EXPLORATION DES AFFLUENTS DU CONGO
Par le Rev. Grenfell.
Dans notre article sur les grandes voies fluviales de l'Afrique (IV* année, p. 339-347), noas faisions remarquer de quelle importance sçraient les affluents des grands fleuves africains, pour faciliter l'étude des parties encore inconnues de leurs vastes ba*ssins, et pour y faire pénétrer la civilisation. Cette observation s'appliquait tout particulièrement au Congo, le plus riche en tributaires, surtout dans la partie narigable de son cours, entre Stanley-Pool et les chutes de Stanley, sur une longueur de 1400 kilom. Dès loi-s, le fleuve a été reconnu entre ces deux points, soit par les vapeure de Stanley et de ses agents, soit par ceux des missionnaires. Stanley tout d'abord pénétra par l'embouchure du Quango dans la Wabouma, un de ses tributaires, et découvrit le lac Léopold II; un peu après, remontant le Congo, il signala, entre la station de l'Equateur et le V lat. S., le lac Mahoumba, dans une direction parallèle au grand fleuve ; nous avons rapporté l'exploration ultérieure qu'il fit du coui^s inférieur de l'Arououimi, jusque près des cataractes de Yambouga, sur une longueur de 75 kilom. A son tour, le capitaine Hanssens a reconnu l'embouchure de la Mongala et remonté ritimbiri. Mais il n'y a encore là que ce que nous appellerions les prcliminaires des étude^s des affluents du Congo; les agents des stations du nouvel État libre les continueront sans doute en détail et d'après un plan régulier, de manière à étendre progressivement et dans tous las sens nos connaissances sur toutes les parties de l'immense territoire qui s'étend du fleuve aux sources de ses grands tributaires, jusqu'aux limites mêmes de son bassin.
En attendant cette exploration méthodique, le Rev. Grenfell a ét**^ conduit, par ses recherches d'emplacements pour fonder de nouvelles stations missionnaires, à étudier soit les rives du fleuve et les embouchures de plusieurs de ses affluents, soit un certain nombre de ces dernière non encore explorés par les agents des stations de l'État libre. Nous avons déjà mentionné (p. 46-51), son premier voyage avec le Peace, de Stanley-Pool à la station de TÉquateur et à Liboko, à moitié chemin des chutes de Stanley, et donné sommairement (p. 197-198) le,s résultats de ses dernières explorations dans le bassin du haut fleuve. L'abondance des renseignements que nous apporte le Missionary Herald, nous engage à en extraire ce qui nous paraît le plus important pour nos lecteurs. Aujourd'hui, nous nous bornerons aux découvertes founiies par T avant-dernier voyage de Grenfell, réservant pour un article ultérieur l'exploration du Mobandji, — l'Oubangi de M. Wauters, — dont les détails ne nous sont pas encore parvenus.
Ce fut le 13 octobre de Tannée dernière, que M. Grenfell s'embarqua sur le Peace, pour remonter de nouveau le Congo, avec sa femme, le D' Sims, de l'Union missionnaire baptiste américaine, six garçons de l'école, et deux jeunes filles capables d'aider M"** Grenfell dans les soms à donner à son enfant âgé d'un an seulement. A la station française de Nganchou, ils rencontrèrent le capitaine Massari et le lieutenant Pargels avec lesquels ils remontèrent jusqu'à Kouamout, à l'embouchure du Quango. De là, ils longèrent la rive droite du Congo jusqu'à son confluent avecleLefini *, qu'ils résolurent d'explorer, afin de voir s'il offre une voie facile pour arriver à Mbé, capitale de Makoko. Ce chef prétendant être le souverain de toutes les tribus ba-tékc, qui occupent le teiTitoire entre le Congo et l'Ogôoué, il leur paraissait important d'établir avec lui des relations amicales, si l'occasion leur en était offerte. Leur tentative échoua par le fait que le Léfini, à cinq kilomètres en amont de son confluent, devient un ton-ent qu'il n'est plus possible de remonter; ils durent donc le redescendre et rentrer dans le Congo.
C'e>st à peu de distance du confluent du Léfini, que le fleuve s'élargit, et que commencent les lies qui en partagent le cours en plusieui-s bras. A 25 kilom. de Bolobo, se trouve l'embouchure de la Nkié, ou Nkenyé, qui traverse un district peu populeux, mais dont les habitants arrêtèi-ent l'expédition, en ne permettant pas au vapeur de faire provision de bois à brûler. Les voyageurs purent cependant remonter la rivière sur
» V. la Carte, p. 140.
un parcours d'une centaine de kilomètres, tout en remarquant que les natife ne s'en servent pas comme voie navigable, ce qui est dû sans doute à ses nombreux et longs méandres, et à ses eaux rapides, qui font que le voyage par terre est plus facile ; il est aussi plus sûr, les crocodiles étant très nombreux dans la rivière. Ce ne fut qu'en manœuvrant avec la plus grande pmdence que le Peace put redescendre sans avaries, le courant se précipitant dans les tours et détours de la rivière avec une rapidité de 5 à 7 kilom. à l'heure.
En se rapprochant de l'Equateur, les explorateurs rencontrèrent l'embouchure du Mobandji, dans lequel ils pénétrèrent ; mais sa direction étant la même que celle du Congo, ils crurent d'abord n'avoir à faire qu'à une section du fleuve, appelée de ce nom. Toutefois, après une marche de 200 kilom. environ, ils constatèrent qu'il s'agissait réellement d'un coui-s d'eau spécial. Au premier abord, les natifs furent effrayés et s'enfuirent, laissant leui-s bouilloires sur le Jeu, leurs maisons tout ouvertes, leurs chèvi'es et leurs poules à la merci des nouveaux arrivants ; ici, les adultiîs tremblants abandonnaient les plus jeunes ; là, les plus courageux mettaient les villes en état de défense, tandis que d'autres se tenaient derrière eux portant les armes et les boucliei-s de leurs camarades et les leurs propres. Près d'une de ces villes, les missionnaires furent reçus aux cris de : Esprits ! Esprits ! poussés de derrière la baiTicade. Un indigène de Loukoléla qu'ils avaient pris avec eux, eut beau dire que ce n'étaient point des esprits, mais des hommes venus pour se reposer et dormir comme d'autres ; rien ne put triompher du préjugé des natifs ; il fallut se retirer et passer sur l'autre rive pour voir si les gens y seraient plus traitables.
Quand les missionnaires approchèrent de la première ville de la rive gauche, tous les natifs s'enfuirent. On pouvait voir que les vivres étaient abondants, et l'on dépêcha à terre trois hommes de l'expédition qui, munis d'étoffes, de veiTOterie et de fil de laiton, essayèrent d'entrer en pourparlers avec le peuple. Mais ils durent bientôt battre en retraite devant une foule inritée, qui reçut les agents paciticateui's en leur jetant une lance que c(îux-ci esquivèrent adroitement. Ils ne se retirèrent cependant qu'à une petite distance, espérant que lorsque les indigènes verraient qu'aucun dommage n'avait été causé à leurs biens, ils seraient convainciLs des bonnes dispositions des voyageurs. Bientôt le vapeur se rapprocha, mais les guerriers conmiencèrent alors à se revêtir de leurs cuirasses en peau d'éléphant et de buffle, à se cacher derrière leurs boucliers, et à préparer leurs faisceaux de lancers ; puis ils organisèrent
uiie danse de guen-e, et poussant un terrible hurlement, ils firent une charge comme s'ils eussent voulu se précipiter à travers les flots sur les étrangers. Mais ils se bornèrent à cette démonstration. Le vapeur longea lentement la côte, assez près du bord, pour que les natife pussent bien voir ceux qui le montaient, et juger de leurs dispositions pacifiques.
La présence de M"" Grenfell et de son enfant parut les rassurer. Bientôt on put essayer de faire accepter au chef un morceau d'étoffe qu'on lui tendit au bout d'un long bâton ; enfin, l'équipage du vapeur put acheter du plantain et des vivres en abondance, ainsi que quelques cuirasses, bouchers, couteaux et lances, en souvenir de cette rencontre. Les habitants de cette partie du fleuve sont des Ba-Lol, tout à fait distincts, par l'aspect et par la langue, des Ba-Ké et des Ba-Yansi, qui ont le monopole du trafic sur le Congo moyen.
Le vapeur redescendit la rivière, mais avant d'en être sorti, il fut, pendant une nuit oîi il était à l'ancre, rejoint par une des nombreuses îles flottantes qui rendent dangereuse la navigation du cours inférieur du Mobandji. M. Grenfell appela immédiatement tous ses gens pour l'écarter, de manière à ce qu'elle pût flotter le long du bateau ; mais leure efforts furent inutiles ; le steamer continua à être enti'aîné chas^sant sur ses ancres. Alors il fit descendre sur l'île flottante ses hommes armés de hachettes, pour tâcher de la partager en deux, afin que chacune des parties fût emportée par le courant à droite et à gauche du Feace. Ce moyen n'atteignant pas le but, on eut recours aux scies, et, en une dizaine de minutes, le bateau fut dégagé ; après quoi, il reprit sa marche vers l'embouchure du Mobandji, d'où il remonta un peu au nord vere la station de l'Equateur.
Là, M. Van Gèle donna aux missiomiaires, pour leurs explorations ultérieures, Éyambi, un des honmies qui avaient déjà fait le voyage jusqu'aux chutes de Stanley avec un des vapeurs de l'Association du Haut-Congo. A 5 ou 6 kilom. en amont, ils atteignirent l'embouchure du Rouki, le grand affluent méridional du Congo. Quoiqu'ils eussent grande envie de le remonter, ils n'osèrent se lancer sur ces flots noirs comme de l'encre, ni entreprendre une exploration que la puissance de l'affluent leur faisait supposer devoir être très longue. Ils préférèrent explorer rikelemba, cours d'eau moins considérable, qui se verse dans le Congo à deux kilomètres plus au nord, et dont les bords, leur disait-on, devaient être très peuplés d'indigènes habiles à fabriquer des couteaux et des lances. Les missionnaii-es furent désappointés quant au nombre
d'habitaots qu'ils rencontrèrent. Toutefoi zaine de villages, sur un parcours de 200 ki la rivière, après avoir dimiuué graduellen par la végétation pour leur permettre de la cependant, n'eut jamais moins de i mètres le trajet, ils virent très peu de terrain ai partout où le sol paraissait favorable, s gauche était particulièrement basse, et eo: coup de Ba-Rouki, M. Grenfell suppose qi en communication l'Ikelemba et le Rouk sépare étant fort peu large. Les eaux del'Il du Rouki ; elles sont toutes noires, et telle sont très astringentes; c'est au point qm elles lui commuiiiquent un goût d'encre qui tants des premières villes que M. Grenï l'Ikelemba, se montrèrent très bien disp' Congo, quelques-uns qui lui servirent d'intr et rendirent les relations mutuelles facil remonta la rivière, les natifs devinrent plus isurtout dans les localités oii une forte pro| mes des bois, étaient mêlés aux riverains 1( L'expédition visita Danda. une des vil entière appartient aux Ngombé; elle est s vière, et diffère complètement de ce que auparavant. Un grand fossé de 4 mètre-s d profondeur l'entoure entièrement ; le bore d'une forte barricade de poutres de 4 met tures, auxquelles conduisent des ponts de la ville ; ces ouvertures sont étroites et ga U's fermer en cas de besoin. Le D' Sims el miers dans la ville; mais les habitants fi d'un blanc, que l'un d'eux, se levant préci aux visiteurs qui ne s'étaient pas fait an docteur, mais traversa le vêtement d'Éya prenaient pas pourquoi les arrivants ne dé( blée,-et envisageaient comme très suspec des relations amicales avec eux. Us ont la 1 cicatrices qui s'étendent jasqu'aux lèvres, £ des pois. Parfois, l'un d'eux en a une rani
rapprochés les uns des autres; d'autres se contentent de trois ou quatre boutons, tandis que d'autres encore en ont un énorme sur h\ lèvre, comme pour simuler une corne de rhinocéros; d'autres enfin en ont tout autour des yeux, et le long des joues jusqu'au menton, de manière à esquisser les traits saillants d'une tête de mort. Une jeune fille avait, de chaque côté du nez, une loupe grosse comme un œuf de pigeon, si près des yeux qu'elle devait avoir beaucoup de peine à regarder quoi que ce fût, car, quand elle voulait voir quelqu'un, elle devait baisser la tête pour regarder par-dessus ces « grains de beauté. » Les visiteurs remarquèrent beaucoup de malades, quantité de gens couverts d'ulcères graves, et plusieurs cas de lèpre ; ils attribuent ces maux à la condition de l'eau qui leur parut détestable. Ils n'estiment pas que l'Ikelemba doive être rangé parmi les grands affluents du Congo, quoique ses bords soient assez peuplés, et que ses fabriques de couteaux et de lances donnent lieu à un grand trafic.
Redascendant au Congo, le Peace traversa le fleuve pour atteindre la rive droite qu'il longea jusqu'à Boungata, ville importante, à 35 kilom. au nord de l'Equateur. Les missionnaires nouèrent des relations d'amitié avec le chef Nanou, et purent s'approvisionner, à des prix modiques, de vivres et de combustible. Pendant qu'ils étaient là, à l'ancre, en novembre, ils essuyèrent un de ces tornados, qui, dans cette saison, rendent la navigation pénible et dangereuse ; le Peace le supporta heureusement. Le 19 novembre il passa devant la ville déserte de Boberi, dont les habitants avaient été chassés par les Ngonda, de l'Equateur, et s'étaient établis sur une crique étroite qui, pendant la saison des hautes eaux, communique avec le Mobandji ; elle traverse toute l'étroite péninsule qui sépare le Mobandji du Congo.
De là, M. Grenfell se rendit à Lobengo, qu'il avait déjà visitée avec M. Comber, au mois de juillet. On le reconnut comme un vieil ami, et il put avoir avec les indigènes des rapports beaucoup plus directs que la première fois. On connaissait l'homme blanc, on savait qu'il était inoffensif, et quoique sa femme et son enfant fussent des êtres nouveaux pour les indigènes, et que leur présence causât im certain émoi panni les femmes, la ville néanmoins demeura tranquille. Le chef, honmie âgé, continua les réparations de son palais, qui n'est pas autre chose qu'un vaste toit, de 20 à 25 mètres de long, sur 6 ou 8 mètres de large, soutenu par des poteaux, sans aucune muraille; ces poteaux sont d'mi beau travail, ornés d'une sorte de sculpture qui témoigne d'une grande habileté et de beaucoup de patience. C'est la demeure com-
muiie, mais chacune des femmes du chef a son habitation distincte. La pièce susmentionnée sert de cuisme, de salle h manger, de salon de conversation et de fumoir. Du toit pendait une collection de filets de toutes sortes, avec des mailles de la grosseur d'un doigt jusqu'à la longueur d'une main, pour prendre toute espèce d'animaux, depuis le petit poisson, jusqu'au grand cerf des bois ; il y avait aussi des trappes à rats, du genre du jouet connu sous le nom d'anneau siamois, dans lesquelles le rat est seiTé d'autant plus qu'il se débat davantage. Les pipes, longues et courtes, abondent; les courtes sont à l'usage des femmes du chef, qui fument en se livrant aux travaux dans les plantations ; le chef se sert de pipes de 2 à 3 mètres de longueur. Il y avait, en outre, des lances, des boucliers, des couteaux, toutes sortes d'aiTnes offensives, des provisions de remèdes et des chai-mes pour conserver la vie du chef et éloigner de son corps tous les maux imaginables, des ustensiles, des plats, un ou deux lits de résen^e, des chasse-mouches, une espèce de jeu de tric-trac, divers trophées de chasse, et quantité d'objets dont rénumération est impossible.
Remontant ensuite le fleuve jusqu'à Mounsembi et à Boumbinda, les missionnaires y reçurent un accueil amical, quoique les habitants de ces villes eussent cru d'abord à une invasion de leurs voisins les Ba-Ngala. A peine quelques femmes et quelques enfants se laissèrent-ils apercevoir, la plupart s'étant sauvés dans la forêt. Les hommes, demeurés dans la \111e, étaient prêts à livrer un combat. Au delà, le Peace passa devant une autre crique, aussi en communication avec le Mobandji, et explorée en partie par le lieutenant Coquilhat, qui atteignit par là un petit lac d'une dizaine de kilom. carrés. Les natifs lui dirent qu'il aurait à en traverser un autre avant d'arriver au Mobandji. L'existence de communications entre les deux cours d'eau, à 200 kilom. deleur continent, ne fait, pour M. Grenfell, l'objet d'aucun doute, car il vit dans cette crique des canots montés par des Ba-Loï, indigènes que l'on ne rencontre jamais eu aval ; ils ont la tête rasée, et leurs couteaux de bronze ornementés, ainsi que leur vêtement de peau d'éléphant, diffèrent entièrement de ceux que l'on trouve chez les autres tribus du Congo.
A Bangala les voyageurs constatèrent des faits patents de cannibalisme, quoique, au commencement de ce voyage, M. Grenfell crût que celui-ci recule à mesure qu'on avance ; chacune des tribus indigènes disant, qu'au delà de ses limites les natifs sont méchants, qu'ils mangent des hommes, il commençait à devenir sceptique à ce sujet, lorsque.
à Bangala, U fut obligé de reconnaître que le fait n'était que trop vrai. Les indigènes ne pouvaient pas comprendre que Thomme blanc et ses gens fissent exception à leurs us et coutumes, et qu'il voulût intervenir, a Pourquoi, » lui dirent-ils, « voulez-vous vous mêler de nos affaires ? Nous ne vous dérangeons pas quand vous tuez vos chèvres. Nous achetons notre Nyama^ et nous le tuons, ce n'est pas votre affaire. » Le lieutenant Coquilhat a vainement cherché à mettre un terme à cette coutume, et il estime même qu'il ne serait pas bon de racheter un des malheureux destinés à être victimes de ces horreurs, parce qu'avec le prix qu'on en donnerait, les indigènes en achèteraient trois autres. A partir de Bangala, on rencontre partout des traces de cannibalisme ; toutefois, à la répugnance avec laquelle, en certains endroits, les indigènes s'avouent mangeurs d'hommes, on peut espérer qu'il existe déjà en eux un sentiment qui est le commencement d'une protestation contre ce crime.
Le lieutenant Coquilhat devant visiter Mobeka, à l'embouchure de la Ngala, à 80 kilom. plus à l'est, remonta le Congo avec M. Grenfell. A cette époque il y avait à peine un mètre carré de terrain sec dans la ville, qui paraissait fort insalubre. Il en était à peu près de même de la ville de Mpesa dont la position est également basse. Les eaux du fleuve avaient monté jusqu'à la fin de novembre ; elles commençaient à baisser, mais ce n'était pas encore le moment où les habitants retirent le plus de profit de la pêche des poissons qui, aux eaux basses, remplissent les pièces d'eau formées par la crue du fleuve. A Bopoto, à 12 kilom. en amont, se trouve une population qui compte beaucoup de forgerons, fabriquant des haches et des bêches de manière à en fournir à tout le district avoisinant.
De Stanley-Pool jusqu'à l'embouchure de la Ngala, le Peace avait suivi une direction nord ; à partir de là il se dirigea vers l'est, et depuis Mouraba il commença à courir vers le sud.. Au coude du fleuve près duquel sont les villes des Yambinga, il entra dans celui des affluents septentrionaux du Congo auquel Stanley a donné le nom d'Oukéré, mais que les natifs appellent le Loïka. C'est un cours d'eau considérable, de 200" à 300" de large ; M. Grenfell le remonta sur un parcours d'environ IGO kilom., dans une direction E. N. E., jusqu'à une cataracte qui lui barra le passage. Près de son confluent avec le Congo, les villes sont grandes et les habitants traitables ; mais à mesure que l'on remonte l'affluent, ils deviennent plus timides, et les communications avec eux, plus difficiles. A Mosakou, le chef vint à bord du Peace apporter un
présent ; mais un des hommes du vapeur, ayant, sans réflexion, ouvert tout à coup une des soupapes de sûreté, le siflîet qui en résulta fit sur lui et sur tous les indigènes une telle impression, que tout son équipage et les gens de vingt ou trente canots qui raccompagnaient se jetèrent à Teau, pour se sauver à la nage jusqu'à terre. La panique ne fut pas de longue durée, et de bons rapports purent s'établir entre les habitants et les blancs.
En remontant la rivière, les explorateurs remarquèrent qu'elle se fraie un passage à travers une rangée de collines d'une trentaine de mètres de hauteur, courant au N. 0., et laissant entre elles des vallées basses et marécageuses. A Bonganga, les indigènes brûlaient les herbes des marais et des plantes flottantes pour en faire du sel. A 15 kilom. en amont on rencontre les villages momégé, qui s'étendent sur une longueur de 6 à 8 kilom. le long de la rive gauche. Ils sont bien situés, au milieu de terrains extrêmement fertiles ; les maisons en sont bien bâties; leurs murailles, d'argile blanchie à la chaux ou peinte en rouge, ont les angles arrondis. Au delà viennent de grandes villes dont les habitants se montrèrent d'abord hostiles et reçurent les arrivants à coups de flèches. Ceux de la première ville des Mobélé les tinrent en échec pendant deux ou trois heures, et ce ne fut qu'en les voyant répondre à toutes leurs attaques par des propositions de paix, qu'ils déposèrent enfin leurs dispositions hostiles. Heureusement une des petites filles qui accompagnaient M. Grenfell était originaire de cette partie de l'Afrique, et put, du bateau, se faire entendre des gens qui étaient sur le bord de la rivière, et leur faire comprendre que les blancs ne demandaient que des vivres, en échange desquels ils donneraient quantité de belles choses. Ils parurent très étonnés en entendant quelqu'un parler leur langue ; alors ils commencèrent des pourparlers pour qu'Éyambi allât à terre leur montrer des grains de verroterie et des étoffes. Mais ils ne voulurent pas le laisser gravir le rocher qui protégeait leur ville du côté de l'eau, s'il n'amenait avec lui la petite fille. Il la prit avec lui, fut cordialement accueilli, et reçut, pour elle et pour lui, des présents, ainsi que des vivres pour l'équipage du Peace, qui continua sa marche jusqu'à la ville des deux chefs Esima et Katanga, lesquels leur firent le meilleur accueil. A leur descente à terre, la venue des chefs fut annoncée au bruit des tamboui-s, et au son de cors en ivoire de 2" de long ; quelques minutes après que tous les notables eurent pris place, des esclaves apportèrent en abondance des vivres qu'ils entassèrent aux pieds des missionnaires. Dès que M. Grenfell commença à exprimer ses remerciements, l'ordre
fut donné de lui en fournir davantage, et les femmes apportèrent de la cassave en si grande abondance, que jamais ailleurs les voyageurs n'en reçurent autant.
A 50 kilom. en amont de Tembouchure du Loïka, les habitants de Monoungeri se montrèrent tellement hostiles aux étrangers que MM.. Grenfell et Sims s'estimèrent très heureux, après une visite à leur ville, de se retrouver sains et saufs à bord du Peace. A Bosoko, oîi avait eu lieu, en 1877, l'attaque des gens de l'Arououimi contre Stanley, ils virent s'enfuir plus d'une centaine de canots, tous chargés d'enfants et de provisions ; la baie était tout entourée de fétiches, et les hommes armés étaient tout prêts pour un combat ; ils disaient retenir comme otages les blancs de la station internationale, parce qu'ils avaient craint que l'expédition du Peace ne fût le prélude d'une invasion ennemie. M. Grenfell apprit que deux des hommes de la station avaient été mangés, et que le troisième n'avait dû son salut qu'au répit qui lui avait été accordé parce qu'il était trop maigre ; il en avait profité pour s'échapper.
Le Peace s'éloigna, mais un peu en amont, en un endroit ou les missionnaires avaient espéré passer une nuit tranquille, loin du bruit des tambours des gens de Bosoko, ils virent descendre le fleuve et passer auprès d'eux quantité de canots fugitifs échappés de la ville de Yambouli, incendiée par des Arabes en quête d'esclaves et d'ivoire. Des épaves de toutes sortes, toits, lits, ustensiles, calebasses, filets de pécheurs, étaient entraînés par le courant ; tout ce qui pouvait flotter avait été jeté dans le fleuve, soit par les fugitifs seirés de près, soit par les Arabes embarrassés de leur butin. La ville de Mawembé était également déserte, et dans celle que le Peace. rencontra ensuite, sur 400 ou 500 maisons, il n'y en avait plus que 3 ou 4 qui eussent encore le toit. Un peu plus en amont, M. Grenfell vit sortir du milieu des ruines fumantes d'une autre ville, également ravagée par les Arabes, un des habitants qui s'était hasardé à revenir en arrière ; tendant vers les blancs des mains suppliantes, il leur dit : « Voyez, on ne nous a rien laissé ; » et montrant les poutres carbonisées, il ajouta : « Voyez, nos maisons sont brûlées, nos plantations détruites, nos femmes et nos enfants enlevés. Et les hommes qui ont fait cela sont tous là-bas, » disait-il, en montrant du doigt l'autre rive du fleuve. « La vue de ce malheureux, au milieu decette scène de désolation, » écrit M. Grenfell, « est une de celles dont l'impression ne peut jamais s'effacer. »
Après avoir traversé le fleuve et rencontré encore d'autres villes
incendiées, les missionnaires arrivèrent au camp des J chure du Loboko, le Loubilacbe de nos cartes. Ils trou se préparant à repousser une attaque, et postant des dans les hautes herbes qui coinmaDdaient les approch chasseurs d'esclaves reconnurent bientôt qu'ils n'ava: des hommes de guerre. Ils étaient au nombre de 700, dément de Mounya Mani, vassal du fameux Hamed plus connu sous le nom de Tipo-Tipo.
De ce point aux chutes de Stanley, le Peace renconl fugitifs, et quantité de villages dont les habitants n'i signal pour s'enfuir ; leurs biens et leurs provisions déjà déposésdans leurs canots. Leplus grand nombre pi coucher dans leurs bateaux, pour éviter une surprise i ils se tenaient & terre, un canot ou deux faisant le gu( d'observation les meilleurs. Les gens de M. Grenfell, i leur chant national, n'avaient qu'à l'entonner, pour p qui étaient à terre un enthousiasme sympathique avec de danses.
La présence des Arabes dans cette région augmeo ment les difficultés d'approvisionnements de la statit Stanley. Néanmoins, l'agent, M. le lieutenant Webste; pour\-ut libéralement aux besoins de l'équipage du 1 fit visite à Tiptt-Tipn qui lui offrit ses services pour désirerait à Oudj'idji ou à Zanzibar, où il expédie des quinze jours. Il paraît se disposer à occuper les chutes manière permanente. Il fait de grandes plantations, truire une maison de pierre, et dit qu'il attend 2000 h II se donne l'air de vouloir faire un trafic légitime, et gens n'étaient pas si méchants et voulaient trafiquer lui le voudrait aussi. Il dit avoir entrepris l'expéditii sur l'ordre de Saïd-Bargasch, qui l'a fait appeler ii Si lui exposât les raisons de la diminution du trafic par aussi s'enquiert-il maintenant de ces raisons pour le si qui prétend à la souveraineté du Congo jusqu'à l'Océs
M. Grenfell insiste sur la nécessité de prendre c arrêter: le fléau de la traite qui désole les rives du ha« tenant Webster a l'ordre d'empêcher les Aralies de d( mais il ne peut l'exécuter. SesZanzibarites nevoudrai contre leurs compatriotes, et ses Haoussas sont ti-oj
Maintenant que le nouvel Etat libre du Congo a été créé, c'est k lui qu'incombe le devoir d'arrêter la marche des Arabes de Nyangoué dans la direction de TAtlantique.
BIBLIOGRAPHIE
Aux PAYS DU Soudan. Bogos, Mensah, Souakim, par De^iis de Rivoyre. Paris (Pion, Nourrit et C°), 1885, in-B*», 293 p. avec carte et gravures, fr. 4. — Il ne s'agit pas ici d'une nouvelle expédition de l'explora teur qui nous a fait connaître la région africaine voisine du golfe d'Aden, mais d'un voyage accompli, il y a vingt ans environ, c'est-à-dire longtemps ^vant que le Soudan, Kbartoum et la côte de la mer Rouge fixassent l'attention publique.
C'est en compagnie de MUnzinger, alors vice-consul de France à Massaoua, et de Tévêque Bol, qui allait avec le P. Delmonte réorganiser la mission catholique chez les Bogos, que cette cour^ excursioa à Keren a été entreprise.
Cet ouvrage n'ajoute pas grand chose à nos connaissances sur le bassin supérieur du Cher Barka, et la carte qui l'accompagne renferme bien peu de détails, mais on le lira avec plaisir, parce qu'il est écrit d'un style simple et facile, et que le récit est émaillé de nombreuses digressions intéressantes, entre autres d'anecdotes et d'histoires fabuleuses que l'auteur se fait raconter par les gens de sa caravane. Du reste les descriptions faites par un homme qui a vu de ses propres yeux, inspirent toujours confiance et, dans ces pays encore barbares, le paysage ne change guère, pas plus que les mœurs des habitants. En outre M. de Rivoyre, n'oubliant pas qu'il écrit en 1885, fait de fréquent^: rapprochements avec la situation politique actuelle.
Le Congo au point de vue ÉcoNomQUE, par J..-7. Wauters. Bruxelles (Institut national de géographie), 1885, in-12^, 256 p. avec 3 cartes et 8 vignettes, fr. 3. — C'est un ouvrage de géographie commerciale qu'a voulu écrire M. Wauters, bien connu dans le monde géographique par ses nombreux ouvrages et par son journal le Mouvonent géographique. Recueillant les informations fournies par les grands explorateurs, 1^
' On peut se procurer à la librairie H. Georg, à Genève et à Bâle, tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique explorée et civOisét,
agents de l'Assocîatiou iaternationale, les comiiK missionnaires anglais, et enfin par le Comité d'él faire un résumé méthodique de nos coi]Qais6aQ( sorte de monographie du bassin de ce âeuve au pi Fertilité du sol, populations, conditions cliraatét et ressources futures, possibilité de nouer avec I tions commerciales fructueuses, conditions de construction d'une voie ferrée se dirigeant d vers le centre du continent, tous ces points, q haut degré l'opinion publique, parce que ce son d'où dépend surtout l'avenir du nouvel Ëtal détail.
On consultera avec fruit, en particulier, les mouvement commercial actuel du Congo inférieu gation qui le relient avec l'Eui-ope, chapitres fournit des renseignements nouveaux, précis et c vera les noms des maisons européennes établies i les chiffres d'importation et d'exportation pour des cinq lignes de bateaux à vapeur qui desser prix, la durée et les autres conditions du voyage des deux compagnies réunies de Liverpool : Bri Navigation C" et African Steam Ship C" ; 2° gaise, Enipreza Nacional ; 3° celle de la maisoi bourg ; 4° celle de la Nieuwe Afrikaansche ! de Rotterdam ; 5° V Angola, de la maison Hattoi pool.
Nous reviendrons peut-être sur cette partie im
Souvenirs d'une exploration médicale dans piCAi-Ë, par P. Dutrieux. Paris (G, Carré), i ceaux), 1885, in-8°, 14Gp. et carte, fr. 3,50. — W de la première expédition de l'Association inter 1878, l'opinion publique en Belgique avait été al deux des trois membres de l'expédition, peu de t à Zanzibar. Désirant aller étudier sur place les c du climat de l'Afrique équatoriale, et mettre poi rience qu'il avait acquise pendant dix années de pratiquait la médecine, !e D' Dutrieux offrit ses Bruxelles, qui les accepta avec empressement.
Mais il ne put pas mettre à exécution ses projets d'études d'anthropologie et d'ethnologie ; il aurait fallu pour cela être libre de tout engagement envers une société quelconque, et maître de son temps et de ses mouvements. M: Dutrieux reconnut qu'une mission n'a de chances d'aboutir à des résultats scientifiques qu'à la condition d'être personnelle et indépendante. Après un voyage intéressant et fructueux, de Bagamoyo à Tabora, il fut employé, pendant plusieurs mois, à garder dans cette dernière localité un dépôt de marchandises. Considérant que de telles fonctions, peu dignes d'un médecin ou d'un voyageur scientifique, n'étaient pas de nature à compenser le sacrifice de sa santé, il se retira du service de l'Association et revint en Europe, ou il lui fallut plusieurs mois de repos pour se rétablir des rudes atteintes du paludisme qui avait fini par le terras3er.
Quoique le bagage scientifique qu'il a rapporté de son voyage ait été moins considérable qu'il ne l'espérait, il a cependant pu formuler les principaux caractères de la pathologie des Européens dans la zone torride de l'Afrique, et donner quelques vues d'une portée pratique, sans avoir toutefois l'idée de publier un guide médical du voyageur. II passe en revue les différentes maladies des pays chauds, entre autres la dysenterie, les affections du foie, les fièvres paludéennes, et traite la question si complexe de l'acclimatement. Une seconde partie contient des notes de climatologie, d'anthropologie et d'ethnologie, recueillies à Mpouapoua et dans l'Ou-Nyamouézi.
L'étude de toutes ces questions, desquelles dépendent tant d'existences humaines, a été faite par M. Dutrieux avec le seul souci de donner à ses lecteurs des renseignements absolument exacts, et qui les mettent en garde contre les assertions souvent fausses des apôtres enthousiastes de la colonisation à outrance. Décrire l'Afrique telle qu'elle est, c'est le premier devoir du voyageur sérieux.
Marroco, dâs Lând und die Leute, geschildert von Adolpli von Conring. Nouvelle édition. Berlin (G. Hempel), 1884, in-S**, 335 p. avec carte et plan du Maroc, fr. 6,70. — Chargé, en 1877, par l'empereur d'Allemagne, d'une mission au Maroc, pour étudier les rapports commerciaux de ce pays avec l'empire allemand, l'auteur de cet ouvrage eut la possibilité de parcourir à plusieurs reprises le versant occidental de l'Atlas jusqu'à l'Océan. U recueillit ainsi, sur l'état actuel de cette contrée, quantité de matériaux qu'il a tenu à livrer au public. Son premier souci a été de dire la vérité sur toutes les questions concernant ce
grand empire uord-ouest afiicain, avec clarté et méthode.
Il débute par une vue d'ensemble et les villas maritimes, de Tétouan 1° de Saffi à Maroc; 2° de Maroc à et retour par Marseille, Le reste détaillée de la situation économiqui de vie des indigènes, le gouvernera guerres civiles et leurs causes, tous clairvoyance et par un homme qui Enfin, les conditions de l'agriculi consommation, le commerce intéi forment une des parties les plus im laquelle l'auteur a voué tous ses se et puisés aux meilleures sources qu clés par ceux qui ont des intérêts d
Noe DROITS euR Madaoabcar ] par R. SaiUeus, avec une préface c Monnerat), 1885, in-8% lfi3 p., fr.
de ce titre, qu'il s'agit ici d'un ou depuis le commencement de l'expéi car, poussant à une action énei^iqi il n'en est rien. Déjà, dans sa préf; la Société des « Amis de la Paix, n lement et à la nation toute la vér de publier les Hovas, analogue au coup de pièces inédites qui ne sont français. En un mot, la cause qui ne lui semble pas sulHsamment ji luents.
M. Saillens va plus loin. Son liv de vue géographique, mais s'occup çaise à Madagascar. Il la divise ( jusqu'à la conclusion du traité de droits sur Madagascar sont abrogé; existé ; les négociateurs français l'o aux événements récents.
L'auteur désire la paix ; il est op
sée par les jésuites français, qui ne peuvent pardonner aux protestants d'être arrivés les premiers et d'avoir conquis une influence prépondérante, et par les colons de la Réunion qui, privés des coolies hindous, voudraient les remplacer par des Malgaches. Si l'on fait abstraction des prétentions exagérées des uns et des autres, la France, croit l'auteur, est bien près de s'entendre avec les Hovas. L'affaire peut se terminer par quelques concessions, mais les accordera-t-on ?
Une promenade dans le sahara, par Cliarles Lagarde. Paris (Pion, Nourrit et C*»), 1885, in-18, 301 p., fr.3,50. — La librairie Pion, qui a déjà édité sur l'Afrique du Nord les beaux ouvrages de Fromentin, publie aujourd'hui un livre posthume de M. Lagarde, ex-officier au V régiment des chasseurs d'Afrique. Misanthrope, ennemi de notre vie matérielle et bourgeoise, l'Orient lui souriait à cause de l'absence de civilisation ; il aimait le désert, la forêt vierge, les grands spectacles de la nature, et quand il découvrait une correcte habitation européenne, plantée comme par mijracle au milieu d'un désert sauvage, sa colère n'avait plus de bornes. A la tête de ses soldats, il parcourut pendant huit ans toute la province d'Alger et descendit, dans sa dernière campagne, jusqu'aux confins du Maroc.
Rappelé en France par la guerre franco-allemande, il fut fait prisonnier et envoyé en Allemagne, puis, après la conclusion de la paix, il retourna en Algérie où l'insurrection de 1871 venait d'éclater. Envoyé à Marengo, une des villes les plus malsaines de la colonie, puis, chargé d'escorter un convoi de colons français, il tomba malade, se rétablit, lutta encore, jusqu'au jour oîi sa forte constitution fut attaquée. Il dut renoncer au service actif, mais il ne put jouir longtemps d'un repos bien gagné. Une courte maladie l'emporta, le 23 janvier 1876, dans ce Blidah enchanteur, lieu de sa première résidence, oîi il était arrivé plein de vie, de joie et d'espérance.
Ses notes et ses lettres ont été recueillies par M. Charles Joliet, qui trace à grands traits, dans la préface, l'histoire de l'auteur. Le livre luimême est une étude de paysages et de mœurs faite par un fin observateur, ayant à sa disposition une plume facile et élégante ; c'est une série de petits tableaux, manquant de suite peut-être, mais finement tracés, et tout pénétrés du parfum de la riche nature algérienne.
BULLETIN MENSUEL {5 octobre 188Ô.
La Société fF«BÇAiBe d'eBconragement COU
en faveur des MlesloMs africaines. Indépendamn a fait sur d'autres points de l'Afrique, nous trouvons, communiqué à l'Assemblée générale du mois de juin, q M. Mayar, fondateur du poste de Hoknén en Kab baraquement, pour suppléer à l'insuffisaiice de sa petit dispensaire et salle d'école. Elle lui avait précéderai semences qui venaienttrès bien, mais pendant une abse de sa station, des hommes payés par les marabouts s'^ dans la maison et en avaient emporté les meilleures cb même poussé la haiue jusqu'à dévaliser le jardin et . plantes. — Elle a également envoyé aux colons des boute (province d'Oran), des vêtements de travail e les femmes confectionnent elles-mêmes, le travail de la gne des colons ayant été rendu en partie infructueux p a fermé les débouchés k leurs récoltes, d'ailleurs satisf
Le D' Travers!, parvenu dans l'Aouasa, a trai tourline (voy. p. 14) quelques détails sur une entrevue Hobamed Anfkll. Le sultan des Aoussas lui a promi pour le roi d'Italie, une lettre dans laquelle sera rappoi fait après la mort de Blanchi. Peut-être, par ce moy à savoir quelque chose de précis sur ce mystérieux as; moins apprendra-t-on en quel endroit il a eu lieu. M. Ti dire que Blanchi et ses deux compagnons ont péri ■ Taltals, à deux journées du Tigré ; mais cette donnée vague.
Le commandant d'Obock a transmis au ministre ( renseignements favorables sur cette nouvelle colonie f qu'au commencement de l'année dernière elle ne com indigènes, elle compte aujourd'hui de 700 à 800 habi centaine de Danakils, qui, sous la conduite d'un cfa venus demander du travail, le reste se compose de Se
' Les matières comprises dans nos BiiUetina menauelg et dant plémentairea j sont classées suivant un ordre géographique ci l'Algérie, puis allant à l'Est, longeant ensuite la côte orient t par la cAte occidentale.
l'aFRIDIB. — SIXIÈME ASSf.E. — N" 10.
et d'Abyssins. Les premiei-s sont campés aux environs des factoreries, les autres ont fonné un village provisoire de paillotes, sur le plateau des chasseui*s. Das marchands indigènes de même race se sont installés dans ce village et commencent à fournir quelques provisions aux tables des bâtiments de passage. — A Obock et à Tadjourah se préparaient deux caravanes françaises pour le Choa, appartenant, l'une à M. Barrai, l'autre à M. Brémond ; elles ont dû partir dans la seconde quinzaine d'août. Les communications avec le Choa étaient d'ailleurs rares; depuis plusieurs mois il n'était point venu de nouvelles de ce pays. On supposait que des courriers avaient été interceptés par les gens du sultan d'Aoussa. — Le choix du plateau du cap d'Obock,pour la constnicf. , tion des baraquements, se montrait excellent; à l'abri des torrents qui
se forment ailleui-s pendant les orages, le plateau est continuellement balayé par les vents régnants qui lui arrivent directement de la mer, sans passer par la plaine ni par les marais à palétuviers qui pourraient causer la lièvre.
Un décret du 22 août a ratifié le traité qui établissait le protectorat français sur Ambabo, port de mer du pays des Somalis dans la baie de Tadjourah*, et l'une des têtes de ligne des caravanes venant de Harrar et du Choa. Ambabo a un mouillage suffisant pour abriter les bateaux qui font le cabotage dans la baie, et six ou sept grands navira^. D'après une correspondance adressée d'Aden au Temps, le territoire d' Ambabo n'est habité que par quelques tribus nomades dépendantes des Issas-Somalis. Pendant la saison des pluies, elles descendent des hauts plateaux, pour venir faire paître leui-s ti-oupeaux dans la plaine, qu'elles quittent de nouveau à l'époque de la canicule. Comme point de départ des caravanes, Ambabo offre une supériorité incontestable sur Sagallo et Zeïlah. Les deux routes d'Obock et d'Ambabo pour le Choa se rejoignent à Gobab, et l'organisation des caravanes avec les Issas- Somalis offre plus de sécurité qu'avec les chefs danakils. D'autre part, la route d'Ambabo pour le Harrar pourrait bénéficier des mesures prises par les Anglais, pour détourner le courant commercial de Harrar à Zeïlah en faveur du port de Berbera où flotte le pavillon britannique. Le^ Issas-Somalis maîtres de la route de Zeïlah, étant les rivaux des Haber-Awal qui tiennent la route de Berbera, prêteront volontiers leur concours pour l'ouverture de la route d'Ambabo. Au dire de la Kolouial Zeitung, l'expédition de» ffrere» à la Oana avait reçu d'un consortium allemand les res-
^ Voyez la carte, IV™« année, p. 352.
sources nécessaires pour faire des acquisitions de terrains près de l'embouchure de cette rivière, et nouer des relations commerciales avec les sujets du sultan de Witon. Déjà en 1867, l'explorateur Richard Brenner avait écrit à Berlin que ce sultan désirait conclure un traité d'amitié avec la Prusse ; il s'engageait d'avance à accorder du terrain et une entière liberté de conscience aux SMJets prussiens qui voudraient s'établir dajis son pays ; il leur garantissait, en particulier, exemption de tout droit (le transit à travers ses états dans la direction des pays des Wa- Pokomo et des Gallas. Les frères Denhardt ont pu conclure, cette annéeci, un traité de protectorat entre le sultan de Witou et l'empire d'Allemagne. Said Bargasch a cherché à rompre, par des mesures militaires contre le dit sultan, les liens d'amitié et d'aUiance ainsi formés, mais il a dfl céder devant l'apparition d'une escadre allemande dans les eaux de Zanzibar. Il a pleinement reconnu le protectorat de l'empereur d'Allemagne sur les territoires dont les Allemanils ont pris possession •sur le continent, ainsi que sur celui de Witou.
D'après VAfrican Times, le D' Jithlke, revenu à Zanzibar, de sou expédition au Kilimandjaro, a conclu, pour la Société alienutnde de l'AfriqiiK orientale, dix traités qui augmentent de 1000 milles cari-és les teiTitoires qu'elle possédait déjà dans cette région. Une SoolÉtC agricole, analogue à celle que MM. Woerraann, Thormilhien et C"' ont créée pour l'établissement du Cameroon, est en voie de formation pour les nouvelles possession.*; allemandes. La Société de l'Afrique orientale fait des essais de culture de café et de tabac, et a fait venir pour cela de jeunes plants de Batavia. — La Kohnàal Folitisclie Orrrespondem a calculé que la Société allemande de l'Afrique orientale a réussi à faire placer sous le protectorat de l'Allemagne, 4,500 milles carres de territoires fertiles et salubres, dans une situation centrale. On a déjà établi une factorerie et une première station agricole dans rOu-Sagara, et la Société se propose de créer cinq stations militaires sur une base agricole ; d'un côté elles serviront à l'instruction militaire des nègres, par des officiers capables qui sont déjà sur les lieux, de l'autre on y fera des expériences agricoles au moyen de natifs ou d'ouvriers asiatiques. La maison Krupp, de Essen, a promis des canoiLS d'un genre nouveau, pour la défense de ces stations, qui formeront le point central des travaux de la Société allemande, et fourniront aux capitalistes intéi-esscs au développement de l'Afrique orientale, un champ niuveau pour y faire valoir leur argent. Nous devons à l'obhgeance de M. R. N. Cust, de la Royal Asiatic
Society, communication des nouvelles reçues récemment de TOn- Ganda. Les dernières lettres, datées du mois de novembre 1884, avaient été publiées dans le numéro d'avril du Church Missionary Intelligeyicer and Record; les nouvellesultérieures vont jusqu'au 20 mai. La lettre de novembre avait été apportée au sud-ouest du Victoria- Nyanza, à Msalala, par M. Mackay, chargé par le jeune roi, Mwanga, successeur de Mtésa, d'amener dans l'Ou-Ganda trois missionnaires anglais qui devaient être arrivés à cette station. Ils n'y étaient point encore, retenus qu'ils avaient été à une station plus rapprochée de la côte. Au retour de M. Mackay à Roubaga, Mwanga fiit très fâché de voir qu'il ne les ramenait pas. En même temps se répandait le bruit que des blancs étaient arrivés en forces dans le Bousoga, au N.-E. du Victoria-Nyanza. On supposa que ces bruits se rapportaient à l'expédition de M, J. Thomson, arrivé à cette extrémité du lac une année auparavant ; mais le roi soupçonneux, excité par des chefs hostiles, préféra croire que les hommes que M. Mackay n'avait pas ramenés avec lui, étaient dans le Bousoga et négociaient avec les ennemis de l'Ou-Ganda. Ce fut le commencement d'une série de soupçons et d'accusations absurdes, jusqu'à ce qu'à la fin de janvier, M. Mackay ayant obtenu la permission de retraverser le lac, rencontra, en se rendant au port, une troupe en armes qui l'obligea à retourner à la capitale, tandis que quelques-uns des jeunes chrétiens qui l'accompagnaient au bateau étaient arrêtés, sous prétexte qu'ils cherchaient à quitter l'Ou-Ganda. Ne pouvant avoir accès auprès du roi, MM. Mackay et Ashé en appelèrent au Katikiro, juge suprême et premier ministre, mais ils furent écartés de sa présence avec accompagnement de violences et d'insultes. Un présent d'étoffes fait à propos apaisa Mwanga et le Katikiro, et de sérieux efforts furent faits pour obtenir que les jeunés gens arrêtés fussent relâchés. Trois d'entre eux furent libérés, mais ils rapportèrent qu'ils avaient été pris avec d'autres, parmi lesquels les nommés Serwanga, Kakumba, et un domestique de M. Ashé, et conduits hors de la capitale. Les trois chrétiens susmentionnés avaient été torturés, on leur avait coupé les bras, puis on les avait attachés à uu échafaud sous lequel on avait allumé du feu, et on les avait brûlés à petit feu, pendant que Mujasi, le chef du parti hostile, se moquait d'eux et leur disait de prier le Christ pour voir s'il les sauverait de ses mains. Los jeunes martyrs persévérèrent dans leur foi jusqu'à la mort, chantant, au milieu des flammes, les louanges de Dieu. M. Mackay pense qu'il ne s'agit pas d'une persécution religieuse pure et simple. C'a été une explosion de fureur contre les Anglais et tous ceux qui leur sont attachés. Pré-
voyant cependant qu'ils seraient probablement obligés ( pays, les missionnaires ont pourvu à Torgaaisation de la iuiligène qu'ils devraient peut-être laisser à Roubaga. I comme anciens, six des bommes les plus avancés et jou bonne réputation, pour diriger les cultes dans différents i le cas où les seiTices réguliers de la mission seraient interr reusemeut l'orage s'est dissipé ; l'œuvre missionnaire a M. Mackay pouvait écrire, le 22 février : n De grandes fouli dimanche, ceux qui courent le risque d'être arrêtés viennei mort des jeunes martyi-s a fait grandir, plutôt que diminue devenir chrétien. Quelques-uns des bommes de Mujasi son instructions; l'un d'euxen particuliera ététellementimpres conduite de ces jeunes gens au milieu des tortures et des ti a voulu apprendre aussi k prier, » Au mois de mai le roi él très gracieux, il prêtait une attention soutenue aux instruc donnait M. Mackay dans des entretiens particuliers ; le aussi, était redevenu amical. M. Mackay insiste pour que lui soient envoyés ; Mwanga, voyant que tes missionnaires rivaient pas, avait dépêché un messager aux missionni établis à la côte est, et trois d'entre eux étaient arrivé; Des renforts anglais sont en route ; si leur voyage réussit arriver dans l'Ou-Ganda k !a fin de l'année.
Le Mouvement géographique annonce qu'une lettre de '. datée de Kapéma, du 8 juin, est parvenue le 31 août M. Stonns a eu des démêlés avec des chefs voisins de Hpala, toujours en guerre les uns contre les autres et ru Dans une prise d'armes, le bâtiment de la station a été b reconsti'uit avec l'aide des indigènes. Couformément au qui lui ont été transmises de Itruxelles, M. Stonns a ren ment les stations de Karéma et de Mpata, avec leurs dépt garde des Pères de la mission d'Alger. Lui-même compti le chemin de Zanzibar vers la fin de juillet.
Le numéro du 20 juillet du Compte rendu de l'Académl de Paris renferme un article de MM. A. Milne Edwards e sur la faune de Grande Cumore. Les observations so les collections faites par M. Humblot durant un séjour r sieurs mois dans cette Ile. Son but était de découvrir que les anciens rapports des Iles de cet archipel. Il n'a pas tro Comore de maramifèi-es indigènes ; tous ceux qu'on y rem importés. M. Humblot y a trouvé 34 espèces d'oiseaux.
"^JT
examiné toutes les collections, MM. Milne Edwards et Oustalet sont arrivés à la conclusion que Grande Comore n'est point une dépendance de Madagascar, qu'elle n'a point été détachée de cette île, et que sa faune a été importée des régions voisines. — M. Lie Blanc, ingénieur des arts et manufactures, colon à Mayotte, a été chargé par M. Rousseau, lâous-secrétaire d'État à la marine et aux colonies, d'une mission d'exploration agricole et commerciale aux trois autres îles de rapchipel de» Comoresy Ânjouan, Mohilla et Grande Comore.
Nous extrayons d'une correspondance de Tamatave, au Temps, les renseignements suivants sur Wosî-Vey, îlot de 1400" de long et 50(r de large, à l'embouchure de la rivière St-Augustin, à la côte S.-O, de Mada^aiiicar *• Grâce à l'initiative du capitaine au long cours, Macè. qui y a fondé un comptoir en 1876, avec l'agrément du roi des Masicora, Leimérisa, un établissement conmiercial français s'y est rapidement développé. Autour des magasins que défendent de fortes palissaîles armées de quatre canons, des cases et des paillotes n'ont pas tardé à s'élever. Autorisés par M. Macé, des Anglais s'y sont établis, et aujoiu'd'hui Nosi-Vey contient un gros village, peuplé de créoles de la Réunion et de quelques Anglais. C'est mi centre et un entrepôt, pour sept ou huit petits comptoii-s échelonnés depuis le cap Sainte-Marie, à l'extrémité sud de Madagascar, jusqu'à la baie de Morondava, sur la côte occidentale. Jusqu'ici les Mahafalys et les Masicora sont restés hoi-s d'atteinte des Hovas, grâce à leur éloignement du centre de l'île. Cependant des agents de Tananarive descendent de temps à autre à la côte S.-O., pour tâcher d'en gagner les chefs ; les indigènes sont devenus méfiants à l'égard des trafiquants français; les droits qu'ils exigent pour le débarquement des marchandises deviennent exorbitants. De>; navires anglais et américains amènent à Morondava des armes et des munitions qui sont, de là, transportées dans la province d'Imérina. D'après M. Macé, la côte S.-O., et Nosi-Vey en pai-ticulier, sont très salubres ; lorsqu'il a des employés malades, c'est à Nosi-Vey qu'il les envoie, et ils s'y remettent rapidement.
A la dernière heure, le Natil Mercury nous apporte le récit d'une expédition du capitaine Lii^Nau, de la baie de 3Iorondava à Tananarive, par une route qui diffère on partie des itinéraires marqués dans notre carte. Le manque de place nous oblige à en ajourner les détails au prochain numéro.
La mission du ni«jor Eii^ardN, auprès de Lofaengula, roi des
Voy. la carte, V«« année, p. 164.
Ma-Tébélé, dont TAugleteiTe voulait placer le territoire sous son protectorat, n'a pas abouti. Lobengula a bien reçu le major anglais, l'a remercié de ses propositions, et lui a demandé quel droit Kharaé avait de tracer des limites entre son pays et celui des Ma-Tébélé. « OU sont », a-t-il dit, « les frontières des Ma-Tébélé ? J'ai toujours vécu en paix avec Khamé, et je me propose de continuer de même; mais je ne sais pas quels sont les sentiments de Khamé à mon égard. » — L'armée des Ma- Tébélé, qui avait fait une expédition au lac Ngami, a subi une grande défaite. Les indigènes de cette région se cachèrent dans les roseaux de la rivière, d'où ils tirèrent sur les assaillants, auxquels ils tuèrent beaucoup de monde. Les derniers rapports évaluent à 3000 le nombre des Ma-Tébélé tués dans cette expédition. Les survivants n'ayant point capturé de bétail, souffrirent beaucoup de la faim et de la fièvre dans leur retraite.
Le Missionary Herald de Boston nous a apporté le récit du voyag^e de M. Richards, de la baie de DeIag;oa à Baleni, à travers un pays très populeux, mais jusqu'à présent inexploré. Le lendemain de son départ, il atteignit la rivière Saint-Georges, ou Komati, qui a 200°* de large et 10" de profondeur. Il en suivit la rive gauche pendant trois jours, marchant dans un sable profond, dans la boue ou dans l'eau; sur l'autre rive, s'étendaient des marais et des lagunes, et partout abondaient les veaux marins et les crocodiles. Personne n'osait se baigner par peur de ces derniers et des requins. Dans tous les kraais on trouvait du riz, mais en somme les vivres étaient rares. Le quatrième jour il longea 1.3 lacs différents; les natifs leur donnent le nom de Rivière Lipouta, quoiqu'il n'y ait pas de rivière; il y a souvent entre eux des collines et de grandes étendues de bois. Un des messagers d'Oumzila, qui lui avait fait visite près d'Inhambané, l'ayant rencontré, l'accompagna jusqu'à Baleni. Le septième jour il atteignit le Limpopo, qui, eu cet endroit, coule à travers une vaste plaine, de plusieurs kilom. à l'est; partout se voyaient des troupeaux de bestiaux, quantité de huttes, peu grandes, mais très rapprochées les unes des autres. Amvé au kraal de Maujoba, il trouva que ce chef s'en était construit un autre, sur la rive gauche du Limpopo, à Emkontweni. Là le fleuve avait au moins 2(X)" de large, et environ 5"* de profondeur au milieu. Les veaux marins et les crocodiles y abondaient. Manjoba est le personnage qui a le plus d'autorité après le roi Oumganou, fils et successeur d'Oumzila. Il est lieutenant-général de l'année et en a toutes les allures ; jamais il n'était plus de cinq minutes dans la même hutte. Six a loups » du nouveau roi, espions d'Oumganou, chargés d'épier et de faire mourir qui-
conque parlait mal du souverain, le rendaient craintif. Il avait peur de paraître avoir trop de rapports avec M. Richards, les espions pouvant aller redire au roi qu'il était ligué avec les blancs et lui faire perdre la vie. Le lendemain de l'arrivée du missionnaire, Manjoba voulut qu'il vît ses soldats. Il lui en présenta 300, tout équipés, qui célébrèrent les louanges du chef. Il les avait envoyés faire la guerre aux Machappa, dont ils avaient égorgé tous les adultes, et réduit en esclavage les enfants, pour les vendre aux Portugais à la baie de Delagoa et à Inhambané, une fille 5 liv. sterl., un garçon 1 liv. sterl. ; il y avait beaucoup d'esclaves autour du kraal de Manjoba, chacune de ses femmes en avait un ; plusieurs jeunes hommes faisaient les récoltes et gardaient les bestiaux ; tous avaient été pris à la guerre. Leur pays n'était qu'à trois journées de marche, mais ils ne pouvaient pas s'éloigner; s'ils le faisaient et qu'ils fussent piis, on les mettait à mort. M. Richards ayant exposé à Manjoba le but de son voyage, celui-ci lui dit qu'il n'était pas en son pouvoir de faire rien pour lui ; il ajouta que personnellement i^ serait content de le voir venir s'établir au milieu de son peuple, mais qu'il devait attendre les ordres d'Oumganou. Il lui donna un guide pour le conduire chez les Makwakwas, sur la route d'Inhambané. A quatre heures du kraal de Manjoba, M. Richards atteignit la Luize, aussi appelée la Chagane. L'ayant travereée, il gravit une colline d'une trentaine de mètres, du haut de laquelle il vit la plaine s'étendre au N.-O. et au S.-E. aussi loin que le regard pouvait atteindre. Le Limpopo coule au centre, et la Chagane à l'est; celle-ci se verse dans le Limpopo. Ëmkontweni est situé sur le Limpopo, à environ 20 kilom. au nord da confluent des deux cours d'eau. Dans la saison des pluies, toute cette plaine n'est qu'un lac immense ; Ëmkontweni et les centaines de kraals de ce district sont abandonnés pour deux ou trois mois. A l'est et à l'ouest, les collines sont relativement salubres, mais la plaine ne doit pas l'être. Elle produit du blé, du millet, des pommes de terre douces, des melons, des bananes, etc. ; les troupeaux de bestiaux y abondent. Les habitants, appelés conununément Changani, s'étendent à l'ouest jusqu'à la rivière Saint-Georges, et occupent un immense territoire vers le nord. Le zoulou est la langue de la cour, et chaque homme le comprend ; il n'en est pas de même des femmes et des enfants. Les deux principaux kraals que M. Richards rencontra ensuite jusqu'à Inhambané sont ceux de Bingouaua, de mille huttes au moins, et de Gouamba, encore plus considérable. En quittant Bingouana, il atteignit la rivière Inhambané* de 10" de large, très profonde, et s'élargissant en plusieurs endroits en petits lacs.
Le I" septembre a été signé, à Pans, ufî traité de entre la France et le TrauBvaai. Les deux pai tantes se sont réciproquement garanti le traitement de la ËELvorisée. Le paragraphe 2 de l'article 3 renferme ce réserve en faveur de la République sud-a&icaine,qui couse de maintenir ou de concéder des avantages particuliers, à ui des États ou colonies « limitrophes, » en vue des facilités a accorder aux ressortissants ou aux produite de ces Ëtafa pour le commerce frontière. Ces avantages ne pourront p mes par la France comme conséquence de son droit au ira nation la plus favorisée, à moins qu'ils ne viennent & être État non limitrophe, notammeut k ceux dont relèvent ou les pays auxquels les dits avantages ont été ou seraient ac ce cas, le bénéfice en serait immédiatement acquis aux français.
M. H.-C. Schnnke, arpenteur officiel de la Colonie di nommé par le D' Gill, astronome au Cap, pour diriger Soaonaétrique qui doit être fait du Transvaal, cou la décision du Volksraad, et relié aux levés géodésiques df Cap et de Natal. La chaîne des principaux triangles doit Kewcastle (Natal), au Limpopo, près du 30° long. E., puif long de la frontière ouest du Transvaal jusqu'à la limite o Griqualand-West. Une autre chaîne de triangles ira de Mid Pretoria, au Marico. La longitude de Pretoria devra être d< la méthode de télégraphie électrique, directement do l'ob Cap, qui prêtera les instruments nécessaires pour la partie du travail.
Le 19 juillet, l'administrateur-géuéral de l'État libre filr Francis de nrinton, a communiqué à Banana, i tants de toutes les maisons de commerce établies sur la i fleuve et aux chefs indigènes résidant entre Banana et Bon par lesquels le roi Léopold II a annoncé son avènement à li du nouvel Ëtat. En même temps il leur a donné l'assurai de son gouvernement serait : le maintien de l'ordre et de I loppement du commerce et de l'industrie, la protection e des populations indigènes. Puis, afin d'assurer la reconi droits acquis et de permettre, dans un avenir prochain, ! régulière de la propriété foncière, d'en assurer la possessi( toutes les garanties qui entourent la possession des propi
< Etats civilisés, il a demaudé à chacun des assistants de prépa-
liste de tout terrain lui appartenant, à lui ou à la maison qu'il Dte. Cette liste devra indiquer les limites de ces terrainf; et )8itions, et sera accompagnée d'une copie du contrat en verto les propriétatres eu sont devenus possesseurs. Enfin il a prescrit .venir tout contrat, ou convention, passé avec les indigènes se fit tervention de l'ofiicier public commis à cet effet. Nul n'aura le 'occuper, sans titres, des terres vacantes, ni de déposséder les es des terres qu'ils occupent. Les terres vacantes devront être rées comme appartenant au domaine public. s la découverte du Mobandji par M. Grenfeil, l'exploratioM ■■ni p&p le lleiiten«nt W^lasMULim est venue jeter un jour uveau sur l'hydrographie de quelques-uns des affluents méridio- Il Congo. La dernière lettre reçue k Berlin, publiée dans les ilungeti de la Société africaine allemande, était datée du 1" déceml,deLouboukou sur la Louloua; l'explorateur annonçait sonarrivée tngué, et son Intention de descendre, par cette rivière, au Cassai, £her d'atteindre le Congo, si le Cassai n'avait pas de rapides ou ractes, comme en a le Quango, le seul des affluents de la rive
qui eût été alors exploré dans presque toute son étendue, le de Uechow l'ayant descendu jusqu'au &" lat. sud. Depuis les ï8 explorations des agents de l'Association interoationale du et des missionnaires anglais, l'on croyait généralement que le 'eau nommé Bouki, dont l'embouchure est un peu au nord de la
de l'Equateur, et qui apporte an grand fleuve un tribut considéëtait le COUTS inférieur du Cassai. La couleur noire de ses flots supposer qu'il avait sa source très loin de son confluent, et tout nent M. Grenfeil et le If Sims, dans leur étude des affluents du euve, avaient préféré remonter l'Ikelemba, plutôt que de s'aveour le Rouki, dont l'exploration tes eût entraînés beaucoup trop uns l'intérieur de régions encore complètement inconnues. A la le que le lieutenant Wissmann allait quitter Louboukou pour er à atteindre le Congo par le Cassai, les agents des sutions de àation internationale avaient reçu l'ordre de veiller sur les cbiu^ de l'Ikelemba et du Rouki par lesquelles on supposait evait arriva. L'on était dans cette attente, lorsqu'une dépêche de dvitle, du 18 juillet, apportée à Madère, d'oii elle fut transmise à les le 1" septembre, annonça que Wissmann était arrivé par eau, iboukou h Kwamouth,avecIeD' Wolff, M. von François, le lieuteiQller, et MM. Gunsmith et Schneider. En revanche la dépêche
portait que MM. Franz Mûller et Meyer étaient morts. Enfin elle ajoutait qu'aucun obstacle ne s'oppose à la navigation, que c'est le Kwa- Mfini qui est le cours inférieui' du Cassai, dont le Sankourou, le lac Léopold et le Quango sont des affluents. Sans doute ce n'est qu'une dépêche; les détails manquent, et la brièveté de l'annonce laisse quantité de points inexpliqués. Quoi qu'il en soit, la descente des explorateurs, <le Louboukou à Kwamouth par eau, est un fait devant lequel toutes les hypothèses sur lesquelles reposaient jusqu'ici le dessin de nos cartes doivent être abandonnées. Mais qtœl are de cercle doit décrire le Sankourou pour se verser dans le Cassaï, et quelle conversion à l'ouest ne doit pas faire celui-ci qui, jusqu'au ô"" avait une directioii S.-N.-N.-E., pour passer au sud du lac Léopold II qu'il ne forme pas, qui doit son •existence à d'autres rivières, et dont les eaux viennent, par le Mlini, grossir le Cassai, dont le Quango lui-même n'est qu'un affluent! Le vaste plateau central entre la ligne de faite du bassin du Zambèze et le Congo ne serait pas sillonné de cours d'eau à peu près parallèles depuis le <juango à l'ouest jusqu'au Lomami à l'est. Il y aurait dans les formes de son relief beaucoup plus de vaiiété que n'en laissaient supposer les indications de Lux, de Pogge, de Bttchner. Si le Rouki n'est plus le <;ours inférieur du Cassai, il faudra lui retrouver un bassin d'une étendue suffisante pour expliquer l'abondance de ses eaux. Au reste, pour le moment ce ne sont pas les hypothèses qui importent, mais bien le fait <jue, par la découverte de Wissmann et de ses compagnons, une voie navigable, de 800 kilora. au moins, vient d'être ouverte aux explorateurs et aux missionnaires^ par laquelle ils pourront être transportés en peu de temps et k peu de fi'ais aux limites du bassin du grand fleuve, pour y poursuivre leur œuvre de découverte et de civilisation.
M. le lieutenant Hlikic» chargé par l'ÂBSociation internationale de l'exploration du pays qui s'étend entre le Congo et le Quilou jusqu'au Stanley-Pool, est rentré à Bruxelles après avoir traversé, à différentes reprises, du nord au sud, du sud au nord-ouest et de l'est à l'ouest, la pég;ion comprise entre le Con^o et le Tchiloan||;o. Il ressort •des renseignements détaillés qu'il a donnés à M. Wauters, rédacteur du Mouvement géographique^ que le pays qui s'étend sur la rive gauche du Tchiloaugo, dans les parages des sources de la Loukoulou, son affluent, -est couvert de forêts ; de Tchimbanza, sur le Tchiloango, jusqu'à Kibata, près du coude que forme la Loukoulou, ce ne sont que hautes futaies, des forêts vierges parfois impénétrables, entrecoupées de petites clairières. Plus au sud, sur la ligne de faîte, entre la Loukoulou et le
Congo, le pays présente l'aspect d'un vaste plateau, bordé à l'est et à l'ouest par des vallées qu'arrosent les petits affluents des deux cours d'eau. Ce plateau est couvert de champs de manioc, de mais, de fèves, d'arachides, coupés par des plantations de bananiers et des bosquets de palmiers à huile. Les bananiers y sont plantés avec une symétrie et un soin parfait, par rangées de vingt, à distance de l^jSO à 2 mètres l'un de l'autre. Us poussent sans culture; les indigènes n'ont que la peine de les planter, d'en cueillir les fruits, d'élaguer les jeunes pousses trop abondantes, et de les replanter plus loin. Tout le monde travaille avec activité : les fermiers s'occupent des travaux des champs et de la préparation du manioc ; les hommes manipulent l'huile de palme, vont vendre les produits aux factoreries, chassent, pèchent, etc. Sur les itinéraires suivis par M. Mikic, entre Boma et Loango, et entre Borna et Stephanieville, ainsi que sur le plateau susmentionné, les villages se suivent presque sans interruption. Entre Boma et Kibala, en trois étapes, l'explorateur en a compté soixante-quatre; un de ces trois jours^ sa caravane en a traversé vingt-six, et à di'oite et à gauche de la route, on en voyait, de loin, encore un nombre égal; en moyenne la population en est de 125 habitants. Tous récoltent le caoutchouc qui abonde dans les forêts de Mayoumba, aux sources de la Loukoulou ; leurs caravanes le transportent à Boma et ailleurs. Le tabac se trouve partout, mais n'est l'objet d'aucune culture en grand. Le coton croît à l'état sauvage, l'indigène se sert de son duvet pour se faire des oreillers; la canne à sucre croît aussi partout, mais n'est pas l'objet d'une exploitation proprement dite ; les nègres en ont dans leurs jardins, à proximité des cabanes, et de temps en temps ils brisent un morceau de canne, le mâchent et en sucent le jus comme friandise. L'influence de Boma se fait sentir au loin sur les populations, au point de vue du travail ; assurées de pouvoir échanger, dans les factoreries, leur huile de palme, leurs noix de coco, les arachides et le caoutchouc, contre des produits européens, elles sont devenues laborieuses. Elles sont en même temps hospitalières; dans la plupart des villages, M. Mikic n'avait pas besoin d'acheter des vivres, on les lui offrait en cadeau ; il a passé partout avec ses dix hommes, sans être jamais inquiété le moins du monde. Entre eux, ces indigènes n'ont point dé guerre; ils n'appartiennent pas à de^ tribus belliqueuses ; ce sont des agriculteurs et des commerçants. Les agents de l'Association en particulier sont très bien vus d'eux; partout le drapeau bleu à étoile d'or est considéré avec respect ; en bien des endroits, son arrivée est saluée par des salves de mousqueterie. Quant
à la salubrité du pays, M. Mikic a eu de petits accès de fièvre en 1883 ; l'année suivante et cette année-ci, i> n'a pas eu une seule fois la fièvre. Les produits européens que les indigènes préfèrent sont les tissus, les armes, la poudre et Teau-de-vie.
A propos d'eau-de-vie, nous sommes heureux de voir qu'un mouvement très prononcé se produit en Allemagne, contre l'exportation énorme de spiritueux qui se fait de ce pays en Afrique. Dans la réunion que la Société allemande contre l'abus des boissons alcooliques, qui compte 6000 membres, a eue cette année-ci, à Dresde, après avoir entendu plusieura rapports d'hommes éminents par leurs connaissances en économie sociale, elle a voté la résolution suivante : « Si grandes que soient les espérances éveillées dans tout cœur allemand par l'inauguration de la politique coloniale, elles n'en ont pas moins rendu plus pénible l'impression' reçue par la connaissance de certains faits relatifs au commerce allemand en Afrique. Il est de fait que, dans une mesure considérable, ce commerce réussit à pourvoir las nègres de spiritueux de très mauvaise qualité. Tous les hommes qui ont quelque compétence dans la matière, reconnaissent que, par la consommation de l'eau-de-vie, les nègres dépérissent à vue d'oeil, tant au point de vue moral qu'au physique, qu'ils deviennent toujoura plus incapables de subir les effets de la civilisation, et par là même de favoriser l'importation de l'industrie. On nuit donc ainsi directement à ce même négoce qu'on prétend encourager, sans compter qu'en suivant cette voie funeste, le commerce allemand se déconsidère et s'avilit. L'intérêt des négociants, aussi bien que les traditions suivies jusqu'ici sur les côtes d'Afrique, doivent trouver leur contre-poids et leur limite dans la considération de la faiblesse morale et spirituelle des nègres et dans la conscience morale du peuple allemand. »
M. le D' Hu^o Zœllcr a essayé de remonter la Batan^a ou Moauya, qui se jette dans la baie de Biafra. En arrivant à Petit- Batanga, il fut surpris de se trouver à l'embouchure d'une rivière qui n'avait jamais été explorée au delà de Mahourabi, ville du roi Yapité, è. une dizaine de kilomètres de l'océan. Prenant avec lui, comme guide, le lils du roi et un interprète, il atteignit une île dans laquelle réside le roi Njea, qui chercha à entraver son projet, mais se laissa persuader par des présents à l'accompagner. Quittant les districts des Ba-Oundo et Ba-Tanga, l'expédition entra sur le territoire des Ba-Koko, «hommes des bois. » A Jawanja, à 15 kilomètres en amont de Mahoumbi, deux pirogues de guerre, montées chacune par 18 Ba-Koko,
Parrêtèrent peudant quelques heures; mais des présents, de bonnes paroles, et la vue d'armes chargées, empêchèrent les hostilités d'éclater* Il faut que le bruit de Tarrivée d'hommes blancs se fût répandu très rapidement, car les deux bords de la rivière étaient couverts de foules de gens. A Mahoumbi, le D' Zœller avait entendu parler d'une cataracte que les canots ne peuvent pas remonter ; en effet, dès le second jour de navigation, il atteignit un point, à 32 kilomètres de l'embouchure, où la masse d'eau se précipite, en trois terrasses, d'une hauteur totale de dix mètres. Le volume de l'eau, à la fin de la saison sèche, équivalait aux deux tiers de la masse d'eau de la chute du Rhin à Schaifhouse; dans la saison des pluies, il doit être deux ou trois fois, plus considérable. L'explorateur ne vit point de montagnes, et dit qu0 le mont Guerava, marqué dans les cartes de l'Amirauté anglaise, est un mythe. Le P. Poirier, des missions africaines de Lyon, récemment arrivé à Lokodja, au confluent du l!Vig;ep et du Bénoaé, a adressé k la Société de géographie de Lyon une lettre dont nous extrayons les renseignements suivants. Depuis la remise des comptoirs français du Niger à la Compagnie anglaise National african Company, celle-ci déploie une activité remarquable. Ses factoreries s'échelonnent sur les deux rives du Niger et du Bénoué, au nombi*e d'au moins soixante ; plusieurs autres sont en voie de création. Le commerce est complètement monopolisé par cette Compagnie qui emploie plus de cinquante Européens. Son personnel noir est considérable et se compte par centaines d'employés, ouvriers, mécaniciens, tonneliers, charpentiers et hommes de peine. Une flotte de 25 vapeurs, de toutes dimensions, sillonnent les deux fleuves pour le service des factoreries, depuis Akassa, à l'embouchure de la principale branche du delta, jusqu'à Rabba, à llOOkilom. à l'intérieur, et depuis Lokodja jusqu'à Ibi, à 750 kilom. sur la route du lac Tchad. La Compagnie exploite aussi des mines d'argent et d'antimoine, sur la rive gauche du Bénoué, aux environs de Gin-en-Zabu, à peu près à mi-chemin de Lokodja à Ibi. — Le Niger et le Bénoué sont donc aux Anglais, et ii serait difficile à une nouvelle Compagnie de s'y établir avec quelque chance de succès. Tout dernièrement, l'agent général de la Compagnie anglaise, agissant comme vice-consul de S. M. Britannique, a fait signer au roi fie Bida et aux principaux chefs du pays un traité qui place cette capitale et tout le royaume de Nupé sous le protectorat anglais. En même temps que se signait le traité, deux voyageurs anglais, le capitaine Hamilton, de la marine royale, et M. J. Thomson, célèbre par ses voyages aux grands lacs, arrivaient à Lokodja. Apn»s plusieurs jours employés à organiser leur caravane, ils partirent pour
remonter le Niger jusqu'à Rabba, sur ua vapeur de la Compagnie. L'itinéraire de l'expédition n'est pas connu, mais tout porte à croire que les voyageurs se rendront directement h Sokoto, où réside le sultan de Haoussa, et qu'ils se dirigeront ensuite vers le lac Tchad, pour redescendre sur l'Adamaoua et le Bénoué. La caravane avait quitté Rabba depuis quelques heures, lorsque le capitaine Hamilton se cassa la jambe dans une chute de cheval. Il est redescendu à Lokodja, où le P. Fiorentini lui donne ses soins. L'expédition a continué sa route sous la conduite de M. Thomson et d'un autre Européen. — A dix minutes de Lokodja la mission a établi une ferme-école, pour y élever des enfants orphelins ou esclaves rachetés. Ce sera en même temps un sanatorium pour les missionnaires fatigués.
M. Lewis, consul des États-Unis à Sierra-Leone, a adressé à son gouvernement un rapport sur un grand soulèvement des mahonaétana dans l'ouest de FAfpique, lequel s'étendrait sur toute la côte, depuis la rivière de Sherbro jusqu'au Niger, et renverserait le paganisme et tous les autres obstacles qui s'opposent à la prédominance du raahométisme. Le chef du soulèvement serait un nommé Samonda» de la tribu des Mandingues. D'après ce que dit M. Lewis, Samonda est un homme d'une intelligence remarquable. Il y a cinq ans, il a conçu l'idée qu'il était appelé par Dieu pour délivrer son pays de tout ce qui arrête les progrès de la religion de Mahomet. A la date où M. Lewis écrivait son rapport, le 14 juillet, Samonda organisait une armée qui devait compter 100,000 hommes au moins ; toute la jeunesse musulmane courait se ranger sous ses drapeaux.
Après avoir proclamé le protectorat espag^nol sur la côte du Saliara, du cap Bojador an cap Blanc, le gouvernement de Madrid en a désigné comme gouverneur le capitaine Bonelli. Celuici a exploré les points de la côte où des navires peuvent aborder sans danger. Ces endroits de débarquement sont importants pour la flotille des pêcheurs des Canaries, en faveur desquels l'annexion a été faite ; jusqu'ici ce sont eux seuls qui ont exploité ces parages remarquables par l'abondance de poisson qu'on y trouve, à peu de distance du continent. Les baies les meilleures sont celles de Rio del Oro et Bahia de Cintra, où, grâce à de petites presqu'îles de sable formant des promontoires, les vaisseaux sont à l'abri par tous les temps. La végétation y est pauvre, l'eau douce y est rare, mais la température y est favorable ; elle oscille entre 15° et 28° centigrades. La Sociedad Espanola de Africanistas et Colonistas y a déjà fondé trois factoreries, et la Compania Hispano- Africana, une. Les caravanes viennent de l'intérieur à Rio del Oro avec
des chameaux et des bœufis pour vendre de la laine, des peaux et des plumes d'autruche. M. Bouelli est autorisé à conclure des traités avec les tribus indigènes et à prendre possession d'autres territoires en réservant la ratification du gouvernement.
NOUVELLES GOMPIiÉMENTAIRES
Les études du tracé du chemin de fer direct de Bougie à Sétif, par les gorges du Chftbet-el-Akra et par la vallée de POued-Âgrioun, ont permis de constater que la construction de cette ligne, de 100 kilom. plus courte que les autres, est parfaitement possible.
Dans sa séance du 14 septembre, l'Académie des sciences a reçu communication d'un mémoire de M. Rolland, ingénieur des mines, relatif au régime des eaux souterraines qu'on trouve en abondance à une certaine profondeur dans les sables de rOued-Rir. Cette vallée, bornée à droite et à gauche, sur toute sa longueur, par des matériaux de transport absolument secs, recevrait ces nappes d'eau, d'infiltrations provenant des montagnes de l'Atlas, et qui passeraient sous ces matériaux de transport.
Un journal arabe, VEl Akhar, a reçu de Tripoli la nouvelle que le sultan de Kano, dans le Soudan, s'efforce d'arriver à une entente avec tous les autres sultans soudanais, spécialement avec ses voisins, afin de les amener à se rapprocher des sultans du Maroc et de Constantinople, pour établir une solide barrière contre les envahissements des États de l'Europe.
Le tribunal criminel du Caire a condamné un marchand d'esclaves aux travaux forcés à perpétuité ; à cette occasion 268 esclaves des deux sexes ont été mis en liberté.
Le congrès de médecine réuni à Bruxelles, voulant prévenir l'importation du choléra d'Asie en Europe, a émis le vœu qu'une surveillance médicale sérieuse soit exercée à Suez, que le conseil international d'Alexandrie soit réorganisé, et que le gouvernement belge veuille bien amener une entente à ce svg'et entre l'Egypte et les divers gouvernements.
Suivant une dépêche du Daily Chronide du 18 septembre, le général abyssin Ras-Aloula a franchi la frontière d'Abyssinie avec un corps de troupes de 12,000 hommes, pour porter secours à la garnison de Eassala.
D'après un télégramme de Zanzibar, l'exploration du Juba, par le capitaine Cecchi, se poursuit régulièrement. Il n'est pas exact que l'Allemagne élève des prétentions sur ce fleuve.
La sœur du sultan de Zanzibar et sa famille, qui avaient résidé à Berlin plusieurs années, sont retournées à Zanzibar à bord d'un vapeur allemand. Le viceamiral Knorr, commandant de l'escadre allemande, a réclamé pour elle des propriétés personnelles qui avaient été confisquées, et a demandé pour l'Allemagne la conclusion d'un nouveau traité de commerce plus avantageux que le dernier.
M. J. Roxburgb, l'iogéoieur du bateku b vapeur la Bonnt'Noave ris, Ae la Société des missionB de Loodrea, unt morts toaa les de mai. M. Boibnrgh arait ocheTé de remonter le steamer qui doit fi 4ar le TaDgauyika; M. Harria avait quitté On^idji, pour Tjsiter qu dans la partie supérieure du lac.
Le vApeur MélroM, arrivé de la cote orietuale d'Afriqoa à Por Apporté la nouvelle d'une guerre parmi les Angones de la cAte t Kf aasa ; les missionnaires devaient forti&er tes stations qu'ils ont dai lie MàrOK amène en Europe des cfaefà indigènes chargés d'une mi: auprès du roi du Portugal.
Ua correspondant de Shoshong écrit, le 20 juillet, au iMomondfb que le D' Holub était attendu chaque jour, et que l'on craignait pou au Zambèze à cette époque de l'année, l'eau étant très rare et l'hei
Une expédition composée de deux des missionnaires des Spelonket de plusieurs chrétiens gouambas, s'est mise en route pour se rendre dans le voisinage de la baie de Delagoa. Les voyageurs ont avec ei porter leurs bagages et leurs provisions, un véhicule à deux roues bœufs; par mesure de précaution, ils ont pris six 4nea, pour le ca viendraient à périr des piqûres de la taétsé.
Le roi de Quanhama, dans l'Ovampo, entre le Cunénê et le ( 17° lat. S., jeune homme très bien disposé pour les Européens, étaj sonné, les habitants du pays, mécontente de sa sympathie pour massacré une vingtaine d'Européens, parmi lesquels on compte tro la mission du P. Duparquei. Deux autres membres de la même i chez les Amboellas, à l'est du Coubango, sont morts de la fièvre.
L'Union missionnaire baptiste américaine, ayant repris l'œuvre Otngo par la Livingstone Inland mission, a envoyé son président, !< JndsoD, avec le Rev. A. Lougliridge, visiter cette région, et l «xplorations nécessaires. La députation s'est immédiatement mie -compte qu'il lui faudra six mois pour faire l'étude dont elle est chi
Cinq nouveaux nisaionnaireB sont partis d'Angleterre pour le: Société des missions baptistes anglaises. Pour prot^er autant qu santé, la Société a remis à chacun d'eux un volume qu'elle a publié Congo (la santé sur le Congo) ; tes meilleures autorités ont été con rédaction, et les missionnaires ont été sérieusement exhortés à étu< ment les directions médicales qu'il renferme.
Le D' Allard, fondateur du sanatorium de Borna, est actuellemei où it a pu rectifier les préjugés répandus par les adversaires de l'œ à l'égard du climat dn bas âeuve. Le D'' Lucan qui revient aussi t ■en Europe, sera appelé plus tard i la direction d'un nouveau san struire sur le littoral de l'État dn Congo, un peu an nord de Visti Mohouda, oit se trouve déjà établie une factorerie hollandaise.
M. Rigail de Itastours, attaché depuis trois ans à la mission deSavorgnande Brazza, et chef des postes de l'Ogôoué, est mort des suites d^une fièvre pernicieuse.
Le D*^ Cari Passavant, qui a dû renoncer à son projet d'expéditioa de la baie de Cameroon au lac Albert, a dû s'arrêter à Madère, poar y rétablir sa santé éprouTée par le climat du golfe de Guinée.
M. Flegel, qui était parti de Brass pour remonter le Niger et le Bénoné, en vue de découvrir une route, de ce cours d'eau à la rivière Cameroon, a vu sa chaloupe à vapeur échouer près de Loko^a; deux des canots qu'elle emmenait avec elle ont été brisés. L'explorateur a été obligé de revenir à Brass.
M. Edouard Viard, déjà connu par ses v<iyages au Niger et au Bénoué organise une nouvelle expédition à destination du lac Liba. Il se propose d'explorer la région inconnue où doit se trouver ce lac présumé, et de répandre^ parmi les populations de cette partie de l'Afrique centrale, de nombreux spédmens de l'industrie française. M. Henry Estève, capitaine de frégate en retraite, est attaché à l'expédition.
La Société française d'encouragement pour les missions africaines a expédié à MM. Jacques et Morin, missionnaires au Sénégal, un petit chemin de fer Decaaville, destiné à relier le poste de Dagana à la nouvelle station en voie de foi^ mation à Kerbala, à 8 kilomètres du fleuve, sur un terrain plus élevé. Elle a fait expédier également une charrette établie sur les indications de M. Jacques, qui sait par expérience combien la plus grande prudence est nécessaire pour éviter les effets du climat et d'un soleil de feu, sous lequel la marche prolongée est son* vent une témérité.
Mgr Biehl, missionnaire au Sénégal, ira prochainement fonder une nouvelle station à Bammakou, sur le Niger.
M. Seignac-Lesseps, gouverneur du Sénégal, dans un récent voyage sur le haut fleuve, a signé, avec le chef du Foutah, Abdul-Boubakar, un nouveau traité par lequel ce chef influent s'est engagé à protéger tous les sijgets français dans le Foutah, et à faciliter la construction d'une ligne télégraphique destinée à combler la lacune qui sépare le réseau du bas Sénégal de celui du haut fleuve. Cette ligne achevée, Paris se trouvera en communication directe avec Bammakou.
Les explorateurs portugais Capello et Ivens sont arrivés à Lisbonne, où ils ont été l'objet d'une ovation des plus méritées. Nous reviendrons sur les résultats de leur voyage dès que leur rapport aura été publié.