des hauteurs ont formé des torrents considérables. Le pied de la falaise oîi les indigènes avaient commencé à établir quelques habitations a été envahi par la mer ; les constructions que le gouvernement faisait élever ont été à moitié détruites et les jardins anéantis.

C'est à Obock qu'*est redescendu des plateaux du €hoa, M. R.-A. Brémond qui, dans son second voyage, s'était proposé de trouver une route plus facile que celle de Zeïlah, la voie ordinaire de la cote au plateau abyssin, qu'il avait suivie dans sa première expédition. Revenu à Marseille, il a rendu compte de son exploration à la Société de géographie de cette ville. Nous extrayons du Sémaphore ce qui nous paraît le

plus important pour nos lecteure. Il avait avec lui un docteur en médecine, M. Hamon, un ingénieur des mines, M. Aubry, un officier de cavalerie, chargé des travaux cartographiques, M. Hénon, dont le frère servait de secrétaire à l'expédition. Il pouvait compter sur le concours de personnages puissants dans cette région, le fils d'Abou-Bekre, pacha de Zellah, Abd-el-Rhaman, parent et homme de confiance du sultan d'Aoussa, Mohamed-Anfali, et surtout ce dernier qui désire obtenir le protectorat de la France contre l'invasion égyptienne. Parti d'Obock avec sa caravane, il passa par Tadjoura et Sagallo *, et, à travers une série de mamelons qui s'étendent sur une longueur de 20 kilom., il gagna les rives du lac Assal, dont les berges sont formées de couches de sel assez solides pour supporter le poids d'un chameau •. Les Arabes le nomment par plaisanterie le « lac de miel. » Le l*' juillet 1883, la caravane traversa en radeau l'Haouasch, considérablement grossi par les pluies des hauts plateaux. Cette rivière qui naît au S.-O. des Alpes du Choa, dans le district de Finfini, à peu de distance du Nil bleu, contourne les terrasses de l'Abyssinie qu'elle suit dans la direction du sud au nord. Elle ne coule pas comme les autres cours d'eau du plateau abyssin, dans des gorges profondes, mais à pleins bords. A l'époque de Tétiage, elle a 50 mètres de largeur ^t plus d'un mètre de profondeur. Au moment des crues causées par les pluies qui tombent sur le haut plateau, son niveau s'élève de 12, 14 et même 18 mètres. Elle coule dans la direction de Tadjoura, et va se perdre non loin de ce golfe, mais sans atteindre la mer, dans le Bada ou lac d'Aoussa. M. Brémond la croit navigable pour des bateaux à vapeur et estime que ce serait la voie de communication la plus facile du Choa à la côte.

Après 35 jours de marche, l'expédition atteignit Farré le 3 juillet ; le 7 elle était à Ankober, que le roi Ménélik venait de quitter, pour se rendre à Autoto, sa résidence d'été. Il invita les voyageurs à venir auprès de lui et leur fit un très bon accueil. Après cela le Choa fut exploré dans diverses directions. M. Brémond ne put pas aller au Kaflfa, comme il l'aurait désiré ; toutefois il fit une excursion dans la région

' Voyez la carte, IV"» année, p. 328.

' Le lac Âssal est encaissé dans une espèce d'entonnoir, où il faut descendre par des sentiers qui offrent quelques difficultés. On suit alors les berges du lac sur une longueur de 20 kilomètres. On peut même raccourcir la route demoitiéen traversant le lac dans un endroit où la couche de sel est assez épaisse pour supporter le poids d'un chameau chargé.

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qui s'étend aa sud reis le pays des Masal. Ce haut plateau est arrogé par un eours d'eau, le Ghybé, qui, après avoir contourné le pays des Arousis-Gallas, Ta grossir le Djouba, tributaire de TOcéan Indien. D serait facile, croit M. Brémond, à un explorateur venant du Choa, de descendre ce fleuve sans trop de danger. Son opinion se fonde sur Taccueil qu'il a reçu des indigènes, la plupart soumis à Ménélik. Le 3 janvier 1884, il était de retour à Antoto, oii le roi revint bientôt, avec un butin considérable fait dans une expédition contre les Arousi^ Gallas. n organisa sa caravane pour revenir à Obock, oii il rapporta 400 défenses d'éléphants, 60 cornes de musc et 300 lingots d'or de 10 kilos. Le retour se fit par la vallée de THaouasch, dont M. Brânond put détermina le cours.

C'est d'Obock encore qu'un correspondant du Temps a cherché et trouvé une route praticable pour pénétrer au Harr&r, sans passer par Zellah, aujourd'hui occupé par les Anglais. Traversant le territoire des possessions françaises de Tadjoura et de Sagallo, il s'est rendu, lui ausâ, au lac Assal, d'ob, laissant au N.-E. les monts Godah, il marcha directement sur Gobab, capitale du sultan Mohamed Loéita, allié de la France. De Grobab, la route se dirige vers le sud jusqu'à Sarman, frontière des Danakils et des Issas-Somalis, souvent en guerre avec leurs voisins. A cette station il faut changer de guides et de chameaux pour prendre ceux des Somalis. L'usage du pays est que chaque tribu fournisse les chameaux pour le transport des marchandises sur son territoire, mais à toutes les stations oii ce changement doit avoir lieu, le service est organisé de façon que les caravanes n'ont jamais à attendre longtemps avant de pouvoir se remettre en route.

De Sarman on gagne Las-Werdick, point d'intersection des routes du Harrar et de TAbyssinie. Cette voie nouvelle, qui n'est pas plus longue que celle de Zeïlah à Harrar, offre au commerce français l'avantage de se trouver en grande partie sur le territoire de Mohamed Loeïta, ce qui est un gage de sécurité. Le même correspondant ajoute que Tévâcuation complète de Harrar par les troupes égyptiennes, devait, d'après les ordres de l'Angleterre, être terminée à la fin de février ; le nombre des évacuants ne se montait pas à moins de 18,000 personnes, y compris les fenmies et les enfants. Le major Hunter gouverne le pays comme délégué de l'Egypte ; après avoir fait occuper la côte par de.< troupes anglaises, et nommé des agents consulaires àBerbera et Zellah, il a délégué un résident à Harrar, mis ses fonctionnaires dans toutes les branches de l'administration ; enfin il a suppiimé la poste pour Zeïlah

et le Harrar, sous prétexte qu'il envoie un coumer spécial au résident^ le major Heath, et que les négociants européens n'ont qu'à faire comme lui, envoyer des couniers spéciaux, s'ils veulent correspondre avec l'Europe. Au reste l'occupation de la côte par les Anglais a déjà occasionné des troubles ; certaines tribus somalis, celles des Issas-Mousas et des Alal-Ahmed, voisines de la région de Berbera, se sont fait remarquer par une attitude agressive qui n'a pu être vaincue que par de grandes largesses. A Zeïlah, oîi a été placée une garnison d'une centaine de cipayes, une caravane ayant été attaquée aux portes de la ville, le capitaine King, qui en est le gouverneur, ne put obtenir des qgents de I>olice somalis qu'ils allassent saisir les agresseurs pour les lui amener ; il voulut les désarmer et se servit pour cela des cipayes indiens, mais les Somalis soutenus par la population tinrent tète à ceux-ci qui durent se retirer. D'après une dépêche d'Aden, l'autorité britannique, d'accord avec le gouvernement égyptien, laisserait le pouvoir à l'émir Abdalla- Mohamed, fils de l'ancien émir du Harrar. Mais il est à craindre que les partisans d'Ali-Aboubaker, père de l'émir Mohamed-Abdou-Cheikbou, ne saisissent cette occasion de fomenter une révolte, comme ils l'ont fait une première fois il y a peu de temps.

Une lettre du D' Paalitschke, exprime des craintes analogues au sujet de Harrar, oîi il est arrivé, avec le D' v. Harde^^er, le 15 février. Non seulement la ville, mais tous les territoires gallas qui, au point de vue commercial, dépendent de la côte sud du golfe d'Aden, passent par une crise des plus graves, suite de l'évacuation de Han-ar et de ses dépendances par les troupes égyptiennes. L'autorité anglaise qui veut rendre le pouvoir à Ab dalla-Mohamed a cherché à organiser une milice de fantassins et de cavaliers du Harrar, et fait consti-uire un fort dans la partie la plus élevée de la ville. Mais cela suffira-t-il pour résister aux attaques des Gallas contre la capitale de leurs anciens oppresseurs ? Il faudrait à Harrar une force de quelques centaines de soldats aguerris ; ceux que cherche à former le lieutenant Peyton, viceconsul anglais, sont trop faibles pour pouvoir maintenir l'ordre dans la ville. Aussi les négociants européens, qui ne peuvent pas liquider à bref délai leurs affaires, ont-ils adressé une protestation à leurs consuls respectif à Aden, pour rendre le gouvernement du khédive responsable des pertes matérielles qui pourront résulter pour eux de l'évacuation ; ils ont en outre demandé des garanties pour leur sécurité. Les routes des caravanes de Harrar à Ankober et à Zeïlah sont fermées, ce qui a fait perdre à la ville toute son importance commerciale. Le voyage de

MM. Paulitschke et y. Hardegger de la côte à Harrar «a d'ailleurs très bien réussi. A Chaldessa, point de rencontre des caravanes du Choa» du Kaffa et de TOgaden, Témir des Issas-Somalis vint à leur campement pour s'informer du but de leur expédition. Une telle entreprise, en ces temps pleins de périls, lui paraissait suspecte. Les voyageurs venaieutils pour prendre possession du pays des Issas au nom de l'Autriche- Hongrie ? Étaient*ils des rivaux des Anglais ? Il voulait être renseigné exactement. Sur leurs explications, il leur accorda le passage, après leur avoir fait présent d'un bœuf et de trois moutons. Quittant Chaldessa les voyageurs entrèrent sur le territoire des NoUé-Gallas qui ne leur suscitèrent aucun obstacle. Le D' Paulitschke a relevé avec soin tout l'itinéraire jusqu'à Harrar. De cette station il comptait faire, avec le D' V. Hardegger, deux excursions, l'une, au sud dans le pays des Ournbéni-Gallas, la seconde, chez les Ittou-Gallas et jusqu'à THaouasch.

La Société allemande de «solonisatlon avait envoyé, l'année dernière, une expédition dans l'Afrique orientale, avec mission d'y acquérir du terrain pour y fonder des colonies. A la tète de l'expédition se trouvait M. le D' Karl Peters, secondé par deux olBIciers, MM. Jûhlke et Pfeil. Partis de Zanzibar le 10 novembre, ces messieurs ont conclu, au nom de la susdite société, une douzaine de traités, avec dix sultans indépendants, qui leur ont cédé à perpétuité et avec tous les droits de propriété et de souveraineté, le territoire de l'Oa-Sl^^na (à l'exception des points de la côte appartenant au sultan de Zanzibar) et ceux du Ngourouyde l'Ou-Saf^ara et de l'Ou-Kami, soit une superficie de 137 500 kilom. carrés'* Ces traités ont été soumis au gouvernement de l'empire allemand, qui en a reconnu la validité, et a placéiles territoires sous sa protection. Après cela le comité de la Société de colonisation a fondé une Société allemande de l'Afrique orientale, pour faire exploiter et administrer cette nouvelle acquisition, et M. JiLhlke en a été nommé l'administrateur, sous la direction du consul général allemand à Zanzibar, M. le D' Gerhard Rohlfs. Les territoires ainsi placés sous le protectorat de l'Allemagne sont traversés par les routes des caravanes qui vont de Zanzibar au Tanganyika et au Victoria Nyaoza. Ils sont décrits par Burton , Stanley , Cameron comme étant des plus beaux, des plus fertiles, et très salubres dans leurs parties supérieures. La station française de Condoa établie par le capitaine Bloyet, et celle des missions anglaises de Mpouapoua s'y trouvent comprises.

^ Yoy. la carte p. 140.

La Société de géographie de Marseille a eu l'honneur de recevoir la première M. Victor Giraud, au retour de son exploration dans l'Afrique centrale ; nous en avons déjà indiqué les principales péripéties ' ; aussi n'emprunterons-nous au Btilhtin de la Société de Marseille que les renseignements nouveaux qu'il contient sur les pays parcourus par M. Giraud. De Dar-es-Salam, son point de départ pour l'intérieur, il traversa l'Ou-Héhé, plateau abondamment arrosé, fertile et riche en bétail, assez semblable à l'Ou-Grogo, situé plus au nord et bien connu par les descriptions qu'en ont faites les voyageurs ; mais l'Ou- Héhé a sur ce dernier pays, dit M. Giraud, l'avantage d'être sous la domination d'un chef unique, tandis que l'Ou-Gogo subit le joug d'une multitude de potentats qui exigent tous des droits de passage. Mieux que tout autre district de l'Afrique orientale, l'Ou-Héhé pourrait offrir un sol convenable à la colonisation. Dans sa marche vers le lac Nyassa, M. Giraud rencontra, entre l'Ou-Sango et l'Ou-Béna, des populations de mœurs douces et pacifiques ; puis il atteignit le Kondé, plateau situé au milieu d'un hémicycle de montagnes au nord du lac, vers lequel il descend en pente douce. Le voyageur put y goûter, pendant un mois et demi, un véritable repos au milieu de populations tranquilles, et attendre la fin de la période des pluies, pour gagner avec la saison sèche les rives du Bangouéolo. Il s'engagea alors dans le Lobemba qui, sous la domination d'un chef unique, occupe toute la région située entre les lacs Tanganyika, Nyassa, Moëro et Bangouéolo. C'est là que s'ouvre la vallée du Tchambézy, qui prend sa source au sud du Tanganyika et va se perdre dans les marécages du Bangouéolo. Le chef Kétimbourou se montra d'une générosité rare chez les nègres. Il combla de présents l'explorateur, sans vouloir presque rien recevoir en échange. Laissant une partie de sa caravane dans le Lobemba, M. Giraud en envoya une autre partie dans la direction du lac Moëro, à Cazembé ; lui-même voulait, avec huit hommes seulement, se rendre au Bangouéolo, y lancer le canot d'acier, qu'il avait transporté à grand'peine par sections jusque dans ces parages, faire l'exploration du lac, et en sortir, comme il le croyait, vers le nord par la Louapoula, dans la direction de Cazembé et du lac Moëro.

Il lui fut diflScile de s'approcher du Bangouéolo ; des marais s'étendant sur une zone de 40 à 50 kilom. séparaient la terre ferme du lac proprement dit, et il dut patauger pendant des mois entiers dans une forêt inextricable de joncs. Il faillit périr de faim, avec ses gens, dans

* Voy. V»« année, p. 105.

cette plaine qui n'est ni eau ni terre et oîi la chasse est des plus difficiles. Enfin, le 18 juillet 1883, il atteignit le lac et put circuler avec son canot au milieu des îles assez considérables qui émergent de son bassin. Dans cette navigation il constata que la Louapoula que Livingstone fait sortir au N.-O. du lac en sort au S.-O. Dès lors, au lieu de pouvoir rejoindre sa caravane en cinq jours, comme il l'avait espéré, il eut à parcourir une route cinq fois plus longue, au travers de tribus hostiles qui, à coups de flèches et de fusils, le harcelèrent incessamment. Pendant trois jours il navigua sur la Louapoula, qui d'abord serpente au milieu de marais, et bientôt se fraie un passage entre deux berges assez élevées. Après avoir franchi quelques rapides, M. Giraud arriva près de la cataracte de Mombotanta, qui coupe le fleuve. Les rives étaient garnies d'une véritable armée d'indigènes entre les mains desquels il dut se constituer prisonnier en leur abandonnant son canot. Conduit chez Méré- Méré qui réside à dix journées de marche au nord, il y resta en captivité deux mois et demi, au bout desquels il parvint à s'échapper avec ses huit hommes, et en quinze jours il rejoignit le reste de la caravane à Cazembé. Le chef de cette localité avait rançonné les porteurs, s'était emparé de leurs fusils, et M. Giraud fut réduit à accepter ses conditions quelque dures qu'elles fussent. Après mille vicissitudes, il réussit de nouveau à s'enfuir avec sa poignée d'hommes et se lança vers le nord, dans la direction du lac Moero, qu'il atteignit en six jours. « C'est,» dit-il, «sans contredit, le plus beau de tous les lacs delà région équatoriale ;il est flanqué de hautes montagnes : la chaîne du Roua, à l'ouest, et celle du Koma, à l'est. Toutes deux s'inclinent légèrement l'une vers l'autre, pour se rencontrer au nord du lac, oîi elles forment un défilé d'où sort le Louvoua qui va rejoindre le Loualaba près du lac Kamolondo.» En quittant les rives du lac Moëro, M. Giraud s'engagea dans la vallée du Kalongosi, et, après quinze jours de marche dans un pays accidenté, il atteignit le Tanganyika à Liendoué, station des missionnaires anglais, qui lui fournirent les moyens de faire parvenir tout son monde à Karéma. Nous ne reviendrons pas sur son séjour dans cette station, ni sur les obstacles qui l'empêchèrent de se ravitailler pour recommencer son expédition; qu'il nous sufiise, pour aujourd'hui, d'avoir attiré l'attention sur cette exploration, qui rectifie sur plusieurs points l'hydrographie de l'Afrique tropicale, et fera mieux connaître plusieurs districts à peu près ignorés jusqu'ici.

M. Richards, missionnaire américain établi à Mongoué, dans la baie d'Inhambané, a fait en automne de l'année dernière une expé-

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dition au Umpopo, pour s'assurer de l'existence d'une population parlant le zoulou, qu'on lui avait dit habiter dans le bassin oriental de ce fleuve, avec Baleni pour ville principale. D avait avec lui un aide zoulou, huit porteurs, un cheval et un chien. Le troisième jour, rapporte le Misaionary Herald de Boston, les voyageurs arrivèrent chez les Am«- Koar-Kua, si souvent pillés par les gens d'Oumzila qu'ils n'osent plus cultiver de jardins ; les fruits d'ailleurs sont très abondants ; le vin de palmier aussi est répandu dans tout le pays. L'arbre qui le produit a d'ordinaire de 1",50 à 2" de haut, rarement il atteint 3". La végétation n'en est pas riche, excepté au sommet de l'arbre où apparaissent les feuilles. On les coupe toutes , et l'on obtient de chaque arbre , tous les joui's, une pinte d'un suc délicieux, mais très enivrant lorsqu'on Ta laissé reposer quelques heures. Aussi rencontre-t-on de tous côtés des indigènes ivres, hommes, femmes, même de petits enfants. D en résulte qu'ils sont grossiers, souvent pillards, amateurs de querelles et de combats dans lesquels le sang coule d'ordinaire. Les traces des traitements que leur fait subir Oumzila se voient partout, dans le grand nombre de kraals déserts ; à peine un tiers des kraals rencontrés par l'expédition étaient habités, et, à l'ouest du pays des Âma-Kua-Kua, un espace de 100 kilom. de large, sur une longueur encore plus grande, ne comptait que des kraals abandonnés. Cette zone ravagée par Oumzila s'étend jusqu'au pays des Ama-Gouaz», que M. Richards atteignit le neuvième jour après son départ d'Inhambané. La tséteé y abonde ; cependant le cheval et le chien de l'expédition supportèrent ses attaques.

Les Ama-6ouaza sont sujets d'Oumzila; le nom de leur chef, ainsi que celui de la ville qu'il habite est Ama-Gounyana. Là les voyageurs entendirent parler de Baleni comme étant sur le Limpopo, à trois jours de distance du point oii M. Richards atteignit le fleuve. N'ayaqt pas les provisions nécessaires pour prolonger son expédition, il dut revenir à Lihambané à travers le grand bois de Ma-Kua-Kua. Les arbres n'en sont ni bien gros ni bien hauts ; ils ne sont pas très serrés non plus et ressemblent plus à un verger qu'à une forêt. Tous ils sont revêtus d'une mousse grise semblable à celle que l'on trouve dans la Floride. Tous les troncs, vivants ou morts, sont enveloppés d'une extrémité à l'autre de cette mousse gris-vert, qui leur donne un aspect fantastique. Les oiseaux au beau plumage y abondent, ainsi que les hérons, les perdrix et les poules de Guinée. A chaque instant les antilopes se lèvent à l'approche des voyageurs, s'enfuient comme un trait à une vingtaine de mètres, s'arrêtent, regardent autour d'elles pour voir quelle était la cause de leur

— lU — [laîs Be sauvent précipitamment. Au bout de trois jours de mardie 18 ce bois marécageux, les voyageurs atteiguirent la ligue de blte e bassiu du Limpopo et celui de l'Océan, k 90 kilom. de la mer, 0 kilom. du fleuve. La population de cette région est mnnbreuse, iuduetrieuse, et proprement vêtue. Les soldats d'Oumzila ne la jamais, aussi a-t-elle de grands jardins fertiles, des chèvres et utons en grand nombre ; en maints endroits Ton élève des bes-

it à l'eUmographie de la contrée explorée par M. Richards, gènes de la province d'Inhambané, de la cAte jusqu'à une cinine de kilmnètrea k l'intérieur, sont des Ama-Tonga ; leurs kraals 'ands, leurs jardins bien cultivés ; ils ont quelque idée du cornet ont un caractère content. Au delà de ceux-ci et sur une éten- 150 kilom. environ, habitent les Ama-Kua-Kua, qui, pour le le et pour la langue, ressemblent plus aux Zoulous qu'aux Toisas ; 'en du vocabulaire zoulou, il est facile de se faire comprendre Enfin les Ama-Grouaza sont répandus, des rives du Zambèze 1, à celles du Limpopo au sud, et des possessions portugaises i lu pays des Ma-Tébélé à l'Ouest. Le capitaioe Hore en a rensur le Chii-é. Baleni, sur la rive occidentale du Limpopo, a été it quelque temps la résidence d'Onmxllai c'est encore là que la 'ande partie de ses bestiaux sont élevés ; il n'a près de son kraal IX dont il a besoin pour sou usage quotidien. L'ivoire, autrefing ondant, a presque disparu. Défense est faite sous peine de mort iser les quelques éléphants qui restent «icore. Quand un animal l'ivoire doit en être livré à Oumzila ; c'est à lui également que lent toutes les peaux de quelque bête que ce soit ; ce sont ses . Beaucoup de ces indigènes sont de purs Zoulous ; cependant ils ent ni le vrai zoulou, ni le tonga. M. Richards croit que primint toutes ces tribus parlaient un dialecte parent du tonga, que ilous les subjuguèrent, puis, avec le temps se mêlèrent avec eux. ilousétantiuférieursen nombre, les générations suivantes s'account davantage au dialecte tonga, et la génération actuelle sait eu le zoulou, que la seconde génération des émigrés allemands ats-Unis, la langue de ses ancêtres.

f Schnlz qui était parti de D'Urban, le 1" mars de l'année dei^ lour une exploration à l'intérieur, est revenu à la c6te, oii il a aux journaux de Natal, le Natal Mercury et le Natal Mercantile iser, des détails sur son expédition au CIrahé et au CoubMis*.

rcii»-

Le manque de place ne nous permet pas de les reproduire tous, nous nous bornerons à résumer ce qui se rapporte à la partie la moins connue du pays qu'il a parcouru. Il avait pris avec lui un ingénieur civil, M. Hammar, deux domestiques européens et un certain nombre de natifs. A Schoshong, oii Khamé les reçut très cordialement, ils engagèrent un interprète et se dirigèrent au N.-N.-O. à travers le désert de Kalahari. A Pandamatenka, ils prirent des porteurs et des guides pour les contrées de Touest dans lesquelles ils allaient entrer ; mais ceux-ci leur causèrent beaucoup d'ennuis, par la peur constante qu'ils avaient d'être poursuivis parles Ma-Tébélé, et ils finirent par déserter. Un chasseur boer offrit de conduire les voyageurs à Matambanyé sur le Chobé, à 800 kilom. de son confluent avec le Zambèze (voy. la carte III* année, p. 64). Le D' Schulz et son compagnon purent tuer assez de gibier pour nourrir les domestiques indigènes, le pays abondant en fauves de toute espèce, sauf en éléphants que les chasseurs ont refoulés vers l'intérieur. Dans son cours inférieur le Chobé forme une série de lacs, remplis de roseaux et fourmillant de crocodiles dont les voyageurs tuèrent un grand nombre. Le 18 juillet ils atteignirent Lynianti, oii ils trouvèrent encore intacts les wagons et les objets qui avaient appartenu à la station missionnaire fondée par Price et Livingstone. Les membres de la mission étaient morts de la fièvre, et les che£s indigènes, retenus pai* une crainte superstitieuse, n'avaient pas osé toucher aux objets susmentionnés. De Lynianti, ils atteignirent en cinq jours une petite rivière venant du sud, la Liana, d'oii ils se rendirent à Matambanyé, la ville principale du Chobé, dont Serpa Pinto et Selous n'avaient exploré que la partie inférieure. Le chef Matambanyé les dissuada de remonter la rivière, les tribus de ses rives étant très hostiles, et leur conseilla de se diriger vere le Coubango qui coule à 240 kilom. au sud du Chobé. Ils résolurent d'explorer le Coubango et de le remonter si possible jusqu'à ses sources. Commençant par suivre la Liana en en faisant le relevé, ils la quittèrent ensuite pour se porter vers l'ouest, à travers un pays sablonneux, «ans gibier et pauvre en eau. Enfin ils atteignirent le Coubango, en un endroit oli il a 400" de large, 8" de profondeur, et une vitesse de 35 à 40 kilom. à l'heure. Le l*' septembre ils arrivaient à la résidence du roi Oundalé ; ils lui envoyèrent un présent que le chef leur retourna aussitôt en leur faisant dire que ce n'était pas assez pour un grand roi comme lui, que cela ne valait pas l'eau qu'ils avaient bue de sa rivière. Ce chef vit dans une île au milieu du courant rapide du Coubango ; les gens de sa tribu s'appellent les Mombo-Kouchou ; ce sont d'habiles

canotiers. Le roi fit visite aux voyageurs dans leur camp, examina tout ce qu'ils avaient, et exigea qu'ils lui donnassent à peu près tout ce qu'ils possédaient, jusqu'à leurs couvertures. Un trafiquant portugais venu de la côte occidentale, qu'ils rencontrèrent chez Oundalé, leur dit qu'il était très facile de remonter le Coubango jusqu'à ses sources, et de gagner de là l'Atlantique ; il offrit de les accompagner. Les serviteurs du D' Schulz refusant de traverser la rivière par peur des indigènes dont l'attitude était hostile, il s'élança dans un canot et fut immédiatement suivi par un jeune garçon qu'il avait amené de Natal et qui s'écria : a Si mon maître doit être noyé, je veux être noyé avec lui. » Ds traversèrent heureusement, et bientôt le reste de la caravane les suivit. Sur la rive méridionale du Coubango, ils rencontrèrent bientôt deux chasseurs tauwana, du pays des Ba-Mangwato de Touest, qui les détournèrent de l'idée de suivre le trafiquant portugais vers l'Atlantique, et leur offrirent de les conduire au lac Ngami. Le D' Schulz accepta cette offre, et toute l'expédition reprit la direction du S.-E. Dans son cours inférieur, le Coubango, comme le Chobé, s'élargit et forme des marécages qui, en certains endroits, ont 50 kilomètres de large, et couvrent le pays d'une nappe d'eau d'où émergent des îles, et dont l'évaporation remplit l'air de miasmes pestilentiels. Les îles du Coubango, sont habitées en partie par les Mambokotyuzé, qui élèvent des chèvres mais pas de grand bétail, et en partie par les tribus du Kalahari, sous le chef Moremi, frère de Ehamé. Tout ce pays était autrefois infesté par la tsétsé, et alors on n'y voyait point de bestiaux ; mais à mesure que la mouche disparaît, on rencontre du gros bétail en certains endroits. Les huttes sont misérables, et annoncent une race inférieure aux Zoulous. Elles sont circulaires, construites en boue, avec un toit d'herbe ou de chaume. Les armes primitives des natifs étaient l'arc, les flèches etl'assagaie barbelée. Maintenant ils ont toutes sortes de fusils, depuis le vieux fusil à pierre jusqu'au fusil à répétition. Les voyageurs étaient encore à neuf jours du lac Ngami, lorsqu'ils furent faits prisonniers, sous prétexte qu'ils étaient des espions ma-tébélé. Lorsqu'ils arrivèrent à la ville de Moremi, à l'est du lac, sUr la rivô nord de la Zouga, on ne leur permit pas d'y entrer; il durent rester SOUS un arbre, sans pouvoir sortir de son ombre sous des peines sévères. Peu auparavant les Ma-Tébélé avaient fait une incursion sur le territoire de Moremi pour lui enlever du bétail . Moremi avait réussi à leur échapper en se réfugiant dans une île, et après avoir mis à l'abri la plus grande partie de ses troupeaux. Désappointés, les Ma-Tébélé avaient

ravagé le pays et s'étaient retirés, mais eo meaai;ant de revenir. De là les soupçons éveillés par l'expédition du D' Schnlz, qui n'échappa à l'eiterminatioD, que grâce au ténioignage d'une petite fille qu'il avait soignée k son passage à Schoshong, et à l'intervention d'un négociant blanc, M. John Trembone, Suédois, et de deux Hottentots qui purent affirmer avoir vu les voyageurs dans cette ville. Les tribus soumises à l'autorité de Moremi sont diverses. Celles qui demeurent près du lac Ngami s'appellent tes Tauwana, et la classe dominante panai eux paratt descendre d'émigrants bé-chuana, venus de Schosbong, dans les dix premières années de ce siècle. A l'exception de quelques chrétiens natife, ils sont tous polygames ; les bords du lac sont encore le centre d'un grand commerce d'ivoire et de plumes d'autruche; mais cette ressource fera bientôt défaut. Sur le Coubango, les explorateurs ont trouvé une tribu qui se distingue par son goût pour la pêche, c'est celle des Ma-Eouba, très habiles en outre à conduire les pirogues et ayant horreur de répandre le sang humain. Ayant réussi à coiivaiiicre Moremi de leur innocence, les voyageurs obtinrent de pouvoir redescendre la Zouga, et de retraverser le Kalabari dans la direction de Schosbong, oii Ebamé fut très content d'apprendre tout ce qu'ils avalent fait et vu depuis qu'il les avait laissés partir. Le D' Schulz a dû revenir en Allemagne rendre compte de son expédition à la Société de géographie de Berlin, qui sans doute on publiera la carte et les résultats scientifiques. Nous aurons soin de les communiquer à nos lecteurs. Notons seulement encore ce que le D' Schulz a rapporté des mesures prises par Khamé contre l'usage des spiritueux dans ses États. Tout trafiquant blanc vendant des liqueurs est puni d'une amende de 100 liv. sterl. ; et tout indigène qui fabrique de la bière cafre est expulsé du pays.

Il s'est fondé à Manchester, sous le nom de «West African Trading Company (Limited) » une Société commerclfile pour l'exploilatlon de l'Afrique occidentale. Elle a déjà acquis des factoreries à Freetown et sur la rivière Bramiah dans la colonie de Sierra-Leone, et se propose d'en fonder d'autres au Niger, à la Baie de Bénin, à la rivière de Brass et au Congo, ainsi que de développer le trafic sur ces cours d'eau au moyen de vapeurs rapides. Le commerce actuel de l'Angleterre avec les principaux ports de l'Afrique occidentale s'élève déjà à 5,000,000 de liv. st par au ; il emploie 45 vapeurs et 80 voiliers.

NOUVELLES COMPLÉMENTAIRES

M. TeiBserenc de Bort, secrétaire général de la Société météorologiqae de France, a été chargé de continuer, dans le Sahara algérien et tunisien, les travaux qu'il y a commencés en 1883.

Le ministère de l'instruction publique de France a confié à MM. Salomon Reinach et Cagnat une mission archéologique en Tunisie.

Une Société s'est fondée à Tunis, sous le nom de Société carthaginoise ; elle a pour but l'étude historique et géographique de la Tunisie, ainsi que la description et la conservation de ses monuments antiques.

Le D** Schweinfnrth est rentré au Caire, d'une exploration qu'il a faite dans la partie est du désert égyptien, entre le Kil et la mer Rouge, pour en déterminer la formation géologique et en dresser une carte. Il a visité entre autres le mont Claudiarius (Djebel Fatereh), où se trouvent des carrières de granit qui datent des empereurs Trajan et Adrien.

La Compagnie du canal de Suez a fait don d'un terrain, sur lequel sera élevé, à Port-Saïd, par le comité du souvenir national pour le général Gordon, un hôpital anglais : Gardon Mémorial HospUàl, — La PûU MaU Oazette a proposé que le Comité susmentionné forme une Société nationale qui fasse pour le Nil ce que l'Association internationale africaine a fait pour le Congo.

M. Maspero a entrepris de déblayer le temple de Louqsor, encombré par des masures. Par la grandeur du plan et la beauté des proportions, ce monument égale presque celui de Kamak. Les sculptures qui en décorent les chambres et les colonnes sont d'un travail fin et délicat.

La Société africaine de Naples a ouvert une école coloniale dans laquelle elle fait enseigner, outre les branches d'études commerciales, la géographie économique, la science de la colonisation, le droit international, les langues arabe et anglaise.

Un câble télégraphique sous-marin sera posé entre Massaoua et Assab.

Le capitaine Ferrari, accompagné du D' Nerazzini, médecin de la colonie d' Assab, est parti de Massaoua pour l'Abyssinie.

Le sultan d'Aoussa a fait savoir au commissaire d' Assab qu'il organise une expédition, pour rechercher et punir les assassins de Blanchi et de ses compagnons de voyage.

Des caravaniers de l'Ogaden ont apporté à Berbera la nouvelle que l'expédition de M. James (voy. p. 68), a passé le Webbi-Ouenat.

En présence de la famine qui sévit dans la région à l'ouest de Zanzibar, et de l'impossibilité de recruter des porteurs en nombre suffisant, l'Association internationale africaine a dû renoncer à faire partir de Zanzibar l'expédition qui s'y organisait sous la direction du lieutenant Becker. Le Mouvement géographique de Bruxelles, auquel nous empruntons cette nouvelle, ajoute que le lieutenant Storms, dont le terme de service est expiré, reprendra le chemin de la côte après

avoir confié provisoirement la garde des stations de Karéma et de Mpala aux membres de la mission algérienne d'0udji4ji.

Une lettre de M. Ledoulx, consnl de France à Zanzibar, annonce la mort de Mtésa ; coïncidant avec celle de Mirambo, elle fait naître, dit M. Ledoalx, la crainte de longues guerres pour l'Afrique orientale.

D'après le Chamber of Commerce Journal de Londres, le gouvernement français a fait un contrat pour la pose du câble de Zanzibar à Mayotte, Nossi-Bé et Tamatave; l'opération doit être terminée en juin. La Compagnie prolongera ensuite le câble jusqu'à la Réunion et Maurice.

Dans une lettre adressée à la Société de géographie de Paris, le major Serpa Pinto rectifie une assertion émise par des journaux mal renseignés, qui ont annoncé que son expédition se rendrait au Congo. Il a pour mission spéciale d'étudier le pays compris entre la côte orientale d'Afrique et le Tchambézi jusqu'au lac Bangouéolo.

M. Stevenson, qui a déjà établi à ses frais des vapeurs sur les grands lacs de PAfrique centrale et a fait construire bi route entre le Nyassa et le Tanganyika, offre de garantir la construction d'un chemin de fer à voie étroite le long des 100 kilom. de rapides du Chiré. Si cela est nécessaire, il fournira entièrement les fonds.

Le port de S*-Pierre, dans l'Ile de la Réunion, vient d'être officiellement ouvert à la navigation par le Bureau hydrographique des plans et cartes de la marine, qui l'a reconnu et le fait figurer au nombre des ports maritimes.

Le colonel Clarke, résident anglais au Le-Souto, a pris des mesures énergiques pour supprimer le trafic illicite des liqueurs dans ce pays.

Le gouvernement de la nouvelle république des Boers, dans le Zoulouland, a autorisé tous les missionnaires qui occupaient autrefois des stations dans le pays, à en reprendre possession, sous la condition qu'ils n'interviendront pas dans les affaires politiques et qu'ils se soumettront aux lois.

Le Trcoïsvaàl Advertiser rapporte qu'il est question d'une expédition que préparent les Boers au pays des Ma-Tébélé, au nord du Limpopo, pour y fonder encore une nouvelle république, la convention de Londres leur laissant le champ libre dans cette direction.

Une Société s'est fondée à Berlin au capital de 1,500,000 fr., pour acheter à M. Lûderitz les territoires qu'il a acquis en Afrique.

Une Commission mixte a été chargée d'examiner les prétentions à des droits de propriété privée ou à des dommages-intérêts, que croient pouvoir élever les sujets anglais habitant les pays placés sous le protectorat allemand, du cap Frio à l'embouchure de l'Orange, et les sujets allemands demeurant près de Walfish-bay.

Le lieutenant Massari est rentré à Léopoldville après une reconnaissance du cours inférieur du Quango. Les indigènes riverains se sont montrés très pacifique» et lui ont fait le meilleur accueil. Une station a été établie à Mbousie. Massari a. poussé sa reconnaissance jusqu'au 4** lat. S. Le major de Mechow ayant exploré le cours du fieuve du 8** au 5^ lat. S., il ne reste plus qu'à étudier la section du 6* au 4°.

Le Mouvement géographique de Bruxelles annonce que le Stanley doit être arrÎTé à Léopoldyille ; le lieutenant Yalcke a réussi à obtenir, pour le transport, le concours de 800 indigènes de la rive méridionale du Congo.

. Le D** Oscar Lenz a été chargé, par la Société de géographie de Vienne, d'une exploration entre le Congo et le Nil. Il se propose de partir dans le courant de mai, et pense que son voyage durera d'un an à dix-huit mois au plus. Espérons qu'il réussira à résoudre le problème de l'Ârououimi et de l'Ouellé.

Un accord s'est établi entre l'Angleterre et l'Allemagne au sujet de leurs possessions respectives dans le golfe de Guinée. Le gouvernement anglais a cédé à l'Allemagne le port de Bota et abandonné toutes réclamations sur les territoires situés entre ce port et la rive gauche du Rio-del-Rey. L'Allemagne conserve la possession de tout le territoire de Cameroun, sauf celui de Victoria qui demeure possession anglaise. L'Angleterre s'est engagée à ne conclure aucun traité avec les chefs indigènes des territoires situés entre le Rio-del-Rey et l'établissement français du Gabon. De son côté l'Allemagne s'est engagée à ne créer aucune difficulté à l'Angleterre dans les territoire s'étendant entre Lagos et le Rio-del- Rey.

L'armée de Samory qui opérait sur le Niger supérieur s'est emparée de Falaba, puis s'est avancée jusqu'à Cambia sur la grande Scarcie. Son chef s'est rendu à Sierra-Leone pour offrir au gouverneur de la colonie de laisser les routes libres, de Ségou jusqu'à la mer.

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