‹ L'Afrique explorée et civilisée;Chapitre 30 sur 38 · DE L'EMPLOI DES OUVRIERS EUROPÉENS DANS L'AFRIQUE TROPICALE · texte numérisé non relu

DE L'EMPLOI DES OUVRIERS EUROPÉENS DANS L'AFRIQUE TROPICALE

D'après le D' Fischer.

L'activité déployée par les gouvernements elûropéens pour étendre leurs possessions en Afrique, et l'œuvre importante accomplie par la Conférence africaine de Berlin, pourraient entraîner de nombreux émigrants vers les parties de ce continent ouvertes à la liberté de commerce et d'établissement. Il ne manque pas de publications qui croient hftter les progrès de la civilisation en préconisant la création de colonies, auxquelles elles promettent un travail aussi facile et aussi rémunérateur que celui de la mère-patrie. Mais, comme la première condition est de vivre, il importe de savoir si le travailleur européen peut supporter le climat des régions vers lesquelles les émigrants pourraient être tentés de se rendre, quelle influence il peut avoir à subir à cet égard, et quelles précautions il doit prendre pour obvier aux inconvénients résultant de la situation et de la nature du pays. Sous ce rapport, nous avons trouvé de précieuses indications dans un mémoire présenté par M. le D' Fischer au récent Congrès des géographes allemands à Hambourg, et nous nous faisons un devoir d'en extraire ce qui nous paraît le plus utile en même temps que le plus intéressant pour nos abonnés.

L'autorité du D' Fischer en ces matières est incontestée. Depuis de longues années médecin à Zanzibar, il a fait, à l'intérieur, plusieurs explorations qui lui ont fourni l'occasion d'étudier la climatologie de la zone côtière aussi bien que celle du plateau central ; c'est d'après ses

obserratioiiB persomielles, en même temps que d'après celles des explorateurs les plus sérieux, qu'il résout la question de la pos"^ "" ' " ployer en A&ique des ouvriers européens.

D'une manière générale, le !> Fischer ne croit pas ( européen puisse s'acclimater aisément dans l'Afrique tro que, plus il y reste longtemps, moins il demeure capabl aux influences funestes du climat ; il devient ao'émique et do chercher de nouveau un climat plus tempéré. D'ailleur qu'il pût passer toute sa vie dans cette région, ses enfants, dégénérer, devraient passer leur jeunesse en Europe. Qu d'émigration et d'acclimatation, il faut avant tout que les qui nattroat et qui grandiront dans des conditions et sous c toutes différentes, ue soient pas, pour les qualités physique au-dessous de leurs parents. Or, à cet égard, on a rema générations qui ne se retrempent pas.dans le climat de l'I nèrent ; les Portugais, par exemple, qui cependant s'accc mieux du climat des tropiques, voient, par un séjour proie colonies africaines, diminuer la force physique de leurs des<

C'est surtout la région des côtes qui exerce sur les Ei intlueuce fatale, aussi les négociants ne peuvent-ils y séjou de temps, et paient-ils un fort tribut au climat. Ce sont teaux soi-disant frais et fertiles, qui attirent l'attention de on les engage instamment k aller y fonder des colonif Stanley amême aunoiicé publiquement qu'il pouvait indiqui céments très salubres pour l'émigration allemande. Mais acquise par le D' Fischer, dans ses voyages sur leplat«au c altitude de près de 2000 mètres, ne lui permet pas de croi; bilité, pour les ouvriers d'Europe, de se livrer k la cultun l'AMque centrale avec espoir de succès.

Comparés aux districts de la cAte où régnent une temp^ blante et des miasmes délétères, les plateaux offrent, il va l'Européen, un s^our moins chaud et moins insalubre; mais erreur de croire que les meilleures conditions climatologie rieur dépendent partout de l'altitude ; cei'i n'est vrai que d taine mesure et à une hauteur considérable. Dans un pays des neiges ne commence qu'à 5000 mètres, et oU il n'y a ) au sens propre de ce mot, une altitude de 500 mètres et m mètres eu plus ou en moins n'a pas une grande importance

Quant à la température, le D* Fischer a pu constater, d

nier voyage au pays des Masaï, que la région oti se produit un changement sensible dans la température, la végétation et le régime des pluies, ne commence qu'à 1400 mètres. Même à une hauteur de 190() mètres, près du lac Naïwasha ', dans la saison froide, le thermomètre ne descendit pas au-dessous de 9"* pendant la nuit, le plus souvent il marqua, de nuit, 13** ou 14° ; de jour, en mai et juin, par un temps pluvieux, 23** au maximum. Dans toute la partie de l'Afrique centrale dont on s'occupe le plus aujourd'hui on ne rencontre nulle part cette altitude. Les plateaux de 1000 mètres dépassent déjà la hauteur de la zone centrale tropicale ; les chutes de Stanley ne sont qu'à 410 mètres d'altitude. Ce n'est pas tant l'élévation du plateau qui en abaisse la température moyenne, que le rayonnement considérable pendant la nuit. Dès qu'on a quitté la côte où, vu son climat maritime, la différence de température entre le jour et la nuit est très peu sensible, le thermomètre descend pendant la nuit à 20** et môme à 15**, dans la partie orientale du continent, sans qu'il soit nécessaire de s'élever à ime altitude bien forte. . De jour, la température de l'intérieur est de très peu inférieure à celle de la côte. A Roubaga, au bord du Victoria-Nyanza, à 1300 mètres, la chaleur la plus forte, de jour, dans tous les mois de l'année, s'élève à 30° ; à Zanzibar elle est de 32° ; mais, de nuit, elle descend à Roubaga, à 15° et même à 13°, tandis qu'à Zanzibar, ce n'est que dans les jours de pluie les plus froids qu'elle descend, de nuit, à 22°. D'ailleurs il ne faut pas trop généraliser les conditions de température du plateau central. Les diverses parties de cette zone présentent des différences conisidérafoles, qui dépendent du reUef, des fleuves, des montagnes et d'autres causes encore.

Les endroits ouverts, conune Roubaga, subissent de nuit un rayonnement phis fort que ceux qui sont situés dans des vallées étroites, ou le long des rives boisées d'un fleuve. Au Congo, la température ne descend pas l)ien bas pendant la nuit ; autant qu'on peut en juger, d'après les observations faites jusqu'ici, la température moyenne est de 24° à 25°, tandis qu'à Roubaga elle est de 21°, 4, et à Zanzibar, de 27°.

Pour Touvrier européen, c'est tout autre chose d'exécuter son travail ordinaire dans un climat comme le nôtre, avec une température moyenne de 11°, 5, ou dans une atmosphère de 23°, 5, comme l'indique Stanley pour le Congo. Sous les tropiques, le soleil monte rapidement au-dessus de Thorizon et sa chaleur augmente très vite, aussi la tempe-

* Foiriaxarte p. 64 ; Thomson indique 2000 mètres pour l'altitude du lac.

rature doit-elle être étouffante pour le travailleur. En Europe, les nuits fraîches lui procurent un sommeil réparateur; il n'en est pas de même sur le plateau central africain. L^agriculteur européen peut suppoiler ce changement un ceilain temps, mais il s'aperçoit bientôt que sa santé en souffre; les fonctions du cœur deviennent beaucoup plus actives, le mouvement musculaire exige plus d'efforts, la respiration est plus courte, le pouls bat avec plus de violence, le teint se colore d'un rouge foncé, l'hypertrophie du cœur peut se déclarer.

Quant aux maladies qu'engendrent d'ordinaire les miasmes de la région côtière, l'altitude des tenitoires du plateau central n'en exempte pas leurs habitants d'une manière absolue. La condition qui peut les rendre les plus favorables aux Européens est la sécheresse de beaucoup d'entre eux. Là où elle n'existe pas, comme le long de la plupart des fleuves, dans beaucoup de dépressions marécageuses, le climat peut leur être très nuisible. C'est le cas pour les alentours de Stauley-Pool, pour la plus grande partie du coui-s du Congo, mais surtout pour les bassins des lacs Bangouéolo et Moero, ainsi que pour celui du Loualaba. Il en est de même, dans l'Afrique orientale, pour le territoire au pied du Kilimandjaro, où se trouvent Taveta, le lac Jipé, Teïta, et pour les alentours des marais de Makouta dans l'Ou-Sagara.

Le D' Fischer fut atteint, au lac Naïwasha, d'une fièvre bilieuse qui ne le cédait en lien aux fièvres de la côte. Beaucoup de ses porteui*s tombèrent également malades, tandis que leur santé avait été excellente pendant tout le temps où ils avaient traversé la steppe sèche. Si l'Afrique orientale passe pour plus salubre que la partie occidentale du continent, cela tient essentiellement à ce qu'elle est moins humide ot reçoit moins de pluie. Depuis qu'il pleut moins h Zanzibar, les conditions sanitaires se sont améliorées.

Le D' Fischer croit pouvoir affirmer que dans toute l'Afrique tropicale et voisine des tropiques, les territoires salubres sont stériles, et les teiTitoires fertiles, insalubres. « Dans le Sahara, » dit-il, « ^t dans le Lttderitzland, il n'y a point de fièvre, mais la végétation y est pauvre ; dans les districts montagneux du Zanguebar, on rencontre un terrain fertile, mais les Européens ne pouiTaient pas y vivre ; même dans le Damaraland, en général salubre, se trouvent des dépressions dans lesquelles, d'après le témoignage du missionnaire Bttttner, la fièvre, engendrée par rhumidîté qui y règne, enlève des familles entières. » On pourrait, au moyen du drainage, faire de l'île de Zanzibar tout entière un séjour très salubre, mais on détruirait du même coup la culture du riz qui nourrit

ime grande partie dee habitante. L'agriculteur recherche naturellement les districts humides, fertiles ; il doit souvent s'établir dans des vallées chaudes, malsaines, parce que, dans TÂfrique centrale, ce n'est que là que se rencontrent les conditions nécessaires à la réussite des produite du sol ; il n'aurait rien à attendre sur les plateaux secs et dans les savanes. En outre, si, à l'époque de la saison des pluies, le voyageur, et en général l'Européen vivant sous les tropiques, se ménagent et cherchent un séjour aussi sec que possible, l'agriculteur doit travailler ses terres, justement alors qu'il est le plus exposé aux influences pemiciech ses des miasmes qui se développent avec le plus d'intensité presque partout à cette époque. On connaît l'influence morbide de la mise en culture de terrains humides contenant des produits végétaux en décomposition. La plupart des Chinois importés en Sénégambie par les Français ont été victimes du climat.

Que des voyageurs soient restés à l'intérieur un certain temps sans souffrir de la fièvre, le D' Fischer ne le conteste pas. Mais les agents de l'Association internationale vivent dans des stations plus ou moins bien installées, sur les emplacements les plus salubres, ils peuvent prendre les précautions nécessaires et ne cultivent pas le sol eux-mêmes. Ils sont approvisionnés d'Europe le mieux possible, et ne manquent d'aucune des choses auxquelles les Européens sont accoutumés. Pour l'ouvrier des champs, il ne pourrait en être question, il n'en aurait pas le moyen; avant d'avoir fait quelques épargnes, il deviendrait faible et malade.

D'ailleurs, combien de temps les agents susmentionnés passent-ils au Congo ? Leurs contrats sont conclus pour trois ans, au bout desquels ils sont rappelés en Europe pour y recouvrer de nouvelles forces dans un climat meilleur, et retrouver les douceurs de la civilisation dont ils ont été privés pendant trois ans. Quant à l'ouvrier européen, à supposer qu'il pût supporter le climat africain pendant cinq ans sans que sa santé en souffrit, qui lui procurera les ressources suffisantes pour revenir passer une année ou dix-huit mois en Europe, afin d'y recouvrer les forces nécessaires à son travail en Afrique pour une nouvelle période de cinq ans ? D'ailleurs l'émigration comprend des familles ; qui leur fournira les moyens nécessaires pour laisser les enfants en Europe afin qu'ils y acquièrent la force physique et morale dont ils auront besoin là-bas ? Il en est des Européens comme de nos plantes indigènes, qui ne s'acclimatent jamais dans les régions chaudes ; malgré les soins les plus minutieux, elles y végètent et dégénèrent.

En admettant même que l'ouvrier européen pût faire produire au sol

de TAfrique ce dont il aurait besoin, en travaillant beaucoup moins longtemps chaque jour qu'il ne doit le faire en Europe, il ne faut pas perdre de vue qu'il rencontrerait à l'intérieur du continent d'autres difficultés que celles auxquelles il est accoutumé, et beaucoup d'ennemis, du règne animal, qui lui rendraient très pénible la culture des produits indigènes. S'il ne travaille pas plus de six heures par jour, de quoi s'occupera-t-il le reste du temps ? Le loisir le perdra ; quand il aura travaillé trois heures le matin, il sera fatigué, se reposera et se mettra à boire. Il faut remplacer par un breuvage abondant la déperdition d'eau qui se produit par la transpiration, chez l'Européen en général, et chez l'ouvrier en particulier. Mais avec le préjugé qu'ont d'ordinaire contre l'eau les Européens vivant sous les tropiques, l'agriculteur croira devoir, pour conserver sa santé, verser une goutte d'eau-de-vie dans son eau, quoique cela ne rende pas salubre une eau qui serait malsaine. Il commencera par une goutte, mais bientôt le verre contiendra plus d'eau-de-vie que d'eau. L'homme, dit-on, a besoin, dans ce climat» d'un fortifiant et d'un excitant, si non il s'affaiblit : mais avec ce principe on succoQibe au climat. Sous les tropiques, rien n'est plus propre & miner la santé, dit le D' Fischer, que l'abus des boissons alcooliques, et nulle part l'Européen n'y est plus enclin que dans les régions tropicales. Quelle que soit la profession qu'il exerce, il a beaucoup de loisir; l'homme cultivé peut s'occuper d'une manière intellectuelle, et a plus de force pour résister à la tentation ; le négociant sait qu'au bout de peu de temps il pourra revenir en Europe, et qu'après avoir fait fortune il n'aura plus besoin de retourner sous ce climat brûlant ; l'explorateur» qui poursuit un but scientifique s'efforce d'éviter tout ce qui pourrait lui nuire ; à l'ouvrier, il ne reste que l'eau-de-vie, et l'on ne peut douter qu'une forte proportion d'ouvriers ne succombent à l'abus des boissons alcooliques.

Quant aux colonies de mineurs dont il a été question, à l'occasion de l'acquisition, par M. Lttderitz, des vastes territoires placés aujourd'hui sous le protectorat allemand, de l'embouchure du fleuve Orange au cap Frio, on estime généralement qu'elles seraient préférables à des colonies agricoles, qui pourraient faire concurrence à l'élève du bétail ou à l'agriculture indigène. Toutefois le D' Fischer est d'avis que l'expérience faite dans les mines des possessions portugaises^ avec des ouvriers européens, se produira dans le Lûderitzland, et qu'ici aussi les ouvriers seront en grande partie des indigènes.

En général les principes morbides trouvent moins facilement accès>

ou se développent moins rapidement, dans un coipâ sain et vigoureux que dans un corps faible et maladif; mais ce principe n'est vrai que dans une certaine mesure et pour certaines maladies infectieuses, et quant à la malaria, il n'a pas d'importance ; le D' Fischer a souvent fait l'expérience du contraire. Tous les explorateurs savent que des marches forcées préviennent la fièvre, mais que l'on en est atteint dès qu'on s'arrête quelque part pour se reposer. D'un autre côté, on peut, sans être malade, chasser l'hippopotame pendant des semaines dans des vallées malsaines, et quand on en sort, on peut compter qu'au sixième jour on sera pris d'un fort accès de fièvre. Néanmoins une activité musculaire régulière, accompagnée d'une abondante transpiration, et une alimentation forte, sont un des moyens les meilleurs d'entretenir la santé. Il est très rare que l'eau occasionne la fièvre, a J'ai fait souvent usage, » dit le D' Fischer, « d'eaii de toutes sortes et de localités très différentes : étangs, iniisseaux, fleuves, flaques d'eau de pluie, sans en contracter la fièvre. Je n'ai jamais pu constater sur d'autres que l'eau fût la cause de la fièvre. Il n'en est pas de môme poiu* la dysenterie. Les indigènes savent très bien distinguer l'eau mauvaise et nuisible de celle qiji est potable. On éprouve d'abord une certaine appréhension ; mais lorsque, après une forte marche et une transpiration abondante, on arrive à im endroit oii il y a de l'eau, et que l'on voit le nègre boire avec délices, on ne songe pas au filtre, et l'on déguste avec avidité le précieux liquide, de quelque nature qu'il soit. »

C'est surtout l'air qu'on respire qui contient les germes morbides, et tràs souvent l'air des salles dans lesquelles on vit. Il faut remarquer en outre, que dans quantité de cas, les foyers d'infection sont des localités assez restreintes ; le négociant, le fonctionnaire, le propriétaire de plantations, comme le voyageur, doivent les éviter autant que possible.

Au point de vue sanitaire, l'île de Zanzibar a une très mauvaise réputation ; naguère les compagnies d'assurances refusaient d'assurer ceux qui s'y rendaient. Mais il faut distinguer entre la ville et la campagne. La ville offre aujourd'hui aux Européens un séjour aussi favorablequ'aucune auti*e ville des régions ti'opicales dans des conditions analogues. Les négociants n'habitent que la ville ; aucun d'eux ne s'est établi dans une autre partie de l'île ou de la côte. Les Européens souffi^nt relativement moins de la fièvre que les indigènes, par la raison qu'ils ont des habitations sèches, propres, vastes, bien aérées ; ce à quoi ils doivent surtout prendre garde sous les tropiques, c'est à posséda une demeure, et tout particulièrement une chambre à coucher, salubre. Les

huttes que Ton avait, au début, préparées au Stanley-Pool pour les Européens, construites de blocs de rochers recouverts de terre, devaient être, dans la saison des pluies, extrêmement insalubres. A la côte orientale, les habitations sales, humides et obscures des Indiens, mériteraient le nom de cavernes, et sont un foyer de miasmes des plus pernicieux. Même dans les demeures spacieuses des Indiens de haute volée, riches, règne une odeur particulière qui répugne à l'Européen ; on peut la comparer à celle du vieux linge ou d'une chambre d'enfants. La fièvre y trouve les conditions favorables à son développement. Les pei-sonnes qui dorment dans ces demeures sont régulièrement atteintes d'accès de fièvre, elles prennent force doses de q%inine, sans succès ; mais dès qu'elles changent de chambre à coucher, la fièvre les quitte.

Quoique pendant les premières années de son séjour dans l'île, le D' Fischer passât chaque jour plusieurs heures sur les plantations, ou à la chasse au bord des marécages, il n'y a jamais pris la fièvre. Plus tard, dans sa pratique médicale auprès des Européens qui souffraient de la fièvre, il aurait pu indiquer le foyer d'infection où ils l'avaient prise. La première fois qu'il en fut atteint, ce fut après avoir couché une nuit dans une hutte d'argile humide; auparavant il avait passé deux mois et demi à Zanzibar, et sept mois dans les villes de la côte les plus diverses, sans être malade. D a constaté, sur lui-même et sur d'autres personnes, qu'il sufl5t d'une demi-heure passée dans certains lieux, pour prendre la fièvre. Les organismes inférieurs qui produisent la malaria, ne sont pas attachés au sol uniquement; ils sont répandus partout, lèvent les met en circulation ; cependant il faut encore certaines circonstances particulières pour les rendre dangereux. Pendant la saison sèche, certaines régions sont si salubres qu'on peut dormir sur le sol, sans aucune conséquence fâc'heuse. En revanche, pendant la saison des pluies, où les germes se développent partout, sur les hauts plateaux de l'intérieur, comme à la côte, on est plus ou moins exposé, même dans les territoires réputés salubres. Des fièvres malignes régnent autour des lacs du haut plateau ; les forêts de bambous y sont tout particulièrement dangereuses, les caravanes y perdent de nombreux porteurs. Les conditions du développement des germes sont un certain degré de chaleur, d'humidité, la stagnation de l'air ; elles se rencontrent dans une quantité de petites maisons, mal aérées, dans les tentes humides des voyageurs, dans certaines parties des villes, par exemple dans les ruelles malpropres, à l'embouchure des rivières, dans les forêts de leurs bords, dans des vallées étroites et humides, dans des dépressions marécageuses, etc. Aussi

longtemps que les Européena des établissements de Stanley-Pool séjournent dans une station bien située, ils conservent d'ordinaire une bonne santé, mais s^ils doivent aller chasser dans la forêt vierge ou sur Peau, ils prennent la fièvre. Les cas de maladie sont les plus nombreux quand le soleil et les averses alternent et que régnent les calmes. Les épidémies qui naissent et se développent surtout dans les huttes d'argile des indigènes, se produisent généralement lorsque, après de fortes pluies prolongées, les habitations, tout imbibées d'eau, sèchent de nouveau.

Certains districts de l'intérieur de l'île de Zanzibar et de la côte sont très dangereux, surtout quand on y passe la nuit. Burton parle d'un certain nombre de matelots ^ui, pour chercher de l'eau d'une petite rivière, s'y rendirent en canot, dormirent uue nuit dans leur embarcation, prirent la fièvre et en moururent tous. Les fièvres que l'on prend dans les dépressions oii règne une végétation luxuiîante sont d'ordinaire violentes et pernicieuses. De tous les Européens qui vont chasser, ne fût-ce que quelques jours, dans les vallées du Kingani ou du Wami, pas un seul ne demeure indemne.

Il n'est pas nécessaire que l'humidité qui développe les organismes fébrigènes soit bien forte. Par une pluie abondante l'air est déjà tellement saturé de vapeur d'eau, que cette humidité suffit pour créer un foyer d'infection. Il semble parfois impossible qu'il puisse y avoir infection dans une chambre à coucher qui, au premier abord, ne fait point l'effet d'être insalubre. Mais on s'en aperçoit bien vite quand on fait coucher le malade dans une autre chambre. La pièce souvent très vaste qui, dans nombre de maisons arabes de Zanzibar, habitées par des Européens, est attenante à la cuisine, donne souvent naissance à des miasmes, parce qu'on y verse les eaux de la cuisine. Les cuisiniers portugais qui y passent la nuit ne se débarrassent jamais de la fièvre.

Dans chacune des parties fertiles de l'Afrique tropicale, haute ou basse, on trouve quantité de localités dans lesquelles l'Européen tomberait infailliblement malade s'il s'y rendait comme simple voyageur, ou pour y habiter et en cultiver le sol. Les missionnaires français qui demeureut dans les montagnes de l'Ou-Sagara et de l'Ou-Sigoua, ont plus à souffrir de la fièvre que ceux qui sont établis dans la ville de Zanzibar; ils descendent de leurs hauteurs, soi-disant fraîches etsalubres, à Zanzibar, pour restaurer leur santé. Tous les bassins des rivières, particulièrement ceux du Loufidji, du Kingani et du Wami, ont aussi, dans leur partie supérieure, de nombreuses localités très dangereuses pour la santé des Européens.

Plus le foyer dMufection est grand, plus il y a de probabilité pour que ceux qui en sont rapprochés soient atteints. Cependant le danger d'être infecté parle vent qui amène les germes n'est pas grand; sans cela il faudrait qu'à certaines époques ob le vent soufSe de l'intérieur de l'île de Zanzibar vers la ville, tous les habitants, surtout les Européens, fussent malades. Cependant l'état sanitaire est généralement alors plus favorable.

Ce sont surtout les épidémies à bord des vaisseaux, observées par le D* Fischer, à Zanzibar, qui lui ont fait comprendre que ce n'est pas le Yent qui apporte directement la maladie, ni le sol seul qui développe les germes, mais que, bien souvent, ce sont les habitations des hommes qui fournissent les foyers d'infection. Une vieille frégate anglaise, faisant le service de croiseur, était à l'ancre à un kilomètre du bord ; chaque année des épidémies de fièvre maligne s'y déclaraient, alors que dans la ville la fièvre n'était pas plus forte qu'à l'ordinaire. Souvent le tiers de l'équipage, qui dépassait 200 hommes, était frappé. Une année oii les cas de maladie étaient spécialement nombreux et violents, le navire fut mis à l'ancre dans un autre endroit, parce qu'on croyait que le vent venant de l'île apportait de terre les germes délétères. Ce changement ne produisit aucun effet. On crut alors que l'équipage avait pris la fièvre à terre pendant un congé, quoique dans la ville comme au dehors. Européens et indigènes ne fussent pas plus malades qu'à l'ordinaire. On se convainquit que l'opinion du D' Fischer était fondée, en remarquant que les épidémies éclataient pendant les fortes pluies, alors que les fenêtres du navire devaient rester fermées. Les parois de bois des chambres à coucher étaient comme couvertes de gouttelettes de rosée ; la ventilation était insuffisante; c'était dans les dortoirs de l'équipage que les malades étaient les plus nombreux, mais il y en avait aussi dans les cabines des officiers.

De toutes les observations présentées par le D' Fischer,* ressortent pour les négociants, les colons et les voyageurs, des indications pratiques qu'il a résumées à la fin de son mémoire, et par lesquelles nous terminerons cet article.

Avant tout, il faut prendre garde à l'emplacement sur lequel on élève sa maison, sa hutte, ou bien oti l'on drasse sa tente. En outre il ne faut pas faire d'économies aux dépens d'une installation vraiment saine, car la première condition de la conservation de la santé, c'est une habitation et surtout une chambre à coucher salubre.

Le voyageur doit emporter avec lui une tente qui réponde aux exi-

gences du voyage, dût-il engager quelques porteurs de plus. Par là le D' Fischer entend une tente à toit double ; le toit supérieur doit être d'un tissu imperméable et dépasser de beaucoup les parois de la tente. Celle-ci, par un temps humide, doit être transportée dans un sac imperméable; par un temps clair, il faut Texposer au soleil. Pendant la saison des pluies, il faut éviter de camper sous des arbres ou sous un feuillage épais ; le campement au vent et à la pluie est plus salubre que dans des endroits oii Tair se renouvelle moins. Dans la saison sèche on peut dresser sa tente sous des arbres, si le sol est sec et qu'il ne s'y trouve pas d'insectes rongeurs ; mais si l'on n'a que le choix entre un terrain sans arbres et une forêt humide, il faut choisir le premier. Il vaut mieux stationner au grand soleil et sur le sable qu'à l'air de la forêt. De jour, il est vrai, on ne peut pas se tenir dans une pareille tente, au moins pas (le 9 à 4 heures. Il faut alors faire élever une toiture d'herbe et de feuillage, reposant sur des perches, ce que les nègres savent faire en très peu de temps. On peut être sûr que dans une semblable tente, dressée sur un terrain sec, exposée au soleil tout le jour, et dans laquelle la température monte jusqu'à 50°, on sera, pendant la nuit, à l'abri de toute infection de germes fébrigènes. Les régions sèches et chaudes de l'Afrique conviennent mieux aux Européens que celles qui sont humides et plus fraîches.

Quant aux huttes ou aux maisons, il faut les construire, autant que possible, dans un endroit ouvert, exposé au soleil et au vent, loin des grands arbres ombreux, qui retiennent l'humidité, et empêchent l'air de se renouveler. U faut laisser agir le soleil des tropiques dont la force est souverainement efficace pour sécher, et par là même désinfecter, ce qui est très important, surtout avec des toits couverts en paille. Dans une hutte d'argile, couverte d'un toit pareil, si celui-ci est suffisamment élevé, et qu'on laisse de côté un espace libre pour un courant d'air, il fait très fr'ais. Le plancher doit être formé d'une couche d'un demi-pied de cendre et d'argile pétris ensemble. U faut prendre garde que la chambre à coucher n'ouvre pas du côté d'oîi vient la pluie, et que les fenêtres permettent beaucoup de courants d'air. Les toits des huttes doivent avancer beaucoup pour garantir le plus possible les murs contre l'humidité. Enfin, pendant la saison pluvieuse, il faut protéger le côté du vent au moyen d'une paroi tissée d'herbe ou de feuilles de palmier, que l'on enlève lorsque le soleil reparaît.

BIBLIOGRAPHIE '

Cartes diverses, par L. Friederichêen, et publiées par ordre du Ministère des affaires étrangères. Hambourg (L. Friederichsen et C^, Creographisches und Nautisches Institut), 1885; — a. Zwischen dem Alt- Kalabar Fluss und Corisco-Bai (Kamerun, Biafra, Batanga, etc.), Vtsoooo- Fr. 2. — h. Ober-Guinea, zwischen Cap Saint-Paul und Gabon, Vaoooooo- Fr. 2. — c. Kûste des Herero, Namaqua-und Lûderitz-Landes Vsoooooo, avec cartons d'Angra-Pequena, Viooooo, et des factoreries allemandes sur toute la côte occidentale d'Afrique. 1 fr. 35. — d. Central Afrika, Vsoooooo, d'après les décisions de la Conférence de Berlin.

Quoique d'une création plutôt récente, l'institut cartographique de L. Friederichsen est rapidement arrivé, par ses publications, à l'une des premières places parmi les établissements de ce genre, en Allemagne et en Europe. Sous la direction habile d'un géographe de talent, il fait paraître un grand nombre de cartes se distinguant aussi bien par leur élégance que par leur fini, et pouvant rivaliser avec les meilleures publications de Gotha ou de Berlin. Du reste, l'époque se prête tout spécialement à la fondation d'instituts géographiques depuis que l'attention, stimulée par les progrès des voyages, au lieu de se fixer sur notre vieille Europe, se dissémine maintenant aux quatre coins du monde.

Nous avons déjà assez souvent parlé des possessions allemandes et du règlement de la question du Congo, pour qu'il ne soit pas nécessaire de s'aiTêter longtemps sur les nouvelles cartes dressées par L. Friederichsen. Rappeler qu'il a été chargé de leur construction par le ministère des affaires étrangères de l'empire allemand, c'est dire qu'il a pu s'entourer de tous les renseignements officiels sur les délimitations des nouveaux États et possessions, et que ses cartes peuvent désonnais servir de base dans les discussions auxquelles ces firontières pourront donner lieu. Leurs données ayant été contestées sur plusieurs points par M. Wichmann, dans les Mittheilungen de Gotha, M. L. Friederichsen vient d'y répondre par une lettre ouverte, adressée à la rédaction de ce journal et envoyée à toutes les sociétés de géographie et aux personnes que cela intéresse. Il y réfute les critiques qui lui ont été adressées, au moyen d'arguments d'une grande valeur, mais la question est trop spéciale poui* que nous voulions entrer dans le débat.

' On peut se procurer à la librairie H. Georg, à Genève et à Bàle, tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique explorée et civilisée.

Mehb Licht im dunklen Welttheil. Betrachtunoen user die Kolo- NI8ATI0N DES TR0PI8CHEK ÂFBiKA, voii D* (7.-J.. Fischcr. HambouTg (L. Friederichsen et C*), 1885, in-8% 130 p., 3 fr. 35. — a II y a quelque temps, fi dit Fauteur dans sa préface, a un ami me disait: Actuellement, en Allemagne, beaucoup de gens sont pris d'une sérieuse fièvre africaine. — Je compte leur écrire prochainement l'ordonnance qui leur convient, répondis^je. — Cette ordonnance la voici ; puisse-t-elle leur faire du bien. »

Ainsi commence le volume que nous avons sous les yeux. Et, certes, ce style est de mise sous la plume de M. Fischer qui a été longtemps médecin pratiquant à Zanzibar et qui a parcouru l'Afrique comme voyageur. Mais, ne vous attendez pas à lire une critique serrée des tentatives de colonisation allemande en Afrique, dont l'auteur est, au contraire, uq chaud partisan. Il a voulu seulement jeter un peu de lumière sur cette question encore bien obscure, et s'adresser à ceux qui, l'envisageant avec plus d'enthousiasme que de sang-froid, sont portés à prendre souvent leurs espérances pour la réalité, et à se jeter, tète baissée, dans des entreprises condamnées d'avance à ne point réussir. En un mot, il a cherché à empêcher que la fièvre n'amenât le délire.

C'est là une œuvre sage et bien pensée, qui rendra bien des services aux personnes que ce sujet intéresse et leur évitera peut-être de cruels mécomptes. Ce livre, de 138 pages seulement, répond à une foule de questions que l'on s'adresse en lisant les récits des voyageurs, et qui ne sont point satisfaites par les renseignements |que l'on trouve, soit dans ces narrations, soit dans les ouvrages écrits avec des idées préconçues, en vue de stimuler le mouvement colonisateur et commercial. Le travail des nègres, leurs mœurs et leur caractère, l'esclavage, la productivité du sol, le commerce, le genre de vie des Européens en Afrique, les maladies auxquelles ils sont sujets, les rapports des colons avec les indigènes, l'œuvre missionnaire, sont successivement passés en revue avec la sûreté de jugement que donne une longue expérience.

DrEI BrIEFE AK die FhEUKDE DEUTSCHEB AfRIKA-FoBSCUUNO, COhOr NIALER BeSTREBUNOEK UND DER AuSBREITUNO DES DEUTSCHEN HaNDEUB,

von Ed. Robert Flegél, Hambourg (L. Friederichsen et 0\ 1885, in-8*, 24 p., 1 franc. — M. Flegel, le hardi explorateur du Bénoué et de l'Adamaoua, de retour en Europe, vient de publier trois lettres adressées, de la côte occidentale d'Afrique,aux amis des explorations et de la politique coloniale que poursuit actuellement l'Allemagne. La première est

datée de Lagos, le 20 avril 1883, la deuxième, d'Aboutschi, sur le Niger, le 18 août 1883, la troisième, de Lagos, août 1884. EUes ont dooc été écrites avant les récentes acquisitions coloniales allemandes, et l'appel que Tauteur fait à ses compatriotes en faveur de Tœuvre africaine, les recommandations quMl leur adresse pour les pousser à diriger de ce côté leur industrie et leur commerce, n'ont plus guère qu'un intérêt historique. M. Flegel a cru néanmoins devoir les livrer à la publicité, car ces lettres ont en outre pour but d'attirer l'attention sur le bassin du Bénoué et d'en faire ressortir toute l'importance. Indépendamment des avantages qu'offre le cours d'eau lui-même, navigable sur plus de 1100 kilomètres, ainsi que l'ont démontré les "expéditions de la Pletade^. en 1854, et du Henry Venn, en 1879, la région est d'une grande riehesse minérale, végétale et animale, et pourrait fournir immédiatement de grandes quantités de beurre, d'huile de palme et d'ivoire, que les nègres livreraient contre le sel, les étoffes et les mille objets importés d'Europe. La nouvelle colonie du Cameroon est au seuil, soit de la route maritime par le Niger, soit de la route de terre pour atteindre le Bénoué ; il appartient donc au commei'ce allemand, de se lancer sur une voie qui offre, d'après M. Flegel, de si belles perspectives.

De Palebme a Tunis, par Malte, Tripoli et la côte. Notes et impressions par Paul Melon, Paris (Pion), 1885, in-12, 216 p. et 8 gravures, fr. 3,50. — Nous avons déjà récemment analysé une étude de M. Melon sur les écoles de la Tripolitaine et de la Tunisie. Aujourd'hui ce même voyageur décrit, d'une manière complète, son excursion et, bien qu'il reproduise les impressions qu'il a ressenties lors de sa visite dans les divers établissements d'instruction, ce n'est plus un travail spécial, c'est un carnet de touriste, et de touriste quisaitobserver et juger. Comme son voyage ne date que de 1884, il peut parler avec compétence des questions politiques actuelles concernant la Tripolitaine et la Tunisie. Il le fait à un point de vue exclusivement français, mais avec beaucoup de discernement, et les conseils qu'il donne à l'autorité tunisienne, après avoir vu par lui-même et écouté les observations des résidents, méritent d'être pris en considération. A côté de cela, il y a quantité de tableaux charmants et décrits d'une manière si vivante qu'on croit les voir, d'autant plus qu'ils sont illustrés par quelques dessins faits avec goût et fort bien choisis ; des digressions intéressantes dans le domaine de l'antiquité classique, car la Tunisie est la terre privilégiée de l'archéologie. Rien de plus agréable que de parcourir avec l'auteur cette

région centrale de la Méditerranée : on part de la Sicile, île pleine de souvenii-s de l'époque romaine et de sa période de grande prospérité : on touche à Malte, où M. Melon après avoir parlé de Ffle, de ses cultures, de ses forts, de ses canons, se fait Técho des vives réclamations i& habitants contre leurs maîtres, les Anglais ; on aborde à Tripoli dont rétat actuel indique si bien la décadence du monde musulman, que le.^ nouveaux prophètes et les sectes religieuses, entre autres le Senoûssisme. seraient impuissants à le relever; puis à Djerbah, à Gabès,à laquelle les projets de M. Roudaire ont déjà donné de l'importance ; à Sfax, ville d'avenir ; à Tunis, bien agrandie et bien embellie depuis la conquête française ; à Bizerte enfin, le plus beau port de la Méditerranée.

C'est un véritable voyage, accompli avec un guide aimable qui, s'il sait vous faire sentir toutes les beautés de ces riches contrées, n'oublie pas qu'il y a encore une grande œuvre à accomplir pour les amener à un état digne de leur passé. Mais ce n'est pas la terre qui manque : la Tunisie possède tous les éléments de prospérité. Avec le temps, et sous un régime intelligent et réparateur, elle montrera qu'elle est susceptible de prendre un beau rang parmi les pays civilisés.

Marabouts et Khouan. Étude sur l'Islanj en Algérie, par Louis Biwi, avec une carte indiquant la marche, la situation et l'importance des ordres religieux musulmans. Alger (Ad. Jourdan), 1884, gr. iu-8'. 552 p., fr. 15. — On sait que les chefs religieux de l'Islam, pour combattre le courant de la civilisation moderne qui, de tous côtés, menace le monde musulman, ont réussi à déterminer un mouvement panislamique qui s'étend de la Chine au Maroc et comprend 175,000,000 de mahométans. H constitue un danger pour les puissances européennes qui possèdent des colonies ou ont simplement des intérêts commerciaux en Afrique et en Asie. Ce panislamisme s'appuie surtout sur les nombreu^e^' associations religieuses qui, se développant rapidement depuis le commencement du siècle, ont acquis une puissante influence sur les masses. Or si ces congrégations ne sont pas absolument secrètes, le public ignore le plus souvent leurs statuts et leurs moyens d'action, les quelques personnes qui ont écrit sur ce sujet n'ayant eu à leur disposition qu'un petit nombre de documents.

Profitant de sa position de chef du service central des afiaires indigènes au gouvernement général de l'Afrique, et de ses relations personnelles avec quelques notabilités religieuses, M. Louis Rînn a voulu offrir au public français un exposé impartial et complet de la situation des congre-

gâtions musulmanes en Algérie. Le sujet était vaste et complexe ; pour l'exposer sous toutes ses faces, un fort volume a été nécessaire. Si la lecture n'en est pas toujours facile, vu la gravité de certaines questions et les discussions auxquelles elles donnent lieu, ce travail a le mérite d'être substantiel, conçu d'après un plan logique et fidèlement suivi, et de présenter une utilité incontestable pour tous ceux qui s'occupent de l'avenir des colonies européennes en pays mahométans.

n nous est impossible de donner un aperçu, même succinct, de ce bel ouvrage. Nous nous bornerons à indiquer la signification du titre. D'après l'auteur, l'action religieuse musulmane est exercée par trois catégories d'individus qu'il importe de ne pas confondre.

La première comprend le clergé musulman officiel, investi et salarié par l'État, au même titre que celui des autres cultes reconnus par les lois françaises. De celle-là, il y a peu de chose à dire, et M. Rinu ne lui consacre qu'une quinzaine de pages.

Bien différente est l'action des deux autres catégories dont l'étude remplit le volume. La seconde se compose des Marabouts hcaux, religieux libres, sans attaches officielles, voués au sacerdoce ou à l'enseignement ; la troisième, des Khotian on frères, membres des ordres religieux cougréganistes ; ce sont eux qui, n'ayant pas de résidence fixe, pas même de patrie, tour à tour négociants, prédicateurs, étudiants, médecins, ouvriers, mendiants, charmeurs, saltimbanques, toujours bien accueillis par les fidèles, parcourent le monde immense de l'Islam, et mettent ses capitales, La Mecque, Stamboul, Calcutta, Alger, Fez, en relations constantes les unes avec les autres. Quelle ne doit pas être l'influence et l'action de ces agents, puisque, sur les 2,850,000 musulmans algériens, ils ne sont pas moins de 170,000 l

Afin de rendre son ouvrage encore plus complet et plus facile à lire, l'auteur l'a accompagné d'une carte très curieuse et fort judicieusement construite par M. le capitaine Bissuel. Elle indique/la situation, la marche et l'importance numérique des ordres religieux. Le relief et le réseau (les cours d'eau n'étant pas nécessaires pour sa lecture, on s'est contenté de donner les divisions administratives et les principales localités. Ce qui fait l'intérêt de ce travail, c'est que le domaine d'activité de chaque ordre est très nettement marqué au moyen de longues branches de couleurs difiérentes, dont chaque fruit et chaque feuille ont une signification. Un gros fruit représente mille khouan, un petit, de un à dix, et une feuille, cent. On peut ainsi se rendre compte aisément du nombre des khouan qui ont été groupés, dans le Tell, par circonscriptions administratives, dans les hauts plateaux et le Sahara, par tribus.

Lbs chemins de feb au^ébieks. Étude historique sur la constitution du réseau. Le classement de 1857, par Louis HàmeL Alger (Ad. Jourdan), 1885, iu-8% 115 p., fr. 3. — C'est le 8 avril 1857 que parut le décret impérial qui traçait le programme des lignes ferrées à exécuter en Algérie, et le 8 juillet 1862 que la première de ces ligues, celle d'Alger à Blidah, était ouverte à l'exploitation. Aujourd'hui l'Algérie et la Tunisie possèdent environ 2300 kilomètres de chemins de fer, et leur réseau s'accroît par la construction de lignes de pénétration qui, de la côté, montent sur les hauts plateaux. M. Hamel réunit en ce moment les éléments d'un travail assez considérable sui- l'historique de toutes les concessions de chemins de fer dans le territoire de la colonie française. D voudrait grouper les renseignements dispersés dans une foule d'ouvrages, concernant les différentes compagnies qui ont construit le réseau : Paris -Lyon -Méditerranée, Compagnies Franco-Algérienne, Bône-Guelma, de l'Ouest et de l'Est-Algérien. Un tel travail serait d'une réelle utilité pour les publicistes, les économistes et les financiers. Mais il n'est pas terminé et M. Hamel n'eii publie aujourd'hui que la première partie. Il est évident qu'il s'agit avant tout d'un ouvrage technique, dans la lecture duquel une notable partie du public ne trouvera qu'un minime intérêt. Cependant la question des chemins de fer est tellement liée à celle de la colonisation que l'auteur a dû aussi traiter ce sujet à plusieurs reprises. Son livre a en outre le mérite de rappeler les services rendus par des hommes distingués qui, n'ayant pas joué un rôle militant dans la politique, sont peut-être oubliés aujourd'hui.

Carta DEL SuDAN ORIENTALE. Teatro dolla guerra 1884-85, per il cap. Jf . Camperio. Vaoooooo- Milan (A. Brigola e C). — Quoiqu'il ne soit plus question aujourd'hui, en Angleten'e, de recommencer la lutte contre le Mahdi, que l'Italie semble regretter son action militaire sur le littoral de la mer Rouge et déclare ne pas vouloir aller plus loin, le capitaine Camperio, si apprécié pour ses beaux travaux géographiques, \ient de dresser la carte du théâtre de la guerre de 1884. Qui sait si ce ne sera pas celui d'une guerre prochaine qui, pour être tardive, n'en sera que plus terrible ? Sera-t-il possible d'ignorer ce foyer d'insurrection, menaçant pour l'Egypte, et laissera-t-on toutes ces contrées, qui avaient déjà fait quelques pas sur la voie de la civilisation, retomber dans la barbarie ?

Cette carte va au nord jusqu'à Abou-Hamed, à l'est, jusqu'à Mas- 5aoua, au sud, jusqu'à Gondar, et à l'ouest, jusqu'à El-Obeld. Elle coin-

prend donc le coure inférieur du Nil-Blanc et du Nil-Bleu, le grand méandre du Nil autour de la steppe deBayouda, et le territoire situé entre Khartoum, Berber, Massaoua et Souakim. La portion de TAbyssinie qui rentre dans le cadre de la carte a été laissée en blanc, mais d'autre part, le bassin du Chor Baraka habité par les nombreuses peuplades Bogos, Habab, Mensah, Beni-Amer, etc., est donné avec assez de détails. Le relief est indiqué en couleur; l'écriture très nette est facile à lire. Trois cartons indiquent les profils : 1° de Souakim à Berber, 2** de la vallée des Bogos à la mer Rouge par Keren et Gheleb, 3"* des contreforts septentrionaux de TAbyssinie.

Itinéraire descriptif, historique et archéolooique de l'Orient par le D' Emile Isamhert Deuxième partie : Malte, Egypte, Nubie, Abyssinie, Sinaï. Paris (Hachette et C% Collection des guides Jeanne), 1881 ; in-S'* ; 772 p., avec cartes, pians et gravures, fr. 30. — Ce volume est le second d'une série de Guides relatifs à l'Orient. Le premier est consacré à la Grèce et à la Turquie d'Europe, et le troisième, encore en préparation, traitera de la Syrie, de la Palestine et de la Turquie d'Asie. Une première édition de ce beau travail, publiée en un seul volume, en 1861, par MM. Isambert et A. Jeanne, fut promptement épuisée. M. Isambert se mit alors à préparer le travail de révision devenu nécessaire. Il fit un voyage en Orient et, grâce à sa vaste érudition, et aussi aux changements considérables survenus en dix ans dans nos connaissances sur l'Orient, il accumula une si grande quantité de matériaux qu'il reconnut bien vite que l'œuvre était entièrement à refaire. Trois volumes étaient nécessaires ; le premier, qui parut en 1873, valut à son auteur les éloges les plus flatteurs des savants de tous les pays. Sans perdre de temps, il travailla à la rédaction du second volume qu'il termina presque entièrement, mais qu'il ne publia pas ; trop de travaux avaient miné cette nature ardente; Isambert mourut en 1876.

M. Chauvet, qui avait été son principal collaborateur, termina l'ouvrage et en surveilla l'impression. Parmi les autres personnes qui avaient aidé Isambert de leurs recherches et de leurs conseils, il convient de citer M. Maspero qui a pris, en outre, la peine de revoir toutes les épreuves, M. Barbier-Meynard, qui a voué tous ses soins à l'orthographe, Mariette-Bey, enfin M. Gaillardot d'Alexandrie.

On le voit, la rédaction de ce guide a été entourée de toutes les garanties possibles et, bien loin d'être un simple itinéraire, c'est un ouvrage vraiment scientifique qui a sa place marquée dans toutes les bibliothè-

ques. Il n'existe pas, à notre connaissance, d'étude comparative plus complète ni plus sérieuse de TÉgypte ancienne et de l'Egypte moderne. Si, d'un côté, le réseau complet des chemins de fer du delta et de la vallée du Nil est décrit dans tous ses détails, d'autre part, les découvertes archéologiques les plus récentes faites dans la Haute-Egypte sont mentionnées. C'est à la fois le guide du savant, qui examine toutes les vieilles pierres afin d'arracher de nouveaux secrets à l'Egypte des Pharaons, du touriste amateur, qui désire simplement contempler le Nil et visiter Alexandrie et le Caire, et du financier, qui veut se rendre compte des ressources de la contrée avant d'engager ses fonds.

En outre les chapitres sur la Haute-Nubie, le Soudan, l'Abyssinie sont entièrement nouveaux. Lors de l'apparition de l'ouvrage en 1881. il faisait rentrer ces pays dans le nombre de ceux que les touristes curieux et entreprenants pouvaient visiter, sans qu'ils eussent besoin d'orçaniser une véritable expédition et de faire œuvre de voyageur proprement dit. Malheureusement les événements politiques récents ont complètement modifié la situation, de sorte que beaucoup des informations pratiques du guide ne peuvent plus être utilisées. Cependant ces chapitres n'en sont pas moins d'une grande utilité, non seulement parce que ces pays ne sont pas fermés pour toujours, mais aussi, parce que la description qu'en donne l'ouvrage reste comme un document scientifique (l'une haute valeur.

Encore quelques mots des cartes. Cinq d'entre elles sont consacrées à l'Egypte proprement dite : celles de la Basse, de la Moyenne et de la Haute-Egypte ont été dressées d'après les cartes de Linant-Pacha et de la Commission d'Egypte, les plus exactes que l'on connaisse. La carte de la Nubie inférieure est une réduction du travail de Caillaud et de Lepsius ; celle qui comprend la Haute-Nubie, l'Abyssinie et le Soudan a été construite d'après les cartes des Mittheilungen de Gotha. En outre, trois grands plans, ceux d'Alexandrie, du Caire et de Kamak, et un grand nombre de plus petits enrichissent l'ouvrage. La partie cartographique est due à un habile dessinateur, M. Thuillier, et comme elle a été faite en puisant aux meilleures sources, elle est d'un mérite bien supérieur à celui des travaux du même genre que l'on trouve dans les guides ordinaires.

BULLETIN MENSUEL {3 août 1885. ')

M. H. Duveyrier a reçu de M. Teisserenc de Bort, une nouvelle lettre, de Bir Guettariet, sur la route de Bereçof au IVefkaoaa.

Quoique Bereçof soit un point d'eau important, il n'a point trouvé de tentes de nomades dans les environs, ce qu'il attribue à la terreur que les Touaregs causent dans cette région ; on n'en rencontre un certain nombre que sur la ligne qui joint El-Oued au Nefzaoua. La sécurité est revenue, au dire des indigènes, depuis l'établissement du protectorat français en Tunisie; les Ouled Yacoub et Oughranmia n'osent plus se livrer comme auparavant à de fréquentes razzias. Les Touaregs seuls sont toujours très redoutés. Quant aux dunes, M. Teisserenc de Bort distingue plusieurs sortes de terrains parmi ceux qu'elles recouvrent : l'un complètement recouvert de sable comme à El -Ouled, avec de grandes dunes dominant des haoïids sableux, où se trouvent les puits, et qui arrivent presque au sol primitif généralement formé de gypse et de terre ou de petits cailloux calcaires; l'autre recouvert aussi de sable, mais avec un mélange de terre, dans ce cas le sol est généralement ondulé ; un autre aspect est fourni par les parties du pays où les haouds sont recouverts de petits cailloux et de gypse, et où les dunes forment de grandes chaînes entourant les cuvettes. M. Teisserenc de Bort croit que cette dernière disposition se produit dans les contrées nouvellement envahies par les dunes, et que peu à peu le sable, arrêté d'abord sur les points culminants, se répand sur le reste du pays à mesure que les dunes augmentent ; il estime aussi que leur base croît en proportion, la pente de la dune ne dépassant pas une certaine limite. Toute la partie comprise entre Touggourt, Metekki et Jeretmi, c'est-à-dire la rive est de rigargar, est dans ce cas, et il semble probable que c'est une des régions les plus récemment couvertes par les sables.

M. Ferdinand de Le»«iep» a fait à la Société de géographie de Paris, sur les sondages entrepris par le colonel Landas dans l'Oued- Mélah, un rapport qui complète les renseignements donnés à ce sujet dans notre dernier numéro (p. 193-194). Lors du voyage qu'il lit, il y a

^ Les matières comprises dans nos Bulîetitis mensuels et dans les Nouvelles complémentaires Y sont classées suivant un ordre géographique constant^ partant de l'Algérie, puis allant à l'Est, longeant ensuite la côte orientale du continent et revenant par la côte occidentale.

l'aFRIQUE. — SIXIÈME ANNÉE. — N* 8. 8

deux ans, avec le colonel Roudaire, dans la région des Chotts, il remarqua, sur les bords de l'Oued-Mélah, un bassin dont l'eau ne baissait jamais ; elle était excellente. Il pensa que ce bassin pouvait être en communication avec une nappe d'eau profonde, et fut ainsi conduit à recommander aux ingénieurs de pratiquer des sondages en cet endroit. La nappe cherchée a en effet été rencontrée ; l'eau a jailli avec une telle impétuosité, qu'elle soulevait des pierres de douze kilog. et les projetait à une certaine hauteur. Cette trouvaille a causé une vive émotion dans le pays. Le ministre des affaires étrangèi-es a recommandé au résident français à Tunis, de faire le nécessaire pour prévenir les revendications rétrospectives de propriété, qui pourraient se produire, sur le terrain arrosé par cette eau jaillissante, qui va devenir une source de prospérité pour le pays avoisinant. Il y a là plus de 400 hectares oU l'on pourra faire des plantations de palmiers et se livrer à l'élève des autruches.

De son côté, M. Rouire a rendu compte à la Société de géographie, des résultats de la mission que lui avait confiée le ministre de l'instruction publique. Il a exploré la région comprise entre Kalrouan, Sousa, Hammamet et le lac Kelbiah. II a étudié la faune et la flore de ce pays, et délimité des bas-fonds marins qui, à son avis, constituaient, il y a trente siècles, les bas-fonds du lac Triton. Il a relevé les voies qui, à l'époque romaine déjà, sillonnaient ces bas-fonds. Enfin il a annoncé la découverte de l'ancien port phénicien, par lequel les navigateurs pénétraient de la haute mer dans la baie de Triton, ainsi que celle de la chaussée antique qui reliait à la terre l'île placée à l'entrée de cette baie.

Le numéro du 20 juin du journal anglais, The Academy^ renCerme une lettre de notre savant compatriote, M. Edouard Navilte, annonçant que, dans sa campagne de l'hiver dernier, pour V Egypt Exploration Fiind, il a pu constater que le pays de Gosen, où le patriarche Jacob s'établit avec sa famille, correspondait à la région où se trouve aujourd'hui Saft-el-Henneh, à 10 kilom. à l'est de Zagazig, près du canal d'eau douce et de la station du chemin de fer de Abou-Hammad. Il s'y tient chaque semaine un des marchés les plus importants du Ouadi Toumilât, sur un tell, ou remblai, couvert de ruines d'anciennee maisons qui s'étendent au-dessous et au delà du village. Du côté méridional du tell se trouve une antique muraille de grosses briques de l'époque des Pharaons. De ce mur, le tell descend vers la plaine et est cultivé par places. On y a découvert, il y a une vingtaine d'aimées, un grand autel monolithe en granit noir, couvert de sculptures et de hiéroglyphes;

il fut rais en pièces par ordre d'un pacha, probablement pour voir s'il contenait de l'or. Ce sont deux fragments de ce monolithe, laissés à Saft-el-Henneh, qui ont permis à M. Naville de résoudre la question de la situation du pays de Gosen. Nous reviendrons sur ce sujet géographique, quand aura paru le mémoire que notre compatriote prépare sur les monuments de Saft-el-Henneh.

Mi. Santoni, envoyé par le P. Vicentini, de Dongola au Soudan, en est revenu et a rapporté, dans une lettre adressée à MgrSogaro, vicaire apostolique de l'Afrique centrale, les péripéties de son voyage à Undurman, où se trouvent les prisonniers du Blahdi. S'étant rendu au bazar, il se mit à vendre des marchandises qu'il avait apportées avec lui. Un blanc qu'il distingua parmi la foule, et à qui il demanda des renseignements, le conduisit vers quatre pauvres cabanes, dont deux étaient occupées par les missionnaires, les deux autres par les sœurs. M. Santoni leur remit une lettre du P. Vicentini et leur montra celle ^ui était adressée au Mahdi ; tous furent d'avis qu'il était dangereux de la lui faire parvenir, et on la détruisit. Peu de jours après, M. Santoni fut arrêté et emprisonné comme espion des Anglais. Au bout de trois semaines, on le relâcha, et il put rapporter à Dongola une lettre d'une des sœurs, Thérèse Grigolini, écrite au crayon sur un mouchoir en cotonnade, mais illisible en plusieurs endroits. Elle raconte brièvement les indicibles souffrances auxquelles les prisonniers sont en proie, et expose un plan pour leur porter secours. Elle dissuade de récrire au Mahdi en leur faveur, et dit que le nombre des habitants de Khartoum massacrés avec le général Gordon et le consul autrichien, M. Hansal, s'élève à 2000. Le P. Boaomi» prisonnier du Mahdi, a réussi à s'échapper et est arrivé à Dongola.

Le Secolo a reçu de Massaoua la nouvelle de l'arrivée de HHH. Ferrari et IVeraKxini, de retour de la mission dont ils étaient chargés par le gouvernement italien pour le roi d'Abyssinie. Ras-Aloula, généralissime des troupes abyssines, leur donna une escorte de soixante soldats qui les accompagnèrent une partie du chemin. Un traité provisoire a été conclu avec le négous, mais devra être ratifié par une nouvelle mission, qui partira en octobre et se composera d'officiers supérieurs, entre autres un général, le roi Jean voulant parler avec les grands. Le.s principales dispositions du traité dont les préliminaires ont été arrêtés entre le négous et le capitaine Ferrari sont les suivantes :

1** Pleine liberté de commerce pour l'Abyssinie dans le port de Massâoua, et par conséquent exemption de tous droits de douanes, des importations aussi bien que des exportatious abyssines.

2** Faculté pour le gouvernement italien de faire occuper par se? troupes la partie du Soudan cédée à l'Abyssinie par le traité conclu entre le négous et l'amiral Hewett. L'Italie pourrait par conséquent occuper Kéren et tout le pays des Bogos, Algheden et Kassala, et ouvrir une route commerciale de Massaoua au Soudan.

Le D' Nerazzini doit se rendre à Assab pour prévenir les cheiks des principaux pays de la côte orientale, au-dessous d'Assab, de la prochaine occupation italienne.

M. Gaston Lemay, vice-consul français à Massaoua, est rentré en France pour restaurer sa santé éprouvée par les fièvres et les chaleurs du littoral de la mer Rouge. Pendant deux ans il a rempli diverses missions dans les provinces égyptiennes du Soudan oriental : à Souakim, durant les malheureuses expéditions de Baker-pacha et de l'armée anglaise ; au Harrar, à travers le pays des Somalis et une partie de celui des Gallas. C'est lui qui a eu l'idée de faire occuper le golfe de Tadjoura pour prévenir l'occupation, méditée par les Anglais, de cette partie du littoral du golfe d'Aden. En dernier lieu M. Lemay a occupé le poste de Massaoua et s'est rendu en Abyssinie, où il a séjourné trois mois, dans les royaumes du Tigré et de l'Amhara, voyageant avec le négous et son armée, depuis le pays d'Enderta jusqu'au mont Selkit, le géant des montagnes du Semiène, dont la hauteur égale presque celle du Mont- Blanc.

En vertu du traité conclu entre le sultan de Zanzibar et l'Italie, le^ nationaux de chacun des deux pays pourront, en pleine liberté, voyager, résider, commercer, acheter, vendre, prendre à bail, établir des magasins et dépôts d'approvisionnements de tous genres sur le territoire de l'autre. La clause de la nation la plus favorisée sera applicable à chacun des deux pays. En cas de péril ou de naufrage, il sera porté réciproquement aide aux navires de l'une et l'autre nation. Les marchandises et les navires des deux pays contractants ne payeront que les droits ou taxes imposés aux nations jouissant de la clause de la nation la plus favorisée; aucun article de commerce ne sera prohibé à l'importation ou à l'exportation, et le commerce sera parfaitement libre.

Les sociétés de géographie allemandes ont adressé au prince de Bismarck une demande, pour que le ministère des affaires étrangères de l'empire prît des mesures afin de porter secours aux explorateurs Jonker et Emin-bey. D'après le Hamburger Correspondent, le chancelier a répondu que le consul général de l'Allemagne à Zanzibar a été

«barge de prendre les dispositions nécessaires pour délivrer les explorateurs de leur situation périlleuse et faciliter leur retour. Les gouvernements d'Angleterre, de France, d'Italie, de Belgique et du Caire ont été priés de donner des instructions analogues à leurs autorités consulaires sur les difTéreuts points de la côte africaine. — A la dernière heure, les journaux allemands publient une note disant que le ministre des affaires étrangères de Berlin a reçu, du consul général d'Allemagne & Alexandrie, un télégramme annonçant que les voyageurs Juuker et Oasati sont en sûreté k Lado, chez Emin-bey.

he Mouvement fféofjraphiqiie et les Mittheilungen de Gotha renferment, sur t'expédition allemande A l'ouest du Tanganyllu^ des renseignements fournis par M. Storms, qui les a reçus du D' Rrlchard, rentré le 30 novembre à la station de Mpala, après avoir poussé son exploration jusqu'au Loualaba, oii it perdit son compagnon de voyage, le D' Bœhm, emporté par la fièvre, sur la frontière occidentale de l'empire de Casongo. L'expédition avait quitté Mpala. sur le Tanganyika, le 1" septembre 1883 ; elle atteignit le Louapoula le 27 septembre. Un mois plus tard elle entrait dans le pays de Katanga, gouverné actuellement par le chef M'Siri. Le 26 novembre elle passa le Loufira, le principal affluent du Loualaba, au confluent du Likouloué. Après un séjour d'un mois & Kagoma, les voyageurs se rendirent, au commencement de janvier, à l'ouest de l'Ouroua pour se joindre à M'Siri, qui faisait alors une campagne militaire. Le 4 février, ils découvrirent, au sud du lac Kassali de Cameron, l'Oupemba, beaucoup plus grand, nommé par Cameron Lobemba, et placé trop au sud dans nos cartes. C'est dans le voisinage de ce dernier lac, près de Katapena oti sont des sources thermales sulfureuses, que le D'Bfihm mourut de la fièvre, le 27 mars. M. Reicbard chercha alors h traverser le Katanga, dans une direction méridionale, pour atteindre les sources du Loualaba et du Loufira. Mais l'hostilité des Wa-Ramba, habitants du pays d'I-Raraba, l'obligea à revenir sur s&s pas, alors qu'il n'étaitplus qu'à dix jours de marche de ces sources. M'Siri lui-même, dans !a résidence duquel il avait espéré trouver un reftige, lui devint hostile et attenta à sa vie, eu sorte que l'explorateurneput effectuer son retour au Tanganyika que le;^ armes à la main. Le 25 septembre, il quitta Ouukéa, capitale de M'Siri, dans le voisinage de laquelle il avait exploré de riches mines de cuivre; trois jours après, il passait le Loufira et entrait dans le défilé des monts Koundé-Iroundé. Pendant plusieurs semaines, l'expédition, abandonnée de ses guides, eut à lutter contre la faim et contre les indigènes, jusqu'à ce que, le 15 octobre, elle

retrouva sa route, et put retraveraer le Louapoula, à un jour de marche au nord de sa sortie du lac Moêro.

La contrée comprise entre le Louapoula et le Lionalaba, les deux rivières qui forment le Congo, n'avait pas encore été parcourue par des Européens. Livingstone et Giraud ont fait connaître le Louapoula; Cameron, dont l'itinéraire est parallèle au Loualaba, à 50 ou 100 kilomètres de distance, a donné une idée imparfaite de son cours supérieur, dont il franchit successivement plusieurs des affluents occidentaux. Les renseignements rapportés par le D' Reichard jetteront un nouveau jour sur l'orographie et l'hydrographie de cette partie de l'Afrique centrale. La rivière qui sort du lat Moëro continue à porter le nom de Louapoula, que les indigènes lui donnent entre le Bangouéolo et le Moëro, tandis que celle qui se verse dans le lac Kassali porte exclusivement le nom de Loualaba, qu'elle conserve jusqu'à Nyangoué. Le D' Reichard a vu ce dernier du haut des monts Mitoumba, au sud du lac Oupemba : il estime qu'en cet endroit le Loualaba mesure déjà 300 mètres de largeur. Le lac Oupemba est situé à quatre jours de marche seulement au sud du lac Kassali, par conséquent moins loin que ne l'a supposé Cameron. Celui-ci, empêché par le chef du pays de s'approcher de l'Oupemba» n'en aperçut les eaux que d'une distance de 13 kilom. ; l'importance de ce lac a été exagérée dans les cartes. Quant aux deux grandes rivières, le Loualaba et le Louapoula, si, quanta la longueur c'est ce dernier qui doit être envisagé comme la partie supérieure du Congo, au point de vue du volume d'eau, le Loualaba l'emporte de beaucoup. La longueur du Louapoula , de la source du Tchambezi au lac Landji, peut être approximativement fixée à 1300 kilom., tandis que le Loualaba n'a guère que 800 à 900 kilom. En revanche le Loualaba apporte au lac Landji beaucoup plus d'eau que le Louapoula. Lespotnheiros qui seuls, en 1806, ont franchi le Loualaba dans son cours tout à fait supérieur, rapportent qu'il mesure déjà 90" de large à la résidence du chef Kibouri. En aval, un peu au sud du lac Oupemba, il atteint .^00*. Ses affluents sont nombreux et importants : à gauche, le Loubouri ; à droite, le Loufira et le Lekouloué. Entre les lacs Kassali et Landji, avant de réunir ses eaux à celles du Louapoula, son volume doit être considérable. A sa sortie du lac Moêro, le Louapoula, d'après M. Giraud, n'a que 90" : il n'a pas d'affluents importants. Réunis, les deux cours d'eau ne tardent pas à prendre une largeur majestueuse, qui atteint 900" devant Nyangoué. Quant à la source du Loualaba, il paraît qu'elle doit être reportée plus au sud que no le supposait Livingstone, d'après lequel toutes ces riviè-

res descendraient du versant septentrional d'une chaîne de montagnes faisant suite aux monts Lokinga, au sud du Bangouéolo. Les renseignements fournis au D' Reichard permettent de croire, qu'au lieu de ces montagnes ce sont des plaines qu'il faut inscrire sur les cartes, et d'après M. Giraud, la chaîne indiquée à l'est des monts Lokinga n'existe pas ; probablement en est-il de même vers l'ouest. La ligne de faîte se présente vraisemblablement sous forme de mamelons à peine sensibles, comme entre le bassin du Bahr-el-Ghazal et celui de l'Ouellé. Livingstone pensait que le petit lac Dilolo, qut se trouve sur cette ligne de faîte, déverse ses eaux à la fois dans le bassin du Congo et dans celui du Zambèze. Si Ton compare le volume d'eau du Loufira avec celui du Loualaba, il semble que la source de ce dernier ne peut être cherchée que beaucoup plus au sud. Sous le 10° lat. sud, l'affluent ne mesure que 50" à 60" de large, tandis que le Loualaba atteint déjà 300". Quoique le D' Reichard n'ait échappé que très difficilement à une tentative d'assassinat, il songe à entreprendre une jiouvelle expédition à l'intérieur. Auparavant il a dû revenir à la côte, et comptait êti-e à Zanzibar à la fin de juin ; nous n'avons pas encore appris son arrivée, mais nous espérons qu'elle ne tardera pas.

Malgré les bruits alarmants qui courent sur la situation de la nouvelle colonie allemande à l'ouest de Zanzibar, les directeurs de la Compagnie, qui se disposent à exploiter cette région, après l'avoir placée sous le protectorat de l'empire d'Allemagne, continuent à étendre leurs possessions. Le comte Pfeil, qui représente la Société, a acheté le territoire de Koutou, et a pris .possession de la partie supérieure du bassin de la Roufidji. D'après M. Giraud, le Koutou, situé à quinze ou vingt jours de mai-che de la côte, est à l'abri des incursions des bandes pillardes de Saïd-Bargasch, et jouit d'une prospérité relative ; une large zone de culture entoure les villages : riz, sorgho, maïs, tabac croissent en abondance, et les indigènes ne se font pas, comme ailleurs, un point d'honneur de ne pas toucher une bêche : hommes et femmes, maîtres et esclaves, passent la plus grande partie de la journée dans les champs, situés souvent à deux et trois heures du village. Les Wa-Koutou taillent leurs villages, à coups de hache, dans d'immenses buissons épineux, fourrés assez communs dans la contrée, sur les bords des marigots. Ces villages, qui mesurent quelquefois jusqu'à 500" ou 600" de diamètre, sont défendus par 30" ou 40" d'un fourré de ronces et d'épines qui les abrite très sûrement contrôles attaques du dehors. Cette partie du plateau étant à 150" ou 200" au-dessus de la mer, les chaleurs tropicales

de la côte coramencent à tomber et les brises du sud à se faire sentir. D'après le Mouvement géographique, il est probable que la nouvelle colonie allemande reculera peu à peu ses limites vers l'intérieur, et étendra ainsi son influence civilisatrice dans ces parages, oîi jusqu'ici aucune mission ni station humanitaire n'a été fondée. — Le D' Fischer écrit de Zanzibar que pendant son absence les sentiments de Sald-Bargasch à l'égard de l'Allemagne ont beaucoup changé. Le sultan s'est entièrement jeté dans les bras des Anglais. La surveillance de la marine anglaise pour empêcher le commerce des esclaves a été supprimée, aussi la traite a-t-elle pris une grande recrudescence ; les prix des esclaves ont baissé. Les membres de la Société allemande de l'Afrique orientale abandonnent les points de la côte. Le D' Jtihlke s'est rendu de Pangani au Kilimandjaro. Partout le sultan a fait hisser son drapeau et a établi des postes militaires jusque dans la baie de Formose. — La Colonial politische Correspondem annonce que la cinquième expédition de la Société allemande de l'Afrique orientale, sous la direction du lieutenant Schlùter, est arrivée à Zanzibar le 16 juin. Elle a reçu l'ordre de se diriger sur l'Ou-Sagara et d'y attendre des instructions ultérieures. — Une sixième expédition a dû quitter Berlin le 14 juillet ; elle est composée de quelques officiers et déjeunes colons propriétaires. Le professeur Hentschel, de léna, l'accompagne en vue d'études pratiques sur l'agriculture. La Société a fait de nombreux achats de semences.

La Société de géographie de Londres a chargé M. J.-T, Last, agent laïque de la a Church Missionary Society, » d'une expédition d'un caractère différent de celles qu'elle a patronnées jusqu'ici. Tandis que les précédentes avaient pour but la découverte d'une voie de communication d'un point de la côte à l'intérieur, M. Last devra étudier en détails une région particulière. Il quittera l'Angleterre au mois d'août, organisera une caravane à Zanzibar, puis se dirigera vers Lindi, au nord de l'embouchure de la Rovouma. De là il se rendra au confluent de cette rivière et de la Loujenda, point important en géographie, et dont il déterminera la longitude. Prenant ensuite une direction S.-O., il se portera, avant d'atteindre l'extrémité septentrionale du lac Chiroua, au sud, vers les monts Namuli, découverts par le consul O'NeilI à la fin de 1883. Il s'y établira pour faire l'étude détaillée du pays au point de vue topographique et ethnographique, en même temps qu'il apprendra à en connaître le mieux possible la flore, les produits, le climat, les langues, etc. Ces études terminées, M. Last entrera dans la vallée de la Likougou, qui prend sa source dans le voisinage de ces montagnes ; il la suivra jus-

qu'à la côte, à Quizoungou, d'où ii se rendra au sud, à Quilimane, ou au nord, à Angoche et à Mozambique. H devra recueillir, partout où il passera, toutes les informations possibles sur le pays, les habitants, leurs coutumes, tes conditions sanitaires, et la possibilité d'introduire des plantes européennes ou d'autres, utiles à l'économie agricole. La vallée de la Likougou est, dit-on, d'une très grande fertilité, et peut devenir d'une grande importance, soit pour la colonisation, soit pour le commerce.

Les explorateurs portug^s, Capello et liens, qui étaient partis l'année dernière de 8ftiDt-P«ul de Luanda, ont télégraphié k Lisbonne leur arrivée à Mozambique, après avoir traversé l'Afrique sur une ligne de 3000 kilom. de longueur. Elle constitue en majeure partie la ligne de faite qui sépare le bassin du Congo de celui du Zambèze. Elle a déjà été traversée sur plusieurs points par Livingstone, Cameron, Giraud, le D' Reichard, mais c'est la première fois qu'une expédition scientitique la suit de l'ouest à l'est; et l'on peut espérer que les explorateurs, auxquels on doit déjà des données très exactes sur le cours supérieur de la Quanza et le cours moyen du Quango, nous apporteront enfin le vrai tracé de cette ligue de faite, intéressante non seulement au point de vue physique, mais aussi, depuis la Conférence de Berlin, au double point de vue politique et économique. En effet, elle limite au sud la zone du commerce libre, et en partie l'État bbre du Congo. C'est là qu'ont leurs sources le Congo et le Zambèze, et leurs principaux tributaires, le Liba, le Cassai, le Kabompo, la Loudona, le Loualaba, le Loufira et le Loangoua.

Le numéro des Proceedings qui vient de paraître renferme le renseignement suivant, au sujet du territoire des Be-Chuana, sur lequel le gouvernement anglais a proclamé le protectorat bFitannlqne décidé en conseil de S. M-, à Osborne, le 27 janvier de cette année. Ce protectorat s'étend sur les parties de l'Afrique australe qui ne sont sous la juridiction d'aucune puissance cirilisée, à l'ouest de la frontière de la République sud-africaine, telle qu'elle a été fixée par la Convention de Londres du 27 février 1884, entre S. M. britannique et la susdite république ; au nord de la Colonie du Cap de Bonne-Espérance ; à l'est du 20° longit, est, et au sud du 22° de lat. S. D'après un correspondant du Times résidant dans la ville du chef Sekélé, ce territoire est aussi grand que l'Espagne ; ii embrasse beaucoup plus que le pays des Be- Chuana, puisqu'il comprend le désert de Kalahari. Tandis que les parties méridionale et orientale sont bien connues, d'après les travaux de

Livingstone et das voyageurs qui lui ont succédé, celles de l'ouest et du nord sont encore à explorer. Il semble qu'il y ait quelque incertitude quant à la partie orientale de la frontière septentrionale. Les autorités du Cap rétendent à peu près jusqu'au 32**, réclamant la bande de territoire entre le Limpopo et le 22** lat. Sud, pour enfermer le Transvaal au nord, comme d'autres États l'enferment de tous les autres côtés.

D'après la K'ôlnische Zeitung^ des conventions importantes ont été conclues à Berlin au sujet d' Angra-Pequena. Déjà avant l'acquisition de ce territoire par M. Lûderitz, des commerçants allemands du Rhin et des négociants anglais avaient acquis le droit d'en exploiter les mines de cuivre. Après la transformation de l'entreprise Lûderitz en Société allemande de colonisation de l'Afrique méridionale, une entente entre la Société commerciale et cette dernière était désirable dans l'intérêt du développement commercial d'Angra-Pequena. Les pourparlers engagés à ce propos ont abouti. Une expédition technique et scientifique sera d'abord envoyée dans le pays, pour s'enquérir de la richesse des mines et des conditions d'exploitation au point de vue financier et technique. Un doute subsiste encore relativement à la facilité d'exploiter ces mines éloignées de la côte, et qui pourraient n'être pas suflftsamment riches en minerai pour motiver une exploitation sur une grande échelle. Le commissaire impérial d'Angra-Pequena, M. Goring, a quitté Berlin le 15 juin, pour se rendre au Cap et à Angra-Pequena.

Le D' Sch^weinfarth a répondu à M. liVanterii, qui lui avait soumis son hypothèse sur le problème de rOoellé (p. 199), dont le savant géographe de Bruxelles fait le cours supérieur de l'Oubangi. L'explorateur de l'Ouellé reconnaît la valeur de l'exposé de M. Wauters, mais réserve de se prononcer au moment oii les renseignements des explorateurs, MM. Grenfell et Coquilhat, lui seront parvenus. Actuellement, le rapport de M. Grenfell n'a point encore été publié; on ne connaît à ce sujet que deux sources d'information, l'une la lettre de M. Coquilhat, annonçant que M. Grenfell avait, une première fois, remonté l'Oubangi jusqu'à l"" 25' lat. nord, dans une direction parallèle au Congo, la rivière laissant.'entre sa rive gauche et la rive droite du fleuve, une longue et étroite langue de terre qui forme une presqu'île; les 175 kilom. du cours inférieur de l'Oubangi se dirigeraient donc du N.-E. au S.-O. ; la seconde, un rapport de M. Van G*le, revenu du Congo à Bruxelles, d'après lequel M. Grenfell aurait fait une seconde exploration de la rivière jusqu'au 4'*,20', la direction générale de la rivière étant, dans cette partie moyenne de son cours, du nord au sud.

Une diflBculté empêche le D' Schweînfui'th d'accepter d'emblée l'hypothèse de M. Wauters, c'est le fait qu'en l'admettant, on n'aurait plus aucun tributaire du Congo, descendant de la ligne de partage du bassin du Bénoué. A quoi M. Wauters répond que les rivières qui prennent naissance à cette ligne de faîte, le Kundé, le Tukki, la Nana, mentionnés par Flegel, apportent leur tribut au Congo par TOubangi, et qu'il faut bien la réunion de toutes les eaux du vaste territoire, compris entre le Chari, le Bénoué et le Congo, pour expliquer le volume considérable de l'Oubangi, large à son embouchure de 11 kilomètres. Le D' Schweinfurth rappelle encore, en faveur de son hypothèse, le témoignage de Junker, qui, dans une de ses dernières lettres, lui dit expressément avoir la certitude de l'identité des deux cours d'eau, Ouellé- Chari, et en rapporter les preuves indiscutables. Devant une affirmation aussi positive d'un explorateur qui, depuis plus de quatre ans, étudie la région du Haut-Ouellé, nous n'osons encore, quelque plausible qu'elle puisse paraître, admettre l'hypothèse de M. Wauters. D'après ce derdier, le Bomokandi serait le cours supérieur de l'Itimbiri, avec une direction E.-S.-O., tandis que Junker, qui l'a traversé plusieurs fois (voir la carte, IV"* année, p. 116), lui donne une direction E.-N.-O., et le fait se jeter dans l'Ouellé par 4** lat. nord. Cette divergence de vues entre l'explorateur et M. Wauters ne peut que nous faire désirer très vivement voir Junker revenir du pays des Mombouttous par le Congo, ce qui lui fournirait l'occasion de traverser toute la région encore en blanc sur nos cartes, et de résoudre, par l'observaÉion directe, le problème dont les hypothèses les plus savantes ne peuvent donner la solution '. .

' A la dernière heure, les Proceedings de la Société de géographie de Londres nous apportent une lettre de M. Grenfell, d'où nous ne pouvons extraire pour ■aujourd'hui que ce qui concerne le Mobangi, l'affluent que M. Wauters appelle rOubangi. « Le Mobangi, qui se jette dans le Congo en formant un delta, entre 0'*,26' et 0'',42' lat. S., est un de ses plus grands tributaires. En le remontant, j'ai suivi «ne direction moyenne nord un quart nord-est, et jusqu'au 4°,B0' lat. N. il est •encore navigable. Par 4'',23', immédiatement au-dessous des seconds rapides, je lai ai trouvé 673™ de largeur; en aucun point en aval sa largeur n'est moins considérable. Sa profondeur moyenne est de 25 pieds, et quoique le courant ne fût que de 80 à 100 pieds par minute, il semble qu'un énorme volume d'eau provient d'un point bien rapproché des sources du Bénoué. D'où vient-elle? Les trombai^s {armes de jet) du bassin du lac Tchad, mentionnées par Schweinfurth, y sont communes, tandis qu'on les ignore sur le Congo. Sur la rivière qui correspond k

Tout en reconnaissaDt que les afffloents de la rive droite d« Congo entre Stanley-Pool et Femboachure de rOnbanj^i»

sont encore peu connus, le Mouvement géographique résume de la manière suivante ce que Ton sait sur les quatre tributaires importants de la partie du Congo qu'U appelle le Congo français. Le Laioirsona . été reconnu presque tout entier dans son cours supérieur par M. de Brazza, et le confluent en est fixé par les missionnaires Grenfell et Comber à 2*^58' de lat. sud et 16''27' de long, est; laMpakaaété explorée par M. Grenfell, qui place son embouchure à 15 ou 20 kilom» en amont de Bolobo; elle vient en droite ligne de Touest; rAlima, à laquelle se rattache l'Obo, a été découverte par de Brazza en 1878; son confluent avec le Congo, d'après Grenfell, est à V3S' de latitude sud ; enfin vient la Nkoandja ou Kounya» dont le confluent doit servir à la délimitation N.-E. de la nouvelle colonie française, quoiqu'on ne sache pas encore positivement oti se trouve ce confluent. Quant à la Licona, M. Wauters en fait un affluent de l'Oubangi. . Un projet de loi portant ouverture d'un crédit de 946,829 fr., pour l'organisation des établisMements français da fl^olffe de Guinée, a été présenté à la Chambre des députés. L'exposé des motifs rappelle qu'à la suite des conventions passées avec l'Association internationale africaine, celle-ci a cédé à la France ses stations et propriétés de la vallée du Niari-Quillou, moyennant une indemnité qui a été fixée d'un commun accord à 300,000 fr. Les stations sont au nombre de seize ; douze d'entre elles- sont situées entre le Niari-Quillou et le Chiloango. Le département de l'instmction publique ayant remis à celui de la marine et des colonies tout ce qui peut constituer l'actif mobilier et immobilier de la mission de l'ouest africain, celle-ci est terminée. Quant à l'organisation de la nouvelle colonie française, le département de la marine constate qu'on ne peut y procéder avant le retour de la mission confiée à MM. Bouvier et Ballay.

M. Liéon Guiral, chargé par le ministre de l'instruction publique d'une mission dans le bassin de la rivière San Benito, au nord du Gabon, a adressé à la Société de géographie de Paris une note sur son voyage dans la partie supérieure de ce bassin. D n'a trouvé le Benito navigable que jusqu'aux chutes de Yobé, à 35 kilom. de l'embouchure.

rOukéré de Stanley et que j'ai remontée jusqu'à une cataracte, par 2°,d0' lat. K., j'ai trouvé des boucliers et des cimeterres aussi bien que des trombachea, répon* dant exactement aux dessins de Schweinfurth. >

A partir de ce point, le coure de la rivière est à chaque iustant intercepté par des rapides ou des cataractes ; aussi renonça-t-il à le remonter en pirogue, et prit-il la voie de terre pour pénétrer dans l'intérieur. Le Benito reçoit sur sa rive droite, en aval du village de Maliko, plusieurs affluents, gros ruisseaux coulant dans un terrain tourineuto et dans un lit hérissé de rochers ; les eaux vives et fraîches en sont très poissonneuses ; la région que traversent ces petites rivières est généralement montagneuse et boisée. Elle est habitée par des gorilles qui, à. la saison des fruits, restent dans la forêt, qu'ils abandonnent plus tard pour venir ravager les plantations établies auprès des villages. Elle est ^ussi peuplée de troupes d'éléphants qui joignent leurs déprédations à celles des gorilles. M. Guiral poussa une pointe sur la rive gauche jusqu'au village de Soungoué, perché sur les montagnes qui bordent le Benito, dans l'espoir d'y rencontrer des gorilles, mais il lui fut impossible d'en atteindre aucun. Sur la rive gauche, l'affluent le plus important reconnu par l'explorateur français est le Langé, d'une largeur moyenne de 30" et d'une profondeur de 60 centimètres ; il est aussi intercepté par des cataractes. Aucun Européen n'ayant encore pénétré jusque là, le chef de Ngombé fut très effrayé à l'aspect d'un blanc, mais M. Guiral n'eut pas de peine à le rassurer. Les naturels lui avaient parlé d'un lac — adiba — sans nom spécial ; il réussit à l'atteindre k 140 kilom. de la côte, et lui trouva 500" de longueur, sur une largeur de 200". Sur les rives on constate de nombreuses traces d'éléphants. A une journée de là commence le territoire des Ossiébas et des Pahouins. M. Guiral s'arrêta au village de Njala près du lac, pour ne pas s'exposer au danger d'être pris et mangé par les Pahouins cannibales. Peu de temps auparavant, ils avaient pris trois hommes de la tribu des I^alanigny dans le voisinage du lac, et les avaient mangés ; de là était résultée une guerre entre les Balanigny et les Pahouins, ce qui empêcha M. Guiral de pénétrer plus avant.

M. Duhan» explorateur français, qui a déjà fait un voyage dans le bsKSfïin dn Nîger^ repartira dans quelques semaines pour la côte occidentale d'Afrique. De la côte des Esclaves, il se propose de pénétrer dans les parties encore inconnues des régions riveraines du Niger, pour les explorer au point de vue géographique et ethnographique^ ; \[ s'occupera aussi d'histoire naturelle, et s'attachera à apprécier les ressources commerciales du pays en vue des possessions françaises de Porto-Novo et d'Assinie. Depuis que les comptoirs français du Niger ont été cédés à des compagnies anglaises, la France cherche à faire de c(\s

deux points le débouché des richesses naturelles que contiennent les contrées que va explorer M. Duban.

M. le lieutenant Palat, qui pendant six ans a fait campagne en Algérie et en Tunisie, et qui possède parfaitement Tarabe, a obtenu du ministre de Tinstruction publique une mission a travers le Sahara, en prenant comme point de départ le Sénégal, et pour point d'arrivée l'Algérie. Il comptait partir le 20 juillet pour Saint-Louis, et se rendre de là à Médine par l'aviso qui remonte le fleuve. De Médine, il ira par caravane à Bamakou, en suivant la ligne des postes français. De ce dernier fort sur le Niger, il espère pouvoir se rendre à Timbouctou par la canonnière française qui y stationne ; s'il en est empêché, il prendra la route des caravanes plus longue et moins facile. A Timbouctou il profitera de la bienveillance de l'envoyé venu à Paris Tannée dernière, et de celle des habitants delà ville, pour diriger sur l'Algérie et le Sénégal les courants commerciaux qui prennent la voie de la Tripolitaine et du Maroc. Il tâchera ensuite de profiter du départ d'une caravane pour passer à travers les pays touaregs, coiffera le turban vert et se donnera comme médecin. Il espère pouvoir ainsi regagner l'Algérie par Mabrouk et le Touat. Peut-être les bonnes relations nouées avec les Français et les ambassadeurs marocains, d'un côté, et les chefs arabes du sud oranais de l'autre, faciliteront-elles l'exécution de ce projet pour lequel nous formons les meilleurs vœux.

NOUVELLES COMPLÉMENTAIRES

Une compagnie française de navigation va être créée, pour fournir des transports à bon marché entre l'Algérie et la France, en faveur de certains produits, dont la valeur ne permet pas de les grever de frais trop élevés. Les alfas récoltés en Algérie et en Tunisie sont presque tous, jusqu'à présent, exportés en Angleterre; ils pourront désormais être très avantageusement utilisés par les papeteries de la vallée du Rhône.

Le capitaine Bernard, chargé d'une mission militaire d'Alger à Ouargla, par Laghouat et Gardaïa, a envoyé à la Société de géographie de Paris son itinéraire^ la route qu'il a suivie n'étant encore portée sur aucune carte. Son voyage a été rendu assez pénible par les circonstances atmosphériques de l'hiver, qui a été caractérisé par la grande masse d'eau tombée dans cette partie de l'Afrique.

Les essais d'éclairage à la lumière électrique dans le canal de Suez ont très bien réussi, en sorte que les navires pourront faire le passage de nuit aussi bien que de jour, ce qui améliorera beaucoup la circulation d'une mer à l'autre.

L'office international télégraphique de Berne a annoncé que les câbles sousmarins ont été immergés de Suez à Souakim, et de Souakim à Périm. Les télégrammes pour Massaoua et Assab sont dirigés sur Aden, d'où ils sont transportés par la poste, chaque semaine, à leur destination.

L'agence Stefani rapporte que VEsplùratore^ aviso italien, qui faisait un voyage d'exploration sur le littoral de la mer Rouge, a noué des relations amicales avec les chefs indigènes, qui ont accepté de se placer sous la protection des autorités italiennes établies à Massaoua et à Assab.

Une expédition italienne, commandée par le comte Porro, président de la Société africaine d'Italie, se prépare à explorer, dès l'automne prochain, après la saison des pluies, les hautes terres de Mensah et d'Aghedé, au nord de l'Abyssinie.

Depuis le mois de janvier on était sans nouvelles du comte Antonelli. Une lettre du 12 avril annonce qu'il se dirige du Choa vers la côte, et qu'il arrivera prochainement en Italie avec une ambassade du roi Ménélik.

Le D*" Emil Riebeck, auquel on doit une exploration scientifique très consciencieuse de Socotora, faite avec le D*" Schweinfurth, est mort, le 22 juin, à Feldkirch, en Tyrol. C'est lui qui a envoyé l'explorateur Krause au Niger, au Bénoué et au lac Tchad, pour en étudier les bassins au point de vue linguistique et ethnographique.

D'après un télégramme, adressé de Zanzibar au Standard, un accueil cordial a été fait au général Matthews, envoyé de Saïd-Bargasch, par les chefs de Chagga, de Taveta, de Teïta et d'Arousha; 25 chefs ont signé un acte par lequel ils ont reconnu la souveraineté du sultan.

L'évéque Hannington a fait récemment une excursion à Teïta et à Moschi, résidence du chef Chagga, au pied du Kilimandjaro, pour faire choix d'un emplacement en vue de l'établissement d'une station missionnaire. Il a dû, dès lors, chercher à atteindre la côte orientale du Victoria-Nyanza, par la route de M, Thomson, à travers le pays des Masaï.

Le petit vapeur, la Bonne Nouvelle, a été lancé le 3 mars sur le Tanganyika. De son côté, le lieutenant Storms a lancé en février, sur le même lac, un deuxmâts, à fond plat, dont toutes les parties, depuis le moindre clou jusqu'au dernier bout de cordage, sortent des ateliers de la station de Karéma. Il peut porter facilement 125 personnes, et plus de cent tonnes de marchandises.

MM. Henri Berthoud et Eugène Thomas, missionnaires au Spelonken, ont dû partir à la fin de mai pour se rendre à la station fondée par un évangéliste ma-gwamba, chez Magoud, à peu de distance de la baie de Delagoa.

La Chambre des députés de Lisbonne a ratifié le traité de commerce avec la république du Transvaal.

Un gisement aurifère d'une grande importance a été découvert près de Pretoria, dans la chaîne des monts Wittewater.

Une dépêche de Durban annonce que les Boers ont occupé la baie de Ste-Lucie, et que l'on considère cette occupation comme devant amener un nouveau conflit entre l'Angleterre et le Transvaal.

Une expédition scientifique composée de trois explorateurs allemands que l'on croit envoyés par leur gouvernement, dit le Natal Mercury y a passé à Mafekmg, se dirigeant sur le Zambèze, où elle rejoindra un autre groupe d'explorateurs partis de Zanzibar. Leur destination serait le lac Ngami.

A l'imitation des Sociétés de missions de Bâle et de Brème, la Société rhénane* dont le siège est à Barmen, a adressé au prince de Bismarck une pétition pour demander que toutes les restrictions possibles soient apportées au commerce des spiritueux dans les colonies africaines allemandes.

Le major Henrique de Carvalho, chef de l'expédition portugaise chargée de se rendre chez le Mouata-Yamvo, a conclu avec les Ca-pendas Camu-Lenbas, un traité d'amitié et de commerce, dans le genre des traités passés par Stanley avec les chefs indigènes du Congo.

Le D*" Chavanne, qui s'est embarqué à Lisbonne, le 6 avril dernier, est arrivé à Boma le l^' mai. Il est chargé d'établir, dans le voisinage de ce port, d'importantes cultures pour le compte d'une maison d'Anvers.

Une nouvelle station a été établie à Mabimo, sur la rive gauche du Congo, à peu près à égale distance de Kwamouth et de Bolobo. C'est à Mabimo que commence la région populeuse habitée par les Bayanzi. Le chef Mokatonla a reçu les agents de l'Association avec de grandes démonstrations de joie.

Le lieutenant Van Gèle a reçu de Tipo-Tipo, sur le Mouta-Nzigué, des renseignements d'après lesquels ce lac appartiendrait au bassin du Nil; il serait relié par un courant d'eau avec l'extrémité méridionale du lac Albert. Tipo-Tipo n'a pas constaté lui-même le fait; mais ses sous-chefs, qui exploitent cette région, le lui ont donné pour absolument positif. La rive orientale du lac serait habitée par des populations extrêmement belliqueuses, tandis que sur la rive opposée se trouveraient des tribus paisibles et agricoles.

Le gouvernement turc a signé, avec l'État indépendant du Congo, une convention semblable à celles qu'ont déjà conclues les treize autres puissances représentées à la Conférence de Berlin.

On a distribué à la Chambre des députés un projet de loi portant approbation d'une convention signée, d'une part, par le ministre de la marine et le ministre des postes et télégraphes, et, d'autre part, par la Société < West africao Telegraph C* limited, » de Londres, à l'effet de relier par un câble sous-marin les possessions françaises du Gabon, Porto-Novo, Grand-Bassam et Rio-Nunez, à Saint-Louis da Sénégal, point qui est, depuis peu, en communication télégraphique avec le réseau européen.

M. Rogozinski est en route pour revenir en Europe; il rapporte de Cameroon quantité de notes et d'observations scientifiques et commerciales qu'il se propose de publier.

M. J. Thomson, l'explorateur du pays des Masaï, a accepté une mission au Niger et au Bénoué; il est déjà arrivé à destination.

La Société coloniale allemande de Berlin se propose d'établir des stations, au nord d'une ligne tirée de l'embouchure du Rio-del-Rey à la ville de Ibi, sur le Bénoué supérieur.

Par arrêté du gouyerneur du Sénégal, la commune de Rufisque, marché d'ara* chldes très important de la côte, a été autorisée à établir un chemin de fer Decau ville, qui sera mis à la disposition du commerce et du public, moyennant une redevance à payer par ceux qui se serviront de cette voie pour le transport ée leurs marchandises.

Le chemin de fer de Dakar à Saint-Louis a été inauguré le 7 juillet, et est ouvert à l'exploitation sur toute sa longueur.

La Gazette officielle de Madrid a publié un décret du roi nommant l'explorateur espagnol Bonelli, commissaire royal , investi du commandement suprême civil et militaire, pour le territoire situé sur la côte occidentale d'Afrique entre le cap Bojador et le cap Blanc, et qui a été placé sous le protectorat de l'Espagne en décembre 1884. Le commissaire aura le droit de conclure des traités avec les tribus indigènes et de prendre possession de nouveaux territoires, sauf l'approbation de son gouvernement.

M. H. Duveyrier qui avait accompagné l'ambassade française au Maroc, est rentré en France par Oran, où il a donné à la Société de géographie d'intéressants détails sur le pays qu'il venait de parcourir.

Après avoir envoyé ,une ambassade à Paris, le sultan du Maroc a décidé d'en «nvoyer une au roi d'Italie.

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