‹ L'Afrique explorée et civilisée;Chapitre 31 sur 38 · LE COMMERCE DE L'IVOIRE AFRICAIN · texte numérisé non relu

LE COMMERCE DE L'IVOIRE AFRICAIN

De tous les produits que le continent africain fournit au commerce» le plus recherché est sans contredit l'ivoire ; c'est aussi celui qui peut être le plus rémunérateur pour les nouvelles passessions et colonies européennes, à leur début.

Il y avait, au dire de Stanley, l'année dernière, un stock de plus de 3000 défenses à vendre à Stanley-Pool. Le Moniteur des Consulats, du 11 juillet, s'exprimait ainsi : « L'ivoire sera, pour les nouveaux colons, une source considérable de richesse. Il occupe, sur le marché africain, une place tellement grande, que, parmi les productions animales du inonde entier, il en est peu qui soient l'objet d'un plus grand commerce €t la source de plus gros bénéfices. Si l'on songe qu'une belle défense, rendue à Londres, vaut de 1200 à 1500 fr., que le marché anglais à lui seul en demande annuellement 40 à 50,000, soit pour environ cinquante millions de francs (?), qu'en outre les défenses africaines, pour la ténuité de leur grain et pour leur grosseur, sont plus recherchées que celles de l'Asie, et que d'un autre côté, au rapport de MM. Van Gèle, Coquilhat «t Zboinski, les éléphants sont très nombreux dans le Haut-Congo, on comprendra facilement quelle importance prendra, pour le nouvel État

libre, le commerce de l'ivoire, dès la construction du chemin de fer projeté, de Vivi à Isanghila et de Manyanga à Léopoldville. »

Quelle que soit la quantité d'ivoire que puisse fournir la région du Congo, il en est exporté d'une foule d'autres points des côtes, et il importe d'avoir une vue d'ensemble sur ce sujet, soit quant à la quantité, soit quant aux ports par lesquels se fait l'exportation et à la mesure dans laquelle chacun d'eux en fournit au marché européen. Sous ce rapport, nous avons été heureux de rencontrer, parmi les travaux présentés au Congrès des géographes allemands réunis à Hambourg en avril dernier, un mémoire très complet sur cette question, dû à M. Westendarp, qui, déjà en 1880, avait fait à la Société de géographie de Hambourg une communication sur les éléphants des Indes et de l'Afrique, et sur l'extension du commerce de l'ivoire. L'étude approfondie à laquelle il s'est livi'é et ses nombreux voyages en Asie et en Afrique, lui perraettaieut de traiter le sujet avec une autorité incontestée. C'est à ses travaux que nous empruntons les renseignements suivants.

On peut dire que toute l'Afrique centrale, du Sahara à la Colonie du Cap, est encore riche en éléphants, surtout les parties arrosées par les fleuves et baignées par des lacs. Les connaisseurs distinguent facilement deux qualités d'ivoires, l'un tendre, celui de la côte orientale, l'autre dur, qui provient de la côte occidentale. Au point de vue du commerce aussi, les deux côtes ont beaucoup différé jusqu'ici. Connue depuis plus de mille ans par des peuples de demi-civilisation, les Arabes, les Persans, les Hindous, la côte orientale a été exploitée par eux, tandis que la côte occidentale ne l'a été que beaucoup plus tard, et seulement par des nations européennes. C'est ce qui explique que les meilleurs guides nègres pour l'intérieur se rencontrent surtout à l'est ; en effet, depuis des siècles ils sont employés, soit au transport, soit aux recherches, et, dans leurs rapports avec des hommes de races supérieures, ils ont acquis plus de connaissances et de confiance. Aussi M. Westendarp reconnut-il bien vite que l'importance de la côte orientale, quant à l'exportation de l'ivoire, l'emportait de beaucoup sur celle de la côte occidentale. On ignorait ce fait en Europe ; les fortes quantités d'ivoire venant de l'Inde, on croyait que c'était l'Inde qui les produisait, tandis que c'étaient des Banians qui, voyant l'ivoire diminuer dans la péninsule, allaient le chercher à la côte orientale d'Afrique. Favorisés par les moussons du N.-E. et du S.-O., ils pouvaient accomplir leur voyage régulièrement, et en toute sécurité, en quelques mois. Par un examen attentif de certains lots importés de Bombay, M. Westendarp a constaté que

la plus grande partie de l'iroire expédié de ce port à Londres, provient de la côte de Mozambique. On peut, sans avoir visité soi-même le pays, et d'après Tétat extérieur et intérieur des dents d'éléphants, dire quels étaient la nature du sol et le climat de la région oîi vivaient les individus qui les portaient. Il est facile de distinguer celles qui proviennent de la côte orientale de celles que l'on reçoit de la côte occidentale. Quoiqu'il y en ait de qualité intermédiaire, ou reconnaît, en règle générale, que celles de cette dernière côte sont plus élégantes, moins massives, plus dures, plus transparentes, tandis que celles de la côte orientale sont de qualité plus tendre, plus blanche et plus opaque. Un bon connaisseur peut même, en examinant des dents bien conservées, indiquer approximativement le degré de longitude et de latitude, sous lequel, au nord ou au sud de l'Equateur, dans la partie orientale ou occidentale du continent, ont vécu les éléphants auxquels elles appartenaient. On admet d'ordinaire que les défenses les plus grosses et les plus lourdes, du poids de 50 kilog. comme on en rencontre souvent à la côte orientale, viennent du nord de l'Equateur; en revanche, au S.-O. de l'Equateur, une défense de 30 kilog. dépasse le poids moyen. Quoiqu'il soit parfois question de défenses du poids de 150 kilog., M. Westendarp n'en a jamais vu d'aussi pesantes ; sur un million de dents environ qu'il a eu à examiner en seize ans, la plus lourde pesait 94 kilog.

Le port le plus rapproché de l'Europe, par lequel est exporté l'ivoire africain, est Tripoli. Les éléphants, il est vrai, n'apparaissent plus au nord du 15° ; cependant il sort régulièrement, soit par ce port, soit par celui de Bengasi, de gi'andes quantités d'ivoire venant du pays des Haoussas et du Bornou. Les caravanes qui l'apportent mettent de 4 à 5 mois pour travereer le désert, et la marchandise, transportée à dos de chameaux qui doivent être chaque soir déchargés de leur fardeau, perd environ 30 Vo de sa valeur. Le transport par le Bénoué et le Niger serait beaucoup plus court, moins coûteux, et n'exposerait pas autant l'ivoire aux avaries. Il importe donc que cette voie iluviale soit adoptée pour l'exportation de l'ivoire de cette région. Tripoli en a exporté, dans les dernières années, en moyenne 18,000 kilog. ; il en est sorti 5000 kilog. par le port de Bengasi ; la valeur totale de la quantité exportée annuellement par ces deux ports a été de 430,0(X) fr. environ *.

Pendant un certain temps, le Caire a été un marché très important

* Les indications fournies par M. Westendarp reposent sur des observations faites surtout dans une série de cinq années, de 1879 à 1883.

pour rivoire. Le gouvernement égyptien s'en était attribué le monopole. Autrefois ce commerce était concentré à Ehartoum, dans les mains de quelques Syriens, jusqu'à ce que la maison Westendarp résolut d'y avoir, comme sur d'autres points de l'Afrique, un représentant particulier. Lorsqu'on comprit que celui-ci serait un concurrent sérieux, les Syriens soulevèrent contre lui une opposition si vive, qu'il dut momentanément abandonner la place. Mais bientôt il reprit le chemin de Souakim à Berber et à Khartoum, et finit, malgré les nouveaux embarras qui lui furent suscités, par triompher de la malveillance des trafiquants, qui prétendaient écarter les Européens de ce commerce. L'Egypte reçoit pour l'exportation 83,000 kilog. d'ivoire du Bahr-el- Ghazal et du Darfour, et, par le Bahr-el-Djebel, 65,000 kilog. des provinces équatoriales, soit un total de 148,000 kilog. représentant une valeur de 2,960,000 fr. par an. Souakim et Massaoua, les deux ports du Soudan et de l'Abyssinie sur la mer Rouge, en exportent 19,000 kilog.

Le commerce de l'ivoire a beaucoup diminué dans le golfe d'Aden, depuis que M. Westendarp l'explora à ce point de vue, pour la première fois, il y a trente ans. Berbera était le seul port du vaste pays des Somalis ; il n'avait d'importance que par un marché annuel qui s'y tenait en automne, et auquel arrivaient des caravanes considérables de l'intérieur et de nombreux navires de l'Arabie et de l'Inde. L'ivoire qui en sortait, ainsi que des petits ports du voisinage, pouvait monter à 7000 kilog. Aujourd'hui, il en vient très peu de l'intérieur.

Depuis longtemps les Arabes et les Hindous occupent et exploitent avec profit toutes les places de la côte jusqu'au Zanguebar ; toutefois, aujourd'hui ce trafic serait peu rémunérateur, la zone côtière fournissant peu d'ivoire, et les expéditions dans les territoires des tribus nègres belliqueuses étant très coûteuses. C'est Zanzibar qui, avec l'Egypte, est le plus ancien, en même temps que le plus grand marché africain pour ce commerce. Une douzaine de ports des États de Saïd-Bargasch, la plupart peu importants par eux-mêmes, envoient à ce marché environ 196,000 kilog. d'ivoire par an, pour une valeur de cinq millions de francs. M. Westendarp a exploré la plupart de ces ports au point de vue commercial, sans résultats appréciables pour le trafic européen ; les Banians y régnent en maîtres, et la concurrence avec eux est impossible. Les plus importants de ces ports sont Mombas, Pangani, Sadani et Bagamoyo. C'est Pangani qui fournit l'ivoire le plus beau, le plus fin et le plus tendre de la côte orientale ; preuve que l'influence du climat équatorial se fait sentir dans la formation de ce produit. Il faudrait pouvoir éta-

blir, dans cette partie du continent, des stations semblables à celles que Ton a fondées à la côte occidentale, mais les frais de création seraient beaucoup plus considérables, parce que, pour atteindre la région oii les échanges seraient rémunérateurs, il faudrait les établir très avant dans rintérieur. On ne pourrait obtenir Tivoire à un prix modique qu'à l'ouest des grands lacs. Les quantités d'ivoire apportées de l'intérieur à Zanzibar, dans les dix dernières années, ont été sensiblement les mêmes : de 1874 à 1878 elles se sont élevées à 974,000 kilog., de 1879 à 1883, à 983,000 kilog.

Comme c'est à Londres que presque tout l'ivoire de Zanzibar est apporté, il est intéressant d'y suivre la marche des prix pendant les quarante dernières années. Les grosses défenses d'éléphants venues de Zanzibar coûtaient, de 1840 à 1850, 660 fr. les 50 kilog. ; de 1850 à 1860, 900 fr. ; de 1860 à 1870, il n'y eut pas d'augmentation, par suite de grandes guerres ; mais de 1870 à 1880, les prix montèrent de nouveau beaucoup ; en 1872 ils atteignaient 1650 fr. ; toutefois ils baissèrent fortement jusqu'en 1879. L'importation en Angleterre a suivi, depuis 1840, la marche ascendante suivante :

De 1840 à 1850, environ 300,000 kUog.

Elle a donc doublé en quarante ans, ce qui suppose une destruction d'éléphants double de ce qu'elle était avant 1840.

Quoique Mozambique passe pour exporter de grandes cargaisons d'ivoire, il n'en vient cependant que très peu de l'intérieur de la province portugaise. La plus grande partie sort de Quilimane, où se concentre presque tout le commerce du bassin du Zambèze, du Chiré et du lac Nyassa. Indépendamment de la population nègre, cette ville a 350 habitants contribuables, Hindous et descendants de Portugais de toutes nuances. Le nombre des vrais Européens est très petit. Le commerce de l'ivoire y était autrefois considérable, et se faisait contre avances de marchandises; mais il en est résulté de fortes pertes, beaucoup de courtiers, envoyés à l'intérieur avec des pacotilles, n'ayant pas reparu. Aujourd'hui on est plus prudent; toutefois il arrive que de grosses défenses se paient plus cher à Senna qu'à Londres. Outre les commerçants portugais, la tribu nègre des Matapuirès, qui habite à l'ouest du lacBangouéolo, apporte de grandes quantités d'ivoire. Ces nègresanivent par centaines, en avril ou mai, jusqu'à Boror, à une journée de marche de

Quilimane, dont il ne leur est pas permis d'approcher davantage, parce que, en 1877, lors de Tabolition de l'esclavage, ils ont occasionné des troubles. L'anivée de ces grandes caravanes de l'intérieur attire à Boror, à la rencontre des Matapuirès, tout ce qui porte le nom de marchand ; des huttes sont constiniites, et chacun se loge comme il peut. Pereonne ne se hâte ; le plus souvent il s'écoule un mois avaut que le trafic commence. Alors chaque défense est échangée contre des étoffes, des perles, du fil de laiton, etc. Les principales affaires se font le soir et la nuit, où acheteurs et Matapuirès cherchent à se surpasser les uns les autres en ruse. La quantité exportée par la côte de Mozambique s'élève à 142,000 kilog., pour une valeur de 3,550,000 fr. Il n'en arrive guère en Europe que 30,000 kilog. pour 1,250,000 fr. Ces fortes quantités d'ivoire, qui ne sont que peu inférieures à celles du Soudan Égyptien, et qui dépassent de beaucoup celles des bassins du Congo et du Niger, indiquent que le pays d'où proviennent ces défenses doit avoir une végétation extrêmement riche. M. Westendarp estime que ce vaste territoire, avec tous ses fleuves, ses lacs, ses tribus nègres débonnaires, est, au point de vue de l'ivoire, la partie la plus intéressante de l'Afrique.

La colonie du Cap a beaucoup perdu de son importance comme raai'ché d'ivoire; l'abondance de gibier qu'elle possédait autrefois est passée aujourd'hui. C'est du territoire au nord du Limpopo que se faisaieut les plus fortes exportations pendant les premières années de l'occupation anglaise. Il y a 70 ans, cette contrée offrait encore aux chasseurs d'éléphants de riches districts de chasse. Lorsqu'il se trouvait un homme capable de diriger une expédition, on faisait à cet effet, et pour le long voyage qu'elle entraînait, de forts chariots à roues, pourvus de tout le nécessaire. Le guide s'engageait pour la moitié du pi-oduit de la chasse, et souvent pour deux ou trois ans. Quelques chasseurs d'éléphants ont, de cette manière, gagné beaucoup d'argent, ce qui n'est pas le cas ailleurs. Aujourd'hui les colonies de l'Afrique australe ne fournissent plus que 29,000 kilog. d'ivoire, pour 625,000 fr., tandis que précédemment elles en exportaient 52,000 kilog.

En remontant le long de la côte occidentale, il faut gagner les possessions portugaises, pour rencontrer de nouveau des éléphants. La colonie d'Angra-Pequena n'en a point et n'exporte pas d'ivoire ; Mossamédès même, fondé seulement au miUeu de ce siècle, n'en fournit que 2000 kilog. En revanche Benguela, établissement portugais du commencement du XVII"** siècle, en exportait environ 24,000 kilog. Il y aeu cependant une diminution sensible ces dernières années. S*-Paul de Loanda,

siège de T administration portugaise, a beaucoup perdu, par le fait de tarifs élevés et de difficultés innombrables. L'ivoire qu'on en exporte ainsi que celui d'Ambriz, appartient indubitablement, par la qualité, au bassin du Congo, tandis que celui de Benguela vient du Haut-Zambèze ; ce n'est qu'ainsi qu'on peut expliquer la différence très marquée de qualité entre deux ivoires sortant de ports si rapprochés.

Quant au teiTitoire du bassin du Congo, au dire de Stanley, l'ivoire y est si abondant, surtout dans la région de l'Equateur, qu'il n'y a presque point de valeur ; il y a sans doute de l'exagération dans cette assertion, car c'est l'objet d'échange le plus précieux, contre lequel les indigènes de l'intérieur mettent en gage leur bien le plus cher, leurs femmes. A l'est comme à l'ouest, on s'en sert pour payer le tribut, et les natifs eux-mêmes le paient très cher. Stanley a trouvé un temple de cornes de guerre, de massues, de fléaux à battre le grain, de bracelets, en ivoire, comme on en rencontre encore dans l'Inde. Mais l'Afrique centrale et ses habitants ne peuvent être comparés à l'Inde au point de vue de la civilisation.

M. Westendarp croit que ce serait une illusion dangereuse de s'imaginer qu'on trouvera, au cœur de l'Afrique, l'ivoire en quantité si considérable que la valeur en deviendrait presque nulle ; l'Européen devra le payer partout à proportion de la difficulté des transports à la côte, à moins qu'il n'imite les Arabes, ses prédécesseurs de plusieurs siècles, qui dépouillaient simplement les indigènes de leur ivoire. Il engage donc les commerçants à ne pas entreprendre d'expéditions commerciales dans l'Afrique centrale en vue d'y trouver de l'ivoire en abondance et à bon marché. L'éléphant sauvage disparaît bien vite là où commence la civilisation.

Si l'on compare les quantités d'ivoire reçues du bassin du Congo pendant les cinq années qui précédèrent l'ouverture de ce fleuve par Stanley, et pendant les cinq années qui la suivirent, on voit que de 1875 à 1879, il en est sorti 441,000 kilog., et de 1879 à 1884, 421,000 kilog.

Les ports du Gabon et ceux du nord, jusqu'au golfe de Cameroon, en livraient 64,000 kilog. pour 1,437,500 fr. C'est du Gabon que vient la belle qualité transparente connue sous le nom d'ivoire vert ; tandis que de Cameroon on n'en exporte qu'une qualité, belle encore sans doute, mais plus grossière, selon qu'elle y est apportée du sud ou du nord. La nuance de ces défenses est brun foncé. On trouve au Cameroon l'éléphant à une altitude de 3000" '.

' Johnston Ta rencontré à 4200"* au Kilimandjaro.

Depuis un certain nombre d'années la région du Niger est, pour les trafiquants d'ivoire, le pays le plus important de la c6t« occidentale. Le Niger inférieur et le Bénoué n'ayant pas de cataractes, les navires peuvent les remonter toute l'année et atteindre sans difficulté les marchés d'ivoire de l'intérieur. Avant 1876 ce bassin fournissait à l'exportation 89,000 kilog. de ce produit ; dès lors ce chii&e s'est élevé de beaucoup. La « United-African-Company » a des vapeurs qui font des courses régulières sur les deux fleuves, ce qui contribue beaucoup h cette augmentation.

Tous les ports de la G6te des Esclaves, de la Côte d'Or, de la Côte des Dents, et de la Cftte du Poivre, jusqu'à la Sénégambie, étaient encore, dans la première moitié de ce siècle, d'une grande importance pour te commerce de l'ivoire, mais aujourd'hui celui-ci a presque cessé. n u'en sort plus guère que 14,000 kilog. d'ivoire. La Sénégambie en foui^ nit 5000 kilog.

Quant à la qualité, c'est l'ivoire exporté de la limite septentrionale de l'habitat des éléphants, qui est le plus grossier et a le moins de valeur ; il en est de même de celui de la limite méridionale, Mossamédès ; preuve nouvelle que la température exerce son influence sur la qualité; plus on s'éloigne de l'Equateur, plus un district est élevé et sec, moins l'ivoire est fin ; la finesse et la transparence alimentent avec la chaleur et l'humidité.

Le Maroc reçoit chaque année, de Timbouctou, environ 8000 kilt^. d'ivoire ; mais il est travaillé dans le pays, sous forme de crosses de fusils, et d'objets de parure, qui se vendent à Fez et dans les autres villes de l'empire.

En résumé, de 1879 à 1883, l'exportation totale de l'ivoire africain a été en moyenne de 840,000 kilog. — 564,000 kilog. de la côte orientale, et 284,000 kilog. de la côte occidentale — pour une somme de dix-neuf à vingt-deux millions de francs. Cela suppose une destruction de 65,000 éléphants par année, sans compter ceux qui sont tués pour fournir aux Africains eux-mêmes les objets de parure que l'on rencontre chez eux.

CORRESPONDANCE

Leshoma, 24 février 1BB5.

Rive droite du Zambèze.

r Moniieur,

oute vous avez reçu mea derDières nouTelles et le récit de 1res avec les Ba-Roisé. Malheureusement, la guerre dvile

ayait renversé tous nos plans d'établissement pour l'année dernière, et posé tout à nouveau la question de notre réception par la tribu. Je vous ai raconté notre première tentative pour nous rendre à la vallée, notre insuccès et nos plans d'attente.

Ai^ourd'hui, j'ai la joie de vous annoncer qu'un grand pas a été fait. Le fameux voyage à la vallée est accompli. Une seconde tentative faite en novembre avait échoué à cause d'informations erronées. Mais, au commencement de décembre, deux envoyés successifs du roi ne laissaient plus de doutes sur l'opportunité d'un nouvel essai pour se rendre à la vallée. Le 12 de ce mois, M. Goillard, M. Middleton et l'évangéliste Arone se mettaient en route. Leur voyage, dans la mauvaise saison, a été exceptionnellement favorisé par une température relativement sècbe et le bon vouloir des envoyés du roi et d'un des chefs de Sesheké. M. Middleton «8t le seul qui ait fait ce voyage en invalide, et échangé son rôle de garde-malade avec celui qu'il se proposait de soigner.

La réception à la vallée a été franche et cordiale. Les chefs, dans leurs discours publics, ont déclaré vouloir notre enseignement et non nos effets. Je dois ajouter que pour la question des cadeaux, ils se sont montrés bien plus raisonna* l)le8 que les chefs de Sesheké. L'impression de M. Goillard est que la porte nous est largement ouverte; cette impression est chez lui le résultat de ses observations sur les procédés des Ba-Rotséetde leurs entretiens particuliers, bien plus que des discours officiels.

Le peuple a soif de la paix, et les chefs considèrent que l'influence des missionnaires peut seule la leur procurer. Ces derniers se sont montrés très contrariés du départ de M. Goillard; ils eussent voulu qu'il s'établît de suite chez eux.

Malgré toutes ces protestations de bonne amitié, M. Goillard a demandé compte aux Ba-Rotsé de leurs procédés peu loyaux envers les Jésuites. A quoi les chefs ont répondu que le roi Lobossi désirait leur admission, contre tous ses officiers; mais plus tard, le roi se voyant seul pour exécuter son projet et ne se sentant pas de force à résister à son peuple, plutôt que de revenir sur sa parole, a eu pour tactique de décourager les prêtres par des actes d'autorité arbitraire et par le pillage de leurs biens.jAprès cette explication les chefs ajoutèrent : quant à vous, rien de semblable ne peut vous arriver, vu que nous sommes unanimes pour vous recevoir, et c'est nous qui sommes les maîtres du pays.

Je ne vous ai pas encore parlé du nouvel élu, qui est bien Akoufouna, selon ma première version. G'est un jeune homme ou plutôt un adolescent dégingandé, et qui, par toutes ses manières, n'a guère fait preuve d'un sentiment bien vif de sa dignité. Son plaisir favori est de sortir avec sa bande de joueurs d'instruments, et accompagné d'une suite formée d'adolescents comme lui et même d'enfants. Le pauvre jeune chef joue le rôle de mannequin, et dans la réception de M. Goillard, il a bien récité sa leçon. Le vrai chef est Mataga, le Gambella de ce jour, un vrai politicien, qui ne se compromet pas par ses paroles et a été l'instigateur de la dernière révolution. Quant à la reine, sœur du roi, femme digne et intelligente, elle gagne l'affection de tous ceux qui la voient.

Est-ce à dire que l'état du pays soit arrivé à la' stabilité ? Cest peu probable, à moins que les chefs ne veuillent un roi qu'ils puissent mener à leur guise; mais une certaine rumeur publique semble prouver que les Ba-Rotsé ne sont pas enchantés de leur choix, et qu'ils ont les yeux sur quelque autre membre de la famille royale. Peut-être fermerai-je ma lettre en vous annonçant une nouvelle révolution.

Je reviens au voyage de M. Coillard; il s'agissait de trouver le site d'une station dans un endroit relativement salubre.

Le premier endroit désigné par les Ba-Botsé était celui sur lequel les Jésuites avaient jeté les yeux. Il se trouva que cet emplacement, bien que répondant en partie par sa position et son élévation aux désirs de M. Coillard, se trouvait entouré de jardins indigènes et à une assez grande distance de l'eau.

De nouvelles recherches furent faites, et le résultat en a été le choix d'une colline appelée Sefoula, du nom d'une petite rivière qui coule à ses pieds. De nombreux villages sont à proximité ; cet endroit se trouve situé entre les villages du roi et de la reine, à une journée de celui d'Akoufouna, et à une demi-journée de celui de sa sœur ; quoique peu élevé, il parait cependant répondre aux conditions désirables de salubrité, et nous sommes portés à croire que la vallée est moins malsaine que Leshoma ou Sesheké.

La porte nous étant ouverte, et notre premier établissement fixé, la mission de M. Coillard se trouvait achevée, et le 10 février il était de retour à Leshoma, jouissant ainsi qu'Arone d'une bonne santé ; M. Middleton entrait en convalescence.

Il est à peine besoin de vous dire la reconnaissance qui remplit nos cœurs pour un voyage aussi heureux, pour la protection accordée à M. Coillard et à ses compagnons. Le Zambèze n'est plus pour nous une barrière; bientôt nos tentes seront plantées sur l'autre rive, et l'Évangile proclamé à ces pauvres noirs dégradés. Nous admirons la puissance et la bonté de Dieu à notre égard.

L'absence de M. Coillard de Leshoma avait duré deux mois. Pendant ce temps^ nous qui étions restés au camp, avons été éprouvés sérieusement par la maladie. La fièvre a régné parmi nous sans interruption, passant de l'un à Tautre, et ne laissant parfois, de toute notre expédition, qu'un ou deux membres valides. Plusieurs fois nous avons été alarmés au sujet de tel de nos malades, mais, grâce à Dieu, aucun de nous n'a succombé. Nous avons néanmoins été vivement affligés, à la fin de décembre, par la perte d'une charmante enfant d'Arone, notre rayon de soleil; elle a sans doute mangé des baies vénéneuses, à notre insu, et nous a été enlevée au moment où nous croyions à sa convalescence. Hier, les pauvres parents affligés ont eu la joie de la naissance d'une petite fille, pour remplacer celle dont le départ nous avait tant affectés.

Mon expérience de la fièvre me fait penser qu'elle est tout aussi curable que nMmporte quelle maladie, je dirai même que quand je la compare à nos fièvres typhoïdes d'Europe, elle me parait généralement moins dangereuse, et surtout de bien plus courte durée. Dans la fièvre, le moral joue un grand rôle; nous avons remarqué que ceux qui se laissaient dominer par des appréhensions et ne cherchaient pas à réagir par la volonté, ont été le plus longtemps et le plus sérieuse* ment malades.

La fièvre a ses yictimes, mais combien meurent d'antres maladies sous les tropiques ! Dans le courant de ce mois, les Jésuites nous annonçaient la mort d'un frère, leur cuisinier et leur docteur, qui est mort d'une hémorragie intérieure. Nous ayons pris part à leur perte d'une manière sincère, car, quelles que soient leur» opinions religieuses, ce sont des hommes dévoués et de vrais gentlemen dans tous leurs rapports avec nous.

15 mars 1885.

Je désire fermer ma lettre aujourd'hui car nous pensons envoyer notre poste à Mangwato (Shoshong), an commencement de la semaine prochaine. Je n'ai pasd'autres nouvelles à vous communiquer.

Nous n'avons aucune lettre depuis la fin de novembre, nos wagons n'étant pas deretour. Que leur est-il arrivé ? Le mieux est d'espérer que les pluies les auront retenus à Mangwato. Un accident dans le désert serait bien plus sérieux pour nous.

La vie africaine nous expose à toutes sortes de vicissitudes matérielles dont cette dernière est un échantillon. Nous pensons nous mettre en route pour la vallée au commencement de mai; plus tard, j'espère pouvoir vous parler du pay^ même des Ba-Kotsé.

Je suis heureux de savoir que vous et d'autres amis de Genève vous nous suivez avec un intérêt chrétien, cela nous rend forts. Que nos cœurs et nos mains s'unissent toujours plus fermement.

Leshoma, 16 avril 1885.

Seulement quelques mots aujourd'hui. En mars, je vous ai donné de nos nouvelles ; elles vous parviendront ,en même temps que ces lignes, pour la raison que le messager dont je vous parlais nous a manqué.

Notre poste nous est parvenue le 21 macs ; c'était la première depuis novembredernier. Je veux tout d'abord vous remercier bien chaleureusement pour l'ul/)*i3Me^ ea-plorée, dont toutes les nouvelles m'intéressent vivement.

Nos wagons sont arrivés ici quelques jours plus tard, en bonnes conditions. La raison de leur retard a été la mortalité qui a régné parmi nos bœufs, soit dans levoyage d'aller, soit pendant leur séjour à Mangwato. Nos wagons seraient encore daps ce dernier endroit, sans la bonté de MM. Whiteley et Musson, de Mangwato^ qui nous ont généreusement prêté un bon nombre de bœufs. Cette bienveillance est surtout remarquable pour le dernier de ces Messieurs, qui dernièrement, dan» le Transvaal, s'est vu dépouillé par les Boers, de son wagon, de ses bœufs et de toutes ses marchandises, à cause de son origine anglaise. Nous allons renvoyer ces bœufs à leurs propriétaires, et c'est par cette occasion que notre poste partira» Cette nouvelle perte nous a été très sensible et nous met dans l'embarras pour notre prochain voyage à la vallée.

Nous aimerions à démonter un ou deux wagons, pour traverser la rivière en bateaux et recharger nos bagages sur l'autre rive. Peut-être pourrons-nous encore le faire pour un seul wagon. Cette manière de faire, qui parait assez compliquée^

est la plus simple pour nous, vu le peu de largeur des bateaux des Ba-Rotsé, les avaries que Peau nous ferait subir, et la difficulté de gouverner une troupe de sauvages, sans parler de tout le calicot à dépenser pour les payer. Nous userons c des deux moyens de transport; ce ne sera pas la partie la plus facile de notre

voyage, et nous voudrions l'avoir déjà effectuée.

Le fleuve coule encore par-dessus ses bords, et nous ne pourrons nous mettre «n mouvement qu'à la fin de mai.

A la fin du mois dernier, est survenue une nouvelle révolution chez lesBa-Rotsé. Tout un parti s'est ligué contre le nouveau roi. Une première fois il à échoué, à cause de la défection de certains chefs, qui ne s'étaient joints au mouvement qu'en croyant que Lobossi était de retour au pays ; désillusionnés ils se sont retirés. Une seconde tentative a été faite, mais elle n'a pas eu plus de succès que la première. Les partisans du roi, prévenus, ont fait battre le tambour de guerre pendant toute une nuit. Les insurgés, en entendant le signal d'alarme de leurs adversaires, ne se sont pas émus, voulant, disaient-ils, chasser en plein jour ce ^' makalaka — titre méprisant donné aux derniers esclaves. La rencontre eut lieu un peu

Y avant le milieu du jour; les insurgés ont été refoulés contre la colline, puis ont dû

k' tourner le dos, et ont été précipités dans la vallée couverte d'eau, où beaucoup ont

péri. Â cette heure tout est rentré dans le calme, et les eaux du fleuve ont étendu leur voile mystérieux sur les pauvres victimes de la guerre civile. Mataga (6am- 'i; bella) est au fatte de la puissance, et ces derniers événements auront sans doute

affermi un peu le trône de l'infortuné jeune chef. Les gens de Sesheké sont demeurés tranquilles comme dans la première révolution. Ces désordres n'ont eu pour acteurs que les chefs de la vallée.

Dans le courant de mars, la fièvre nous avait laissé un peu de répit, mais avril nous l'a ramenée plus sévère que jamais. Tous, nous avons de nouveau été malades et assez sérieusement. La température a déjà beaucoup changé, les nuits sont froides, les matins frais, et les feuilles qui tombent nous annonc ent l'hiver.

£n général le temps est splendide, mais un vent persistant nous amène les miasmes de la rivière et nous éprouve beaucoup.

Nous venons sans doute de ressentir les dernières atteintes de la mauvaise saison, et quoique nous ayons bien payé notre acclimatation, nous avons cependant lieu d'être reconnaissants de la manière dont nous avons été gardés jusqu'ici. En trois mois, la première expédition avait perdu deux de ses membres, dans la meilleure saison, tandis que nous sommes encore au complet.

Nos plans futurs pour la division du travail ne sont pas encore définis. Les €oillard s'établiront à Sefoula, où seront immédiatement commencés les tra- Taux d'une construction à l'européenne. Quant à moi, je serai encore quelque temps avec eux, puis je me construirai une hutte confortable de deux ou trois chambres, et m'établirai aussi dans la vallée, à quelque distance de Sefoula, sans doute dans un village.

Nos deux évangélistes, Lévi et Arone, resteront probablement à Sesheké. Ce que je vous donne, ce sont seulement des plans qui peuvent parfaitement être modifiés.

Ponr ce qui me concerne, mon œuTre sent proTiaoire ; j'anrfti plus tard à me fixer à l'endroit gai deriendrft noire seconde station. Avant de penser à fonder cette dernière, nous voulons voir de quelle manière les Ba-Rotsè nous recevront, et connaître aussi mieux le pays et les vrais besoins de notre œuvre.

Nous n'avons aucnne nouvelle de M. Arnot, mais nn journal anglais nous a appris, à notre doulonreuse surprise, l'expulsion de tous les missionnaires américains du Bihé. Bien que plus éloigné que moi, vous êtes trop au courant des affaires du Transvaal, pour qu'il vaille la peine que je vous en parle.

Notre petite œuvre continue ici auprès des quelques gens qui nous entourent. L'école n'est pas brillante, mais il nous arrive parfois d'avoir de bons auditoires le dimanche.

Telles sont, cber Monsieur, quelques-unes de nos nouvelles de ce jour, Je ne vous parle pas des Ba-RotEé,ni du pays, ne voulant pas anticiper sur les événemei)ts,et préférant être sur place avant d'entamer ce snjet dont je ne pourrais vous parler qae par le séjour que j'ai fait i Sesheké.

Je ne prévois pas qoand nous aurons une nouvelle occasion de faire partir des lettres.

D. JUKHAIRRI.

BIBLI06RAPHIE>

K01.0H1AL pouTiK UKD Christekthuu, von C.-6. Biittner. Heidelberg (Cari WÎDter), 1885, iii-8% 47 p., fr. 1. — Le mémoire de M. Bûttner, ancien missionnaire dans le Damaraland, complète celui qu'il a déjà fait paraître, sous le titre : Dae Hinterland von Walfiechbay und Angra- Pequena, dont nous avons rendu compte (V"* année, p. 274-275), D y montre que les entreprises coloniales de l'empire allemand dans l'Afrique australe occidentale se rattachant au travail des missionnaires allemands, elles rendent par là-méme un bon témoignage aux résultats de ce travail. Mais les projets de colonies allemandes ne seront un bien pour l'empire, que si son gouvernement, ses fonctionnaires et les colons respectent, à l'égard des indigènes les moins civilisés, les principes de justice et de fidélité dont ils s'inspirent envers les natioas policées. Enfin le mouvement colonial qui se produit dans l'empire doit contribuer au développement de l'intérêt pour les œuvres missionnaires. Abstraction faite des principes chrétien ou humanitaire, les économistes doivent reconnaître que les dépenses faites pour les missions ne sont pas

■ On peut se procurer à la librairie H. Georg, à Genève et à Bile, tous les ouvrages dont il est rendu compte dans VAfriqtu explora et etvUùée.

improductives, puisque des milliers d'indigènes qui ne portaient aucun vêtement et ne connaissaient aucun besoin relevé, portent maintenant des habits d'Europe et se servent d'ustensiles et d'instruments fournis par l'industrie et le commerce européens.

Itinéraire de l'Algérie, de la Tunisie et de Tanger, par Louis Tiesse. Collection des Guides Jeanne. Paris (Hachette), 1885, in-16, 600 p., 9 cartes et 10 plans, fr. 15. — La situation nouvelle provenant, pour l'Algérie, de l'ouverture et du prolongement de plusieurs lignes ferrées, et pour la Tunisie, de la reconnaissance du protectorat de la France, a amené l'auteur de ce Guide à le remanier et à en modifier beaucoup la présente édition. Le chemin de fer d'Alger à Constantine ^t ouvert à la circulation, d'Alger à Ménerville, et d'El-Achir à Constantine. La section comprise entre Ménerville et El-Achir nécessite des travaux si considérables qu'elle ne sera pas ouverte avant deux ans. L'ouverture de la ligne de Souk-Ahrras à Ghardimaou permet aujourd'hui aux touristes de faire le trajet de Philippeville, de Constantine ou de Bône à Tunis par la vallée de la Medjerda. Les voies de pénétration dans le Sahara algérien sont aussi plus nombreuses qu'il y a quelques années : dans la province d'Oran, on a prolongé le chemin de fer d' Arzeu à Salda jusqu'à Méchéria, et celui du Tlélat à Sidi-bel-Abbès, jusqu'à Bas-el-Ma, à l'entrée des hauts plateaux; enfin la durée de l'excursion de Biskra sera abrégée par la ligne d'EI-Guerra à Batna. Les conditions des voyages en Algérie se sont donc modifiées ; il fallait décrire les nouvelles voies de communications et les localités qui les jalonnent.

Mais c'est en Tunisie surtout que la situation s'est améliorée; on peut maintenant visiter ce magnifique pays, en toute sécurité, en chemin de fer dans la partie septentrionale ; au moyen des bateaux à vapeur qui desservent les différents ports : Bizerte, la Goulette, Sfax, Gabës; à l'intérieur, en employant des voitures légères, des chevaux, des mulets, et en suivant les routes des caravanes. Ce sont celles que l'armée française a parcourues en 1881 et en 1882 et qu'elle a fait connaître. Sans doute ces itinéraires sont peu nombreux, et la partie du Guide relative à la Tunisie ast loin d'être complète, mais c'est la meilleure descripUon qui en existe jusqu'à présent.

On sait avec quel soin sont dressés les itinéraires de la coUectioo Jeanne ; ils renferment tout ce que le voyageur peut espérer y trouver et le guident pas à pas de la manière la plus sûre. Pour qu'il soit toujours tenu au courant quant aux hôtels, aux voitures, etc, les rensd-

goements qui concernent cette partie essentielle d'un ouvrage de ce genre, se trouvent réunis à la fin du volume, et comme ils varient quelquefois pendant une saison, ils seront réimprimés dès que la correction en sera devenue nécessaire. Neuf cartes et dix plans, dont sept de villes tunisieunes,enrichissent encore ce volume, à la rédaction duquel ont collaboré plusieui's personnes bien placées pour donner à l'auteur des renseignements dignes de foi.

Nouvelle oéographie universef^e. La Terre et las Hommes, par Elisée Reclus, t. X. L'Afrique septentrionale. Première partie : Bassin du Nil. Paris (Hachette et C^), 1884, gr. in-8% 639 p., avec cartes et vues, fr. 20. — Il est presque superflu d'appeler l'attention du public lettré sur l'apparition d'un nouveau volume du célèbre géographe français. Tout lecteur désireux de s'instruire, en même temps que de se délasser, connaît cette collection magnifique, œuvre de toute une vie ; tiré à 25,000 exemplaires, cet ouvrage pénètre dans la plupart des bibliothèques, de villes, de collèges, de sociétés scientifiques ou littéraires, d'hommes du monde, de voyageui-s et de savants.

Chacun y trouve ce qu'il cherche, aussi bien pour la forme que pour le fond. La forme est soignée, pleine et brillante, le fond est étudié jusque dans les moindres détails. C'est la tournure française, si belle, si fine, adaptée à la méthode allemande, scientifique et rigoureuse. Voulez-vous une peinture de paysage, une étude générale de l'histoire naturelle ou de la vie d'une contrée, des renseignements sur l'état politique actuel d'un pays, une description de ses villes, le nom des voyageurs qui l'ont fait connaître, ou de simples indications de statistique, cherchez dans Reclus, vous y trouverez tout cela. C'est une véritable encyclopédie géographique, un monument élevé à l'histoire de la Terre.

Le Bassin du Nil qui vient de paraître, forme la première partie du tome X (Afrique septentrionale), trop étendue pour ne former qu'un seul volume. On y retrouve la brillante manière du grand écrivain et toutes ses qualités de style et de composition. Il abordait un sujet brûlant, surtout pour un Français ; mais il s'en est tiré avec beaucoup de tact, en laissant de côté la question politique qu'il n'a fait qu'effleurer, pour ne s'occuper que de la géographie proprement dite, de la conquête inique faite par l'Egypte, au profit des chasseurs d'esclaves du bassin du Haut-Nil, enfin de la situation présente des noirs et des moyens de faire triompher la vraie civilisation.

L'étude physique du pays est admirablement conduite, à l'aide des

récits de tous les explorateurs anciens ou modernes, et d'observations personnelles recueillies dans un récent voyage en Egypte. L'ouvrage donne des renseignements sur toutes les questions concernant ce pays, aussi bien sur les magnifiques ruines qu'il renferme et en particulier sur celles qui ont été récemment découvertes, que sur la situation présente de la contrée, sur son mouvement commercial et industriel. Chaque chose est à sa place, et la lecture de ce livre dispense de celle des récits qui s'y trouvent résumés quant à leurs résultats importants. En outre, 111 cartes, dont trois sont en couleur et gravées sur pierre, et 56 gravures, permettent aux lecteurs de se représenter fidèlement les pays décrits. Un excellent index alphabétique, renfermant tous les noms propres dont il est fait mention dans le texte, se trouve à la fin du volume.

Libéria. Histoire de la fondation d'un Etat nègre libre, par le colonel Wauwermans. — Bruxelles (Institut national de géographie), 1885, in-12, 274 p. et 2 cartes, fr. 3. — Au moment oh l'attention est fixée sur le nouvel État libre du Congo, il est sans contredit intéressant d'étudier un autre État, libre aussi, jaloux de son indépendance, qui, sans avoir devant lui le brillant avenir réservé au bassin du Congo, n'est pas cependant sans importance, vu sa proximité du Soudan et ses ressources minérales et végétales. C'est pour montrer à ses compatriotes que toutes les entreprises, comme celles de l'Association internationale du Congo, ont des commencements difficiles, que M. Wauwermans a écrit ce livre, qui a été l'objet de beaucoup d'éloges de la part d'autorités compétentes, en particulier du président et des membres du gouvernement de Libéria. Fondée par un comité américain pour recevoir les esclaves libérés en Amérique, ou délivrés par les croiseurs qui arrêtaient les vaisseaux négriers, la république de Libéria traversa, de 1820 k 1828, une période agitée. Jusqu'en 1847, elle resta sous la haute tutelle du Comité, mais à cette date, elle fut déclarée complètement indépendante et, depuis lors, s'administra elle-même. Aujourd'hui elle compte 18,000uègres civilisés et 1,050,000 nègres indigènes. Monrovia, sa capitale, est une petite ville de 3000 habitants. Sans doute, l'horizon est encore bien sombre par suite des prétentions de l'Angleterre sur plusieurs points du territoire de Libéria, et de l'échéance de 1886, à laquelle l'État doit rembourser une forte dette. Mais il ne faut pas désespérer. La répubhque vient d'ouvrir aux capitalistes étrangers son territoire autrefois fermé aux blancs ; elle a passé jadis par des périodes plus critiques encore, et la génération nouvelle, forte, intelligente, a une inébranlable confiance dans l'avenir.

BULLETIN MENSUEL (7 septembre 1885. «)

L'exploitation entreprise par la Société agricole et industrielle de Batna, dans la région de rOued-Rîr, prend chaque année un développement plus étendu. D'après le rapport de l'exercice de 1884, vsur les 1500 hectares environ qu'elle possède, elle a fait planter 32,000 palnïievs, dont la plupart, ne datant que de 1882 et 1883, fonnent déjà des arbustes verts et touffus ; à Sidi-Yahia, plusiem*s de ceux qui ont été plantés, il y a trois ans 'seulement, ont déjà donné des dattes cette année-ci. La Société a commencé à exploiter l'alfa sur une concession qui lui a été accordée entre Batna et El-Kantara.

Un résident anglais au Caire a fourni à l'Antislavery Society des documents* desquels il ressort que, malgré l'occupation anglaise et la convention conclue entre l'Angleterre et l'Egypte, aux termes de laquelle la vente d'esclaves de famille à famille serait, à partir du 4 août 1884, déclai'ée illégale et punie d'un emprisonnement de 5 mois aumlmmum, à 5 ans au maximum, avec travail forcé, le trafic d'esclaves se poursuit au Caii-e. Le département pour la suppression de la traite est beaucoup moins bien servi aujourd'hui qu'il ne l'était il y a trois ans. Jusqu'en 1882, il avait à son service 500 fonctionnaires, avec un budget de 20,000 livres, et à cette date, 10,000 esclaves avaient été libérés. Actuellement il est dirigé par un oflBcier étranger qui a sous ses ordi*es deux sous-inspecteurs natifs, empêchés de remplir leui's fonctions par ceux-là mêmes qui devinaient les y aider. Loi-sque ces sous-inspecteui*s réussissent à aiTêterenflagi'ant délit un vendeur d'esclaves, celui-ci est traduit devant une cour martiale composée d'officiers égyptiens, tous possesseurs d'esclaves, et présidée par Nessim bey, un des familiers du khédive. Le prévenu a toujoui's une douzaine de témoins qui ne craignent pas de se parjurer pour attester son innocence. Il en résulte, au dire du correspondant de l'Antislavery Society, qu'il y a actuellement au Caire, au moins trente marchands d'esclaves qui poursuivent en paix leur honteux trafic. Au mois d'avril de l'année dernière, arrivèrent de Khartoum plusieurs personnes ayant des esclaves en leur possession.

* Les matières comprises dans nos Bulletins mefisuels et dans les Nouvelles eom^ plémentaires y sont classées suivant un ordre géographique constant, partant de l'Algérie, puis allant à TEst, longeant ensuite la côte orientale du continent et revenant par la côte occidentale.

* Scandais at Cairo, in connection with slavery, Cairo, 1885, in-8*, 18 p.

L'AFRIQrK. — SIXIÈME ANNÉE. — N® 9, 9

Le« sous-iuspecteui*s .se contentèrent de faire signer à chacun des propriétaires l'engagement de ne pas vendre leure esclavas, et dépassèrent les pièces aubureau du gouverneur du Caire. Ayant appris plus tard que, malgré cet engagement, les propriétaires avaient vendu leurs esclaves, les sous-inspecteurs réclamèrent au bureau du gouverneur les pièces nécessaires pour exercer des poui'suites contre eux, mais le gouverneur refusa absolument de les leur rendre, en sorte qu'ils ne purent rien /aire conti'e les délinquants.

Quant à la recrudescence de la traite au Soadauy ou peut sVu faire une idée, d'après la lettre suivante d'un Arabe, publiée dans le Journal de Gordon, et citée par Stanley dans son discoui-sàraîi^semblée de l'AntislaveiT Society, le 22 juillet : « J'ai l'honneur de vous annoncer, » écrit Karam lUah, fakir du Bahr-cl-Ghazal, à l'émir de l'armée du Mahdi, « que nous avons capturé, comme esclaves, un grand nombre de femmes, et que 1360 esclaves ont déjà été envoyés à Chakka. l Tous les fakire ont été répartis dans les différentes zeribas pour y ras-

I sembler le butin. Tout ce qui sera pris sera, au fur et à mesure,

expédié à Chakka. Comme les esclaves saisis sont extrêmement nombreux dans ce pays, nous sommes très pressés de les faire partir. Maintenant nous attendons des ordres, soit pour rester ici, soit pour nous rendre auprès de vous, soit pour attendi'e la ce^^sation des pluies, par pitié pour les esclaves qui ont de petits enfants. »

Le Jïmes a publié une lettre de l'évêque de Cai'lLsle relativement à rasBociation créée, il y a deux ans, par un certain nombre d'ecclésiastiques anglais, pour la propa§^tioii du chrlHtiaiiiaine en Êi^ypte. Comprenant la responsabilité qu'impose à TAngleten'e le fait de la position qu'elle a prise dans les affaires de ce pays, ils ont cherché si l'Église copte ne pourrait pa*s leur fournir le moyen d'atteindre le but qu'ils se proposent. Mais la faiblesse à laquelle son isolement et l'oppression musulmane ont réduit cette église, leur a fiiit comprendre qu'on ne peut attendre d'elle de grands efforts en faveur de l'éducation, et que le secours doit venir du dehors. L'association a décidé de fonder au Caire une école supérieure pour jeunes gens, auxquels sera donnée une bonne éducation ordinaire, en même temps qu'une éducation religieuse et morale soignée. Elle sera ouverte à tous : chrétiens et mahométans ; cependant il est probable que ce seront les Coptes qui en profiteront le plus. L^Africaîi Tifnes propose que l'école soit appelée Collège Gordon.

La nouvelle apportée au Caire par le^P. Bonomi, que les explorateurs

bunker et Casati étaient en sécurité à Lado» auprès d'Emin bey, a pu faire croire que les expéditions dirigées par le D' Fischer et le D' Lenz, pour chercher à leur venir en aide par le Victoria-Nyanza et le Congo, sont devenues inutiles. Mais, comme le font remarquer les Mltfheilungen de Gotha, la situation d'Emin bey et de ses hôtes est rendue très critique, par le fait que les partisans du Mahdi se sont emparés de la province du Bahr-el-Ghazal dont Lupton bey était gouverneur. Depuis le 14 avril 1883, aucun vapeur n'est parti de Lado ; la grande quantité d'ivoire qui y est accumulée doit exciter la convoitise des rebelles. La chute de Khartoum et la retraite des Anglais de Dongola ont aggravé la position des Européens. Pour le moment ils ne peuvent attendre aucun secoure par la voie du Nil. Quant à la route du sud, par le Victoria-Nyanza, les dernières nouvelles d'Emin bey, remontant au 14 avril 1883, portaient que la guerre avait éclaté entre l'Ou- Nyoro et l'Ou-Ganda. Le poste militaire égyptien de Mruli, qui commande la route entre le Nil et l'Ou-Ganda, étant occupé par les gens de l'Ou- Nyoro, la route vers le sud était si bien fermée, qu'à Roubaga aucune communication d'Emin bey, autrefois en rapports constants avec Mtesa, n'arrivait plus à ce dernier; les missionnaires ne connaissaient la révolte et les progrès du Mahdi que par Zanzibar. Il paraît que Kabrega, souverain de l'Ou-Nyoro, n'a pas renoncé à son ancienne inimitié contre l'Egypte, et le territoire occupé par ses gens ne pourrait être que difficilement traversé par Emin bey et les Européens qui sont avec lui. Il semble même, d'après une dépêche publiée par la Gazette de V Allemagne du Nord, que le gouverneur de la province égyptienne équatoriale et le D' Junker ont été attaqués dans une tentative qu'ils ont faîte de se rendre de Lado dans l'Ou-Ganda. Après avoir repoussé les agresseur, Emin bey et Junker se sont établis 'dans un camp retranché où ils espéraient recevoir du secours du roi de l'Ou-Ganda.

Le journal Marina e Commercio de Rome a publié une lettre du comte Salimbeni, ingénieur, chargé de fonder une station dans le GcMljam et de construire un pont sur le IVil-Bleu i a Le 14 mars, » écrit-il à sa femme à Païenne, a le pont était teiminé ; le 28 du même mois,Tekla-Haimanot y a passé avec toute sa suite qui l'a salué du nom de nouveau Fassil. Il m'a écrit : J'ai vu le pont. Il est beaucoup plus beau que celui fait par le précédent Fassil. Grâce à Dieu, j'ai délivré le capitaine Cecchi de la main de la reine de Ghera. Si tu veux rester dans mon royaume, garde la ten'e qui est ma propriété ; je te donnerai en toute propriété celle qui te plaira le mieux. Je te donnerai des servi-

teui"s, des bœufs, beaucoup de vaches, de moutons et de chèvres. Si tu veux faire du commerce dans mon pays, tu ne paieras point de droits de douane. Si tu veux voir les pays gallas sur lesquels je règne, je t'y accompagnerai ; va, regarde et étudie. » Le roi lui a fait de riches présents ; après les avoir énumérés, il continue : a Tu ne peux t'imagiuer, les peines, les souflFrances, les violences, les humiliations que j'ai dû supporter pour conduire mon travail à bonne fin. Le maître maçon, Andreoni, et moi, nous avons lutté seuls contre tout et contre tous. Privés de chaussure, aifamés, sans nouvelles des nôtres, tournés eu ridicule, maltraités, menacés de mort, nous avons cependant triomphé. Si je retournais maintenant en Italie, je fournirais aux indigènes 'un prétexte de dire du mal de nous ; ils diraient que nous nous sommes enfuis craignant qu'à la saison des pluies notre pont ne fût emporté. »

Le-s missionnaires romains ont profité de la retraite des garnisons égyptiennes du Harrar, pour créer plusieurs stations au milieu des tribns ^alias voisines de Han-ar, avec lesquelles ils ont pu se mettre plus facilement en rapport. Mgr Taurin Cahagne, vicaire apostolique des Gallas, écrit aux Misinous catholiques, que ses missionnaires rayonnent autour de Harrar, à la distance d'une journée et demie, dans une situation assez indépendante. La tribu des Noli-Gallas, qui confine aux Issas et est maîtresse des grande^s voies commerciales, est surtout l'objet de leur activité. Son territoire se compose de hauts plateîiux, et de vallées profondes, bien an'osées pour la plupart, fertiles, mais peu accessibles, si ce n'est du côté du désert. Les missionnaires occupent trois des vallées principales ; la population de celle d'Awolé est surtout pastorale, et moins entamée par le mahométisme ; les campements des bergère sont à une journée de la station au milieu des bois et des broussailles. Plus au N.-E. s'ouvre la vallée d'Ama, remarquable par des mines d'anciens édifices ; on y descend par des pentes rapides et boisées. En se dirigeant vers l'est, et en gravissant les flancs des montagnes, on atteint les beaux sommets de l'Edjersa-Goro, couveits de belles forêts de pins qui descendent assez bas dans les vallées. De là ou découvre, à 30 ou 40 kilom., les plaines brûlées des Issas. La troisième vallée est celle de Mité, par laquelle passe une ancienne route commerciale, le long de laquelle se trouvent des ruines assez considérables.

Le D' Hannin^t4»n9 évêque de l'Afrique équatoriale a fait, de Frère Town, un voyage à Teïta, daius le Chagga, où se ti'ouve une station missionnaire. Il tenait aussi à reconnaître une routepar le pays des Masaî au Victoria-Nyanza, diflférente de celle qu'avait suivie M. J, Thomson.

A la tête d'une centaine do porteui-s, il rencniitra plus vanes amenant des esclaves à la côte, et eut le bonheur plusieurs de ces malheureux qu'il remit à la mission. Arriv trouva cette station affaiblie par la famine, pendant laquelle nombre d'iudigène^ étaient morts, d'autres avaient quiti d'autres encore avaient été tués, ou pris et vendus commees( les villages, sauf ceux dans lesquels s'exerçait l'activité du m M. Wray, avaient été abandonnés. La situation parut M. Hanningtou, qu'il jugea plus sage de renoncer à ce poste venir à Rabal, près de Frere Town, les survivants, en atten district au pied du Kilimandjaro se repeuple, et que le bos Eionnaires se fasse de nouveau sentir. Dès lors, M. Hani reparti avec M. Taylor pour le Victoria-Nyanza avec une ( Souahélis. Il comptait passer prés du lac Nalvasha, et anive dans le bas Kavirondo. Il citiit que si cette route de la côte; Nyanza était ouverte, toutes les- caravanes de Mombas pou l'adopteraient, ce qui abrégerait beaucoup les distances c grande économie de temps et d'argent.

D'après une lettre du D' ScUweinfurth au î^mw, la Ci allentande de FAMqae orientale a adopté, pour pi niai, d'expulser do ses possessions les Arabes et les musuli gers, particulièrement ceux qui font le commerce des esch propose également d'interdire la chasse aux éléphants, afin ( ces animaux et de les utiliser pour l'exploitation des colonies L'introduction des spiritueiut, des ai-mcs à feu et de-s mu rigoureusement prohibée. En tenant les Arabes éloignés de nie^, les Allemands y mettront fin à l'esclavage et à la tra peu ils amèneront les indigènes k un état de civilisation sup

Le P. Guillet, supérieur de la mission romaine au Ta fait une excui-sion dans le Many éma en vue d'y établir i à cet effet il a profité du passage de Tlpo-Tip», s( Manyéma, à Oudjidji, pour avoir avec lui une entrevue dai lui a exposé son but, et a réclamé son appui. « Vous pou' 8ur moi », lui a répondu Tipo-Tipo ; « venez quaiid vous voue aiderai de toute,s mes forces. Si vous voulez faire des excu jusqu'à la côte occidentale, je vous fournirai des hommes ^^ voulez vous fixer dans le pays, vous me trouverez égaler disposition ; mais je no vous conseille pa.s de vous établir c Ngouaua, comme à Koua-Kasougo, ou à Nyangoué ; les Aral

vent pas volontiers votre doctrine qui leur paraît trop sévère. Il vous faut des sauvages ; je vous conseille donc de passer le Loualaba et de vous installer chez Roussouma ou chez Kaboura, à Mouavi ou à Imbani. Là vous trouverez des populations très denses ; vous n'aui'ez rien à craindre ni des indigènes, ni des Wa-Ngouana, parce que je sui:^ le seul maître du pays. Dès que vous sei'ez prêts à venir, écrivez-moi à Koua-Kanongo, à un jour environ de Nyangoué, où je réside habituellement. Si je n'y suis pas, je laisserai des ordres à mon frère, pour qu'il vous reçoive à ma place. Vous visiterez tout le pays et choisirez l'emplacement qui vous conviendra le mieux. »

Nous devons à M. Luciano Cordeiro, secrétaire pei'pétuel de la Société de géographie de Lisbonne, les premiers renseignements sur l'itinéraire des explorateurs Capello et Ivens, de lllossiamédèili à Quilimane. Partis de Mossamédès au mois de mai's 1884, avec une petite caravane de porteurs rapidement organisée, et accompagnés d'une faible escorte de quelques soldats de la province, ils commencèrent l'étude de la région du Coroca et de la zone située entre la côte et le plateau de Huilla. Poursuivant ensuite leur marche vers le S.-S.-E., sur Humbé, et plus tard vei-s le N. le long du Cunéné, ils firent dans cette région une série d'observations qui leur ont permis d'en déterminer la topographie générale, ainsi que celle du pays qui s'étend entre le Cunéné et le Coubango. Après avoir passé cette rivière, ik en suivirent la rive gauche jusqu'au 16°20 de lat. S., et se trouvèrent dans un pays presque désert, sillonné de nombreux cours d'eau et extrêmement marécageux. Remontant vers le nord, ils pénétrèrent par le Lovalé dans la région située entre le Coubango et le haut Zambèze qu'ils atteignirent à Libonta. Le pays de Lovalé, exploré par les Portugais à la fin du siècle passé, est formé de vastes plaines inondées, que l'expédition ne traversai qu'au prix de mille difficultés et de grandes souffrances. Arrivés au Zambèze, les explorateurs cherchèrent à découvrir la ligne de partage des eaux entre les bassins du Zambèze et du Congo, visitèrent les centres commerciaux de cette région et étudièrent la meilleure voie de communication entre les deux côtes. Traversant le Zambèze à Libonta, ils poursuivirent leur marche le long de la rive gauche de ce fleuve, et, au bout de six jours, rencontrèrent le grand affluent venant du N.-E., nommé Cabompo. De là jusqu'aux environs du lac Moero, l'expédition éprouva de grandes pertes en hommes, en animaux et en ustensiles, tout le pays jusqu'à Garanganja, grand marché de l'Afrique centrale, étant complètement désert. Ils purent néanmoins étudier les sources du

Loualaba, et déteniiiuer par des observations minutieuses la ligne de faîte des deux bassins du Congo et du Zambèze. De GaranganjaPexpédition redescendit vers le sud, puis se dirigea vei's l'est, à la recherche du Louapoula, à travers d'immenses forêts désertes qui, du Louapoula, s'étendent vers le sud. Affaiblis et harassés de fatigue, les explorateurs reprirent leur marche vers le Zambèze, qu'ili^ suivirent jusqu'à Tété, et de là, jusqu'à Quilimane. Ils avaient fait un parcoui-s de plus de 7000 kilom. dont 2500 en pays entièrement inexploré avant eux. On comprend dès lors la valeur de leur exploration, qui permettra de déterminer exactement l'orographie et l'hydrographie de cette vaste région, représentées jusqu'ici dans nos cartes d'une ftiçon plus ou moins hypothétique. Embarqués à Quilimane, MM. Capello et Ivens ont touché à Port-Durban et à Capetown\ et ont reçu des témoignages de cordiale sympathie de la part des Européens établis dans ces villes ; dès lors ils ont passé à Loanda et sont attendus à Lisbonne pour le mois de septembre. Nous reviendrons ultérieurement sur les résultats de leur exploration. M. Wîleo;x, missionnaire américain à Inhambané, près des bouches du Zambèze, a fait récemment une visite au roi des Hla-Kwak- ^wa, à quatre jours de marche de la côte. Les hommes de cette tribu lui ont paiii plus virils et plus respectueux que les Ba-Tonga. Leurs us et coutumes, leurs danses, leur caractère belliqueux, la manière dont ils traitent les femmes, et leur accent les rapprochent beaucoup des Zoulous. La demeure du chef n'a rien qui la désigne comme résidence royale, si ce n'est qu'elle est surmontée d'une paire de cornes de vache, et entourée d'une haute palissade de roseaux. Près de l'entrée étaient assis plusieurs indunas ou officiei*s, derrière lesquels se tenaient 30 ou 40 jeunes hommes. L'induna qui conduisait M. Wilcox s'assit à l'entrée ot dit, en faisant un geste de la main : « Voilà notre roi, » mais sans le désigner expressément, aussi M. Wilcox était-il très embai-rassé de

* A la dernière heure, VIndépendance belge nous apporte quelques renseignements supplémentaires sur l'exploration de MM. Capello et Ivens, fournis à ce journal par un de ses correspondants de Capetown. Les explorateurs portugais ont trouvé la tsétsé au cœur de l'Afrique, en même temps qu'une quantité énorme d'éléphants ; la région qu'ils ont parcourue serait donc riche en ivoire. D'autre part le pays où se trouve Garanganja aurait des mines de cuivre. Le chef Muchir qui voyait des blancs pour la première fois, s'est montré très défiant, et même hostile; mais on peut espérer que ses préjugés se dissiperont, quand il aura une nouvelle occasion de voir des Européens venir chez lui avec des dispositions pacifiques.

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savoir lequel das trois ou quatre jeunes gens présents était le roi, et dut-il demander une explication aux indunas, mais aucun d'eux ne parut disposé à le tirer d'embarras. Appelant aloi-s son domestique : « Angelasi », lui dit-il, o indique-moi qui est le roi Mpandé. » a Aucun de ceux que vous voyez, mais le voilà, » répondit Angelasi en regardant à travers les roseaux. M. Wilcox aperçut alors un jeune homme de 18 ans, à moitié caché derrière la palissade ; il lui tendit la main en faisant le salut ordinaire des ZoiUous ; le roi s'approcha, lui prit la main, mais d'un air très réservé, et assez mal à son aise. Le missionnaire exposa le but de sa visite, mais voyant que le jeune roi n'aurait pas grand chose à dire, il s'adressa aux indunsis qui l'écoutèrent avec une grande attention. L'un d'eux, qui avait vécu dans la Colonie de Natal, leur expliqua Qi\ dét<ail ce que M. Wilcox se proposait de faii'e. On l'invita à se retirer un instant, après quoi les indunas lui firent dire qu'ils aimeraient beaucoup à l'avoii' au milieu d'eux, et que, comme il était le premier missionnaire qui fût venu les visiter, ils lui réserveraient la place, mais qu'ils n'oseraient pas lui accorder l'autorisation de commencer à travailler paiini eux avant qu'il eût vu le roi Oumgané, successeur d'Oumzila, sans cela, le suzerain leur dirait : pourquoi avez-vous piis un missionnaire pour vivre comme les blanc>î, sans me consulter V Les indunas rengagèrent à se rendre à Baleni, chez Manjoba, un des principaux ofiSciers du roi, en ajoutant que si celui-ci donnait son autorisation, eux aussi consentiraient volontiei-s à recevoir le missionnaire. M. Wilcox jugea qu'il valait mieux s'adresser au roi lui-même, et re\iut à Inhambané avec l'intention de se rendre à Omovamouhlé, résidence du nouveau roi. — D'autre part, M. Richards, aussi missionnaire américain, a fait, de Natal, en compagnie d'un natif, nommé Maziana, un voyage au Limpopo, en vue d'atteindre la ville de Baleni % Manjoba s'est montré disposé à recevoir des missionnaires, mais à la condition que l'autorisation soit aussi demandée à Oumgané. Le pays qui entoure la ville est plat et peu salubre, mais il y a, à quelque distance, des hauteurs vraisemblablement plus favorables à ime station missionnaire.

La protestation du président de la Nouvelle République des Boers contre la prise de possession de la baie de S**- Lucie par le lieutenant W.-J. Moore, de la marine britannique, a provoqué une démarche d'un cei-tain nombre de Zoulous auprès de l'autorité anglaise de la Colonie de Natal. Leurs délégués, reçus par le gouverneur, ont exposé qu'ils avaient reconnu Dinizoulou comme successeur de Cettiwayo, en témoignage de quoi ils apportaient en présent deux peaux de lion, leur pan-

vreté ne leur pennettant pas d'oflErir des défenses d'éléphants. « Mais, » ont-ils ajouté, « nous ne savons où installer notre roi ; vous, Anglais, vous nous avez pris une partie de notre pays — le territoire dit de la Réserve — et de notre population ; la Nouvelle République des Boers nous on enlève une autre partie ; de quoi notre roi pourrait-il prendre possession? » Le gouverneur a demandé du temps pour répondre. Une députation de membres du parlement anglais et d'autres notabilités qui s'intéressent aux affaires de l'Afrique australe s'est rendue auprès du nouveau secrétaire d'État pour les colonies, le colonel Stanley, pour s'informer des mesures que le gouvernement anglais compte prendre en faveur des Zoulous. Le secrétaire d'État a répondu que le plus grand désir du gouvernement est de voir les colons anglais et les Boers vivi-e en bonne harmonie et travailler en conmiun à leur bien-être mutuel, et qu'il ne fera rien qui puisse tendre à accentuer la distinction entre les deux races dans cette partie de l'Afrique. Il a même ajouté que l'offre du roi Khamé, de placer son territoire sous le protectorat britannique, ne peut être acceptée. Il est en communication avec le gouverneur de Natal au sujet du Zoulouland, mais la question de l'annexion ou du protectorat n'est nullement résolue.

M. le missionnaire E. Jacottet, auquel nous devons Texploration du haut Orange et de se^ affluents (p. 24-35), ayant constaté que les hautes vallées sont suffisamment peuplées, la conférence du Le-Souto décida d'abord d'étendre l'œuvre de la mission à la vallée de la Makhalenf^y la plus rapprochée de Morija, puis k celle de la Senkunyane, dont la population est encore tout à fait païenne. Elle chargea. M. Jacottet d'y préparer les voies à l'installation d'un évangéliste, pour le mois d'octobre ou de novembre. Poui* cela notre compatriote a entrepris un second voyage, dont nous regrettons de ne pouvoir emprunter que quelques détails auBiilletifi mimonnaire de Neuchâtel. Ce fut à la tin de juin, c'est-à-dire au fort de l'hiver du Le-Souto, que M. Jacottet dut se mettre en route, avec la pei-spective de devoir passer une ou deux nuits dans la neige, h 2700 mètres d'altitude. En travei*sant le col qui sépare le Le-Souto de la vallée de la Makhaleng, il constata avec étonnement que, depuis son premier voyage, sept mois auparavant, on y bâtissait un nouveau village. Au col de Thaba-Putsa, à 2800 mètres au-dessus de la mer, de grandes masses de neige garnissaient les flancs des montagnes ; et pour atteindre le village de Motsiba, dans la vallée âpre et sauvage de la Senkunyane, il dut chevaucher pendant plus de trois heures sur un étroit sentier, presque littéralement suspendu sur

l'abîme, voyant, à une centaine de mètres au-dessous, rouler les eaux torrentueuses du fleuve. La population est plus dégradée que celle des vallées inférieures du Le-Souto. Le chef Mosheli, honteux de l'ignorance dans laquelle croupissent ses gens, demanda instamment qu'on lui envoyât un évangéliste, pour leur fournir l'occasion de s'instruire. Celui qui sera installé là-haut commencera par ouvrir une école. En revenant dans la direction de Thaba-Bosigo, M. Jacottet passa dans un endroit situé à 2700 mètres, dont les habitants ont réussi à faire une véritable oasis dans le désert; cependant il y manque des habitations un peu confortables ; la hutte rectangulaire où il avait couché précédemment avait croulé sous le poids de la neige. Après une nuit passée dans une hutte étroite, il vit, à son réveil, les montagnes toutes blanches de givre; c'était à se croire en Suisse; mais le spectacle ne dura pas longtemps, le soleil eut bien vite fait disparaître ces frimas. Quoique Tévangéliste Josepha qui l'accompagnait, ait trouvé la vallée âpre et sauvage, il quittera le champ du travail plus facile qu'il a cultivé jusqu'ici, pour se transporter prochainement sur ces hauteurs, où il devra reprendre la vie de la hutte, car il ne pouirait transporter ni table, ni lit, ni ustensiles, à travera ces montagnes presque inaccessibles.

Les MiWieilungen de la Société de géographie de Vienne nous apportent des renseignements sur les progrès de l'eTcpédltion du IF Holub, dont nous étions sans nouvelles depuis longtemps. Les lettres publiées sont datées de Liinokana^ la dernière station postale sur la route de Potchefstrom à Shoshong. Après avoir fait plusieurs excursions dans le sud pour réunir des collections qu'il a expédiées en Europe, l'explorateur a dû pratiquer la médecine pour pourvoir aux besoins de l'expédition, traitant gratuitement les pauvres, mais se faisant payer en nature par les chefs indigènes. D écrivait le 8 mars : « Dans l'État libre le temps reste invariable ; il n'y est pas tombé de pluie depuis toute une année, aussi les bêtes de trait succombent-elles presque toutes faute de fourrage. Il vient de mauvaises nouvelles du pays des Ba-Mangwato, menacés par les Ma-Tébélé. — Par ma pratique médicale, j'ai obtenu six bœufs qui me seront très utiles pour mon voyage à l'intérieur. Nous comptions pouvoir prendre une route à l'est, atteindre la frontière du Transvaal en une marche à travers un pays de collines, puis descendre dans la vallée du Marico et du Limpopo, qui nous promettait non seulement du gibier mais encore de riches collections. Malheui'eusement une querelle s'est élevée entre le percepteur du district de Marico et les Ba-Thloka ; il en est résulté une

levée de 250 honinies qui amènera sans doute un combat, e être des suites plus graves vu la proximité des troupes angl route m'est doue fermée, et je devrai prendre celle de I beaucoup plus longue, et rendue plus difficile par des mor? collines de sable ; elle a moins de fourrage que celle de V n'y i-eiicoiitre point de gibier. Les Boers attaqueront sa chef Kils. Si je passe dans sou voisinage, il s'emparera de pour se venger sur le premier blanc qui lui tombera sous 1 Bii-Tliatla sont amis des 6a-Thloka ; même en supposai pussions nous frayer à travers leur territoire un passage v nous serioiLS exposés k l'éventualité de voir nos collectiom les indigènes qui s'imaginent que nos caisses reuferiuent ti de trésors. — Nous allons quitter Linokaua, et demain au i nous serons k Baisport, le chemin le plus court pour Sh( bœufs s'étaiit reposés pendant cinq mois nous donnerout i Je conduirai le premier wagon, en fer ; Bukacz, qui doit po: nomètre dans les endroits cahotants, m'aidera à passer 1 les endroit* sablonneux en prenant par la bride les bœufs d Le second wagon attelé de 16 bœufs est conduit par Mein deux autres hommes ; au troisième wagon sont attachés Fe et un petit blanc africain que j'ai dû prendre avec moi, louer aucun garçon noir par peur de la fièvre du Zambè quatrième wagon se trouve mon unique serviteur noir, Pla avec deux aides. Derrière mon wagon de fer, Halouscbl' couduit par la bride mes cinq chevaux sellés pour que ni les monter dès que nous verrons quelque pièce de gibier quelconque intéressant au jjoint de vue de l'histoire nati mène en outreavec moi huit chevaux de chasse, un bouqueti deux singes de la grosseur du poing, un aigle et un vautoui un chat marin, etc.» — Dèslors, le président de la Société d austro-hongroise à Capetown a recula nouvelle derheureu: D' Holub à Shoshong et de son départ de cette ville pour Dès qu'il aura atteint le fleuve, il renverra à Colesberg wagons avec les bœufs dont il n'aura plus besoin. Quand le âeuve, il enverra un me~«sager avec une dépêche k la [ tion télégraphique du Transvaal ; mais il n'est pas probf reçoive des nouvelles ultérieures de lui avant le milieu d'o novembre.

Les travaux des missionnaires rhénans dans le Damai

rendus difficiles par le droit de succession en vigueur dans cette partie de l'Afrique australe. Dans beaucoup de familles le mari et la femme n'appartiennent pas à la même tribu. En cas de mort du mari, si la veuve n'a aucun parent du défunt dans la communauté chrétienne, il faut qu'elle aille viwe avec ses parents païens, et la tribu du mari hérite des bœufs, des vaches, même des enfants du défunt, jusqu'au nourrisson aussitôt qu'il peut être séparé de sa mère, en sorte que la pauvre veuve demeure complètement seule et sans ressources. Même dans le cas où elle épouserait un chrétien d'une autre famille, les enfants lui seraient enlevés. Si le défunt avait un parent chrétien, ce serait lui qui hériterait de tout, bétail, enfants et veuve. Mais il arrive a*ssez souvent qu'un mari chrétien n'a pas de parents dans sa communauté, dès lors la veuve retourne dans im milieu païen, ainsi que les enfants. Les missionnaires s'efforcent de modifier ces conditions du droit de succession du Damaraland, mais jusqu'ici ils n'ont pu y réussir.

D'après le Mouvement géographique, une brigade topo^paphique, placée sous la direction de M. l'ingénieur Petitbois et du lieutenant Van de Velde, a été chargée par l'État du Congo de la reconnaii-sance, au point de Mie du tracé d'une voîe ferrée, du tenitoire qui s'étend entre Vîvî et Isan^hila. Elle jalonnera la voie et préparera le travail topographique qui permettra de tracer la carte de la zone de 200" de chaque côté de la ligne du tracé. En attendant l'exécution de ce travail, l'Association étudie le moyen le plus pratique de créer une route entre Vivi et Léopoldville, le long de la rive méridionale du Congo, pour y installer un service de transport par bœufs. A cet effet elle a donné des ordres pour que l'on recherche, en face de Vivi, le point le mieux approprié à l'établissement d'une ferme, oii un certain nombre de bœufs seront réunis, aussitôt que les cultures suffisantes pour leur fournir des foun'ages auront été créées. Dès que ces bœufs seront acclimatés, il sera procédé à la création d'une seconde feniie, à une journée de marche de la première, on y en installera d'autres, et ainsi de suite jusqu'à Stanley-Pool. Il est probable que les bœufs qui seront employés seront ceux de Mossamédès ou du Damaraland. Actuellement les bestiaux sont rares au Congo ; l'espèce bovine n'y est pas indigène , elle est importée de Mossamédès. La race est grande et rapi)elle celle de la Hongi'ie avec ses belles cornes. Chaque factoi'erie possède un troupeau plus ou moins nombreux, que, malheureusement^ des maladies périodiques déciment à la fin de la saison sèche. IJ n'est

pas rare de voir disparaître ainsi des troupeaux times d'une cause que l'o» n'est pas encore parvei tement, mais que quelques pei-sonnes attribuent neuses. L'établissement de prairies tarj^emcnt ii du fleuve ou de ses affluents, est un des premi devra réaliser, si l'on veut appravisionuer les sta viajide fi-atche. L'<%levage des bestiaux, dit M. Dai et à cause de la grande extension qu'il est sus devenir au Congo une source importante de riche Bauniiis, Béraud et C° se propose-t-elle de faire, i UD essai d'élevage près de sa factorerie de Noki.

La maison Koubaix d'Anvers a envoyé au hollandais, M. Fugger, pour établir des cnltni dans les Iles du bas fleuve ; elle s'est aussi attac qui, avec M, Fugger, a choisi, comme premier cl de lUatéba, à peu près à égale distance de I Lenha, et qui appartient à l'État du Congo. 15 kilomt'tres de longueur et 4 de largeur. Eli M. Fugger, sur une bande d'une largeur de I( d'une végétation luxuriante de palmiers et de ba elle est plate, la terre y est bonne, excellente r d'arbres. Outre l'arachide, le tabac et le café y r L'État du Congo a loué à la maison Roubaix laquelle, à l'heure qu'il est, des constmctions on loin du village de Boulou, à 200" du rivage, en i steamers peuvent aborder aisément. L'Ile renfem aucun n'a plus d'une vingtaine de cabanes, abr tants, appartenant k la tribu des Moussorongo. I cbe eu grande vénération dans le pays, le dieu de construit une cabane spéciale ; le gardien en esl qui est en même temps le dii-ecteur des cérémonii

Les Proceedings de la Société de géographie (I d'après des nouvelles aiTÎvées en Suède, de la côte que des nésodantH suédois ont acquis, dans l au Camei-oou, environ 20 milles carrés de terre, s suédois a été arboré, il y a quelques mois. Le c salubre et le sol riche ; on y cultive du cacao, du et de l'indigo. Les colons ont réussi à nouer de b merce avec les indigènes, qui leur livrent suiloi

fournissent en abondance les forêts voisines. Si le gouvernement suédois les avait autorisés il y a deux ans h s'établir en cet endroit, ils auraient pu prendre possession du pays de Boto, près de Victoria, jusqu'au Riodel-Rey une des parties les plus fertiles de la côte occidentale d'Afrique. A présent ils doivent faire leui* commerce à leurs risques et périls.

NOUVELLES COMPLÉMENTAIRES

Une expédition allemande, entreprise sous les auspices de la Commission centrale de la Société de géographie commerciale dont le siège est à Berlin, et de la Banque d'exportation, est préparée en vue de la fondation d'établissements commerciaux dans les pays d'outre-mer. Elle visitera d'abord les ports de l'Afrique septentrionale, pour nouer des relations avec les maisons allemandes qui y sont établies, et chercher dans chaque port quels sont les articles de fabrication allemande qui y trouveraient un écoulement.

Le D^ Rouir e a profité de son passage à Tunis pour y provoquer la création d'une Société de géographie.

Le capitaine Ferrari, rentré en Italie de la mission dont il avait été chargé en Abyssinie, a rapporté que plusieurs chefs de tribus so sont révoltés contre le Négous, et qu'ils sont maîtres de la route de Massaoua à Debra-Tabor. Une humeur fantasque s'est emparée du roi Jean, qui parait ne plus jouir de toute sa raison. Souvent il est en proie à des accès de fureur qui se terminent par des actes sanglants; parfois même il ordonne des supplices contre des sujets qui n'ont eu d'autre tort que de se trouver sur son passage dans un de ces moments d'humeur noire.

MM. Capucci, Ciccognani et Duylio, envoyés par la Société africaine de Naples, sont partis, le 28 juillet, d'Assab pour le Choa.

M. Clément Denhardt est revenu à Berlin, après avoir exploré avec son frère le bassin de la Dana. A peine de retour il songe à repartir pour un nouveau voyage en Afrique.

Le D** Jflhlke et M. Weiss, délégués de la Société allemande de l'Afrique orientale, ont acquis au nom de la Société tout le territoire du Kilimandjaro, au N.-O. de Pangani, sous 2®,30 lat. sud, comprenant l'Ou-Sambara, le pays d'Arousha et le Chagga. D'après les traités passés avec les chefs., l'Allemagne se charge d'y organiser la justice et de faire occuper le pays par ses troupes. Elle s'est réservé le droit d'établir les impôts qu'elle jugera nécessaires, et d'introduire, pour les relations du commerce, les restrictions qui lui paraîtront utiles.

Le nouveau consul allemand à Zanzibar a pris possession du poste occupé précédemment par l'explorateur Gérard Rohlfs.

D'après une dépêche de Zanzibar du 29 août, l'explorateur Reichardt e&t arrivé en bonne santé à Zanzibar.

Le Yapear la Bonne Nouvelle a été lancé sur le Tanganyika, le 3 mars, au grand étonnement des indigènes qui, en le voyant remonter, ne pouvaient se représenter qu'un bateau en fer pût jamais flotter sur les eaux.

Le missionnaire Bôhm écrit, de Wallfish-bay, que Jan Jonkers qui, jusqu'ici, s'opposait à la conclusion d'une paix définitive entre les Namaquas et les Héréros, se plaint beaucoup que le consul allemand, M. Yogelsang, lui ait interdit de continuer à piller les Bastards de Rehoboth, placés désormais sous le protectorat de l'empire allemand. Il a réclamé, pour lui aussi, ce protectorat et a promis de faire la paix avec les Bastards ; il a déjà conclu avec eux un armistice.

M. Jôao Augusto de Moura, originaire de l'île de Madère et négociant à Lisbonne, a obtenu du gouvernement portugais une concession de 5000 hectares de terrains incultes jusqu'ici, dans la province de Mossamédès, au nord du cap Frio. Le gouvernement a pris à sa charge de faire transporter, du port de Funclial jusqu'à Mossamédès, 200 maisons pour les colons, et s'est engagé à fournir tous les secours nécessaires pour assurer le prompt établissement de la nouvelle colonie qui portera le nom de Luciano Cordeiro.

Le chef indigène Coanhama, de Huilla, dans la province de Mossamédès, étant mort subitement, les natifs crurent à un sortilège de la part des blancs résidant dans la localité. Vingt Européens furent massacrés, entre autres trois membres de la mission de Huilla. Un Anglais a pu s'échapper avec une de ses filles, mais deux autres de ses enfants ont péri dans ce massacre.

Le D' D.-D. Veth, qui dirigeait l'expédition hollandaise du Cunéné, est mort le 19 mai à Kalakanga, entre Humpata et Benguela. Les voyageurs ont eu à lutter contre de grandes difficultés pour gravir les terrasses qui conduisent aux hauts plateaux.

L'expédition missionnaire, à la tête de laquelle se trouve Tévéque William Taylor, a eu plusieurs de ses membres malades à Loanda. Le D^ Johnson a dû repartir pour l'Amérique; M. Ch&telain devait être conduit à Mossamédès, plus salubre que Loanda, en attendant qu'il pût revenir en Europe, mais il a dû s'arrêter à Benguela, la faiblesse dans laquelle il se trouvait ne permettant pas de le transporter jusqu'à Mossamédès.

Les missionnaires américains du Bihé ont été rappelés par le roi qui les avait d'abord chassés. M. Sanders est retourné à Baïlounda, où s'est aussi rendu M. Amot, après avoir séjourné plusieurs mois à Benguela.

Le marquis Buonfanti, entré au service de l'Association internationale du Congo, après avoir traversé l'Afrique, de Tripoli au golfe de Guinée, est mort de la fièvre à Massabé, et M. Casman, chef de la station de l'Equateur, a succombé à un anthrax.

Dans une des séances du Congrès d'horticulture et de botanique à Anvers, a été discuté le rapport concernant la flore du Congo, rédigé par M. Moukemeyer, ancien chef de culture à Boma. Le Congrès a adopté la proposition de former un Comité international en vue d'une exploration botanique du Congo.

Le 29 août sont partis, par le steamer Afrikaan, M. Janssens, nommé vice-gcn-

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verneur de PÉtat du Congo, avec résidence à Borna; M. Destrains, son secrétaire; IL Cuvelier, juge; trois officiers de l'armée belge, chargés d'une mission spéciale; M. de Blœme, nommé directeur général des factoreries hollandaises du Congo; enfin le chef Massala et les indigènes qui l'accompagnent.

La Castle Mail Packet Company organise une nouyelle ligne de vapears, dont les steamers partiront de Hambourg dès le mois de septembre ; ils toucheront à Rotterdam, Anvers et Lisbonne, en Europe, puis à Madère, Banana, Âmbriz, Saint- Paul de Loanda, Algoa-Bay, East-London, Natal et la baie de Delagoa.

La Ville d'Anvers, petit steamer de 30 tonnes, qui faisait le service des transports entre Boma et Vivi, a coulé bas un peu en amont de Ponta da Lenha.

Le StofUey démonté est arrivé à LéopoldviUe le 1*' juillet. Trois mécaniciens attachés au transport se sont immédiatement mis à l'œuvre pour sa reconstruction et son lancement sur les eaux du Stanley-Pool.

M. Francis de Winton, administrateur général du Congo en l'absence de Stanley, a dû, par crainte de troubles et d'une levée des noirs en certains points do territoire de l'État nouvellement constitué, restreindre temporairement la vente des armes à tir rapide et des munitions nécessaires pour l'usage de ces armes. Cette vente est soumise, dans toute l'étendue du territoire de l'État du Congo, à une autorisation préalable de l'administration générale.

Dans une lettre du 29 mai, de Stanley-Pool, M. Grenfell recommande à la Société des missions baptistes d'Angleterre, comme emplacements de futures stations : Msouata, à 160 kilom d' Arthington ; Mouxie, sur le Quango, à 80 kilom. en amont; Bolobo, à 145 kilom. au delà de Msouata; Loukoléla, position très importante pour les opérations futures sur le Mobandji; Bangala, à 200 kilom. d'Éqoateorville; Roubounga, à 270 kilom. de Bangala; Yambinga, à l'embouchure da liOlka, et Yangowa, au confluent du Loubilache.

Le D*^ C. Passavant de Bàle qui était, depuis deux ans, arrêté au Cameroon dans son projet d'exploration à l'intérieiy, dans la direction de la ligne de partage des eaux entre le bassin du lac Tchad, et celui du Congo, a été obligé par les circonstances politiques de cette région de renoncer à son plan, et va rentrer en Europe.

M. Stephan, directeur général des postes de l'empire allemand, a reçu de Cameroon une lettre renfermant des renseignements sur le système de télégraphie acoustique dont se servent les indigènes de la nouvelle colonie allemande. Chaque hameau est pourvu d'une espèce de trompette en bois à deux petits trous. Au moyen de cet instrument et de signes conventionnels, les nègres se transmettent les nouvelles à une distance considérable avec une rapidité surprenante. Chaque signe exprime un mot. Les indigènes libres seuls ont le privilège de se servir de ce système de correspondance dont l'usage est interdit aux esclaves et aux Européens.

L'explorateur polonais Rogozinsky a annoncé au Dziennik de Posen, que les fonctionnaires anglais lui ayant retiré l'appui qu'ils lui avaient généreusement accordé jusqu'ici, il renonçait à son expédition et allait revenir en Europe.

La direction des postes de l'empire allemand a fait une convention avec la

maison Woermann de Hambourg, pour établir un service postal, à partir du f août, h bord des vapeurs qui font le trig'et entre Hambourg et la c6te occidentale d'Afrique.

M. Robert Flegel, actuellement à Brass, à l'embouchure du Niger, prépare une nouvelle expédition au Bénoué supérieur.

D'après une lettre du D' Lenz à la Société de géographie de Vienne, l'expédition autrichienne a eu une traversée difficile le long de la côte de Krou, entre Monrovia et Accra. Il comptait s'arrêter quelques jours à Cameroon et poursuivre ensuite sans arrêt jusqu'au Congo. L'annonce de la découverte du Mobandji par M. Grenfell, lui faisait penser que son premier devoir était de tâcher de remonter le plus haut possible cet affluent du Congo.

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