‹ L'Afrique explorée et civilisée;Chapitre 27 sur 38 · LA CONFÉRENCE AFRICAINE DE BERLIN · texte numérisé non relu

LA CONFÉRENCE AFRICAINE DE BERLIN

(Suite et fin. Voy. p. 24 et 75, et la carte, p. 140).

Nous avons exposé, dans notre dernier numéro, les résultats des travaux de la Conférence aMcaine, relativement au premier des principes qui devaient servir de base à ses délibérations : celui de la liberté de commerce dans le bassin du Congo, ses embouchures et les pays circonvoisins •. Peut-être devrions-nous parler maintenant des adjonctions qui ont été faites dès lors à ce qui concerne cette liberté ; mais il nous paraît préférable de présenter de suite ce qui a trait aux deux autres bases de délibération de la Conférence : au principe de la liberté

' Il eût été plus logique, nous semble-t-il, de faire passer le principe de la libre navigation du Congo avant celui de la liberté du commerce dans son bassin; mais l'ordre adopté dans la circulaire de convocation était plus ou moins imposé par le but essentiel que l'on avait en vue, le maintien de la liberté commerciale qui jusqu'alors avait régné dans cette région, et que menaçait le projet de traité anglo-portugais du 26 février 1884.

de navigation sur le Congo et ses affluents, et aux conditions à remplir pour que des occupations nouvelles sur les côtes du continent soient considérées comme effectives. Une fois cet exposé terminé, nous dirons l'obligation oîi la Conférence s'est trouvée d'aborder des questions qui n'étaient pas inscrites à son progranmie, pour restreindre la liberté commerciale à l'égard de la traite des esclaves, et pour garantir, en cas de guerre, cette môme liberté par des dispositions relatives à la neutralité des territoires compris dans le bassin conventionnel du Congo. Après cela, nous aurons à mentionner l'œuvre poursuivie parallèlement à celle de la Conférence : la reconnaissance, par les gouvernements des puissances représentées à Berlin, de l'Association internationale du Congo romme État admis à signer l'Acte général. Enfin, nous verrons les espérances que l'œuvre totale accomplie à Berlin permet de concevoir pour l'Afrique et pour le monde entier.

Commençons donc par le principe de la lilrre navigation du Congo.

Déjà avant la Conférence, des voix autorisées appuyant les réclamations de sociétés commerciales, philanthropiques et missionnaires, avaient insisté pour que les puissances civilisées s'entendissent, afin de prévenir les dangers qu'aurait pu faire courir à la navigation la prise de possession, par un seul État, des deux rives et de l'embouchure du Congo. M. de Laveleye et sir Travers Twiss avaient écrit à ce sujet dans la Revue de droit international demandant, le premier, la neutralité, le second, l'internationalisation du Congo. M. Moynier, saisissant de la question l'Institut de droit international, avait montré * que « le but que l'on devait poursuivre était la liberté pour tout le monde de naviguer, soit sur le Congo lui-même, soit sur ses affluents directs et ses autres tributaires, et d'y trafiquer pacifiquement en tout temps. On vise, » ajoutaît-il, « à ce que le droit do circuler sur ce vaste réseau fluvial ne puisse pas devenir l'objet d'un monopole, à ce que l'accès en soit toujours permis et à ce qu'aucune entrava ne soit mise à l'activité civilisatrice d'un peuple quelconque dans ses parties navigables. Les intérêts de la production européenne, du commerce, de la colonisation, du progrès en lui mot seraient admirablement servis par un semblable régime, et le bassin du Congo se trouverait ainsi mieux partagé, économiquement parlant, que les États du vieux monde auxquels il serait redevable de cette supériorité. »

^ Toyez la Question du Congo devant l'Institut de Droit international, IV""* année, p. 272.

Le principe delà liberté de navigation, proposé pour le Congo, n'était pas absolument nouveau. Le traité de Vienne de 1815 Tavait proclamé pour les fleuves qui séparent ou traversent plusieurs États. Le traité de Paris de 1856 Tavait appliqué au Danube, au sujet duquel il avait statué que, sauf les règlements de police, aucun obstacle ne serait mis à la navigation, et que les pavillons de toutes les nations seraient traités sur le pied d'une parfaite égalité. Peu à peu on en était venu à comprendre que monopoliser un fleuve, en accaparer l'usage, serait le détourner de sa destination noimale. Aussi Bluntschli avait-il formulé cette maxime en disant : a Les fleuves et les rivières navigables, qui sont en communication avec une mer libre, sont ouverts en tout temps aux navires de toutes les nations. Le droit de libre navigation ne peut être aboli ni restreint au détriment de certaines nations. »

Entrant dans cet ordre d'idées, le président de la Conférence, prince de Bismarck, annonça, à l'ouverture des séances, que le gouvernement allemand se rallierait volontiers à des propositions tendant à régler, en dehors de la Conférence, la question de la liberté de navigation sur tous les fleuves de l'Afrique. Mais le programme étant circonscrit à la liberté de navigation sur le Congo et le Niger, le projet d'Acte de navigation présenté à la Conférence ne concernait que ces deux fleuves et leurs affluents.

Se référant à l'Acte final du Congrès de Vienne, au traité de Paris et à l'Acte de navigation du Danube, le projet proposait d'assurer à tous les pavillons la pleine et entière liberté de navigation, et la franchise de toutes taxes autres que celles prélevées en vue de payer les travaux nécessités par les besoins de la navigation même. Le représentant britannique était disposé à examiner l'application du principe de la liberté de navigation à d'autres fleuves et à placer celle du Congo sous la surveillance d^une commission internationale, mais il jugeait impraticable rétablissement d'une commission semblable pour le Niger. Suivant lui le fleuve n'était pas suffisamment exploré ; des rapides séparent la section supérieure de l'inférieure qui, en s'approchant de la mer, se disperse dans un réseau d'embouchures ; d'ailleurs l'exploration en a été faite par des Anglais, le commercé y est aux mains des Anglais, le pays est sous le protectorat anglais ; aussi demandait-il que le contrôle sur le Niger fftt confié au gouvernement anglais qui, par une déclaration formelle, serait tenu à y appliquer le principe de la libre navigation pour tous.

La Conunission à laquelle fut renvoyé le projet eut à étudier

d'abord le régime du Congo et ensuite celui du Niger. Les délégués techniques examinèrent la question de très près, et M. Lambermont, plénipotentiaire belge, rendit compte de la façon la plus claire des travaux de la Commission. & rappela, dans son rapport, que le traité de Paris de 1814 avait déjà prévu que le principe de la liberté de navigation pour tous, appliqué au Rhin, pourrait être étendu à d'autres fleuves ; qu'en fait il Ta été à TEscaut, au Parana, à TUruguay et au Danube aveis des améliorations de détaU. Dès lors la Commission proposait que, conformément à une des dispositions de la Déclaration relative À la liberté commerciale, la Conférence stipulât la liberté de navigation pleine et entière pour tous les navires marchands de toutes les nations, sur le Congo, sans exception d'aucun des embranchements ni issues de ce fleuve, sans distinction entre les sujets des États riverains et ceux des non-riverains, et sans qu'il puisse être concédé aucun privilège exclusif de navigation, soit à des sociétés ou corporations quelconques, soit à des particuliers.

Cette proposition fut adoptée, et les propositions qu'elle renferme furent reconnues comme feôsant désormais partie du droit public international.

La liberté de navigation ainsi proclamée exclut toutes les servitudes connues jadis sous le nom de dUt)its d'échelle, d'étape, de dépôt, de rompre charge ou de relftche forcée ; elle exempte de tout droit de transit les navires et les marchandises ; enfin elle interdit l'établissement de péages maritimes ou fluviaux basés sur le seul fait de la navigation. Il ne pourra donc être pergu que des taxes qui auront le caractère de rétribution pour services rendus à la navigation môme, telles que des taxes de port, pour l'usage effectif de certains établissements locaux : quais, magasins, etc.; des droits de pilotage sur les sections fluviales où il paraîtrait nécessaire d'avoir des pilotes brevetés ; des droits destinés à couvrir les dépenses techniques et adndnistratives faites dans l'intérêt général de la navigation ; des droits de phare, de fanal, de balisage, bajsés sur le tonnage des navires, conformément aux règles adoptées sur le bas Danube. Les tarifs visant ces taxes et droits ne comporteront aucun traitement différentiel.

Quant aux affluents du Congo , fleuves , rivières , lacs et canaux , auxquels s'applique le même régime, il a été convenu qu'ils ne seront soumis à la surveillance de la Conmiission internationale qu'avec l'asaentiment des États sous la souveraineté desquels ils sont placés.

La configuration physique du continent afiricain a obligé la Confé-

rence à introduire dans le droit international une idée nouvelle, qui sera envisagée comme un progrès, La voie fluviale étant interrompue par des cataractes sur une grande longueur, il a été décidé que les routes, chemins de fer ou canaux latéraux , établis pour suppléer à l'innavigabilité du Congo sur certaines sections de son parcours, de ses aflluents et des autres cours d'eau, seront considérés, en leur qualité de moyens de communication, comme des dépendances de ce fleuve, et seront également ouverts au trafic de toutes les nations. Il ne pourra y être perçu que des péages calculés sur des dépenses de construction, d'entretien et d'administration, ainsi que sur les bénéfices dus aux entrepreneurs, les étrangers et les nationaux des territoires respectifs devant d'ailleurs être traités sur le pied d'une parfaite égalité.

L'idée émise de divers côtés de créer pour le Congo une commission analogue à celle du Danube, a trouvé son expression dans la création d'une Commission internationale chargée d'assurer la libre navigation du fleuve et de ses affluents, et dans laquelle les puissances signataires de la Déclaration, ainsi que celles qui y adhéreront ultérieurement, pourront se faire représenter chacune par un délégué. Ses membres et ses agents jouiront du privilège de l'inviolabilité dans l'exercice de leurs fonctions^ et la même garantie s'étendra aux offices, bureaux et archives de la Commission. Celle-ci se constituera dès que cinq puissances auront nommé leur délégué.

C'est à elle qu'incombera le devoir d'élaborer les règlements de navigation, de police fluviale, de pilotage, de quarantaine qui, avant d'être mis en vigueur, devront, ainsi que les tarifs, être soumis à l'approbation des puissances représentées dans la Commission. Les infractions à ces règlements seront réprimées, par les agents de la Commission, là où elle exercera directement son autorité, c'est-à-dire là où le territoire ne relèvera d'aucun État souverain ; aiUeurs, par la puissance riveraine. Les personnes qui se croiraient lésées dans leurs droits par un abus de pouvoir ou une injustice de la part d'un agent ou d'un employé de la Commission, pourront en appeler à l'agent consulaire de leur nation et à la Commission elle-même.

Pour assurer l'exécution des dispositions prises par la Conférence, la Commission internationale a reçu les attributions suivantes :

V Désignation des travaux propres à assurer la navigabilité du Congo, selon les besoins du conmierce international.

2* Fixation du tarif de pilotage et du tarif général des droits de navigation.

3° Adminiijtration des reveaus provenant de l'applicatioti de ces tarifs.

4° Surveillance de l'établissement quarantenaire, dont il sera fait mention plus loin.

5° Nomination des agents dépendants du service général de la navigation.

La Commission pourra, au besoin, pour l'accomplissement de sa tâche, recourir aux bâtiments de guerre des puissances, qui seront exemptés des droits de navigation, ainsi que des droits de pilotage et de port, toutes tes fois que leur intervention aura été réclamée par la Commission internationale ou par ses agents.

Pour subvenir aux dépenses techniques et administratives qui lui incomberont, la Commission pourra négocier en son nom propre des emprunts, exclusivement gagés sur les revenus dont l'administration lui est attribuée.

Un établissement quarantenaire, exerçant le contrôle sur les bâtiments, tant à l'entrée qu'à la sortie, sera fondé k l'embouchure du Congo.

Enfin, même en temps de guerre, la navigation de toutes les nations neutres et belligérantes sera libre pour les usages du commerce, sur le Congo, ses affluents et ses embouchures, ainsi que sur les routes, chemins de fer, lacs et canaux dépendants du fleuve, avec une seule exception en ce qui concerne les objets destinés à un belligérant et considérés, en vertu du droit des gens, comme contrebande de guerre. Les ouvrages et les étabhssements tels que bureaux de perception et caisse, ainsi que le personnel attaché à leur service, seront placés sous le régime de la neutralité et, à ce titre, respectés et protégés par les belligérants.

Ed ce qui concerne le Niger, vu les circonstances dans lesquelles se trouve ce fleuve, navigable seulement dans son cours inférieur et dans une partie de son cours supérieur, il a été décidé d'y appliquer tous les principes stipulés pour le Congo, à l'exception de ceux qui se rapportent à la Commission internationale. Mais la Grande Bretagne s'est engagée k appliquer ces principes, en tant que les eaux du Niger, de ses affluents et issues, sont sous su souveraineté ou son protectorat. Ses règlements devront être conçus de manière à faciliter autant que possible la circulation des navires marchands. Elle a pris en outre l'engagement de protéger les négociants étrangers de toutes les nations, faisant le commerce dans les parties du cours du Niger placées sous sa souveraineté ou son protectorat, comme s'ils étaient ses propres sujets, pourvu qu'ils se conforment aux règlements.

La France, établie sur le cours supérieur du Niger, a accepté, sous les mêmes réserves et en termes identiques, les obligations stipulées relativement au Niger inférieur. Chacune des autres puissances s*est engagée de même, pour le cas oii elle exercerait à l'avenir des droits de souveraineté ou de protectorat sur quelque partie des eaux du Niger ou de ses affluents.

Les dispositions relatives à la neutralité du Congo en temps de guerre ont été adoptées pour le Niger.

C'est un progrès considérable introduit dans le code maritime des nations et qui fera époque dans Thistoire du droit international. Il y a là une sanction nouvelle et une extension importante de l'inviolabilité de la propriété privée dans les conflits internationaux.

Par ces dispositions, la navigation et le commerce ne seront soumis à aucune formalité vexatoire dans ces deux vastes bassins. Le système de franchise et de garantie appliqué à la libre navigation des fleuves, protégeant le commerce et le progrès sous toutes les formes, sera incontestablement une des plus belles conquêtes du droit moderne.

Après avoir entouré de garanties la liberté du commerce et de la navigation dans le bassin du Congo, la Conférence avait encore à déterminer les formalités requises pour faire considérer à r avenir cotnme effectives les occupations de territoires sur les côtes d'Afrique^ afin de prévenir les contestations ou les malentendus auxquels pourraient donner lieu des occupations nouvelles.

Jusqu'ici, le droit public ne prescrivait pas à un État l'obligatioa d'une notification aux autres puissances, pour les mettre à même de faire valoir, s'il y avait lieu, leurs réclamations contre une prise à% possession ou une déclaration de protectorat. Les règles adoptées à cet égard par la Conférence introduisent donc une innovation utile. Ea voici la substance : La puissance qui, dorénavant, prendra possession sur les cAtes du continent africain, d'un territoire situé en dehors de ses possessions actuelles, ou qui n'en ayant pas eu jusque-là viendra à en acquérir, et de même la puissance qui y assumera un protectorat, accompagnera l'acte respectif d'une notification aux autres puissances afin qu'elles puissent faire valoir, s'il y a lieu, leurs réclamations.

En outre, les puissances réunies à Berlin ont reconnu l'obligation d'assurer à l'avenir, dans les territoires occupés par elles, l'existence d'une autorité suffisante pour faire respecter les droits acquis, et, le cas échéant, la liberté du conunerce et du transit dans les conditions oit elle serait stipulée.

La simple notification ne peut suffire, une occupation ne peut devenir effective que par Taccomplissement de conditions qui impliquent une idée de continuité et de permanence. Mais, comme il s'agissait d'établir des règles de droit public, la Conférence a eu soin de s'en tenir à quelques prescriptions aussi simples et générales que possible, ne déterminant que le minimum des obligations qui incombent à TÉtat occupant, et laissant à la sagesse des gouvernements le soin de les compléter par des arrangements ultérieurs, si Texpérience les y convie; elle s'est bornée à mentionner les droits acquis et la liberté du commerce et de transit, que l'autorité doit pouvoir faire respecter.

Outre les trois principes destinés à servir de base aux délibérations de la Conférence, celle-ci, nous l'avons déjà dit, a abordé des questions connexes qui se rattachent directement à la liberté commerciale. Celle des spiritueux fut une des premières que traitèrent les plénipotentiaires. Déjà en 1878, le Comité national suisse africain avait attiré sur elle l'attention de l'Association internationale; M. Moynier y était revenu en traitant la question du Congo devant l'Institut de droit international. Dès la seconde séance de la Conférence, le plénipotentiaire italien, s'appuyant sur des considérations morales, la souleva à l'occasion de la liberté commerciale, et le représentant des États-Unis demanda que l'on cherchât à remédier aux abus possibles par des mesures réglementaires ultérieures. Dans la séance du 18 décembre, oii fiit discuté l'Acte concernant le Niger, le plénipotentiaire britannique qui, dans la Commission, avait demandé que le transit des boissons spiritueuses fût prohibé sur le cours du bas Niger, informa la Conférence que la Commission avait décidé de proposer l'adoption d'un vœu dans ce sens. Elle désirait qu'une entente s'établît entre les gouvernements, pour régler la question dont il s'agit d'une manière qui conciliât les droits de l'humanité avec les intérêts du commerce, en ce que ces derniers peuvent avoir de légitime. Sir E. Malet demanda à l'Assemblée de ratifier ce vœu et d'en prescrire l'insertion au protocole. Plusieurs des plénipotentiaires, entre autres MM. Andersen et Van der Straten*, demandèrent que les effets de ce vœu fussent étendus à tout le territoire du Congo.

' Les affirmations de ces deax hommes, parfaitement compétents, concordent avec ce que nous ayons dit da mal causé par les spiritueux en Afrique. Voyez V"* année, p. 262 et 293.

Les représentants de la Hollande et de PAlIemagne firent des objections. M. de Eusserow mit cependant sur la voie de ce que Ton pourra faire, en rappelant que le gouvernement de Siam a demandé des modifications aux traités conclus par lui avec les puissances européennes, de façon à lui permettre de réprimer les abus du commerce des liqueurs, demande qui a obtenu l'assentiment général des puissances. Ce sera donc dans rinitiative à prendre par les gouvernements locaux, que se trouvera le remède contre la démoralisation des populations par Tabus des liqueurs fortes. On aura, dans le vœu émis par la Conférence, une garantie que les gouvei-nements locaux trouveront, auprès des puissances représentées à Berlin, le concours qu'ils demanderont.

Espérons qu'il en sera ainsi et que, si les administrateurs des nouvelles possessions portugaises et françaises ou de l'État libre du Congo demandent à la Hollande ou à l'Allemagne de conclure un traité analogue à celui de Siam, il ne leur sera pas répondu comme à celui de Madagascar. Dans cette tle, contrairement à la volonté de la reine, la France et l'Angleterre ont obligé les populations madécasses à recevoir le rhum et l'eau-de-vie que leurs ressortissants importent dans cette fle^

Les paroles du représentant de la Hollande, rappelant que l'adoption du vœu relatif au Niger a été déterminé par ce que l'on savait de la présence sur le Niger de populations musulmanes qui ne consomment pas de boissons spiritueuses, ne sont pas de nature à nous rassurer. Dans le bassin du Congo, a-t-il dit, il s'est créé des habitudes dont il est impossible de ne pas tenir compte ; il s'est notamment établi des usages commerciaux, d'après lesquels les spiritueux remplacent en quelque sorte la monnaie et sont le principal instrument d'échange.

N'est-ce pas justement l'état de choses qui règne au Congo qui devait faire adopter la proposition de MM. Anderson et Van der Straten? Quoique l'abus n'existe pas au Niger, il a été très bon d'enregistrer le vœu du représentant britannique pour prévenir le mal ; mais ce n'était pas une raison pour refuser d'y remédier là oîi il est déjà constaté. Renvoyée à la Commission pour nouvel examen, la question revint devant la Conférence qui la résolut par l'adoption de la proposition suivante :

a Les puissances représentées à la Conférence, désirant que les populations indigènes soient prémunies contre les maux provenant de Tabns des boissons fortes, émettent le vœu qu'une entente s'établisse entie

> Voyez V»« année, p. 267-268.

129 — elles pour régler les difficultés qui pourraieut naître & ce sujet, d'une manière qui concilie les droits de rhumanité avec tes intérêts du commerce, en ce que ces derniers peuvent avoir de légitime. >

M. Busch, plénipotentiaire allemand, crut devoir constater que son gouvernement, en s'associaot au voeu formulé par la Conunission, ne saurait consentir à ce que ce vœu pût être interprété à l'avenir dans un sens contraire aux intérêts du commerce, ou qu'il pût servir de prétexte à des mesures rexatoires pour les négociants.

On comprend que les pays producteurs d'alcool, comme l'Allemagne et la Hollande, trouvent peu confonne k leurs intérêts pécuniaires de fermer à leurs produits le débouché du Congo '; mais nous espérons que ceux qui prendront en mains la direction de l'administration de ces vastes territoires comprendront que les véritables intérêts des indigènes réclament la transformation de la soi-disant monnaie des spiritueux en un autre instrument d'échange, et que les droits imprescriptibles des populations africaines doivent l'emporter sur les intérêts plus ou moins légitimes des trafiquants d'alcool.

La Conférence fut plus explicite dans la question de la traite des nègres, qui fut introduite dès la discussion du principe de la liberté commerciale. L'un des délégués américains demanda alors que, dans le projet, après la suppression de la traite desnoirs, on ajoutât celle du «commerce d'esclaves sur terre et sur les fleuves, u le mot traite ne se rapportant généralement qu'au tra&c des esclaves par mer. Le plénipotentiaire anglais, dans la séance du 18 décembre, présenta à son tour une proposition ainsi conçuo: « Selon les principes du droit des gens, tels qu'ils sont reconnus par les Hautes-Parties contractantes, la traite des nègres et le commerce qui fournit des nègres à la traite sont interdits, et il est du devoir de toutes les nations de les supprimer autant qne possible. » Le commerce des nègres avait déjà été déi^taré coupable et illicite au

' D'après an rapport statistiqie de MM. HuHod et C*, de Manchester, l'exportation annuelle des spiritueux, d'Angleterre à la cAte occidentale d'Afrique, est de deoi millions et demi, et celle de l'Allemagne ne s'élève pas à moins de qavue MiaiotM de francs. — D'après les documents officiels de la Commission du bndget de l'Kmpire allemand, snr une exportation de 39,631,000fr., en 1883, de l'Allemagne en Afrique, les spiritaeni figurent & eux seuls pour 40 °/»- li-' d'après le Globu», il a ëté exporté, en 1884, de Hambourg sealetnent, poar l'Afrique occidentale, 26,4i)I,200 kilog. de marchandises, sur lesquelles 18,982,600 Idlog. de spiritueux, et seulement 7,508,400 kilog. d'autres articles, soit 850 °/, de spiritueux.

Congrès de Vienne et à celui de Vérone, dont une résolution Tavait con* damné comme un fléau qui avait trop longtemps désolé l'Afrique, dégradé TËurope et affligé Thumanité. Les puissances s'étaient engagées à concouiir à tout ce qui pourrait assurer et accélérer l'abolition de ce commerce. La proposition de sir Edward Malet, à Berlin, avait pour but de faciliter l'application des principes du Congrès de Vérone ; les mots « et le commerce qui fournit des nègres à la traite » lui paraissaient nécessaires pour développer d'une manière complète les principes énoncés.

Seul le représentant de la Turquie crut devoir s'abstenir de participer à la délibération, qui sortait du programme primitivement fixé. En revanche, et quoique la suppression de la traite fût déjà mentionnée dans la déclaration relative à la liberté du commerce, la Conférence jugea que ce sujet devait être mis à part, et former un chapitre spécial dans l'Acte général issu de ses délibérations. En effet la proposition anglaise visait deux formes différentes du commerce des esclaves : !• la traite des nègres, considérée comme se faisant par mer, 2^ le commerce qui fournit des nègres à la traite. La première était déjà interdite d'après le droit public, tandis que le commerce préalable n'avait encore été l'objet d'aucune stipulation légale. Dans la pensée du représentant britannique, la portée de sa proposition dépassait les bornes du bassin du Congo ; il estimait que, quoique des difficultés ne permissent pas d'espérer à bref délai la suppression de l'esclavage dans toutes les régions du centre africain, on devait tenter immédiatement d'empêcher le commerce des troupeaux.de noirs qui alimente la traite.

Le plénipotentiaire des États-Unis aurait voulu que chaque puissance s'engageât, non seulement à ne pas tolérer le commerce des esclaves dans les territoires soumis à sa juridiction, mais encore à ne pas permettre aux traitants de chercher asile et refuge dans ces territoires.

La proposition de sir Edward Malet, renfermant l'application d'un principe nouveau dans le droit des gens, aurait exigé la rédaction d'un Acte séparé, applicable au monde entier et destiné à fonner le complément du droit international en matière de traite. Celle du représentant américain se heurtait à des points de droit constitutionnel, pour certains États dont la législation pénale n'autorise le bannissement qu'en vertn d'un jugement ou ne l'autorise en aucun cas. Les plénipotentiaires durent dès lors consulter leurs gouvernements respectifis pour savoir s'ils adhéreraient à une résolution d'un caractère général, ou seulement à une résolution ayant un caractère limité et intercalée dans le texte de la déclaration relative à la liberté du commerce dans le bassin du Congo.

Le résultat de cette consultation et des travaux de la Commission trouva son expression dans la disposition suivante :

« Conformément aux principes du droit des gens, tels qu'ils sont reconnus par les puissances signataires de la présente Déclaration, la traite des esclaves étant interdite, et les opérations qui, sur terre ou sur mer, fournissent des esclaves à la traite devant être également considérées comme interdites, celles de ces puissances qui exercent ou exerceront des droits de souveraineté ou une influence dans les territoires formant le bassin conventionnel du Congo déclarent : que ces territoires ne pourront servir ni de marché ni de voie de transit pour la traite des esclaves de quelque race que ce soit. Chacune de ces puissances s'engage à employer tous les moyens en son pouvoir pour mettre fin à ce commerce et pour punir ceux qui s'en occupent. »

On peut donc espérer voir la France, le Portugal et le nouvel État du Congo travailler à l'envi à restreindre d'abord, puis à supprimer tout à fait, le commerce des esclaves qui subsiste encore dans les territoires voisins du Congo. Ce sera un des meilleurs moyens de prévenir l'invasion, vers le sud-ouest, des Arabes trafiquants d'esclaves, et d'arriver à la suppression de l'esclavage lui-même.

Avant même que les principes de liberté du commerce et de la navigation eussent été votés, on avait compris que le seul moyeu de leur faire porter réellement les fruits qu'on en attendait était de les couvrir d'une garantie propre à encourager les entreprises commerciales, en assurant à celles-ci la protection du droit international contre les dangers de guerre dont elles pourraient être menacées.

Dans la pensée de la Commission, ce préservatif devait consister en un engagement mutuel que prendraient les puissances, de renoncer à étendre, en temps de guerre, leurs hostilités aux territoires formant le bassin commercial du Congo. Faute de garanties contre les dangers de guerre, les établissements à fonder dans ces pays manqueraient de la principale condition de réussite : la confiance dans le maintien de l'ordre public et dans la sécurité des droits acquis. Le représentant des États-Unis montra à quels dangers les commerçants et leurs entreprises se verraient exposés, si les puissances ne s'entendaient pas sur la neutralisation du Congo, et un projet d'article additionnel à la déclaration relative à la liberté conmierciale fut présenté par lui à la Conférence. D proposait que la totalité du bassin, ou le territoire soumis à la souveraineté ou au protectorat d'une puissance belligérante, fût considéré comme territoire

d^un État non belligéraat ; que les puissances belligérantes s'engageassent à renoncer à étendre les hostilités aux territoires compris dans ce bassin ou à les faire servir de base d'opérations de guerre ; que, dans le cas oïl des difficultés s'élèveraient entre des puissances qui exerceraient des droits de souveraineté ou de protectorat dans le dit bassin, les parties s'engageassent à faire appel à la médiation ou à s'en remettre à l'arbitrage d'une ou de plusieurs puissances amies.

Ici se présentait, pour les puissances qui, commele Portugal et laFrance, ne sont pas soumises au régime de la neutralité, la difficulté de s'engager d'avance à ne pas se servir de territoires leur appartenant, comme base d'opérations de guerre. Néanmoins, après de longues délibérations, les plénipotentiaires réussirent à s'accorder sur une formule, par laquelle les Hautes-Parties contractantes se sont engagées à respecter la neutralité des territoires ou parties des territoires dépendant des dites contrées, y comprisles eaux territoriales, aussilougtemps que les puissances qui exercent ou qui exerceront des droits de souveraineté ou de protectorat sur ces territoires, usant de la faculté de se proclamer neutres, rempliront les devoirs que la neutralité comporte. En outre, dans le cas oùune puissance exerçant des droits de souveraineté ou de protectorat dans les contrées placées sous le régime de la liberté commerciale serait impliquée dans une guerre, les Hautes-Parties signataires de l'Acte général, ainsi que ceUes qui y adhéreront par la suite prêteront leurs bons offices, pour que les territoires appartenant à cette puissance et compris dans la zone conventionnelle de la liberté commerciale soient, du consentement commun de cette puissance et de l'autre ou des autres parties belligérantes, placés pour la durée de la guerre sous le régime de la neutralité et considérés conmie appartenant à un État non belligérant. Les parties belligérantes renonceraient dès lors, à étendre les hostilités aux territoires ainsi neutralisés, aussi bien qu'à les faire servir de base à des opérations de guerre. Enfin, dans le cas où un dissentiment sérieux, ayant pris naissance au si^et ou dans les limites des territoires placés sous le régime de la liberté commerciale, viendrait à s'élever entre des puissances signataires de l'Acte général ou y ayant adhéré, celles-ci, avant d'en appeler aux armes, recourront à la médiation d'une ou de plusieurs puissances amies. Pour le même cas, elles se sont réservé le recours facultatif à la procédure de l'arbitrage.

Avant d'aborder la question de la forme que devait revêtir l'Acte général de la Conférence, il a été bien établi, qu'en se réservant de reviser

s'il y a lieu, au bout d'une période de vingt ans, le régime conventionnel adopté relativement à la suppression des droits à Timportation, les plénipotentiaires n'en ont pas moins reconnu et consacré un cei*tain nombre de principes, qui assurent pour toujours l'application de la liberté du commerce dans le bassin du Congo. L'interdiction des droits différentiels, des monopoles ou privilèges, et de toute inégalité de traitement au préjudice de personnes appartenant à une nationalité étrangère, n'est soumise à aucune limitation de temps. Le biewait qui en résulte doit être considéré comme définitivement acquis. « En inaugurant un tel état des choses, » a dit M. le baron de Courcel, président de la Commission, « la Conférence aura accompli une œuvre dont le libéralisme est jusqu'ici sans précédent. Après avoir entouré de garanties la liberté du commerce et de la navigation dans le centre de l'Afrique, manifesté sa sollicitude pour le bien-être matériel et moral des indigènes et fait entrer, dans le droit public positif, des règles destinées à écarter des relations internationales des causes de dissentiment et de conflit, elle a préparé, nous l'espérons , un avenir heureux et fécond pour toute cette partie du continent africain. »

En dehors de l'œuvre proprement dite de la Conférence, sa réunion et ses délibérations ont beaucoup contribué à hâter la reconnaissance de r Association internationale du Congo, par la presque unanimité des gouvernements représentés à Berlin, comme le président de cette Association, M. Strauch, se plut à le reconnaître, en communiquant au prince de Bismarck l'avènement du nouvel État, qui se donne la mission exclusive d'introduire la civilisation et le commerce au centre de l'Afrique, et en priant la Conférence de l'envisager comme un gage des fruits que doivent produire ses importants travaux.

En effet, l'Association avait conclu successivement avec les États- Unis, l'Empire d'Allemagne, la Grande-Bretagne, l'Italie, l'Autriche- Hongrie, les Pays-Bas, l'Espagne, la France, la Russie, les royaumes unis de Suède et de Norwège, le Danemark, la Belgique et le Portugal, des traités, dont une des dispositions reconnaissait son pavillon comme celui d'un État ou gouvernement ami. Des négociations spéciales avec la France et le Portugal avaient abouti à déterminer les lignes frontières entre l'État du Congo et les possessions de ces deux puissances '. Entre celles de la France et le territoire du nouvel État, la frontière

* Voir la carte, p. 140.

suit, à partir de TOcéan, la rivière Chiloango jusqu'à sa source la plus septentrionale; la crête de partage des eaux du Niari-Quilou * et du Congo jusqu'au delà du méridien de Manyanga ; une ligne à déterminer et qui, suivant autant que possible une division naturelle du terrain, aboutisse, entre la station de Manyanga et la cataracte de Ntombo- Makata, en un point situé sur la partie navigable du fleuve; le Congo jusqu'au Stanley-Pool ; la ligne médiane du Stanley-Pool ; le Congo jusqu'à un point à déterminer en amont de la rivière Licona-Nkundja; une ligne à déterminer depuis ce point jusqu'au 17 "" de long. E. de Greenwich, en suivant autant que possible la ligne de partage des eaux de la Licona-Nkundja, qui fait partie des possessions françaises ; enfin le 17** long. E. de Greenwich.

Une commission, composée de représentants des deux £tats en nombre égal, sera chargée d'exécuter sur le terrain le tracé de cette frontière, conformément aux stipulations susmentionnées. En cas de différends, le règlement en sera arrêté par des délégués que nommera la Commission internationale du Congo.

Quant à la délimitation établie entre le nouvel État et les possessions portugaises, les frontières ont été fixées comme suit: Au nord du Congo, la ligne droite joignant l'embouchure de la rivière qui se jette dans l'Océan Atlantique au sud de la baie de Cabinda, près de Ponta Vermalha, à Cabo-Lombo; le parallèle de ce dernier point, prolongé jusqu'à son intersection avec le méridien du confluent du Culacalla avec le LucuUa; le méridien ainsi déterminé jusqu'à sa rencontre avec la rivière Luculla; le cours du LucuUa jusqu'à son confluent avec le Chiloango. Au sud du Congo, le cours du fleuve, depuis son embouchure jusqu'à son confluent avec le petite rivière de Uango-Uango ; le méridien qui passe par l'embouchure de la petite rivière de Uango-Uango, entre la factorerie hollandaise et la factorerie portugaise, de manière à laisser celle-ci en territoire portugais, jusqu'à la rencontre de ce méridien avec le parallèle de Nokki; le parallèle de Nokki, jusqu'à son intersection avec larivière Quango ; à partir de ce point, dans la direction du sud, le cours du Quango. Pour l'exécution du tracé de cette frontière sur le terrain,

* Nous adoptons l'orthographe « Xiari » de préférence à « Kiadi » employée dans le traité avec la France, pour nous conformer à celle qui se trouve dans l'Acte général de la Conférence. Le nom du Quilou est aussi écrit de diverses manières dans les documents ofiiciels que nous avons sous les yeux ; celle que nous adoptons est conforme à la prononciation française.

il sera procédé conformément à la stipulation mentionnée ci-dessus relativement au tracé de la frontière entre les possessions françaises et le territoire de l'État du Congo.

L'avènement du nouvel État tut salué par tous les plénipotentiaires avec la cordialité la plus vive, et avec le vœu de le voir fleurir sous l'égide de S. M. le roi des Belges. Les efforts personnels et les sacrifices pécuniaires de ce souverain, en vue de la réalisation d'une idée philanthropique, permettent de voir, dans les succès dont ils ont été couronnés jusqu'ici, le gage de la prospérité future du nouvel État.

Nous n'avons pas besoin de dire que dans tous les traités conclus par l'Association internationale avec les gouvernements susmentionnés, sont garanties à leurs sujets respectifs toutes les libertés dont les principes ont été posés dans la Déclaration de la Conférence de Berlin, et que le nouvel État a été admis à adhérer aux décisions de la Conférence stipulées dans l'Acte général.

Deux mots encore sur les dispositions générales adoptées à la fin de la Conférence. Les puissances contractantes se sont réservé d'introduire ultérieurement et d'un commun accord, dans cet Acte, les modifications et améliorations dont l'utilité serait démontrée par l'expérience. En outre, il a été décidé que les puissances qui ne l'auraient pas signé pourraient y adhérer par un acte séparé, leur adhésion emportant de plein droit l'acceptation de toutes les obligations et l'admission à tous les avantages qui y sont stipulés.

Il ne reste plus qu'à le faire ratifier par tous les gouvernements dans le plus bref délai possible ; il entrera en vigueur, pour chaque puissance, à partir de la date oU elle l'aura ratifié. En attendant, toutes les puissances se sont engagées à n'adopter aucune mesure contraire aux dispositions qu'il renferme.

Dès lors le prince de Bismarck a pu constater, avant la clôture de la Conférence, le 26 février ', que, grâce à l'esprit de conciliation qui l'a caractérisée, l'entente complète avait pu s'établir sur tous les points du programme, et qu'ainsi le libre accès au centre du continent africain était assuré au commerce de toutes les nations. Les garanties dont la liberté commerciale est entourée sont de nature à offrir, au commerce et

' Par nne coïncidence singalière, PAct<^ général de la Conférence a été signé juste un an, jour pour jour, après le traité anglo-portugais dont nous avons rappelé l'insuccès, p. 18.

à l'industrie de tous, les conditions les plus favorables à leur développement et à leur sécurité. La sollicitude pour le bien-être moral et matériel des populations indigènes, exprimée par les représentants de tous les États, permet d'espérer que les principes adoptés porteront leurs fruits et contribueront à associer ces sauvages aux bienfaits de la civilisation.

Le prince de Bismarck n'a pu qu'applaudir aussi à l'esprit de bonne entente mutuelle qui, en dehors de la Conférence, avait présidé aux négociations destinées à régler les questions de délimitation entre les parties qui exerceront des droits de souveraineté dans le bassin du Congo, et qui, parleur positipn, sont appelées à devenir les principales gardiennes de l'œuvre de la Conférence. Sans doute les travaux de celle-ci sont susceptibles d'amélioration et de perfectionnement ; mais, tels qu'ils sont, ils marqueront un progrès du développement des relations internationales et formeront un nouveau lien de solidarité entre les nations civilisées.

Qu'il nous soit permis, avant de poser la plume, d'exprimer l'espoir que nous donne l'œuvre qui vient de s'accomplir à Berlin. Il est vrai que toutes les bonites pensées émises au cours des délibérations de la Conférence, n'ont pu être adoptées : celle de la création d'un chemin de fer de l'Atlantique au Stanley-Pool, celle de la fondation de stations météorologiques sur le Haut-Congo, par exemple, mais elles ne s'en réaliseront pas moins un jour ou l'autre, nous en sommes persuadé. Et quant à ce qui a été obtenu, les progrès accomplis depuis huit ans, depuis le moment où Stanley découvrait le Congo et où le roi des Belges convoquait à Bruxelles la première des conférences où fut fondée l'Association internationale africaine, nous paraissent être un gage des plus heureux pour l'exploration et la civilisation de l'Afrique.

Au point de vue de l'exploration nous touchons, nous semble-t-il, au moment où elle va subir, du moins en ce qui concerne l'Afrique centrale cquatoriale, une transformation des plus avantageuses. Rappelons-nous les voyages de Liyingstone, de Speke, de Grant et de tant d'autres, les difficultés rencontrées par eux pour pénétrer à l'intérieur, et le nombre de victimes frappées par la mort dans la région côtière, avant même d'avoir atteint les premières terrasses du plateau central. Malgré les tentatives incessantes faites par les explorateurs pour déchirer le voile qui recouvre encore l'immense espace compris entre la ligne de faîte du bassin du Chari et du lac Tchad, au nord du Congo, et les itinéraires

de Pogge et Wissmann, de Bûchner et de Cameron, au sud de ce fleuve, le mystère demeure presque complet. Ce que Stanley, de Brazza, Mizou et les missionnaires, nous ont révélé du bajssin du Congo n'est que peu de chose auprès de ce que nous avons besoin de savoir. L'ouvrage de Stanley, si impatiemment attendu, répondra déjà en partie à ce besoin, au moins pour quelques sections de la zone qui borde le fleuve. Mais maintenant, lesÉtats dontles limites viennentd'être fixées à Berlin, devront faire le nécessaire pour explorer soit les zones traversées par leurs frontières, soit les territoires qui leur ont été attribués. Ce sera du cœur même du continent, où ils pourront établir leurs bases d'opérations, que les explorateurs rayonneront dans toutes les directions vers la périphérie du bassin conventionnel auquel s'appliquera la liberté de circulation la plus complète. De la grande voie fluviale qui s'étend du Tanganyika à l'Atlantique, ils remonteront les mille cours d'eau qu'elle reçoit sur ses deux rives, au nord, jusqu'à la ligne de faite qui sépare ce bassin des lacs Muta-Nzigué et Albert-Nyanza, delaNepoko, du Bomokandi, du Cbari et de l'Ogôoué; au sud, ils gagneront les régions jusqu'ici impénétrables à tout voyageur européen, qui, sur une étendue de huit degrés de latitude au moins, remplissent tout l'espace compris dans le grançL arc de cercle du Congo moyen. Pour cette partie du continent, nous ^.vons tout à apprendre : topographie, histoire naturelle et ethnographie. Si les rivières qui descendent des terrasses à la côte opposent, par leurs rapides et leurs cataractes, des obstacles insurmontables à la navigation, les affluents du Congo sont ouverts au libre parcours des explorateurs sur des milliers de kilomètres ; ils permettront de pénétrer jusqu'aux extrémités de ce bassin, cinq fois grand comme la France, et d'en étudier les parties demeurées jusqu'ici les plus mystérieuses.

^ En même temps, sous le régime de la liberté dans tous les domaines, liberté de commerce, d'enseignement, de conscience et de culte, les stations établies le long du Congo et de ses aflluents, au bord des lacs ou dans l'intérieur des terres, deviendront des foyers de lumière et de vie, d'où la civilisation se répandra dans toutes les tribus du centre du continent africain. Un jour elle franchira les limites des territoires visés par la Conférence de Berlin, pour s'étendre aux populations des bassins moins favorisés du Zambèze, du Nil, du Chari et de l'Ogôoué, car si, pour le moment, l'application des principes adoptés est restreinte à certaines régions, il a été bien convenu qu'il ne s'agissait là que d'un mini- . mum et qu'on travaiUerait à les appliquer partout, en particulier à tous

les fleuves d'Afirique. Les puissances sont également résolues à poursuivre la suppression de la traite et l'abolition de resclavage dans toute rétendue du continent africain. Les peuples de l'Europe et de l'Amérique travailleront à l'envi à l'œuvre de réparation à laquelle ils sont obligés envers les descendants des victimes de trois siècles d'oppression et de brigandage. Relevées par l'influence de la civilisation chrétienne, d'un travail et d'un commerce honnêtes, d'une vie de famille basée sur la monogamieet de relations sociales fondées sur la justice et l'équité, les tribus indigènes redeviendront fortes pour résister à l'invasion de la barbarie musulmane qui sera refoulée vers le nord. Affranchies de l'esclavage et de la superstition, elles seront les aides des blancs daiLS l'œuvre d'instruction et de libération des populations des auti'es parties du continent.

Il nous semble impossible de méconnaître, dans le mouvement qui se produit de nos jours en faveur du centre africain, la direction d'une volonté supérieure qui, après avoir enrichi les peuples de l'Europe et de l'Amérique du nord des trésors des anciennes civilisations, leur montre qu'elles doivent faire part de ces biens aux races les plus déshéritées, et, avant tout, à cette race noire, si longtemps oppiîmée par toutes les nations qui possédaient une marine et des colonies.

L'œuvre commencée laborieusement, va recevoir une puissante impulsion de l'union de tous les efforts combinés en faveur des nègres, et, par un juste retour, le bien que leur auront fait les nations civilisées rejaillira sur celles-ci de mille manières. La liberté, qui aura présidé au développement commercial, industriel, agricole, religieux des populations du Congo, reviendra aux États qui les en auront dotées.

Dans notre vieux monde, comme dans l'Amérique du nord, on comprendra que la prospérité des peuples ne dépend pas des barrières opposées à l'importation, ni des obstacles mis à la libre circulation sur les fleuves, ni des entraves créées à l'exercice des cultes, ni des restrictions apportées à l'enseignement, mais qu'elle grandit dans la mesure où les relations sont plus faciles, oîi tous les habitants d'un pays, jouissant de la libre disposition de leut pei-sonne et de leurs biens, peuvent travailler librement au bonheur les uns des autres.

CARTOGRAPHIE DU CONGO

La réunion de la Conférence africaine et le règlement diplomatique de la question du Congo ont donné naissance à plusieurs cartes, indi-

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quant les frontières politiques assignées aux possessions françaises et portugaises et au nouvel État libre du Congo. Celle qui a été dressée par l'Institut national de géographie de Bruxelles et d'après laquelle nous avons établi la nôtre, est à une petite échelle (Vmoooooo)» ^^^^ embrasse toute la zone équatoriale, de TOcéan Atlantique à la Mer des Indes, et donne, d'une manière très claire, l'étendue des diverses souverainetés, soit dans le bassin du Congo, soit dans les territoires environnants. C'est avant tout une carte politique, car elle n'indique pas le relief du sol.

Celle qu'a publiée le D' Richard Kiepert est h une échelje deux fois et demie plus grande (V4000000) et renferme par suite beaucoup plus de détails. Toutefois elle ne comprend pas toute la largeur du continent africain ; elle s'arrête au nord au 2"* 30' ; au sud, au 13° 40' ; à l'est, au 34° longit. E. de GreenTsich. Du reste elle a été dressée avec la correction et le fini qui distinguent les œuvres de l'éminent cartographe. Le relief est nettement marqué en brun ; les nouvelles frontières et la zone du commerce libre sont indiquées par des couleurs différentes, et les routes suivies par les voyageurs sont toutes tracées, au moyen de ti-aits de couleur qui varient suivant la nationalité de l'explorateur. Enfin l'échelle de la carte a permis d'y faire figurer tous les noms de localités et de peuplades, même d'importance secondaire, de sorte qu'on y peut suivre pas à pas les relations des voyageurs modernes qui ont parcouru ces régions. Malgré le grand nombre d'informations qu'elle fournit, l'arrangement des couleurs la rend nette et d'une lecr ture facile.

Voici en quoi consistent les décisions de la Conférence africaine concernant les nouvelles circonscriptions territoriales. L'État libre du Congo ne possède qu'une faible longueur de côtes sur l'Océan Atlantique, au nord de l'embouchure du Congo, mais cela suffira comme point d'attache du futur chemin de fer qui parcourra ces régions. Ensuite son domaine s'élargit et, limité d'abord à la rive droite, il comprend, dans la région des cataractes, les deux rives du fleuve, puis de nouveau une seule, la rive gauche, en amont de la station de Manyanga jusqu'à l'équateur. Dans la partie encore inexplorée, les limites de l'État, pareilles à celles des États du centre de l'Union américaine, sont rectilignes ; au nord, c'est le 4* lat., qui coupe le cours de l'Ouellé ; au sud, le 6° ; enfia, à l'est, la frontière suit d'abord le 30** long. E., puis la rive occidentale du Tanganyika et englobe, plus au sud, une partie du bassin supérieur du Congo, c'est-à-dire les États du Kassongo et une portion

de ceux du Cazeiubé et du Mouata-Yamvo. L'étendue totale de l'État libre, calculée sur la carte, est d'environ 2,000,000 kilom., dont la plus grande partie reste à découvrir ou tout au moins à occuper. C'est près de quatre fois la France.

A cette dernière puissance appartient maintenant un territoire de la forme générale d'un trapèze, compris entre le Congo et la mer, et d'une superficie approximative de 400,000 kilom., c'est-à-dire égal aux trois quarts delà France. II embrasse les bassins de l'Ogôoué, du Niari, de la Licona et de l'Alima, et de la rive droite du Congo, de l'équateur k Manyanga. Au-dessous de cette station la France ne possède aucune partie du Congo ; c'est donc par la vallée du Niari qu'elle devra arriver à Brazzaville, si elle veut rester sur son propre territoire.*

Quant au Portugal, ses prétentions à la possession de toute la contrée s'éteudant jusqu'au 5** 12' lat. S. n'ont pas été reconnues, dans le traité qu'il a conclu avec l'Association internationale du Congo. Il possède la rive gauche du fleuve de Nokki à l'embouchure, et une étroite enclave comprise entre les possessions françaises, l'État libre et la mer, ayant comme principales localités Landana et Cabinda^ L'État nègre du Congo, avec la ville de San-Salvador, regardé jusqu'ici comme indépendant, devient territoire portugais.

Enfin, la zone de liberté commerciale comprend le bassin hydrographique du Congo, puis à l'ouest, la région côtièredeSetteCamaàAmbriz, et à l'est, une partie du bassin du Zambèze et de petits bassins fluviaux dont les eaux se rendent à la Mer des Indes. L'État libre se trouve en entier dans cette zone, tandis que les possessions françaises et portugaises sont partagées en deux parties : dans l'une, le commerce se fera librement ; dans l'autre, la métropole pourra établir des droits de douane et de transit. Au nord du Congo, il est clair que la limite de la région du commerce libre a été tracée d'une manière arbitraire, puisque cette contrée est encore entièrement inexplorée. Il est possible, en particulier, que l'on doive plus tard en distraire le bassin de l'Ouellé, car rien ne prouve avec certitude que cette rivière fasse partie du bassin du Congo; c'est l'hypothèse de Stanley, mais d'autres géographes et voyageurs, entre autres Junker et Casati, la regardent comme le cours supérieur du Chari. La question n'est pas résolue et il faut attendre de nouvelles explorations pour se prononcer à cet égard.

^ C'est par erreur que la carte de l'Institut national belge y fait figurer Massabé qui est au nord du Chiloango, cette rivière formant la limite sud du territoire français.

BULLETIN MENSUEL (4 mai 1885. >)

M. Teisserenc de Bopf, secrétaire général de la Société météorologique de France, chargé d'une mission dans le S»hapa algérien et tunisien, pour y continuer les travaux qu'il avait commencés en 1883, s'est rendu de Biskra à Touggourt, par le désert de Mokran, en faisant un levé sommaire de sa route. Aux environs de Filiach, dans l'oasis des Zibans, il a procédé à des fouilles, avec le concours de MM. Fourreau et Fau de Biskra, dans une ancienne nécropole, oU se trouvent des tombes, sur une longueur de plus de 500 mètres. Elles sont enfouies à une assez faible profondeur, dans un sol compact d'alluvion rougefttre. Les corps sont déposés dans des jarres, munies d'une ouverture ou goulot circulaire et de deux anses ; elles devaient être cassées à leur extrémité au moment de la mort, puis emboîtées l'une dans l'autre. Ces sépultures paraissent appartenir à une époque antérieure à l'invasion arabe ; elles ne sont pas orientées vers la Mecque comme celles des musulmans.

Un correspondant du journal la Oironde, lui écrit de Marseille que le commandant Landas, et les membres de la mission d'études de la mer intérieure des Chotts,ont terminé la première partie de leurs travaux, et qu'ils viennent de rentrer en France. Leur but était de déterminer le point de la côte le plus favorable pour la création du port Rondaire, à l'embouchure de l'Oued-Melah. Ils ont tout d'abord choisi un emplacement pour le forage d'un puits artésien, dans l'oasis d'Oudreflf, à un kilomètre de la Méditerranée, et à 800" de l'Oued- Melab, en se basant sur les sondages antérieurs et l'inclinaison exacte des différentes couches du sol. Les populations du voisinage, comprenant l'avantage que peut leur procurer la création de puits artésiens, se sont empressées d'apporter leurs témoignages de sympathie au successeur de Roudaire. Les cheiks n'ont pas été moins zélés que les simples indigènes ; le plus ancien d'entre eux a réclamé l'honneur d'enlever du puits la première pelletée de terre, et a demandé la permission d'emporter la pioche en souvenir de l'événement. Le commandant Landas

^ Les matières comprises dans nos Bulletins mensuels et dans les Nouvelles complémentaires y sont classées suivant un ordre géographique constant^ partant de l'Algérie, puis allant à, l'Est, longeant ensuite la côte orientale du continent et revenant par la côte occidentale.

L'AFRIQUE. — SIXIÈME ANKÉE. — H* 5. 5

croit que si le puits artésien donne Je volume d'eau qu'on en attend, le sol pourra recevoir des plantations de dattiers, de palmiers, d'oliviers et même de vignes. Autour de l'Oued-Melah il sera facile de créer des pâturages et des plantations d'alfa.

Les délibérations de la Comnlaslon du canal de Sues réunie à Paris sont tenues secrètes. Nous ne connaissons jusqu'ici que les articles servant de base à la discussion ; en voici le texte :

l"* Le canal de Suez doit être libre pour le passage de tous les navires et en toutes circonstances.

2^ En temps de guerre, il devra être fixé une limite de temps pour ks bâtiments de guerre des puissances belligérant^ se trouvant dans les eaux du canal, et ni troupes, ni munitions de guerre ne pourront être débarquées sur ses rives.

3** Des actes d'hostilité ne pourront avoir lieu ni sur le canal ni dans ses environs, ni ailleurs dans les eaux territoriales de l'Egypte, même dans le cas oii la Turquie serait une des parties belligérantes.

i"* Aucune des conditions stipulées par les deux clauses précédentes ne pourra être appliquée aux mesures qui seraient jugées nécessaires pour la défense de l'Egypte.

ô"* Toute puissance dont les bâtiments de guerre auraient causé quelque dommage au canal est tenue à supporter les frais de la réparation immédiate de ce dommage.

6^ L'Egypte devra prendre toutes les mesures en son pouvoir pour assurer l'exécution des conditions imposées au transit sur le canal, des navires appartenant aux puissances belligérantes.

T* Aucunes fortifications ne pourront être élevées, ni sur le canal ni dans son voisinage.

8"" Cet arrangement ne devra ni réduire ni affecter en rien les droits territoriaux du gouvernement égyptien, sauf en ce qui sera expressément stipulé.

D'après une lettre de Londres au Sivccès, le chemin de fer en construction de Sonakim A Berber ne serait pas seulement une ligne stratégique, il deviendrait plus tard le moyeu d'établir des communications conmierciales permanentes. Une compagnie privée, sous la présidence du duc de Sutherland, a déjà obtenu du gouvernement une concession pour l'exploitation commerciale et industrielle du Soudan, avec des privilèges analogues à ceux de la Compagnie du nord de Bornéo. Lorsque la puissance du Mahdi et d'Osman-Digma aura été détruite, le gouvernement cédera la voie ferrée à la Compagnie qui, avec l'aide

de Samuel Baker, se cbargera d'établir une admiiiistr dans le pays (?)'.

L'ingénieur Sallmbenl chargé par Blanchi de coustr Bleu un pont, pour faciliter les communications du Go^J*' situés au sud du fleuve, a écrit k la Société de géographie l'informer du succès de ses travaux. Ceux-ci ont bien che» difficultés à surmonter. Mais la station du Godjam ayant par la mort de Blanchi, le ministre de l'agriculture e1 d'Italie a prié M. Salimbeni de prendre le conunandemet qui devra servir aux observations météorologiques, au des voyageurs et des commerçants ; elle sera aussi un ( et de collections d'objets des sciences naturelles, ainsi i tions commerciales. Le gouvernement Italien se propoi fonder une nouvelle station météorologique à Maccalé oii demeure M. Naretti.

M. Al&ed Bardey a communiqué d'Aden, k la Société de Paris, des nouvelles de l'expédition autrichienne du l desser et du IK P»ulltsclike. De H»rr«r les en visité les petits lacs Moyabo et Adelli k 25 kilom. au N Un soir M. de Hardegger, se promenant autour des i attaqué et mordu k la jambe par une byène qu'il a 1 sabre. Les voyageurs désirent visiter le marché de Gou de Harrar, sur le Wabi qui sépare les tribus Aioussi-G Gallas. Goulfa est habité principalement par des forgi qui, à certaines époques de l'année, échangent leurs proi cotonnades dont ils ont besoin. « De Harrar k Goulfa, • dey, n la route suit la vallée d'Argoba, passe à Afor Boubassa, oii je suis allé ; puis, m'a-t-on dit, en conti direction S.-S.'0.,on trouve Ilmané, sur un plateau s Daktto, Afata, Itto au confluent du Moya qui se jette affluent du Wabi, enfin Goulfa sur la rive droite du Aroussi. » Nous désirons que les explorateurs autrit exécuter leur projet, et dresser la carte de cette régie indiqués par M. Bardey ne figurent dans aucun des de graphiques que nous possédons.

' A la dernière heure,iious apprenons que le gouTernement ai ne pas continuer le chemiD de fer, dn moins HTant la cassation dei «le Tanibouk, Sinkat ou un autre endroit pouvant servir d'hAp nécessaire pour garder Souakim.

La mort de Htésa n'a pas été suivie d'un état d'anarchie et de meurtres sur une grande échelle» comme on aurait pu le craindre d'après l'usage ordinaire en semblable occasion. Quelques-uns des chefs proposèrent, il est vrai, de mettre à mort les missionnaires et de détruire la mission. Mais le Katikiro, le magistrat principal, empêcha qu'on ne commît aucune violence, et l'influence du missionnaire O'Flaherti fit beaucoup pour prévenir les troubles et l'effusion du sang- Le nouveau roi, Mouanga, est un tout jeune homme, qui, de temps à autre, a visité les missionnaires ; son attitude à leur égard, après son avènement, a été tout à fait cordiale. La princesse élevée à la dignité supérieure de sœur du roi, est chrétienne. Mouanga désire avoir dans ses États un plus grand nombre de prédicateurs blancs ; il enverra, avec le missionnaire Mackay, un messager pour en chercher en Angleterre.

Les Missiœis catholiques nous apportent des renseignements sur les tribus des Bou-Sambiro» des Ba-Honeri et des Bou-Koumbi» chez lesquelles les missionnaires d'Alger ont fondé des stations, au S.-O. du Victoria-Nyanza. Les plateaux qu'elles habitent sont très élevés et généralement parsemés de nombreux et grands villages. Les productions du pays sont le sorgho, le mais, les patates, les arachides, le sésame. De nombreux troupeaux de bœufs, de moutons et de chèvres paissent dans les campagnes. Les populations paraissent plus simples et mieux disposées que celles qui sont en relations fréquentes avec les commerçants du Zanguebar. Une des plus remarquables de ces tribus, est celle des Bou-^ambiro, renommée pour ses forgerons. Le minerai de fer abonde dans le pays, mais jusqu'ici on n'en a pas employé d'autre que celui qu'on trouve à la surface du sol. Porté dans des paniers, à des forgerons installés dans de pauvres huttes couvertes de paille, ceux-ci parviennent à en tirer, avec l'outillage le plus imparfait, quantité de pioches, de hachettes, de fers de lances et de flèches. La réputation des forgerons du Bou-Sambiro s'étend au loin ; un grand nombre de tribus viennent de cinq, dix et quinze jours de marche se pourvoir dans leurs ateliers. — Le Mouéri est un des plus grands royaumes des bords du Victoria-Nyanza. Ses immenses forêts sont remplies d'animaux de toute espèce : girafes, onagres, zèbres, bufiSes, rhinocéros, antilopes, etc. Le roi Rouoma fit d'abord bon accueil aux missionnaires; mais, à l'instigation de Mtésa, il leur refusa ensuite la liberté nécessaire pour fonder un établissement dans ses États, après quoi cependant il leur fit exprimer son désir de les voir revenir chez lui et leur accorda la permission

de bâtir ou ils voudraient. Les Ba-Mouéri sont aussi très habiles à travailler le fer. Ce sont des archers par excellence ; le buffle, le rhinocéros, tombent percés de leurs longues flèches. Ds savent réduire le fer et le cuivre en fils très minces, pour les rouler autour de longues ficelles de crins qu'ils portent aux jambes comme ornements de prédilection. Leur costume ordinaire se compose d'une ou plusieurs peaux bien préparées et enduites de beurre. Le roi se fait graisser de beurre rance, tous les jours, des pieds à la tête.— Au delà des Ba-Mouéri sont les Bou- Koumbi, qui ont pour roi Kikanga.Ils sont beaucoup moins industrieux que leurs voisins chez lesquels ils vont se fournir de lances, de flèches et de pioches pour cultiver leurs terres, leur principale occupation avec l'élevage du bétaU. Kikanga a accordé l'hospitalité la plus bienveillante aux missionnaires, qui ont gagné la confiance des habitants en soignant leurs nombreux malades. Les plaies aux jambes sont extrêmement fréquentes, et doivent être attribuées à l'humidité des huttes et à l'absence de toute propreté, dont les Bou-Koumbi semblent ignorer les premières notions ; ils couchent à côté de leurs moutons et de leurs chèvres et ne se lavent presque jamais.

M. Chaancy Haples a exposé daas une séance de la Société de géographie de Manchester, nouvellement fondée, les résultats des explorations des dernières années entre la côte de l'Océan Indien et le lac Nyassa, pays naguère encore inconnu des Européens, mais 011 la mission des Universités a des établissements à Masasi et à Néouala, et où l'Angleterre est représentée par un consul pour le district du Nyassa, afin de tâcher d'en faire disparaître la traite. Les indigènes appartiemient en grande partie à la tribu des Ma-Koua, qui s'étend jusqu'aux territoires situés à l'ouest du Nyassa. M. Maples ayant vécu huit ans au milieu d'eux en qualité de missionnaire, les décrit comme un peuple pacifique, industrieux, d'une intelligence supérieure à celle des autres natifs, et très accessible aux influences de la civilisation. Autour de Masasi se pressent les villages ma-koua ; le sol du pays est fertile, et produit chaque année des récoltes abondantes de sorgho, de maïs, de riz, de sésame, de cassave, de fèves, etc. On y a introduit et cultivé avec grand succès, les mangues, les goïaves, les limons, les citrons et quantité d'autres fruits. On a essayé d'y cultiver le café, le girofle, la cannelle ; mais l'absence de pluies régulières a fait échouer cette tentative. Le cotonnier et le palma christi se trouvent partout à l'état sauvage. M. Maples ne doute pas que s'il était cultivé, le coton ne fournît un produit excellent pour le marché. Le tabac, le fer, le sel s'y trouvent aussi. Actuellement les seuls objets d'exportation sont

l'ivoire, la gomine-copal, le caoutchouc et l'orseille ; le trafic en a beaucoup augmeuté dans les dernières années, et il augmenterait plus encore sans la traite et les guerres de tribus pour faire des esclaves. M. Maples a cité à ce sujet Topinion de M. O'Neill, consul anglais à Mozambique et explorateur de cette région. Les neuf dixièmes des guerres de l'Afrique orientale sont entreprises pour répondre à la demande des trafiquants d'esclaves, et non par amour de la guerre. Quand on dit aux indigènes que les esclaves sont l'objet le plus estimé pour l'achat de tissus et d'autres objets dont ils ont besoin, ils organisent des expéditions contre leurs voisins pour faire des esclaves. Mais, quand ils verront que ces objets peuvent être obtenus avec beaucoup moins de difficultés et de dangers que par la guerre, un grand pas aura été fait vers la suppression de ces luttes destructrices. La situation des lacs Nyassa et Tanganyika est excellente pour procurer aux natifs le bienfait d'un commerce légitime régulier. Dans l'état actuel des choses, leurs vastes bassins s'interposent entre la demande de la part des chefis qui attendent l'arrivée des agents de la côte, et le territoire d'où les esclaves sont tirés. Des stations commerciales sur leurs bords seraient admirablement placées pour lutter avec les trafiquants d'esclaves, et fournir aux indigènes de l'intérieur les produits de l'industrie européenne. Les natifs apprécient déjà à leur juste valeur les services rendus par les établissements missionnaires anglais et écossais, ainsi que par les agents de l'African Lakes Company. Que les stations se multiplient, que le nombre des steamers augmente sur les lacs et les rivières, les guerres diminueront, le sol produira davantage, et les progrès de la civilisation seront encore plus marqués qu'ils ne l'ont été depuis l'arrivée des missionnaires.

Le dernier numéro du Central Africa, annonce que les 800 colis de l'expédition qui transporte le Charles Janson, destiné à la mlsalon de la côte orientale du IVyaasa» sont portés actuellement par eau jusqu'au pied des rapides du Chiré, et de là, à dos d'hommes, le long de la route qui permet d'atteindre facilement le cours supérieur du fleuve, oii le navire sera remonté. Malheureusement le missionnaire Johnson, qui accompagnait l'expédition, a perdu la vue par suite d'une ophtalmie et a dû être ramené en Angleterre.

Le Natal Mercury a reçu du consul anglais de Mozambique, M. O'iVeillf à son passage à Port Natal des informations utiles sur le pays d'OumasIla. Une lettre de M. le missionnaire P. Berthoud * nous

» Voy. p. 98.

a aoaoïicé récemment la mort de ce dernier ; son fils aîné a le remplacer, mais un grand nombre des chefs lui ont subs plus jeune. Un combat s'en est suivi dans lequel l'atné i maintenant c'est le plus jeune qui règne. Le gouverneraen envoyé une commission spéciale, sous la direction de M. Go qui a une longue expérience des affaires de l'Afrique ori aplanir les difficultés existant depuis plusieurs années entre le pays d'Ourazila. Elle a débarqué à Chilouane, et travers Sofala, d'où elle a dû se rendre au kraal d'Oumzila. — Une £ s'y est rendue pour le compte de la Compagnie d'Ophir, qi de développer les industries minières de ce pays. C'est M. drada qui représente la Compagnie ; il doit cbercher à obt satîon d'exploiter les mines de Manika. — M. O'NeilI ci pourrait ouvrir une voie au commerce avec le Ma-Koua et l le Zambèze. De Tété un grand trafic se fait déjà, à Zoumbo, ausud,daiislepays des Ma-Tébélé, et au nord, vt qui borde le Nyassa. Chaque année plus deSOObateauxy se Ils remontent de Tété à Kébrabasa, d'où, en huit jours d( terre, on franchit les rapides de ce nom. Eu amont, le fleu navigable jusqu'aux chutes Victoria. L'ivoire est le princ commerce de cette partie de l'Afrique.

Le numéro de février du Mercantile Marine Service Reporter contient un article du capitaine G.-A. Chaddock s ration du Limpopo ', en avril de l'année dernière. Malgr assez fort, il réussit, avec la Mand, à en franchir la barre, chure méridionale, dont le lit est très étroit et a 4 '/i ^rf fondeur. Le pays aux alentours est composé de hautes colli légèrement couvertes de broussailles peu élevées ; la popu très dense, et le sol propre à l'agriculture et à la culture < sucre. Jusqu'à une distance de vingt kilomètres de l'eml fleuve est bordé de manguiei-s ; au delà il ne présente plus d au chauffage. Un peu en amont du kraal de Manjoba, le pi devient très boisé, et d'après les renseignements des indii très salubre. Le capitaine Chaddock croit que le fleuve e jusque près des frontières du Transvaal.

M. Ltideritx a conclu, avec un ayndlcKt nllemand, tion.par laquelle il cède à ce dernier tous ses droits sur le te

' Voj. V°" année, p. 79.

possède dans l'Afrique occidentale au nord du fleuve Orange. Les acquéreurs ont l'intention de former une société dont les statuts seront soumis à l'approbation de l'empereur. Leur but serait d'acquérir, d'administrer et d'exploiter tous les territoires de l'Afrique australe placés sous le protectorat de l'Allemagne. Le capital social est fixéà l,500,000fr., divisés en actions de 1250 fr. chacune. Les excédents annuels des recettes seront répartis entre les actionnaires, après l'autorisation préalable du gouvernement. Un comité de trois membres et un conseil d'administration sont placés à la tête de l'entreprise.

La Société de géographie de Paris a reçu communication de nouvelles de l'expédition de MM. Voth et van der Hellen dans l'Afrique portugaise occidentale. De Mossamédès ils se sont rendus à Humpata, pour y visiter la colonie des Boers établis là depuis quelques années. M. Veth y fit d'abord une reconnaissance, avec deux Boers attirés à Mossamédès par le bruit de l'arrivée de deux Hollandais dans cette ville. Les services que lui rendit, pendant ce premier voyage, un petit cheval javanais lui font croire que ces poneys pourront être très utiles aux voyageurs dans les régions tropicales de l'Afrique ; ils s'accommodent facilement au climat. Revenu à la côte, il en repartit le 15 janvier, avec M. van der Hellen et un wagon attelé de dix-neuf bœufs. Mais, après quelques heures de route, le char, mal conduit par le charretier, s'enfonça dans le sable qui, sur certains points, forme d'immenses entassements. Il fallut travailler jusqu'à l'aube du lendemain pour le dégager. A partir de ce moment les difficultés se renouvelèrent sans cesse : terrains impraticables, disette d'eau, épuisement de l'attelage, danger de la présence des lions et d'autres fauves qui enlevèrent les trois chiens javanais de M. Veth. Celui-ci tomba malade de fatigue, et dut s'arrêter dans des fermes portugaises ; grâce au secours de bœufs prêtés par des fermiers portugais et par des paysans néerlandais, le wagon put atteindre, le 30 janvier, la cime de la Serra de Chella. Le plateau de Humpata est magnifique, disent les voyageurs; assez élevé et descendant en pente douce vers le sud, il a la réputation d'être d'une salubrité parfaite.

Les journaux de Lisbonne donnent quelques renseignements sur l'expédition poptng^isie du major de Carvalho, chargé de se rendre chez le Mouata-Yam vo. A'ia date du 6 janvier elle était arrivée à Cossa-e-Silva, dans le territoire du Capenda Camubenda, sur la rive droite du Quango, par 8** 47' 45" lat. sud et 17** 12' 50" long. est. Elle avait rencontré des difficultés entre le Lui et le Quango, par suite des

— U9 — eiigences des chefs indigènes et dee vols dont elle avait 150 porteurs avaient déserté, les uns en abandonnant I autres en l'emportant. A son arrivée à Cossa-e-Silva, I reçue par des décharges de coups de fusil en signe de r chef est une femme ftgée du nom de Ma; elle a poui nègre d'une quarantaine d'années, graud, robuste, ain bien. Elle a des enfants de dififérents pères. Le plus âgé, > est le futur Capenda. Il n'a pas encore pris les rênes du sa mère le trouvant trop jeune ; il n'a que 20 ans. Seî Candole, et Muana-Ca-Nzarabo sont vêtus de pantalo; d^une étoffe à raies bleues, chemises blanches, chapeaux d bords. Le major Garvalho est d'avis que le chemin de f Âmbaca devrait être prolongé jusqu'à Malangé, à 80 kilo: baca. lia constaté avec satisfaction quelegouvernementd les anciennes stations dans la province, sur la route de D( et en fait élever de nouvelles sur des pointa d'une utilité le commerce, aâu d'encourager et de faciliter les relat: avec l'intérieur.

Le Mouvement géographique a publié, d'après une '. Bruxelles, les premières données fournies par le liei m&nn sur son expédition an C»ssa1t. Jusqu'ici oi qu'une partie du cours supérieur de cet affluent du Gong Living8tone,Bûchner,SchUtt,WissmannetPogge.Celui-c le point connu le plus septentrional , par environ 5° de lat. duLouloua.un des grands tributaires de droite;toute la] de la rivière est encore à reconnaître. Le but de l'expé mann est d'étudier ce cours inférieur et les territoire! traverse. Au mois de février 1884 il se trouvait, avec Meyer et le D' Wolff, à Malangé, non loin de la frontièn d'Angola. Là.l'atné des frères Meyer fut emporté en qm la dysenterie. L'expédition y rencontra le D' Pogge, du que le pays était couvert de forêts viei^es presque im qu'au loin en aval du confluent du Louloua, les rives du ( bordées. Wissmann eut la bonne fortune de pouvoir re) anciens porteurs et les deux interprètes du D' Pogge. ment de juillet l'expédition était organisée ; 400 porteu gés ; des charpentiers et des mécaniciens complétaient le ] et parmi eux, le charpentier Buchschlag qui, en 1880, a' Quaogo avec le major de Mechow. L'expédition emport

aeier pouvant contenir de dix à douze personnes. Le départ de Malangé eut lieu le 17 juillet; il s'effectua successivement, par petites caravanes, placées chacune sous la dii*ection d'un ou deux blancs, le lieu de concentration étant le Quango, en aval de Cassangé. Du Quango au Cassai, la route de Wissmann ne s'est pas sensiblement écartée des précédente itinéraires de retour de BUchner, Schûtt et Pogge. Il passa par Cabembo et Cabocco, sur le Louchico. Arrivé là, le lieutenant Meyer, avec douze hommes, descendit la rivière, se dirigeant vers Koumbana. Quant au gros de l'expédition, au lieu de se diriger sur Cahoungoula vers l'est, il suivit une direction N.-E. rejoignant l'ancienne route h Muéné-Tombé, sur le Tchikapa. C'est de là qu'est datée la lettre de Wissmann, du 12 octobre. Le trajet de Malangé au Cassai, qui s'est effectué en trois mois, s'est fait sans grandes difficultés; la santé des voyageurs est des plus satisfaisantes; un seul porteur est mort, en route, de maladie. Arrivé au Cassai, Wissmann comptait le descendre jusqu'au confluent du Louloua, où il a dû établir une base d'opération. Un traité devait être passé avec Loukengo, roi des Ba-Eouba ; une station, élevée sur les bords de la rivière et laissée à la garde de trois blancs et d'un certain nombre de soldats; enfin, une petite flotille de canots devait être construite par les charpentiers de l'expédition, et, avec son aide, Wissmann voulait suivre le Cassai jusqu'à son embouchure dans le Congo. Il écrivait qu'il espérait atteindre le grand fleuve vers le commencement d'avril 1885. Depuis le mois de février, un des petits vapeurs de l'Association internationale croise entré les confluents du Rouki et du Loulemgou,prêt à se porter à la première alerte au secours de l'expédition, par l'une ou l'autre de ces rivières.

Le D' <!• Chavanne^que sa santé avait oblige à revenir en Europe, a pu repartir le 6 avril pour le €k^ngo. Les quelques mois qu'il a passés en Belgique ont été consacrés au calcul des observations qu'il avait faites au Congo, et à la confection d'une carte du cours inférieur du fleuve; elle est dressée à l'échelle de Vîooooo et sera publiée par l'Institut national de géographie. Elle donne toute la partie de la côte occidentale qui s'étend entre Landana et Shark-Point, le cours du Congo depuis Banana jusqu'à Boma, et, dans des cartouches, la partie du fleuve devant Borna, de Fetiche-Roc à l'Ile des Princes, au Vio^oo* ^^ ^^ pl&i^s de Banana et de Boma au Vssaoo* Ce sera le document cartographique le plus complet et le plus précis que Ton possède jusqu'ici de l'embouchure du fleuve.

A l'occasion de rJBxpoaition d'Amt^ers, un Congrès international

de botanique et d'horticulture se tiendra dans cette ville ; la question du Congo y aura sa place. En effet, un questionnaire a été transmis au Cïomité de l'Association internationale pour être soumis aux agronomes attachés aux différentes stations ; ils sont priés de répondre aux questions suivantes :

V Quelle est la composition du sol des contrées que vous avez visitées jusqu'ici ?

2^ QueUe est l'altitude des contrées ou des terrains que vous signalez? Quelles sont les températures minima et inaxima f Quelle est la température moyenne de ces contrées ?

3" Quelles en sont les conditions climatériques ?

4* Quels sont les avantages naturels et les inconvénients qu'elles présentent au point de vue de la culture ?

5*» Quels sont les produits végétaux dont l'utilité est reconnue comme plantes alimentaires, médicinales ou officinales, vénéneuses ou industrielles ?

6* Quel est le caractère de la floredes contrées que vous avezexplorées ?

7° Quelles ressources l'Afrique centrale pouiTait-elle offrir aux botanistes, pour l'étude de la flore tropicale et de la physiologie? Avez-vous déjà rencontré des végétaux qui pourraient jeter quelque lumière sur certaines questions botaniques, ou qui augmenteraient la richesse de nos collections de plantes vivantes ?

8° Comment devrait se faire au Congo la culture potagère ?

9^ Quels sont les principaux ennemis des cultures : a) du règne animal; h) du règne végétal ?

10^ Dans quelle mesure les botanistes et les horticulteurs pourraientils se rendre utiles aux explorateurs du Congo, en vue des essais de culture, d'acclimation,ou à un point de vue quelconque?

A l'Exposition seront réunis des types de toutes les marchandises d'Europe qui fout l'objet du trafllo au Con^o, ainsi que des modèles des différents objets, tels que : objets de campements, maisons démontables, appai'eils, outils, instruments, armes, médicaments, etc. nécessaires aux explorations, à l'établissement et à l'outillage des stations.

D'après les Verhandlimgen de la Société de géographie de Berlin, un certain nombre des stations de l'Association internationale du Congo doivent être dotéas de téléphones ) quelques-unes de celles du Bas- Congo seront reliées les unes aux autres par un fil téléphonique.

Le Comité des missions de Bâ.le a adressé à M. de Bismarck une pétition au sujet de l'Introduction de Feau-de-vie dans les

nouvelles possessions allemandes en Afrique. L'importation en masse de ce produit aurait, d'après la pétition, des conséquences pernicieuses pour les nègres qui, pajs plus que des enfants, uesaventsegouvern^ eux-mômes, et sont passionnés de liqueurs fortes ; leur en fournir à bon marché serait les mener h la ruine. On dit que si l'on appoite des restrictions h ce commerce, ce serait faire tarir une abondante source de gain. Mais ceux qui condamnent le commerce d'opium que l'Angleterre pratique en Chine, peuvent-ils favoriser un commerce qui devient immoral par le fait des conséquences qu'il entraîne ? Il reste h prouver que le commerce de l'eau-de-vie soit à la longue une source de gain réel ; des populations abruties ne sont pas commerçantes. D'ailleurs les comptoirs de la mission bâloise et d'autres ont fait l'expérience que le commerce, même sans eau-de-vie, peut être rémunérateur dans ces contrées. Il y a là im intérêt himiani taire qui doit primer tous les autres. Aussi le Comité demande-t-il, que l'importation des spiritueux dans les nouvelles possessions coloniales allemandes soit restreinte le plus possible par l'imposition de droits d'entrée très élevés.

M. Robert Fle^^el va repartir pour le Soudan occidental, où il a déjà fait deux explorations pour le compte de la Société africaine allemande. Il étudiera d'abord les pays du IViger et du Bénoué. Il sera accompagné par le D'' Semon, comme médecin et spécialiste pour l'ethnographie, la zoologie et d'autres branches des sciences naturelles, et par le D' Gûrich, comme géologue, minéralogiste et botaniste. MM. Hartertet Staudinger qui poursuivent d'autres buts s'adjoindront à l'expédition, mais ne seront considérés comme en faisant partie qu'aussi longtemps qu'ils resteront auprès d'elle. Les voyageurs séjourneront un certain temps en un endroit convenable du Niger ou du Bénoué, pendant que M. Flegel visitera quelques points du royaume de Sokoto, pour remettre aux chefs du pays des lettres et des présents de l'empereur d'Allemagne. Au retour de M. Flegel, l'expédition se rendra au Bénoué pour aborder sa mission principale : l'exploration des pays entre le Bénoué et le Cameroun.

Des ouvriers piémontais et autres, employés aux constructions du chemin de fer de Dakar à Saint-Louis, ont manifesté l'intention de s'établir d'une manière définitive au Séné^pal» en obtenant des concessions de terres à cultiver à proximité de la voie ferrée. Le conseil-général du Sénégal a décidé de leur accorder les subsides votés précédenunent à titre d'encouragement en faveur des colons, qui viendraient se fixer dans certaines parties de la banlieue de Saint-Louis, sur les bords du fleuve et

8ur les territoires du deuxième arrondissemeot. — Sur le haut fleuve la situation des postes français est excelleate. Les forts de Bafoulabé, de Condou et de Bamakou sont approvisionnéfi pour une année. Le ravitaillement de Niagassola est assuré; ce poste est maintenant relié par le' télégraphe. La chaloupe canonnière du Haut-Niger a été remise en état, et pourra, à l'époque des hautes eaux, descendre le fleuve jusqu'à Tomhouctou.

HOUTELLEa C0MFLÊHEHTAIRE8

L'hi*er semble s'Être prolongé d'une manière exceptionnelle en Algérie. Au commencement d'avril les hants plateaux étaient tout blancs. Toute !a nnit du 7 an 8, la neige est tombée à Tlemcea, et le 9 il y en avait 36 centimètres à Salda.

Le goaTemenr général de l'Algérie a concédé de grandes étendues de terret sablonneuses pour la création de parcs à autruches au Krelder, Les tentatives' d'élevage sur le littoral p'ont pas très bien réussi, le climat ; étant trop humide, et l'espRce consacré à ces oiseaux du désert n'Étant pas suffisant pour leur permettre d'acquÊrfr leur plein développement. Le transport des parcs d'autruches aa Kr^der permet d'espérer le succès de l'élevage en grand.

Le 8 avril, quatorze misBioimaires sont partis d'Alger pour les ststions du Tictoria-Nyanza et du Tangonyika.

M. de la Blanchëre, ancien élève de l'école française de Rome, a été chargé d'étudier les mesures à prendre pour assnrer la conservation des monuments historiques de la Tunisie.

Avant l'arrivée des Français en Tunisie, le fanatisme musulman régnait en souverain à Sfax. Un collège arabe-français y a été ouvert au commencement de cette année. Les élèves musulmans, européens et Uraélites qui le fréquentent aigourd'hui ont déposé tout sentiment d'hostilité. A Kalrouan a été fondée une école, annexe de celle de Tunis; à pan les sciences touchant à la religion, et qui sont naturellement enseignées en langue arabe, toutes les autres branches d'enseignement y sont professées en langue française.

Depuis an an, 28,000 hectares de terrain ont été achetés et mis en valeur dans tes environs de Tunis seulement. Ils ont été convertis en vignobles, prairies, ou plantés en légumes, asperges, pommes de terre, etc. D'autres achats d'exploitation ont été faits dans la vallée de la Medjerdah, ainsi qu'à Hammaneh, Zagouan, Soosse, etc.

Depuis quelques années, la pèche des sardines a pris un grand développement dons les eaux de Maddhia, en Tunisie. De douze qu'elles étaient au début, le nombre des barques atteint ai^ourd'hui à deux cents. Dès que les eaux deviennent chaudes, de mai en juillet, les bancs de sardines apparaissent en si grande abondance que chaque barque prend en moyenne de huit à douze qaîntaui de poisson frùs en une nnit.

D'aprèB une dépêche d'Alexandrie, un nouveau Mahdi a surgi au nord de God* dokoro, dane le village de Miri. C'est un chef ndgre, nommé Omduli-Bati; il a réuni autour de lui un grand nombre de guerriers, s'est emparé de plusieurs tUIss de la vallée du Nil, et a été proclamé souverain du pays. Il marche vers leVictoria- Nyanza pour étendre jusque-là les limites de son pouvoir.

Un frère du D** Junker a organisé à ses frais une expédition qui sera envoyée, sous la conduite du D' Fischer, Texplorateur de la Dana et du pays des Masal, à la recherche des trois gouverneurs européens des provinces égyptiennes équatoriales, Emin-Bey, D' Junker et Lupton-Bey, coupés de toute communication avec l'Europe par la révolte du Mahdi.

Le prince Oscar de Suède, dans son voyage autour du monde, a visité près de Massaoua les missionnaires suédois, dans leur station de Mokulho, où les enfiuts des écoles lui ont fait un joyeux accueil.

La mission du capitaine Ferrari auprès du négons d'Abyssinie parait avoir pour but de lui faire accepter que Massaoua soit occupée par les troupes italiennes. Les taxes excessives mises par les autorités turque et égyptienne avaient presque fermé cette voie au commerce de l'Abyssinie. L'Italie en fera un port franc; on construit un chemin de fer pour relier Massaoua avec les divers points de la côte: un c&ble souterrain rattachera la ville au c&ble anglais de Périm, et un service régulier de paquebots sera établi entre elle et l'Italie.

Une caravane d'Abyssinie est arrivée à Massaoua, rapportant tous les objets qui appartenaient k Blanchi, et les dons précieux que lui avait faits le négous.

Mohamed Anfali, sultan des Aoussa, a envoyé, contre les tribus coupables du meurtre de Bianchi, une expédition d'un millier d'hommes.

Le comité de la Société commerciale d'exploration en Afrique et le gouvernement italien se sont mis d'accord, pour proposer au parlement d'accorder un subside de 600,000 fr. à la colonie d'Assab. Cette somme servirait à établir un Uen de débarquement, un dock pour les petits navires, un phare et un port en un endroit favorable de la côte. Assab sera relié aux grandes lignes télégraphiques.

Il s'est formé k Turin, sous la présidence du chevalier Correnti, un Comité qui se propose de pourvoir des ressources les meilleures la nouvelle expédition africaine de Zeïlah au Eaffa et aux lacs équatoriaux ; elle sera placée sous le cod* mandement d'Auguste Franaoi.

M. J. Borelli a été chargé, par le ministère de Pinstruction publique de France, d'une mission scientifique à Harrar et au Choa.

D'après des nouvelles de Zanzibar arrivées à Hambourg, la corvette Gneisefum, aux ordres de Rohlfs, a mis sous la protection de l'Allemagne une partie de U côte du pays des Somalis.

L'expédition de MM. Clément et Gustave Denhardt, envoyés par la Société de géographie de Berlin aux monts Kénia et Kilimandjaro, pour s'y livrer à des études géologiques et botaniques, et gagner de là le lac Sambourou et le pays des Borani- Oallas, s'est adjoint à Zanzibar M. Schlumke, qui était chargé de construire la route de Dar-es-Salam.

La Société allemande de l'Afrique orientale a organisé une nouvelle expéditioD.

composée de doue membres, géologuesi architectes, ingônietirs, officiers en congé, plos an jardinier. Elle emporte à l'usage des chefs nègres cinquante uniformes des hussards de la garde.

Des lettres de la fin de décembre, de MM. Goillard et Jeanmairet au Comité des missions de Paris, annoncent qu'à cette date l'expédition avait été éprouvée de diverses manières, mais qu'elle n'avait aucune perte à déplorer. Le nouveau roi des Ba-Rotsé, Akoufouna, avait envoyé à Seshéké des bateaux pour faire venir les missionnaires à sa résidence, Lialui. M. Coillard est parti avec Aaron l'évangéliste et M. Middleton, laissant par prudence M. Jeanihairet à Leshoma.

Une ambassade de la tribu de Mosiéla, qui habite près du Zambèze, est venue à Pretoria apportant, pour le gouvernement, une défense d'éléphant en témoignage d'amitié.

Le gouvernement britannique a fait à celui de la Colonie du Cap une avance de dix millions de francs, pour prolonger le réseau des chemins de fer, de Hopetown jusqu'à Kimberley, à la condition que le travsil sera terminé dans l'espace de sept mois.

M. Narciso Feyo, attaché à la Compagnie royale des chemins de fer portugais, se propose d'établir à Huilla, province de Mossamédès, une colonie portugaise agricole, commerciale et civilisatrice.

L'expédition du lieutenant Schulze est arrivée à San-Salvador, où le roi Don PedM y lui a fait un très cordial accueil. Dès lors M. Schulze est mort.

Une troupe missionnaire de cinquante personnes, prédioateurs, médecins, mécaniciens, fermiers avec leurs familles, formant toute une petite communauté chrétienne, est partie de New-York pour le Congo.

Le P. Merlon va fonder une nouvelle mission française sur les bords du Stanley- Pool.

J. Thomson s'est rendu sur le Niger moyen, pour y fonder un établissement sur un territoire acquis par l'African Trading Company, le long d'un des tributaires du fleuve.

M. Burdo a l'intention de retourner dans la région du Bénoué, qu'il a déjà explorée avec le comte de Semelle.

On annonce de Londres qu'une maison de Hambourg établie à Lagos a acquis, au nord et à l'est de cette ville, de vastes territoires sur lesquels le D' Nachtigal a arboré le drapeau de l'empire allemand.

Sir Samuel Rowe, gouverneur des possessions anglaises de l'Afrique occidentale, a reçu comme instructions de rétablir, par des moyens pacifiques, l'ordre et la tranquillité dans le pays adjacent à Sierra-Leone et à Sherbro,pottr y faire revivre le commerce.

La Chambre des députés du Portugal a adopté le contrat préparé pour l'établissement d'un câble télégraphique sur la côte occidentale d'Afrique.

Aux derniers examens du Local Marine Board, à liverpool, M. John Metzger, natif de Sierra-Leone, a obtenu le diplôme d'ingénieur de première classe; c'est le premier Africain de la côte occidentale qui ait obtenu cet honneur.

Une nouvelle station miedonnaire protestante sera fondée à Kerbala (Sénégal); M. et M"** Taylor seront remplacés temporairement par MM. Mabille et Morin, heureusement arrivés k Saint-Louis.

La Société africaine espagnole rétablira les comptoirs pillés et détroits par les Arabes du Rio-del-Oro. Les navires envoyés des Canaries pour châtier les coupa» blés n'ont trouvé personne, les individus compromis s'étant tous retirés dans l'intérieur.

Le nouveau ministre de France au Maroc doit aller prochainement présenter ses lettres de créance au âultan, à Mequinez. Il sera accompagné par M. H. Duvey^ rier, chargé de faire un voyage scientifique dans l'intérieur du Maroc.

M. Satumino Gimenez est rentré en Espagne, après avoir visité les tribus du sud du Maroc, et exploré ensuite le bassin de la Moulouya entre l'Algérie et le Maroc.

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